Déclaration de M. Jean-Yves Le Drian, ministre de la défense, sur la politique culturelle au sein du ministère de la défense, à Paris le 20 février 2017. | vie-publique.fr | Discours publics

[ Publicité ]

Déclaration de M. Jean-Yves Le Drian, ministre de la défense, sur la politique culturelle au sein du ministère de la défense, à Paris le 20 février 2017.

Personnalité, fonction : LE DRIAN Jean-Yves.

FRANCE. Ministre de la défense

Circonstances : Réception à l’occasion du Bicentenaire de l’Hôtel de Brienne (1817-2017), à Paris le 20 février 2017

ti :
Messieurs les ministres,
Monsieur le Président, cher Jean-Noël Jeanneney,
Mesdames et Messieurs, chers amis de l'Hôtel de Brienne,


Je suis très heureux de vous accueillir ce soir dans ce lieu auquel nous attache une commune affection, l'Hôtel de Brienne, le cœur historique et politique du ministère de la guerre, des armées, enfin de la Défense, depuis deux cents ans. Les noms changent, l'organisation institutionnelle elle-même peut être transformée ; ce qui demeure, c'est le lien essentiel de la Défense et de la Nation, de l'Etat et des moyens militaires de sa souveraineté.

Ce soir, nous célébrons le bicentenaire de Brienne comme lieu de résidence et de travail du ministre en charge des affaires militaires de la France. Et la musique qui va accompagner cette soirée fait aussi écho – selon une « concordance des temps » en quelque sorte, cher Jean-Noël Jeanneney ! - à la première histoire de ce lieu : un lieu de culture et de fêtes, à la veille de la Révolution, prolongées sous le consulat grâce au goût de Lucien Bonaparte, dont le souvenir est cher à mon directeur de cabinet, Cédric Lewandowski ! Oui, c'est une joie d'apercevoir tant d'amis, rassemblés autour d'un projet fédérateur, le lieu même où nous sommes, Brienne ! Ce nom que prononcent avec autant de considération que d'affection tous ceux qui ont connu les travaux et les jours - et parfois aussi les nuits ! - du 14 rue saint-Dominique.

Depuis 1817, l'Histoire de France et ses grands hommes ont marqué ces lieux, dans la liesse comme dans la tragédie. Si les murs qui nous entourent pouvaient parler, nous entendrions certainement la clameur de la foule parisienne, saluant Clemenceau le 11 novembre 1918. Nous entendrions le silence long de quatre ans qui suivit en juin 1940 le départ du sous-secrétaire d'Etat à la guerre et à la défense nationale, un général de brigade à titre provisoire, Charles de Gaulle. Nous entendrions, dans la chaleur d'une journée d'août, le crépitement des balles à son retour, ici même, pour installer, au lendemain de l'insurrection parisienne et de l'entrée dans la capitale du général Leclerc, le gouvernement provisoire de la République française. Nous entendrions la voix anonyme de tous ceux, civils et militaires, qui depuis deux cents ans œuvrent à la Défense de la France.

Si l'Histoire n'a pas retenu leurs noms à tous, c'est de leur travail qu'est faite la continuité de l'Etat que nous célébrons aujourd'hui, elle dont nous sommes les dépositaires et les garants.

Car ce qui nous rassemble ce soir, c'est une conviction partagée, ce sont des valeurs communes : tout projet politique doit se traduire par une ambition culturelle ; et la stratégie est aveugle sans le concours de l'histoire. C'est ce que nous partageons. A travers l'attachement commun au lieu où nous sommes, nous exprimons ainsi la nécessité de valoriser et de diffuser la culture et le patrimoine de ce ministère.

Etais-je conscient de la richesse et des enjeux du patrimoine culturel de la Défense avant de prendre mes fonctions, il y a maintenant cinq ans ? Sans doute ; au sein du groupe de travail Sémaphore, que vous connaissez désormais, j'avais pu réfléchir à l'importance de cet aspect de la vie du ministère, le deuxième acteur culturel de l'Etat.

Mais le savoir est une chose, en faire l'expérience quotidienne en est une autre, au fil des dossiers, des expositions et des cérémonies, et bien entendu, ici même, dans ce trésor de la République qu'est l'Hôtel de Brienne. C'est un fait, depuis le début de mon mandat, la question du patrimoine de ce ministère si singulier m'a mobilisé et souvent passionné. Pour quelles raisons ? D'abord, peut-être, parce que face aux sujets graves, et parfois tragiques, de la Défense, son patrimoine m'a toujours donné l'occasion heureuse de me ressourcer, de suspendre, pour un temps, fût-il minime, le flot des informations à traiter et des décisions à prendre.

Ensuite, parce que ne pas perdre de vue ce patrimoine, c'est vouloir inscrire l'action politique dans l'épaisseur du temps historique, dont se nourrit l'Etat, et singulièrement la Défense. De ce point de vue, la politique de ce ministère en matière de culture n'a rien d'accessoire ; elle contribue directement au rayonnement de nos armées et au lien de la Nation et de la communauté de Défense.

C'est le sens de la politique culturelle que j'ai encouragé au sein de ce ministère et dont la direction de la mémoire, du patrimoine et des archives assure la mise en œuvre et la coordination. Je pense aux décisions prises concernant nos trois grands musées dont je salue les directeurs présents ce soir. Je tiens à rappeler l'ambition qui nous anime pour le développement du musée de l'Armée d'abord, ce haut lieu de rayonnement du patrimoine militaire. En l'agrandissant, nous voulons répondre à deux défis : l'accueil de ses collections et l'installation de nouveaux espaces d'exposition, notamment concernant les engagements militaires les plus récents de la France. Je veux d'ailleurs saluer l'action qui a été celle du général Baptiste à la tête du musée, lui qui a tant fait pour la valorisation du patrimoine de défense.

Mon général, je connais la conviction qui vous anime et je la partage pleinement : dans les combats que mène la France, la culture est une cible – indirectement la destruction de Palmyre voire l'attaque récente de nos militaires au Louvre nous le rappellent – mais elle est aussi une ressource autant qu'un enjeu pour la résilience de la Nation. Je sais que dans vos nouvelles fonctions de délégué national de l'ordre de la Libération, vous aurez à cœur de poursuivre cet engagement.

Durant ces années, vous avez formé avec David Guillet une équipe remarquable, sachant allier excellence scientifique et rayonnement populaire, au sens le plus noble du terme. Cher David Guillet, je vous ai confié la direction du musée, et j'ai toute confiance en votre compétence pour relever les défis qui attendent le musée de l'armée. La force de la politique culturelle de Défense, c'est aussi de pouvoir compter sur des grands serviteurs du patrimoine et de la culture tels que vous.

Je pense également à la grande ambition que j'ai portée pour le musée de la Marine : celle de rénover le site grandiose de Chaillot, celle de réinventer notre manière de valoriser le patrimoine maritime, celle de transmettre ainsi, aux plus jeunes générations, le goût de la mer et la conscience des enjeux qui la traversent.

Je pense enfin aux travaux de rénovation et aux différents projets du musée de l'air et de l'espace. De Saint-Exupéry – auquel j'ai rendu hommage au Panthéon en décembre dernier - à Thomas Pesquet, la France est à la pointe de l'aéronautique et de l'aérospatiale dans le monde. Il y a là une culture du dépassement de soi et de l'innovation scientifique et technologique que le ministère de la Défense maintient bien vivante, en liaison permanente avec nos industriels dont je salue la présence ce soir.

La culture, c'est bien sûr un patrimoine à conserver et à valoriser ; c'est aussi la création contemporaine, et à ce sujet le ministère de la défense n'est pas en reste. Elle marque, là-encore, la force de notre identité, aussi consciente de son Histoire que soucieuse de modernité. Je pense à notre soutien au monde de l'édition. Je pense à la « mission cinéma » que j'ai créée il y a bientôt un an. Renforcée, elle travaille à la promotion des sujets de défense auprès des créateurs du septième art. En effet, qui peut douter de la richesse dramatique des aventures des hommes et des femmes de la Défense ? Je pense aussi à l'ECPAD et aux soldats de l'image. Outre sa mission de conservation et de diffusion des images de nos forces armées, à travers le siècle comme dans leurs engagements les plus contemporains, il a le projet, que je soutiens, d'un travail sur les nouvelles écritures audiovisuelles, qu'elles soient de fiction ou documentaire. La Défense sait tout l'enjeu que représente l'innovation technologique, ce ne sont pas les industriels présents ce soir qui me contrediront. Dans le domaine culturel également, c'est un enjeu majeur pour aller à la rencontre du public, je pense par exemple à la réalité augmentée ou à la réalité virtuelle.

Conserver, valoriser, innover : c'est de cette manière que nous écrivons au présent l'histoire de la défense ; c'est ainsi que nous l'ancrons dans les cœurs et les esprits de nos concitoyens.

Dans cette véritable constellation patrimoniale et créative, dont je n'ai fait qu'évoquer les joyaux les plus connus, l'Hôtel de Brienne occupe une place à part, puisque, à la suite de dizaines de prédécesseurs, j'y travaille et j'y habite. C'est aussi le cœur politique et symbolique de ce ministère. Dans cet effort de valorisation du patrimoine culturel de la Défense, il ne pouvait donc être laissé de côté.

Avec mes équipes, et notamment, je tiens à les citer, avec Cédric, Paul Serre, Jean-Christophe Le Minh, Christophe Salomon, Gaëtan Bruel et Mickaël Soria, nous nous sommes engagés dans un véritable travail de valorisation. Je pense, bien sûr, à l'aventure de la restauration du bureau de Georges Clemenceau que bon nombre d'entre vous connaissent ; elle a d'ailleurs parfois pris des allures d'enquête policière, tant nous souhaitions être fidèles à l'esprit du Tigre !

Cette ambition patrimoniale pour Brienne, j'ai voulu l'inscrire dans la durée. C'est bien ce qui motive la création de l'association qui nous rassemble ce soir. La vocation des Amis de Brienne, c'est de contribuer à la valorisation et à la vie culturelle d'un lieu éminent de l'Etat, depuis deux siècles, sans interruption autre que les quatre années d'Occupation. Pour continuer de s'écrire, l'histoire de notre institution a plus que jamais besoin d'un lieu qui la reflète. Lieu de pouvoir, l'architecture de Brienne, la beauté de ses décors est un instrument de sens et de puissance.

Mais soyons lucides, cette considération pour le lien indissociable entre la Défense et Brienne n'est pas partagée par tout le monde. C'est aussi la raison pour laquelle, avec Jean-Noël Jeanneney, nous avons décidé de lancer cette association : défendre Brienne contre la tentation de l'abandon ; cet air du temps, de légèreté voire de désinvolture, de désorientation à l'égard des repères majeurs de notre passé, nous ne voulons pas y céder. Cher Jean-Noël, je veux vous remercier de la détermination dont vous faîtes preuve à cet égard, et je tiens à vous exprimer toute ma confiance.

Je me réjouis de voir à vos côtés tant de personnalités aux qualités et aux parcours différents, qui ont accepté de nous rejoindre. Je pense à Hubert Védrine, Michel Winock, Luce Perrot, Charles Edelstenne, le général Abrial, Charles Dantzig, Jean-Claude Narcy, pour ne citer qu'eux, et sans préjuger de ceux qui nous rejoindront bientôt, je l'espère. Vraiment, je tiens à remercier chaleureusement chacun de ceux qui ont adhéré à l'Association des Amis de l'Hôtel de Brienne. Dans ce lieu auguste qui est aussi une maison d'écrivains, la mémoire de De Gaulle et Clémenceau en témoignent, comme la création du prix Brienne du livre géopolitique, chère Luce, je ne peux m'empêcher de saluer les vocations littéraires qui le prennent pour blason, et peut-être pour masque, celui d'Alex de Brienne notamment. Ce nom laisse augurer d'un succès qui sera retentissant, j'en suis certain !

Je tiens à ce que ce cénacle, que nous inaugurons ce soir, conserve non seulement sa vocation sérieuse de promotion du patrimoine, mais qu'il soit également un lieu de rencontres régulières, associant des publics aussi divers que les universitaires, les professionnels de la culture et du patrimoine, les politiques, les militaires, les mécènes, les industriels, bref tous ceux qui partagent la conviction que le patrimoine doit être protégé et valorisé, et en permanence réinvesti. A ce propos, je tiens à saluer et à remercier tous les grands mécènes qui soutiennent nos projets : Airbus, ASL et Arianespace, CISCO, Dassault, DCI, DCNS, MBDA, Nexter, Piriou, Sopra Steria, Safran et Thalès, sans oublier le projet de mécénat de compétences avec Bouygues. Je me félicite également du partenariat que le ministère de la défense et l'Association ont noué avec le Centre des monuments nationaux dont je salue le président, Philippe Bélaval, à qui nous devons l'arrivée ce soir à Brienne de nouveaux objets ayant appartenu à Clémenceau, et je l'en remercie très chaleureusement.

A ce propos, je sais que notre association porte déjà de nombreux et beaux projets ; l'un d'entre eux retient notamment mon attention : c'est l'inauguration en avril et l'ouverture prochaine au public d'un des hauts-lieux de la dissuasion nucléaire française, le poste de commandement Jupiter du ministre de la Défense, ici même à l'hôtel de Brienne, que je suis heureux de vous annoncer ce soir. En mêlant culture stratégique et histoire politico-militaire, c'est un exemple éminent de la manière dont Brienne peut contribuer à la diffusion auprès des Français des enjeux de défense, passés, présents et à venir !

Avant de passer la parole au président de l'association des amis de l'Hôtel de Brienne, Jean-Noël Jeanneney, je tiens à dire qu'il va de soi que tous ici, par la diversité de vos parcours et de vos compétences, vous êtes les bienvenus pour apporter votre pierre à l'édifice que nous commençons à bâtir ce soir. Il sera fait, chers amis, de notre engagement commun. Je sais pouvoir compter sur chacun d'entre vous pour cette belle ambition collective.


Je vous remercie de votre attention.


Source http://www.defense.gouv.fr, le 22 février 2017

Rechercher