Interview de Mme Ericka Bareigts, ministre des Outre-mer, à France Ô le 21 février 2017, sur la mémoire de la colonisation, la mobilisation du Fonds de secours Outre-mer suite aux intempéries de janvier 2017 en Polynésie française et l'indemnisation des victimes des essais nucléaires français. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de Mme Ericka Bareigts, ministre des Outre-mer, à France Ô le 21 février 2017, sur la mémoire de la colonisation, la mobilisation du Fonds de secours Outre-mer suite aux intempéries de janvier 2017 en Polynésie française et l'indemnisation des victimes des essais nucléaires français.

Personnalité, fonction : BAREIGTS Ericka.

FRANCE. Ministre des outre-mer

ti : JAMES HEAUX
Comme annoncé, nous recevons ce soir Ericka BAREIGTS, la ministre des Outre-mer, bonsoir Madame.

ERICKA BAREIGTS
Bonsoir Monsieur.

JAMES HEAUX
Nous vous retrouvons dans un instant.

(…)

JAMES HEAUX
Nous recevons à présent notre invitée. Madame la ministre, une première réaction sur ces conditions météorologiques qui se dégradent ce soir à Tahiti.

ERICKA BAREIGTS
Oui, la population polynésienne vit depuis quelque temps, et encore aujourd'hui, des épreuves importantes, nous l'avons vu sur ces images, je l'ai vu il y a deux jours sur le terrain, où je suis allée à Mahina et à Pirae voir la population et partager avec eux le souci qu'ils ont, et puis les épreuves qu'ils viennent de subir. Alors, je suis ici pendant ce moment difficile encore, donc c'est aussi, pour moi, la chance, j'allais dire, même si le mot n'est pas le meilleur, mais c'est pour moi aussi un moment de partage. Je vois véritablement ce qui peut se passer lorsqu'un territoire, tel que la Polynésie, a à subir des intempéries qui sont exceptionnelles, on n'avait pas eu ça depuis très très très très longtemps.

JAMES HEAUX
En même temps ce sont des conditions que vous personnellement connaissez puisque La Réunion également subit régulièrement des intempéries.

ERICKA BAREIGTS
C'est vrai, et en tant qu'îlienne j'ai eu à vivre, depuis mon enfance, aussi des situations comme ça. On le sait, nous, qu'il y a des moments un peu classiques, où c'est la saison des pluies, où nous nous préparons à vivre des événements climatiques, mais il se trouve que là la Polynésie vit des choses exceptionnelles. et ce vécu exceptionnel, du coup, nous oblige à être aussi dans une organisation exceptionnelle, donc c'est pour cela que j'ai pu constater aussi qu'il y a une mobilisation des services du Haut-commissaire, qu'il y a une mobilisation du gouvernement du pays, qu'il y a une exceptionnelle coordination de tout ce monde, qu'il y a aussi une population qui est, on l'a vu encore sur ces images, complètement portée encore par de la solidarité, qui fait que nous arrivons à faire face. C'était vrai à La Réunion, et c'est vrai à La Réunion, c'est vrai ici. Donc, moi je salue tout cela, et nous devons continuer à agir, dans ce sens-là, pour éviter d'avoir des catastrophes humaines, parce que les catastrophes, les pertes matérielles sont des pertes bien sûr que plus blessent et qui traumatisent les gens, mais rien de pire que de perdre la vie. Et heureusement, heureusement, que ça ne s'est pas produit, mais je pense que ça ne s'est pas produit parce qu'il y a eu cette solidarité et ce travail, main dans la main, entre eux le pays et les services du Haut-commissaire.

JAMES HEAUX
Merci pour cette dernière réponse, vous restez avec nous, on se retrouve juste après le sujet qui va suivre.

(…)

JAMES HEAUX
Ericka BAREIGTS, quelle est votre réaction suite aux propos d'Emmanuel MACRON sur la colonisation ?

ERICKA BAREIGTS
Alors, d'abord permettez-moi de ne pas commenter le commentaire du commentaire de ce que déclare Emmanuel MACRON. On est dans un temps politique où, je pense, qu'il est absolument nécessaire que la parole publique soit contrôlée et maîtrisée, parce que sinon c'est repris, c'est commenté, et le seul résultat de tout ça c'est juste de la division. Et il me semble que la France n'a pas besoin d'être divisée, parce que les enjeux que nous avons devant nous, qui sont des enjeux européens, internationaux, extrêmement difficiles, méritent beaucoup plus, qu'une Nation se regroupe pour faire face à tout ça. Ceci dit, nous avons-nous, en tout cas le gouvernement, ce gouvernement, a énormément travaillé sur le mémoriel, il est important de partager une mémoire commune, il est important de connatre son histoire, peut-être pour mieux maîtriser la parole, peut-être pour moins dire de choses qui pourraient ne pas être dans le cadre juridique, qui est déjà déterminé, peut-être qu'il est nécessaire que nous puissions parler de toute notre histoire, y compris de celles qui nous feraient moins plaisir. La colonisation est une étape de l'Histoire de France qu'il faut mieux connaître, qu'il faut certainement mieux maîtriser, pour que chacun nous puissions avoir aussi notre idée de ce qui peut se passer, notre jugement sur cette période, sans qu'on ait à être derrière tel ou tel qui utiliserait cette notion pour des raisons politiques, dans un environnement qui est très politique, nous sommes dans une présidentielle. Donc moi je trouve que, dans ces périodes-là, il faut garder son calme, il faut revenir à une parole maîtrisée, mais que la France doit absolument connaître toute son histoire, et l'enseigner, pour que chaque petit, chaque adulte, de tous les territoires, puisse avoir de quoi nous parlons exactement.

JAMES HEAUX
Madame la Ministre, vous restez avec nous, nous vous retrouvons juste après le résumé de l'actualité.

(…)

JAMES HEAUX
Madame la ministre, suite aux intempéries du mois de janvier, vous avez activé le fonds de secours en faveur des sinistrés, pour rappel, les habitants de la côte Est ont attendu 1 an avant d'être indemnisés. Est-ce que l'on est sur le même délai ?

ERICKA BAREIGTS
Non. Alors, il y a deux choses, c'est que nous avons d'abord mobilisé très rapidement le fonds d'extrême urgence, donc c'est 3 fois plus qu'en 2015, pour que les Polynésiens soient aidés dans l'achat de petits matériels, de matelas par exemple, pour les sinistrés qui ont tout perdu, des bouteilles d'eau, du matériel aussi, que j'ai vu à Mahina, pour le maire, pour pouvoir débroussailler, etc. Et puis il y a l'indemnisation, ça c'est la deuxième période, où on nous allons ouvrir, nous avons ouvert d'ailleurs, un fonds pour indemniser les pertes matérielles, pour les artisans, les commerçants, et puis les citoyens, les agriculteurs, sous condition de ressources. Les dossiers vont être déposés vers le Haut-commissaire, et nous avons 6 mois, pas 1 an, et j'ai demandé à ce que ces procédures soient accélérées le plus. Alors, il faut bien faire les dossiers parce que, accélérer et mal faire les dossiers, on perdrait du temps, donc accélérer, bien faire les dossiers, pour que nous puissions rapidement indemniser ceux qui peuvent être et doivent être indemnisés.

JAMES HEAUX
Pourtant, sur la côte Est, lors des intempéries de décembre 2015, le fonds de secours, les dossiers ont été validés par le comité interministériel qu'au mois de novembre 2016, donc c'est qu'il y a eu du retard par rapport aux administrés de la côte Est ?

ERICKA BAREIGTS
Mais là il n'y aura pas de retard.

JAMES HEAUX
Il n'y aura pas de retard ?

ERICKA BAREIGTS
Là ce sera, là c'est sous ma responsabilité, donc je m'engage sur ce que je fais, et là, sur ces dossiers-là, nous nous organiserons pour être dans les temps, et les temps ils doivent être rapides.

JAMES HEAUX
L'entretien des cours d'eau et des rivières est de compétence territoriale, le premier adjoint au maire de la commune de Faaa l'a rappelé suite au drame qui a coûté la vie à l'un de ses employés. En tant qu'élue de la République, en tant que ministre d'Etat, quelles sont les leçons à tirer de ce drame ?

ERICKA BAREIGTS
Les leçons, ce n'est pas facile de tirer des leçons, et puis moi je ne suis pas là non plus pour donner des leçons aux élus ; je crois que les élus, et vous avez des élus, ce n'est pas je crois, j'ai vu, ce sont des élus très engagés, très proches de leur population. Mais je sais aussi que, plus nous sommes en amont des choses, c'est-à-dire traiter les déchets, traiter les déchets verts, les troncs d'arbres qui bouchonnent les évacuations d'eau, il y a bien sûr tout le sujet d'aménagement du territoire, faire attention là où les gens construisent, enfin tout ça, mais vos élus ils savent tout ça, ils sont très attentionnés à ça. Et je pense que, en termes d'amont des choses, de prévention, je crois que plus que nous collaborons entre les services du Haut-commissaire et les services du gouvernement, plus nous pouvons mettre, peut-être, flécher, orienter, plus de crédits là où on pourrait, nous, venir en soutien sur des projets que les Polynésiens décideraient de porter pour prévenir des événements climatiques, quels qu'ils soient.

JAMES HEAUX
Autre sujet, nous l'avons vu dans l'Hebdo, il s'agit de la dotation promise par le président de la République au service d'oncologie de l'hôpital du Taaone, où en est ce dossier ?

ERICKA BAREIGTS
Alors, c'est un dossier très important, avec un engagement fort du président de la République. Cet engagement, comme tout le reste, tous les autres, cet engagement sera rempli bien sûr. Alors, concrètement, nous avons reçu, vous savez, on a besoin de fiches techniques pour débloquer ce dossier, nous avons reçu, le Haut-commissaire a reçu les fiches en décembre, courant décembre, mi-décembre, des fiches techniques, ces fiches techniques sont remontées. Donc, nous sommes dans les délais, puisque, dans votre reportage vous parliez de 2016, mais c'est courant 2017, c'était l'engagement que ce dossier soit débloqué courant 2017. Ce dossier sera débloqué, comme l'engagement du président de la République le prévoyait.

JAMES HEAUX
Avant les prochaines échéances électorales ?

ERICKA BAREIGTS
Alors, nous essaierons. Vous savez, chaque minute compte, et moi je travaille chaque minute pour que nous gagnons du temps sur tout, c'est pour ça que je suis là, c'est pour voir, pour activer les choses tant que nous pouvons, à Paris, quand je rentre pour porter ce que j'ai vu, porter le dynamisme polynésien, porter l'engagement des uns et des autres, pour que tout ça s'accélère. S'il y a de bonnes raisons de blocage, nous essayons de débloquer, mais sinon il n'y a aucune raison de bloquer les engagements du président de la République.

JAMES HEAUX
Dans la loi sur l'Egalité réelle, la notion de risque négligeable a donc été supprimée, quelle garantie les Polynésiens ont que cette modification rendra la loi plus efficace ?

ERICKA BAREIGTS
C'est ce que nous verrons, en tout cas les Polynésiens ont porté, les élus Polynésiens ont porté, les parlementaires ont porté avec détermination, la suppression de ce risque négligeable. Vous savez que, quand le président de la République est venu, lors de son dernier voyage, il y a 1 an jour pour jour d'ailleurs, ici en Polynésie, il avait pris l'engagement, le seul engagement du président de la République jusqu'à présent, jamais entendu. C'était un engagement très très très fort du président de la République, de dire qu'il y avait eu des conséquences, ces essais nucléaires avaient eu des conséquences environnementales et sanitaires pour ce territoire, et suite à ça il demandait qu'il y ait une un traitement plus juste de ces dossiers qui, jusqu'à présent, n'avaient pas tout à fait la réponse nécessaire, les victimes se plaignaient beaucoup de ne pas avoir de réponses et de bonnes réponses à leurs dossiers. Donc, les parlementaires ont porté, il y a eu suppression de… j'ai accepté la suppression de ce risque négligeable, en demandant la constitution d'une commission constituée de parlementaires, et d'autres personnes. Et c'est justement pour répondre à votre question, c'est de dire que jusqu'à présent ça ne s'était pas très très bien passé, on supprime le risque négligeable, maintenant, avec la commission, on va suivre l'efficacité de ce dispositif, parce qu'il faut qu'il soit efficace, il faut que nous soyons justes et efficaces dans l'application de cette disposition.

JAMES HEAUX
Concernant la contribution au service public de l'électricité, vous avez déclaré que la Polynésie ne pouvait bénéficier du fait de son statut, doit-on comprendre que la solidarité nationale a atteint ses limites, ou bien tout simplement que l'Etat se réfugie derrière le statut d'autonomie ?

ERICKA BAREIGTS
Ni l'un, ni l'autre, c'est juste juridiquement très clair. Moi j'ai été rapporteur quand j'étais députée, enfin j'ai travaillé sur la transition énergétique, et j'ai eu l'occasion, effectivement, de dire juste le droit. Le droit c'est que, le droit, droit qui s'applique aussi ici, c'est que cette compétence électricité est du pays, elle n'est pas une compétence de l'Etat français.

JAMES HEAUX
Ne peut-il pas y avoir des conventions avec des compétences partagées ?

ERICKA BAREIGTS
Absolument, mais, mais, mais ça ne ferme pas la discussion, et c'est pour cela que j'avais demandé, en tant que députée, qu'il y ait un rapport rendu, et ce rapport a été rendu. Je m'étais engagée, le gouvernement s'était engagé, il a été rendu, on en a parlé lors de la discussion sur la loi Egalité réelle, on doit ouvrir les possibilités d'accompagnement, peut-être pour développer aussi les différentes façons pour produire de l'électricité sur ce territoire, parce que la Polynésie est exceptionnelle. La Polynésie est grande comme l'Europe, elle est composée d'archipels, d'atolls, tout ça dispersé dans un espace immense, d'ailleurs ces caractéristiques ont été reconnues dans la loi Egalité réelle Outre-mer, on a reconnu en tant que telles ces particularités de la Polynésie. Et donc je pense que nous pouvons, par voie conventionnelle aussi, mieux accompagner, peut-être, des dispositifs de production d'électricité, mais plus en lien avec le développement durable, aussi, parce que tout est lié vous voyez. Si on produit de l'électricité propre, comme on le dit, du fait, produit par le soleil, la houle, etc., nous sommes aussi dans une démarche où nous pouvons aussi mieux protéger ce territoire des effets de changement climatique, parce que ça aussi c'est un autre sujet.

JAMES HEAUX
Une dernière question, un message pour la famille du pompier, de cet agent communal de Faaa qui est décédé.

ERICKA BAREIGTS
Oui, nous avons fait un communiqué pour saluer bien sûr l'engagement de cet agent de Faaa, et puis de partager ce moment douloureux pour la famille, cette perte, ses amis, sa famille, c'est toujours, voilà, c'est un moment extrêmement dur, et j'ai voulu témoigner de mes condoléances et de ma sympathie à la famille.

JAMES HEAUX
Merci Madame la ministre d'avoir répondu à nos questions.

ERICKA BAREIGTS
Merci.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 22 février 2017

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