Déclaration de M. Bernard Cazeneuve, Premier ministre, sur le rôle et l'importance du port maritime de Rouen et le soutien de l'Etat aux investissements structurants de la métropole, à Rouen le 3 février 2017. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de M. Bernard Cazeneuve, Premier ministre, sur le rôle et l'importance du port maritime de Rouen et le soutien de l'Etat aux investissements structurants de la métropole, à Rouen le 3 février 2017.

Personnalité, fonction : CAZENEUVE Bernard.

FRANCE. Premier ministre

Circonstances : Visite du silo "Maison Bleue" du groupe Beuzelin, au sud de Rouen (Seine-Maritime) le 3 février 2017

ti : Mesdames les ministres, chère Estelle GRELIER,
Chère Valérie FOURNEYRON,
Madame la Préfète,
Mesdames et messieurs les parlementaires,
Monsieur le Président du Conseil départemental
Monsieur le Maire,
Monsieur le Vice-président du Conseil Régional,
Monsieur le Président de la Métropole
Mesdames et messieurs les élus,
Mesdames et Messieurs,
 

Nous sommes ici au coeur d'un port en plein développement.

La visite que je viens d'effectuer du nouveau silo "Maison Bleue" du groupe BEUZELIN, l'avait montré. Cet investissement majeur - réalisé par un groupe familial parvenu au troisième rang des collecteurs français de céréales - témoigne de la confiance des entrepreneurs rouennais dans les perspectives du port de Rouen, leader européen en matière d'exportation de céréales. Nous avons oeuvré, depuis 5 ans, à développer ses nombreux atouts.

Ce port est le coeur battant d'une Métropole qui s'est engagée, avec l'Etat, dans une stratégie ambitieuse de reconquête du fleuve.

Mais ce site est aussi le signe d'une dynamique plus large : celle de l'aménagement de la Vallée de la Seine. Depuis 2012 cette démarche unique en France par son ampleur a franchi, grâce au soutien constant du Gouvernement, en partenariat avec les régions normande et francilienne, des étapes véritablement décisives.


Le Grand port maritime de Rouen est aujourd'hui un atout majeur pour le rayonnement agricole et maritime de la France. S'il a subi récemment les conséquences d'une forte chute de la production céréalière française, j'ai souhaité par ma présence vous assurer de la mobilisation du Gouvernement, mais aussi de sa confiance dans son potentiel futur.

Nos exportations de céréales devraient, vous le savez, s'établir cette année autour de quatre millions de tonnes, contre près de sept millions en moyenne. Cette situation affecte l'ensemble de la filière fluviale et portuaire. C'est pour cette raison que le Gouvernement a élaboré un plan d'action pour soutenir les entreprises fragilisées par cette crise, en mobilisant l'ensemble des partenaires du secteur dont les banques.

Je tiens cependant à affirmer la conviction de l'Etat que cette difficulté conjoncturelle n'affecte en rien la compétitivité structurelle du port de Rouen : il restera le premier point d'exportation de céréales en Europe de l'Ouest. Les opérateurs rouennais disposent d'importantes capacités de stockage, des cadences de chargement les plus performantes d'Europe et d'un savoir-faire inégalé dans la logistique des produits agricoles.

Ces difficultés conjoncturelles ne doivent pas masquer non plus la reprise économique que l'on constate en Normandie.

La baisse du chômage y est remarquable : - 4,6 % sur un an. C'est le résultat de notre stratégie, associant au « Plan 500 000 formations » le Crédit d'impôt pour la compétitivité et l'emploi (CICE) : 84 000 entreprises normandes ont bénéficié à ce second titre de 910 millions d'euros. Ainsi Renault, le premier employeur de Normandie, peut-il aujourd'hui embaucher à Cléon et à Sandouville.

Cependant, comme le soulignait en juillet dernier le rapport parlementaire de Valérie FOURNEYRON et Charles REVET, l'effort de l'Etat à l'égard de ses grands ports s'était relâché ces dernières années, au point de fragiliser leur compétitivité face à leurs concurrents d'Europe du Nord.

Ce retard se rattrape désormais : le port de Rouen a engagé un programme ambitieux d'investissement de près de 200 millions d'euros, cofinancé par l'Etat, la Région, la Métropole et l'Union européenne. En gagnant un mètre de tirant d'eau d'ici fin 2018, l'objectif est d'accueillir des navires plus gros et plus chargés, notamment pour les céréales.

Il faut aller plus loin. A la suite au Comité interministériel de la mer du 4 novembre dernier, le Gouvernement a décidé d'accroître sa participation au dragage des voies d'accès aux ports. 26 millions d'euros ont été engagés en 2017, dont 9 millions reviendront au Grand port maritime de Rouen.

Le rôle de l'Etat, c'est encore d'accompagner les investissements structurants pour le Port. Nous l'avons fait au travers du contrat de plan Etat–Région et du contrat de plan interrégional. Je pense en particulier à la contribution de 4 millions d'euros qu'apportera l'Etat pour le dock flottant de réparation navale.


Bien plus qu'un équipement moderne, le port est le coeur de l'agglomération de Rouen. Il peut devenir la clef de votre développement.

Il était donc naturel que nous placions la Seine au centre du Pacte métropolitain signé entre l'Etat et la métropole le 25 novembre dernier. Je tiens à saluer Madame la secrétaire d'Etat, chère Estelle GRELIER, qui en avez assuré le pilotage.

Le premier objectif du Pacte d'innovation est la reconversion des friches industrielles de Rouen.

La réindustrialisation réussie de l'ancien site PETROPLUS doit nous servir d'exemple.

C'est une opération de dépollution - réindustrialisation parmi les plus ambitieuses de France. Moins d'un an après la fermeture de la raffinerie, faute de repreneurs fiables et durables, ce projet prenait forme. Je veux saluer l'action de l'Etat, mais aussi la détermination qu'a montré Guillaume BACHELAY pour structurer un projet crédible et pour faire venir des industriels. Aujourd'hui, le nouveau parc industriel des Couronnes situé à Petit Couronne est devenue une réalité. J'ai d'ailleurs décidé, dans le cadre de l'avenant au contrat de plan (CPER) que je viens de signer à Bayeux, d'engager une aide supplémentaire à ce projet, en portant de 8 à 15 millions d'euros le budget des travaux de reconversion. Cela devrait permettre d'accueillir rapidement, après VALGO et BOLLORE ENERGIE, mais aussi EIFFAGE , de nouveaux industriels.

 La Métropole rouennaise compte plus de 1 000 hectares de friches industrielles. Le pacte accélère leur conversion : je pense à la presqu'île du Rollet, reconvertie en parc urbain et laboratoire écologique, à l'aménagement de l'éco-quartier Flaubert ou encore aux travaux au Sud du pont Flaubert.

Notre deuxième objectif est de concilier développement économique et excellence environnementale. Nous devons démontrer qu'il est possible de préserver dans les métropoles une qualité de vie satisfaisante. Pour lutter contre la pollution de la Seine, l'Agence de l'eau Seine-Normandie et la Métropole ont signé hier un contrat pluriannuel de plus de 200 millions d'euros d'investissement afin de moderniser le système d'assainissement de la métropole rouennaise. Nous allons enfin accroître nos efforts pour la préservation de la biodiversité. J'entends également la demande de créer un Etablissement public territorial de bassin sur l'aval de la Seine afin de mieux coordonner l'action des pouvoirs publics. Nous devons y travailler.

Pour soutenir ces orientations, l'Etat a déjà engagé 7,4 millions d'euros. Je suis heureux de vous confirmer que ce financement sera augmenté d'un million d'euros pour financer le projet, développé en lien avec Transdev, de développement du véhicule électrique autonome.


Mais la dynamique de Rouen et de son port s'inscrit désormais dans une stratégie globale : celle du développement de la Vallée de la Seine.

Ce projet repose sur deux idées simples : la première est qu'il n'y a pas de ports puissants sans liens étroits avec leur zone de chalandise. Il fallait donc rapprocher Rouen et Le Havre de l'agglomération parisienne. La seconde idée, raisonnant à l'inverse de l'amont vers l'aval, est que le rayonnement mondial du Grand Paris passe par l'affirmation de son ouverture maritime.

La Seine était un lieu ; elle est désormais un lien.

Agir pour la Vallée de la Seine requiert donc avant tout de soutenir les ports normands afin qu'ils puissent accroître leurs parts de marché face à leurs concurrents d'Europe du Nord. Ce n'est pas seulement un enjeu régional : la France, première façade maritime d'Europe, ne peut se contenter d'être un acteur de seconde zone dans le domaine du transport maritime de marchandises. Premier ensemble portuaire français, en particulier pour les conteneurs, l'axe Seine doit reprendre des parts de marché à ses concurrents d'Europe du nord.

Depuis 2012, notre méthode a consisté à réunir autour d'un projet commun les principaux intervenants : les ports, bien sûr, les acteurs économiques, mais aussi les collectivités et les régions. C'est la mission qui a été confiée à la délégation interministérielle au développement de la vallée de la Seine. A sa tête depuis 2013, le Préfet François PHILIZOT - je tiens à le saluer ici – a réussi à passer d'une logique de coopération informelle à une vraie politique de développement.

Le rapprochement des 3 ports, au sein d' HAROPA, créé dès 2010, a déjà permis des avancées importantes. La création d'une fédération portuaire de l'axe Seine, en 2015, par les communautés portuaires du Havre, de Rouen, de Gennevilliers et de Paris permet aux opérateurs économiques de mieux travailler ensemble. Elle gomme des frontières qui n'ont plus lieu d'être et suscite un véritable esprit de place qui autorise la conquête de nouveaux marchés.

Dans le cadre du Conseil de Coordination Interportuaire de la Seine (CCIS), nous souhaitons aller plus loin pour renforcer notamment les actions commerciales communes. Laissez-moi partager, cependant, une conviction : ce sont les projets, les actions communes qui créent des opportunités ; le débat institutionnel, que certains voudraient ouvrir dès aujourd'hui, viendra ensuite. Je suis pour ma part convaincu que l'intérêt national de ces infrastructures justifie que l'Etat continue de jouer son rôle pour porter le développement des ports. Cette conviction, je le sais, est partagée par les acteurs économiques.

Au-delà, la stratégie définie par l'Etat et par les deux régions pour renforcer l'axe Seine repose sur trois objectifs prioritaires : la gestion optimale de l'espace de la Vallée de la Seine ; la consolidation des fonctions logistiques grâce à une meilleure gestion des flux ; le développement, enfin, d'un tissu économique diversifié, avec ses pôles automobiles, aéronautiques et touristiques.

Pour atteindre ces objectifs, nous disposons de moyens financiers prévus par le contrat de plan interrégional : soit un engagement global de près d'un milliard d'euros, dont l'Etat apporte plus de 300 millions, et les deux régions presque autant. C'est ainsi le mieux doté des contrats interrégionaux conclus en 2015.

La masse principale des crédits - 600 millions d'euros - est évidemment allée aux infrastructures : la nouvelle ligne ferroviaire Paris-Normandie, l'ouverture au fret de la ligne Serqueux-Gisors, la modernisation et l'extension des terminaux havrais, l'approfondissement du chenal d'accès à Rouen, le nouveau port d'Achères et l'accueil des énergies renouvelables en mer à Cherbourg.

Permettez-moi de revenir sur les deux premiers chantiers, car ils sont essentiels et ils ont avancé à un rythme soutenu, grâce à la détermination de l'Etat.

S'agissant de la ligne nouvelle Paris-Normandie, le calendrier est tenu. Un nouveau comit de pilotage se tiendra le 28 février prochain afin d'analyser les zones de passage préférentielles. Pour Rouen, cela permettra d'avancer concrètement sur la nouvelle gare SAINT SEVER et le réaménagement de son quartier.

Le second projet stratégique est la modernisation de la ligne ferroviaire SERQUEUX-GISORS. Conformément aux engagements du Gouvernement, le projet a été déclaré d'utilité publique le 18 novembre dernier. Les travaux débuteront prochainement sous la conduite de SNCF Réseau. Cette ouverture d'un nouvel axe pour le fret ferroviaire conditionne le développement des ports du Havre et de Rouen.

En plus de ces grands travaux, nous avons, sans attendre, favorisé la modernisation des lignes existantes. La région Normandie est la première à avoir signé un accord avec l'Etat en vue de la reprise de l'organisation des trains Intercités, au premier rang desquels les deux lignes Paris-Rouen-Le Havre et Paris-Caen-Cherbourg que je connais particulièrement bien. Cet accord prévoit un investissement de 720 millions d'euros, porté essentiellement par l'Etat, pour le renouvellement complet des trains de ces deux lignes.

Dans le domaine portuaire, la stabilisation désormais bien engagée du nouveau terminal multimodal du Havre est une étape importante pour consolider l'activité de Port 2000.

Notre stratégie industrielle, enfin, doit permettre le développement dans la Vallée de la Seine d'un tissu économique diversifié. Le schéma stratégique et le contrat de plan ont identifié des coopérations propres à conforter les deux régions. Les avancées constatées dans le champ de l'automobile et de l'aéronautique illustrent cette méthode. Ainsi les organisations de la filière aéronautique normande, association Normandie Aérospace, et francilienne, pôle de compétitivité Astech, se sont-elles rapprochées.

Pour l'automobile, le pôle de compétitivité Movéo couvre de longue date Ile-de-France et Normandie. Il a décidé de s'appuyer en 2017 sur la dynamique de la vallée de la Seine pour en faire un territoire privilégié d'expérimentation en grandeur réelle du véhicule autonome et connecté.

Je crois également à l'importance du développement touristique. J'y suis largement revenu ce matin à Bayeux. Nous nous employons à mieux faire connaître les merveilles de cette vallée, qu'il s'agisse des villes d'art et d'histoire, dont votre Métropole est un parfait exemple, des paysages de l'Impressionnisme, des croisières fluviales ou encore du projet de la Seine à vélo. Ces projets permettent en outre de faire rayonner l'axe Seine dans toute la Normandie.


Mesdames et Messieurs,

La valorisation des atouts de la vallée de la Seine n'est pas un enjeu ordinaire. De la réussite de ce projet dépend à terme, non seulement la prospérité des habitants de cette ville et de cette région, mais aussi, dans une large mesure, la capacité d'attraction de l'économie nationale à travers son axe le plus dynamique.

Une telle ambition doit donc s'inscrire dans la durée, en surmontant les limites administratives habituelles. C'est ce à quoi le gouvernement s'est employé depuis cinq ans. Nous avons voulu préparer les infrastructures indispensables à moyen terme tout en améliorant sans tarder la qualité de nos services de transport. Il nous a fallu repérer les enjeux qui justifiaient une action conjointe avec les collectivités et créer les dispositifs adaptés à chacun d'eux.

Nous constatons aujourd'hui les premiers acquis de cet engagement collectif. Il nous appartient de poursuivre sans relâche cet effort au profit de la vallée de la Seine et des régions où elle se déploie. L'Etat stratège, parfois décrié aujourd'hui, me semble pleinement dans son rôle lorsqu'il porte une telle ambition et je me félicite qu'il ait su fédérer autour de ce grand projet autant d'acteurs, autant d'institutions et autant d'élus soucieux de l'intérêt général.


Je vous remercie.


Source http://www.valerie-fourneyron.fr, le 21 février 2017

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