Interview de M. Bruno Le Roux, ministre de l'intérieur, à CNews le 2 mars 2017, sur la sécurité de la réunion organisée par M. François Fillon au Trocadéro, la prévention des attentats et des cyberattaques au cours de la campagne pour l'élection présidentielle et le dialogue avec les syndicats de police. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Bruno Le Roux, ministre de l'intérieur, à CNews le 2 mars 2017, sur la sécurité de la réunion organisée par M. François Fillon au Trocadéro, la prévention des attentats et des cyberattaques au cours de la campagne pour l'élection présidentielle et le dialogue avec les syndicats de police.

Personnalité, fonction : LE ROUX Bruno, ELKABBACH Jean-Pierre.

FRANCE. Ministre de l'intérieur;

ti : JEAN-PIERRE ELKABBACH
Bienvenue Bruno LE ROUX. Bonjour.

BRUNO LE ROUX
Bonjour Jean-Pierre ELKABBACH.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Dimanche, François FILLON a envisagé et envisage d'organiser une marche de protestation place du Trocadéro, à Paris. Est-ce que cette manifestation aura bien lieu ?

BRUNO LE ROUX
Mais je ne sais pas…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Est-ce que vous l'autorisez ?

BRUNO LE ROUX
Ah, mais moi, je n'ai pas à autoriser les manifestations surtout venant d'un candidat à l'élection présidentielle. Donc il est libre d'organiser sa manifestation. Mais dans une campagne présidentielle, généralement, on organise des rassemblements pour des propositions, on organise des rassemblements pour faire partager une ferveur, je ne sens pas de ferveur, et je ne comprends pas un appel à manifester contre nos institutions, contre les juges…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Non, c'est contre le coup d'Etat des juges. Est-ce que les magistrats sont au-dessus des lois ?

BRUNO LE ROUX
Mais les magistrats ne sont pas au-dessus des lois, ils font respecter la loi, et monsieur FILLON, à la fin du mois de janvier, quand a commencé cette affaire, disait lui-même, mais tous ceux qui sont autour de lui, madame PECRESSE, monsieur RETAILLEAU, monsieur WOERTH, il y a de multiples déclarations disant : la justice doit aller vite. Il veut être entendu, il veut pouvoir répondre de ce qui lui est reproché…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Donc il y aura une manifestation. L'appel direct au peuple contre une justice qui est politique, apparemment, ça vous gêne ?

BRUNO LE ROUX
Mais, c'est choquant surtout, c'est choquant d'attaquer ceux qui ne peuvent pas se défendre, nos institutions sont un rempart, nos institutions sont une protection, et donc les mettre en cause quand on est président d'un parti, en tout cas, quand on a été désigné par ce parti pour représenter à l'élection présidentielle, c'est particulièrement choquant.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Dimanche, est-ce que vous pouvez empêcher que des protestataires et des casseurs perturbent la manif ?

BRUNO LE ROUX
Mais, j'assurerai bien entendu, en concertation avec l'équipe de François FILLON, la sécurité de la manifestation, comme la sécurité de toutes les manifestations.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Mieux que les dernières fois, parce qu'il y a eu de la casse, et on vous a reproché à vous, à Bernard CAZENEUVE, d'autoriser ces manifestations en plein état d'urgence, et de favoriser le développement d'un climat de quasi-guerre civile, et là, ça a lieu dans le même climat…

BRUNO LE ROUX
Non, mais attendez, là, parlons très précisément des choses, il n'y a aucune manifestation de candidats à la présidentielle qui se soit mal passée. Toutes ont été parfaitement sécurisées…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Et les casses, et les casseurs ? Vous ne les avez pas eus ?

BRUNO LE ROUX
Mais les casseurs, on ne les a pas eus, non, il n'y a pas eu de casseurs dans les manifestations des candidats, dans les meetings des candidats.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Autour…

BRUNO LE ROUX
Mais, ce qui se passe, c'est que monsieur FILLON, notamment par ce qui lui est reproché par certains, quand il y a des rassemblements de ce candidat, il y a un certain nombre de manifestations autour, et de personnes qui mettent en cause le candidat, nous essayons, nous, de faire en sorte d'assurer la sécurité de la manifestation, mais enfin, le droit d'expression est totalement libre. Et donc là encore, là encore, Jean-Pierre ELKABBACH, quand François FILLON, la semaine dernière, met en cause la République, il rend un mauvais service à tous nos concitoyens, parce que tous ceux qui mettent en cause la République aujourd'hui n'en recueillent aucun bénéfice, ce n'est pas eux qui en recueillent le bénéfice, c'est d'autres, et à faire monter les extrêmes, on se retrouve vite dans une situation qui peut devenir difficile.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Vous n'êtes pas en train de l'accuser d'être un agent du climat de guerre civile ?

BRUNO LE ROUX
Mais non, parce que, il est simplement un agent de sa protection, et il joue très, très mal sa propre protection aujourd'hui, en mettant en cause les institutions et en mettant en cause la République.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Hier, vous l'avez entendu, il met en cause… le vote des électeurs est fauché, une vraie alternance est entravée, et l'Etat de droit est violé. Est-ce qu'on veut priver, vous voulez priver, la droite de son candidat, est-ce que vous voulez le sortir, vous débarrasser, parce qu'il vous gêne, de la compétition présidentielle ?

BRUNO LE ROUX
On a l'impression que c'est le gouvernement qui mène aujourd'hui l'enquête contre François FILLON…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Ah ben, peut-être…

BRUNO LE ROUX
Non, ce sont les juges.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Qui est la tête du complot contre lui, c'est la question qu'il se pose et qu'on pose autour de lui, qui est le cerveau ?

BRUNO LE ROUX
Mais justement, pourquoi faudrait-il toujours qu'il y ait un complot quand on doit répondre devant la justice, et quand on est un élu. Il n'y a pas de complot, il y a des faits qui sont reprochés, et sur lesquels chacun doit s'expliquer, monsieur FILLON comme d'autres. Et le gouvernement n'est absolument pour rien du tout dans les turpitudes de monsieur FILLON. Il doit répondre devant la justice…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Vous avez dit ? Vous avez dit, les turpitudes ?

BRUNO LE ROUX
Eh bien, les turpitudes de monsieur FILLON. Et il n'y a absolument, là, aucune, aucune dimension politique, si ce n'est la nécessité qu'il a, lui, à répondre…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Vous notez, Bruno LE ROUX, que la justice est dans la campagne, mais qu'elle donne le sentiment de faire campagne.

BRUNO LE ROUX
Non, le temps judiciaire est le temps judiciaire. Le temps politique, c'est le temps politique. Et François FILLON lui-même, je le rappelle, appelait, il y a quelques semaines, à ce que la justice aille vite. Mais vous savez, vous me posez la question aujourd'hui de ce qui se passe dans le pays, mais c'est le camp de monsieur FILLON qui a réagi hier, ce n'est pas le gouvernement, nous, nous protégeons. Et moi, ma responsabilité, c'est de protéger la capacité des candidats à faire campagne, je le fais chaque jour, et à défendre nos institutions.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Mais vous avez noté qu'il dénonce des juges qui vont le mettre en examen dans quelques jours, le 15 mars, et il se présentera avec un certain panache, et il dit : sans connaissance du dossier, et d'autre part, sur la base d'un rapport de police à charge, toute l'enquête et les policiers et les magistrats sont à charge, selon lui, est-ce qu'il a tort ?

BRUNO LE ROUX
La police instruit, elle n'instruit pas à charge, elle instruit sous la responsabilité des juges, et elle n'instruit pas à charge.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Comment vous le savez ?

BRUNO LE ROUX
Mais parce que ce n'est pas le travail de la police que d'instruire à charge. La police, elle fait les enquêtes, elle auditionne, elle écoute, elle trouve les preuves, elle transmet à la justice, et là encore, je veux défendre le travail des policiers.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Pourquoi elle va si vite ? Pourquoi les enquêteurs et les juges et les policiers, par exemple, ce matin, est-ce qu'il est vrai qu'il y a une perquisition dans sa société ?

BRUNO LE ROUX
Mais je ne sais pas s'il y a une perquisition, je ne sais pas s'il y a une perquisition ce matin…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Vous ne l'excluez pas.

BRUNO LE ROUX
La justice fait son travail, et je n'ai pas à en avoir connaissance. Et elle le fait en toute indépendance…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Mais vous ne dites pas : il y a de la précipitation ?

BRUNO LE ROUX
Non, parce que ce n'est pas moi, le premier qui, il y a maintenant un peu plus d'un mois, ai demandé à la justice d'aller vite, c'est François FILLON.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Oui, ça, vous le répétez, c'est vrai que c'est un argument qu'il vous a peut-être donné…

BRUNO LE ROUX
Mais je le répète, c'est un élément essentiel.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Votre collègue, Jean-Jacques URVOAS, qui est le Garde des sceaux, prévenait dès dimanche qu'il n'y aurait pas de trêve judiciaire pendant la campagne. La justice continue, on voit perquisition, il y aura des auditions, etc. Est-ce qu'il ne faut pas une trêve de la justice, une pause, une pause pendant cette période ?

BRUNO LE ROUX
D'abord, d'abord pourquoi voudriez-vous que je dise ici le contraire de ce qu'a excellemment dit Jean-Jacques URVOAS, mon collègue, ministre de la Justice…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Oui, si c'est excellemment dit, c'est que vous le confirmez ?

BRUNO LE ROUX
Mais bien entendu, il y a le temps politique, et il doit y avoir… est-ce que l'on demande aujourd'hui aux entreprises de s'arrêter de travailler pendant la campagne présidentielle ? Est-ce que l'on demande aux journalistes de s'arrêter de commenter ? Non ! Au prétexte qu'ils ne devraient pas influer sur la campagne présidentielle, mais avec l'influence que vous avez, Jean-Pierre ELKABBACH, vous êtes capable de faire ou de défaire un candidat à la présidentielle ! Est-ce qu'on vous demande d'arrêter ? Non…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
D'accord, mais c'est vous qui gouvernez, c'est vous qui avez les pensées, les arrière-pensées…

BRUNO LE ROUX
Non, non, je n'ai ni arrière-pensées…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Vous, vous tous…

BRUNO LE ROUX
Mais par contre, je veux un débat qui soit à la hauteur de ce que veulent et dont ont besoin les Français et notre pays.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
On peut dire qu'on n'est pas dans cette situation-là…

BRUNO LE ROUX
Eh bien, cette situation d'élection présidentielle, justement, est, de ce point de vue, choquante, quand elle consiste dans des attaques contre la République répétitives plus que des propositions pour essayer de la revivifier…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
François FILLON vous a en tout cas prévenu qu'il ne cèdera pas, il ne se retirera pas, qu'il restera et qu'il ne se – il l'a dit – il ne se rendra pas. Et est-ce que, puisqu'il reste et qu'il va combattre, est-ce que c'est la preuve de son panache ou de son courage ou de la division de la droite ou de la faiblesse de la droite, à votre avis, parce que vous êtes aussi un politique ?

BRUNO LE ROUX
Non, mais la division de la droite, je l'ai constatée hier, après les propos de François FILLON, et il n'y a pas eu besoin d'autre expression que celle de François FILLON pour la constater. Pour le reste, ce que je souhaite, c'est un débat présidentiel qui permette d'avoir des projets, de poser les projets, d'avoir les débats de fond, et je regrette qu'un certain nombre de candidats n'y participent.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Vous avez entendu ce matin Georges FENECH avec Romain, tout à l'heure, sur CNews, vous avez vu Bruno LE MAIRE, Catherine VAUTRIN, etc., des Républicains s'en vont, d'autres vont partir, et puis, Pierre LELLOUCHE demande ou envisage de demander au Conseil constitutionnel de reporter l'élection présidentielle. Est-ce que c'est une hypothèse plausible ?

BRUNO LE ROUX
Non, non, les cas de report d'élection présidentielle sont très prcisément actés dans notre Constitution. Nous sommes dans un moment où il y a les parrainages, chacun, chaque camp ou chaque grand électeur, pour parrainage pour la présidentielle, doit choisir un candidat, et nous sommes dans la période où chacun doit faire des choix.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
D'accord, mais vous dites, c'est une hypothèse, mais vous n'y êtes pas favorable ou elle est possible ?

BRUNO LE ROUX
Non, ce n'est pas une hypothèse, les cas qui permettent de différer l'élection présidentielle, dont je rappelle qu'elle est organisée sous le contrôle du Conseil constitutionnel, et pas du ministre de l'Intérieur et pas du gouvernement…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
On demandera à Laurent FABIUS…

BRUNO LE ROUX
Sont précisément limités, et bien entendu, le débat à droite et l'impossibilité à se mettre d'accord sur un candidat ne fait pas partie des motifs qui permettent de différer l'élection présidentielle...

JEAN-PIERRE ELKABBACH
On est entre nous, là, sur CNews, dans huit jours, est-ce que vous croyez que François FILLON sera candidat toujours ?

BRUNO LE ROUX
Je ne le sais pas, et cela m'importe peu, je peux vous dire que ce n'est pas le candidat que choisira le ministre de l'Intérieur que je suis, s'il est candidat, et que même s'il est remplacé, j'ai peu de chances de choisir celui qui le remplacera.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Très bien. Eh bien, vous avez des difficultés, parce qu'on sent qu'à gauche, et même les ministres, vous, vous avez l'air un peu discrets et paumés dans le choix entre Benoît HAMON et Emmanuel MACRON…

BRUNO LE ROUX
Ah, discrets, peut-être, paumés, pas du tout, parce que nous faisons tous les jours notre travail au sein du gouvernement, c'est l'unique raison pour laquelle nous sommes mobilisés.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Et à un moment donné, il va falloir vous allier ici ou là…

BRUNO LE ROUX
Oui, mais là encore, le ministre de l'Intérieur a d'autres tâches aujourd'hui que d'être dans le débat présidentiel, j'y viendrai dans ce débat, je dirai, une fois que le débat sera véritablement installé…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Quand ?

BRUNO LE ROUX
Mais, durant le courant du mois d'avril, début du mois d'avril…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Et vous penchez vers ?

BRUNO LE ROUX
Pour l'instant…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Mon coeur balance vers qui ?

BRUNO LE ROUX
Ah, mais moi, je veux qu'il y ait un candidat de gauche au second tour de l'élection présidentielle, et que ce candidat de gauche soit capable de gagner…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Et qui est à gauche ?

BRUNO LE ROUX
Aujourd'hui, je vois plusieurs candidats de gauche.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Est-ce que vous n'êtes pas en train de regretter, les uns, les autres, à voix basse, l'absence de François HOLLANDE, ses hésitations et cette erreur de n'avoir pas forcé le destin et d'être candidat, où il aurait été balayé, est-ce qu'il y a le regret de l'absence de HOLLANDE ?

BRUNO LE ROUX
Je travaille au jour le jour avec le président de la République…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
D'accord, mais ?

BRUNO LE ROUX
Je suis très fier quand je le vois travailler pour défendre la France, je suis très fier de l'image qu'il donne de la France, j'ai toujours pensé qu'il était le meilleur candidat, il a pris sa décision, je pense que s'il n'avait pas pris cette décision, il serait très certainement encore, pour moi, le meilleur candidat.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Mais il y a encore une petite fenêtre, possibilité ?

BRUNO LE ROUX
Non, le président de la République…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Une lucarne ?

BRUNO LE ROUX
Le président de la République a dit les choses, et maintenant, c'est au débat de prendre acte de cette décision…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Mais vous dites bien que ce n'est pas définitif…

BRUNO LE ROUX
Mais je dis que, eh bien, quand le président de la République dit quelque chose, lui, à la différence d'autres, il s'y tient.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Le président de la République, précisément, vient d'alerter contre les cyber-attaques dont certains candidats peuvent être victimes, qui est menacé ?

BRUNO LE ROUX
Tous. Tous les candidats, par deux moyens, d'abord, ce qu'on appelle les attaques sur la e-réputation, on voit bien que, aujourd'hui, il y a un certain nombre de sites qui peuvent lancer des rumeurs, et que ces rumeurs se développent, et donc j'ai demandé à ce qu'il y ait une veille sur tout ce qui est rumeurs, qu'on ne peut pas malheureusement empêcher.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Et vous avez senti des premiers signes, des premiers cas ?

BRUNO LE ROUX
Non, mais ça s'est passé, ça se passe dans d'autres élections aujourd'hui, c'est passé aux Etats-Unis, avec des informations qui sont parties. Donc je fais très, très attention…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Qui menace ? Qui menace ?

BRUNO LE ROUX
Eh bien, les hackers, et ensuite, pour remonter, c'est compliqué.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Quand on remonte à qui, on ne trouve pas Vladimir POUTINE ?

BRUNO LE ROUX
Non, moi, vous savez…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Qui ?

BRUNO LE ROUX
Je pense qu'on peut trouver aujourd'hui beaucoup de groupes qui veulent saper, le terrorisme commence aussi, peut commencer aussi par la déstabilisation, la déstabilisation de nos systèmes, donc je me garde de désigner ceux qui peuvent faire ça quand je n'en suis pas sûr…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Mais vous dites, la menace est là, et qu'il faut se protéger…

BRUNO LE ROUX
Mais je dis que la menace est là, et qu'elle est sur les sites des candidats, et donc je leur ai demandé à ce qu'ils puissent sécuriser leur site, et il a été mis à disposition l'ANSSI, qui est l'Agence de l'Etat de sécurité des systèmes informatiques, pour leur venir en aide, et je fais très, très attention. Et les services de renseignements sont mobilisés pour regarder ce qui pourrait venir perturber le débat présidentiel.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Et ces services peuvent aider les candidats ou même des citoyens, d'abord les candidats…

BRUNO LE ROUX
Ces services, en tout cas, peuvent renseigner le ministre de l'Intérieur s'ils ont le sentiment que les attaques sont en train de s'organiser sur notre débat démocratique…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Bruno LE ROUX, vous êtes ministre de l'Intérieur, on parle moins du danger djihadiste, pourquoi, parce qu'il a disparu... non, il n'a pas disparu, mais pourquoi, parce qu'il diminue ?

BRUNO LE ROUX
Non, non, non, il est toujours particulièrement fort…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Est-ce qu'il est vrai que, récemment, vous avez déjoué encore des attentats ?

BRUNO LE ROUX
Oui, en tout cas, nous procédons chaque semaine à un certain nombre d'arrestations sur la base, bien entendu, de présomptions fortes de préparation d'attentats, mais à chaque fois qu'il y a, et moi, je ne suis pas celui qui, tous les jours, viendra dire ce que font nos services de renseignements, parce que quand…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Non, mais comme vous n'êtes pas là tous les jours, vous pouvez dire qu'il y a eu…

BRUNO LE ROUX
Oui, mais quand il y a…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Donc vous dites qu'il y a eu des attentats, on confie que vous craignez aussi qu'il y ait des actions terroristes pendant la présidentielle.

BRUNO LE ROUX
Mais en tout cas, le danger étant là, et les terroristes sachant l'importance pour une démocratie de ces temps démocratiques, oui, il y aura une vigilance particulière, le président de la République a d'ailleurs, hier, dans un Conseil de défense et de sécurité, souhaité faire un point sur l'organisation des élections, tant au niveau du débat préélectoral qu'au niveau de la sécurité des journées d'élections, les deux journées présidentielles et les deux journées législatives, donc oui, bien entendu, nous sommes pleinement mobilisés.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Vous avez cette crainte. Et il ne serait pas plus facile, si on fermait davantage les frontières, et s'il y avait moins de laxisme, par exemple ?

BRUNO LE ROUX
Nous avons rétabli le contrôle aux frontières, par exemple, depuis un an, un peu plus d'un an que nous avons rétabli le contrôle aux frontières, c'est 91 millions de personnes qui ont été contrôlées aux frontières…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
91 millions ?

BRUNO LE ROUX
91 millions, Jean-Pierre ELKABBACH, dont 68.000 personnes qui n'ont pas été admises à rentrer dans notre pays sur la base d'éléments, bien entendu, objectifs, que nous avions pour les empêcher de rentrer. Mais le débat que vous posez est important, parce que pour nos concitoyens, ce n'est pas simplement nos frontières, ce sont les frontières de l'Europe qu'il faut sécuriser, et je mène, avec Thomas de MAIZIERE, le ministre de l'Intérieur allemand, une intense activité au niveau européen pour faire en sorte que nous contrôlions totalement toutes les frontières extérieures de l'Europe…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Eh bien, il faut renforcer Frontex…

BRUNO LE ROUX
Et j'ai reçu, la semaine dernière, monsieur LEGGERI, le directeur général de Frontex, justement pour voir comment la France…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Et pourtant, ça passe, surtout qu'il y a des gens qui…

BRUNO LE ROUX
Non, et pourtant, ça passe beaucoup moins.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Vont revenir de Mossoul, de Raqa, bientôt, et puis, il y a les réfugiés en Turquie, au Liban. Il y a des risques de retour de djihadistes en France.

BRUNO LE ROUX
On ne peut pas, d'une formule, dire « Ça passe toujours » : ça passe de moins en moins et cela passera encore moins quand nous aurons ce que nous demandons avec Thomas de MAIZIERE, c'est-à-dire un enregistrement systématique de toutes les personnes qui passent aux frontières extérieures de l'Europe. C'est normal. Et nos concitoyens sont en droit d'attendre que l'on sache très exactement qui rentre et qui sort de l'Europe.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Vous étiez hier à Calais, c'était la première fois. Vous voulez empêcher le retour des migrants et encore la création d'une sorte de jungle.

BRUNO LE ROUX
Bien sûr.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Comment vous allez y arriver ?

BRUNO LE ROUX
Tout simplement en faisant en sorte que ceux qui vont à Calais très souvent d'ailleurs, avec d'ailleurs l'espoir de passer en Angleterre, mais avec des réseaux qui les amènent là-bas, donc déjà démanteler les réseaux de passeurs. Six ont été démantelés dans le Pas-de-Calais depuis le début de l'année, et je ne parle pas de ceux qui sont démantelés à la frontière italienne, dans le sud de la France. Donc d'abord démanteler les réseaux de passeurs. Ensuite dire à tous les migrants que nous ne laisserons pas les campements indignes revenir dans les rues de Calais.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Vous croyez que ça va les empêcher ? LE ROUX dit : « Vous ne pouvez pas parce qu'on les empêchera, le gouvernement, et cætera », mais ils reviennent poussés par la nécessité, par la misère, la guerre.

BRUNO LE ROUX
Mais c'est à nous de les mettre à l'abri dans des centres d'accueil et non pas dans des bidonvilles qui se reconstitueraient aujourd'hui sur cet endroit. Ma charge est de mettre les moyens en matière de sécurité pour faire en sorte qu'il n'y ait aucun campement et de mettre les moyens en matière d'accueil. Je ne dissocie sur cette affaire là encore ni la fermeté de l'humanité.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Bruno LE ROUX, en quittant CNews tout à l'heure, vous avez rendez-vous avec les syndicats de gendarmes et de policiers.

BRUNO LE ROUX
Oui.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Il y a des policiers qui vous ont récemment attribué avec pas mal d'humour le César du degré zéro du dialogue social. Vous ne voulez pas de ce César mais qu'est-ce que vous allez leur proposer ?

BRUNO LE ROUX
D'abord pour les syndicats, je leur ai dit et ils le savent que j'essaye tous les jours de faire un déplacement pour aller à la rencontre des policiers et des gendarmes. Hier encore à Calais je ne suis pas passé simplement pour voir les rues et la lande pour constater qu'il n'y avait plus. J'ai été au commissariat pour discuter avec tous les policiers, tous les gendarmes que je rencontre au jour le jour. Les syndicats devraient se poser la question de savoir pourquoi il y a ce fossé qui s'est crée ces dernières années entre cette base et ce qu'ils sont. Moi, je n'ai aucun intérêt à ce qu'il y ait ce fossé qui soit crée. Je souhaite des organisations syndicales qui soient fortes, qui soient représentatives totalement de ceux qui sont sur le terrain.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Est-ce que vous êtes le ministre des policiers ou le ministre de la sécurité de tous les Français ?

BRUNO LE ROUX
Je suis le ministre de l'Intérieur, je suis le ministre pour la sécurité de notre territoire mais en même temps pour l'administration territoriale. Je suis le ministre des Cultes et je vais à la rencontre de ceux qui sont en charge de cela dans notre pays.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Donc vous vous occuperez de leur carrière, de leur avenir et de leur sécurité. Est-ce que vous allez leur donner des armes qui sont adaptées à leur mission ? Par exemple, on me dit qu'il y a des fusils tellement grands qu'on ne peut pas les mettre dans les voitures de police.

BRUNO LE ROUX
Non. Il y a des nouvelles dotations qui ont été faites, qui correspondent à ce dont ont besoin les policiers aujourd'hui pour se protéger sur le terrain et un certain nombre de véhicules anciens ne sont pas adaptés. C'est pour ça qu'avec le plan…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
On ne peut pas rentrer les armes dans les véhicules anciens !

BRUNO LE ROUX
Ça, c'est un problème mais d'ailleurs c'est une des propositions que je vais faire aux syndicats : qu'il n'y ait plus aucun nouveau matériel qui soit mis à disposition des gendarmes et des policiers sans qu'ils aient été essayés par les gendarmes et par les policiers, mais je leur ferai d'autres propositions, des propositions de recentrage sur leur coeur de métier, des propositions de prise en charge quand ils sont blessés pour qu'il y ait moins de tracas.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Mais vous leur direz qu'ils contrôlent eux-mêmes les minoritaires, les minoritaires chez eux qui se livrent à des violences et qui défigurent parfois la police. J'ai vu que vous allez, depuis hier d'ailleurs, faire fonctionner des caméras pour filmer toutes les interpellations de police pour que des deux côtés on soit garantit des images de la réalité.

BRUNO LE ROUX
C'est quelque chose qui était d'ailleurs mis en place dans un certain nombre d'endroits et très valorisé par les policiers, parce qu'ils me disent : « Cela sécurise nos interventions que d'avoir une caméra qui permette de filmer », mais il ne vous a pas échappé qu'il y a un débat dans notre pays sur les contrôles d'identité. Et donc, je veux profiter de ces caméras pour montrer l'exemplarité qui doit être celle du rapport entre la police et la population, et maintenant dans les zones de sécurité prioritaire avant la fin de l'année, toutes les zones de sécurité prioritaire, il y aura action de la caméra quand il y aura un contrôle d'identité.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Il y aura moins de drames à la manière de Théo. Il y en aura moins.

BRUNO LE ROUX
En tout cas, ce drame va être instruit par la justice et donnera lieu donc très certainement, parce que l'acte est d'une gravité exceptionnelle, donnera très certainement lieu à des sanctions. Ce sera aux juges de le dire.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Vous êtes ministre de l'Intérieur depuis quelques mois. Qu'est-ce qui vous impressionne le plus ? Qu'est-ce qui vous inquiète ? Ou alors peut-être qu'est-ce qui vous réjouit le plus ?

BRUNO LE ROUX
Ni inquiet, ni réjoui, simplement mobilisé sur une seule dimension : faire en sorte que nos citoyens puissent vivre…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Pas la langue de bois.

BRUNO LE ROUX
Non, ce n'est pas de la langue de bois. Quand du matin au soir vous êtes confronté à la réalité de ce qui se passe dans notre pays et aux renseignements que vous avez, vous n'avez qu'un seul objectif : faire en sorte que les Français puissent vivre normalement. C'est pour ça que je les incite à continuer à sortir. C'est pour ça que je les incite à vivre normalement en leur disant que nous mobilisons 100 % de nos moyens. Tous nos moyens sont mobilisés pour assurer la sécurité du territoire.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
D'accord. Citoyens, dormez bien. Merci d'être venu, bonne journée.

BRUNO LE ROUX
En tout cas, dans un environnement difficile.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Bonne journée.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 3 mars 2017

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