Interview de M. Jean-Marc Ayrault, ministre des affaires étrangères et du développement international, avec France Info le 9 mars 2017, sur l'Union européenne et sur l'élection présidentielle de 2017. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Jean-Marc Ayrault, ministre des affaires étrangères et du développement international, avec France Info le 9 mars 2017, sur l'Union européenne et sur l'élection présidentielle de 2017.

Personnalité, fonction : AYRAULT Jean-Marc, APHATIE Jean-Michel.

FRANCE. Ministre des affaires étrangères et du développement international;

ti :

JEAN-MICHEL APHATIE
Bonjour Jean-Marc Ayrault.

JEAN-MARC AYRAULT
Bonjour.

JEAN-MICHEL APHATIE
C'était hier soir à Barcelone.

- Extrait du match de Champions League FC Barcelone-Paris Saint-Germain :
Franck BALLANGER : 6 buts à un pour le FC Barcelone dans les arrêts de jeu ! Qualification du Barça, désillusion pour le Paris Saint-Germain.
Sébastien HAZARD : Un but incroyable ! Les Parisiens ont regardé NEYMAR distribuer le jeu. La qualification, la remontada ! »

JEAN-MICHEL APHATIE
Franck BALLANGER et Sébastien HAZARD aux commentaires. Vous avez regardé le match hier soir ?

JEAN-MARC AYRAULT
Non, je n'ai pas regardé le match mais j'ai quand même suivi. C'est très impressionnant parce que personne ne s'attendait à un tel résultat.

JEAN-MICHEL APHATIE
Exact, exact.

JEAN-MARC AYRAULT
C'est une forme de choc mais, enfin, l'Histoire n'est jamais finie.

JEAN-MICHEL APHATIE
Le sport peut être aussi surprenant que la politique parfois.

JEAN-MARC AYRAULT
Oui mais c'est le sport, ce n'est pas la même chose.

JEAN-MICHEL APHATIE
Ce n'est pas la même chose.

JEAN-MARC AYRAULT
La politique, c'est une affaire sérieuse.

JEAN-MICHEL APHATIE
Les enjeux ne sont pas les mêmes.

JEAN-MARC AYRAULT
Surtout quand il s'agit de choisir un avenir pour son pays.

JEAN-MICHEL APHATIE
Un sommet européen se déroule vendredi et samedi à Bruxelles. Beaucoup de problèmes, bien sûr, pour la Communauté européenne, parmi ceux-ci le Brexit. On peut dire aujourd'hui que tous les Européens sont unis face à la Grande-Bretagne qui prépare donc sa sortie de l'Europe ?

JEAN-MARC AYRAULT
Il faut que tous les Européens restent unis dans la négociation qui va commencer. Fin mars Theresa MAY, la Première ministre britannique, va adresser officiellement sa demande de sortie. C'est la négociation qui va démarrer dans le cadre de l'article 50. C'est quelles sont les conditions en quelque sorte de la séparation, du divorce, de la sortie comme d'une copropriété. Ça va être compliqué, ça va durer deux ans et il faut que ce soit très clair et très ferme sans agressivité. Ça, c'est la première étape et pour ça, il faut que les Européens restent unis.

JEAN-MICHEL APHATIE
Ils le sont aujourd'hui.

JEAN-MARC AYRAULT
Je dois dire que France et Allemagne, qui jouent un rôle très important à l'échelle européenne, sont totalement soudées. Ça été confirmé d'ailleurs à la réunion de Versailles que François HOLLANDE a organisée avec l'Espagne et l'Italie.

JEAN-MICHEL APHATIE
En début de semaine.

JEAN-MARC AYRAULT
Nous allons donc entraîner dans cette direction. Je rappelle qu'après la négociation de sortie, après le Brexit, il y aura une autre négociation qui va commencer. C'est quelle relation entre l'Union européenne et le Royaume-Uni ? Ce sera alors, là, une relation avec un pays tiers qui ne sera plus du tout dans l'Union européenne, qui ne participera plus à ses règles et ses lois, et qui sera un pays tiers avec un accord de libre-échange qu'il va falloir négocier, qui va être compliqué mais qu'il faudra négocier en présentant nos intérêts bien entendu.

JEAN-MICHEL APHATIE
Donc Brexit l'un des enjeux de ce sommet. Il y en a un autre plus formel et plus institutionnel.

GILLES BORNSTEIN
Le président du Conseil européen, Donald TUSK, arrive en fin de mandat. Il voudrait rempiler mais son pays, la Pologne, ne le souhaite pas. Est-ce que ce poste pourrait revenir par exemple à François HOLLANDE ?

JEAN-MARC AYRAULT
Je crois que ça se fait par consensus comme ça s'est fait pour Donald TUSK la dernière fois et que, là, on s'achemine vers une proposition qui sera faite par le président en exercice de l'Europe, qui est Malte, et qui va consulter. A priori, il doit y avoir consensus pour la reconduction de Donald TUSK qui n'a pas démérité.

JEAN-MICHEL APHATIE
Sauf que la Pologne, son pays d'origine, y est opposée.

JEAN-MARC AYRAULT
C'est vrai mais pour des raisons qui relèvent de politiques intérieures polonaises, pour des règlements de comptes politiques qui n'ont pas à avoir des conséquences sur le fonctionnement de l'Europe. Je crois qu'au moment où justement vous venez d'évoquer le Brexit, avec tous les risques que ça peut comporter pour l'avenir de l'Europe, on a besoin de cohésion, on a besoin de solidité, on n'a pas besoin d'improvisation.

JEAN-MICHEL APHATIE
Plutôt besoin de continuité.

GILLES BORNSTEIN
Par ailleurs, Donald TUSK est libéral et le président de la République lui-même, le nôtre, a dit que le poste pourrait revenir à un socialiste, surtout si Martin SCHULZ gagne à l'automne prochain.

JEAN-MARC AYRAULT
Ce qui est vrai, c'est que l'Europe à 27, aujourd'hui à 28, c'est la même question : c'est l'équilibre politique qui doit prévaloir. Jusqu'à présent il y en avait un. Le président de la Commission, Jean-Claude JUNCKER du Parti populaire européen, le social-démocrate SCHULZ à la tête du Parlement européen et un libéral à la présidence du Conseil européen. Ça, cet équilibre aujourd'hui n'existe plus.

GILLES BORNSTEIN
Non, parce qu'ils sont tous les trois de droite.

JEAN-MARC AYRAULT
Il faut y veiller pour l'avenir. Nous sommes en période électorale dans beaucoup de pays. Les prochaines élections, c'est le 15 mars aux Pays-Bas, ensuite en France, ensuite en Allemagne.

GILLES BORNSTEIN
Mais HOLLANDE à la tête de l'Europe, c'est de la science-fiction totale ou ça pourrait arriver ?

JEAN-MARC AYRAULT
La désignation du futur président, c'est-à-dire le renouvellement de TUSK a priori, ça va se faire demain, enfin cette semaine.

GILLES BORNSTEIN
Ce sera trop tôt pour HOLLANDE.

JEAN-MARC AYRAULT
Donc François HOLLANDE est encore président de la République que je sache. Cette question ne se pose donc pas de cette façon.

JEAN-MICHEL APHATIE
L'Europe est face à beaucoup d'épreuves, je le disais, vous avez cité le scrutin qui aura lieu aux Pays-Bas la semaine prochaine, mercredi prochain, où l'extrême droite pourrait faire un score important. C'est aussi le cas en France. A défaut d'en prédire la victoire, Marine LE PEN est tout de même forte dans les sondages. Vous considérez que c'est une menace pour l'Europe ? On a dit que le Brexit était une menace pour l'Europe qui pouvait déstabiliser l'Europe et ça n'est pas le cas.

JEAN-MARC AYRAULT
Soyons clairs, l'Europe a des défauts, je ne vais pas dire le contraire. Il faut qu'elle s'améliore, il faudrait qu'elle protège plus, qu'elle investisse plus, qu'elle s'affirme plus sur la scène internationale. On fait des progrès en matière de sécurité, notamment les frontières, la protection des frontières. Là lundi dernier, j'étais à cette réunion des ministres des Affaires étrangères et le Conseil européen d'aujourd'hui et de demain va confirmer ce que nous avons proposé en matière de défense. Un état-major puisqu'il y a une première esquisse, plus d'autonomie stratégique, plus de capacité d'investissement. Bref, l'Europe s'affirme et elle doit s'affirmer de plus en plus. Pourquoi ? Aujourd'hui, nous sommes dans un monde qui n'a jamais été aussi incertain. Il y a le Brexit que vous venez d'évoquer, ce n'est pas rien, on ne mesure pas encore toutes les conséquences y compris pour le Royaume-Uni, son unité même, mais aussi l'élection de TRUMP qui est en train de changer les règles du jeu. Changer les règles du jeu notamment en matière commerciale, en revenant à une forme de protectionnisme, en envisageant de mettre des taxes aux frontières et qui peut avoir des conséquences extrêmement graves et qui peut provoquer une nouvelle crise commerciale et financière. Donc si l'Europe n'affirme pas sa cohésion et ne se protège pas, comme elle a su surmonter la crise de 2007, alors ce serait une catastrophe pour chacun de nos pays. Donc on est dans cet instant extrêmement grave, avec beaucoup d'adversaires de l'Union européenne, donc Brexit et aussi TRUMP mais aussi la Russie qui préfère avoir une Europe faible, donc on doit résister.

JEAN-MICHEL APHATIE
La sortie de l'euro, ce serait la fin de l'Europe d'après vous ?

JEAN-MARC AYRAULT
Oui, parce que les adversaires de l'Europe ne sont pas seulement parmi ceux que j'ai cités, ils sont aussi à l'intérieur de l'Europe. C'est les partis de droite, c'est les partis d'extrême droite. Marine LE PEN veut la sortie de l'euro, ça se traduirait par quoi la sortie de l'euro ? Obligatoirement et automatiquement par une montée considérable des taux d'intérêt. Pour vous donner un chiffre, en gros c'est trente milliards qu'il faudrait rembourser en plus d'être constante. Et donc c'est quoi trente milliards comme ça ? On dit trente milliards, ça ne veut peut-être rien dire mais trente milliards c'est à peu près le budget de la défense. C'est la moitié du budget de l'Education nationale et donc l'inflation suivrait immédiatement et l'inflation c'est pour ceux qui consomment- les classes populaires, les classes moyennes – une baisse de pouvoir d'achat immédiate et l'isolement de la France. Donc ça c'est la partie la plus absurde du point de vue de l'intérêt national du programme de Marine LE PEN dont on ne parle pas assez. Mais elle n'est pas la seule à défendre ça, il y a d'autres partis d'extrême droite, il y a des élections aux Pays-Bas qui disent la même chose. Donc on ne peut pas se permettre de laisser défaire et détruire l'Europe. […]

GILLES BORNSTEIN
Le candidat du Parti socialiste, il s'appelle Benoît HAMON, je vous le rappelle, critique non pas l'euro mais l'Europe telle qu'elle fonctionne actuellement et particulièrement la règle des 3 %. On l'écoute, c'était sur France Inter la semaine dernière.

BENOIT HAMON
Moi, je pense que cette barre des 3 % objectivement est un non-sens. Mon objectif, il est de ne plus caler une politique publique sur cela. Oui, il va falloir faire des choix qui supposent parfois de ne pas respecter forcément ce qu'est la trajectoire linéaire qui doit nous conduire à un objectif des 3 % au moins.

GILLES BORNSTEIN
A-t-il raison et pouvez-vous voter pour un candidat qui propose une telle politique ?

JEAN-MARC AYRAULT
Ca mérite une clarification, c'est évident, moi, j'ai été Premier ministre donc j'ai eu à travailler pour réduire les déficits de la France, qui étaient dans une spirale très très inquiétante, on était près de 5 % de déficits. Donc on a fait un effort considérable, mais on a obtenu un temps supplémentaire pour le faire parce qu'on nous demandait d'abord en fonction des règles que nous avions nous-mêmes acceptées de le faire dans les deux ans. On a vu que c'était très difficile, on a obtenu effectivement d'avoir plus de temps, alors un assouplissement…

JEAN-MICHEL APHATIE
Et nos partenaires européens nous ont accordé ce temps et maintenant le candidat du Parti socialiste dit…

JEAN-MARC AYRAULT
Ca ne s'est pas fait tout seul.

JEAN-MICHEL APHATIE
Non.

JEAN-MARC AYRAULT
C'est parce qu'il y a eu effectivement…

JEAN-MICHEL APHATIE
Et le candidat du Parti socialiste maintenant nous dit, moi si je suis élu, je ne respecterai pas, quand vous entendez ça, vous dites quoi ?

JEAN-MARC AYRAULT
Je dis qu'il faut expliquer pourquoi c'est une règle et ce n'est pas un dogme, c'est une règle qu'on s'est fixée collectivement lorsque l'euro a été créé.

GUY BIRENBAUM
Mais il le sait ça monsieur HAMON.

JEAN-MICHEL APHATIE
Il était au gouvernement.

JEAN-MARC AYRAULT
Je pense aux intérêts du pays, si on laisse filer la dette, parce qu'il s'agit de ça, on rembourserait encore plus d'intérêts d'emprunt et pourquoi il faut éviter ça, c'est parce que de quoi a besoin la France ? La France a besoin d'investissements et donc ne pas se donner de marges de manoeuvre en diminuant, je dirais, cette contrainte de la dette, c'est pénaliser le pays pour son avenir. On a besoin d'investir dans quoi ? On a besoin d'investir dans l'éducation, la formation professionnelle, dans la recherche, dans la transition énergétique, dans le numérique, on a besoin d'investir aussi dans la sécurité, la défense, on fait avec quel argent ? Si notre argent…

GILLES BORNSTEIN
Vous avez répondu à la première partie de la question…

JEAN-MARC AYRAULT
… alors il y a un problème. Ce problème, il est sur la table et c'est normal qu'à l'occasion d'une élection présidentielle ce point soit clarifié, donc là j'essaie de…

FABIENNE SINTES
Est-ce que c'est un casus belli pour votre soutien Monsieur AYRAULT ?

JEAN-MARC AYRAULT
Comment ?

FABIENNE SINTES
Est-ce que c'est un casus belli pour votre soutien…

JEAN-MARC AYRAULT
Non, c'est autre chose, j'y reviendrai tout à l'heure. Vous me parlez de question de fond, les questions de fond il faut les aborder, vous me posez une question de fond, j'y réponds clairement.

JEAN-MICHEL APHATIE
Est-ce que ceci vous empêche de soutenir la candidature de Benoît HAMON ?

JEAN-MARC AYRAULT
Je vois que Bernard CAZENEUVE a aujourd'hui rencontré Benoît HAMON.

JEAN-MICHEL APHATIE
A son QG oui.

JEAN-MARC AYRAULT
Je suis convaincu qu'il va lui dire tout ça et on verra quelle est la réponse. Je ne vais pas faire de procès d'intention…

JEAN-MICHEL APHATIE
Il dit dans Le Monde…

JEAN-MARC AYRAULT
Le projet du jour, c'est la clarification. J'ai écouté Bernard CAZENEUVE à plusieurs reprises, nous avons discuté ensemble, nous allons encore nous rencontrer tout à l'heure, nous avons le souci de la clarté avant le vote et nous avons le souci aussi de la prise en compte du bilan. Le bilan c'est quoi ? Est-ce qu'il a que des qualités le bilan ? Je ne parle pas seulement du mien, je parle du quinquennat et du bilan de François HOLLANDE, bien sûr qu'il n'a pas que des qualités sinon l'ambiance politique serait plus favorable au président sortant, il serait candidat, donc c'est un fait. Je ne sous-estime pas cette réalité. Il y a des frustrations, il y a des insatisfactions, mais en même temps viennent de tomber aujourd'hui des chiffres sur la création d'emploi dans le secteur marchand, secteur privé, pas dans la fonction publique, c'est près de 200 000 emplois et bien sûr ça vient tard, pourquoi ça vient tard ? Parce que la situation était très dégradée en 2012, plus dégradée que nous le nous l'imaginions, mais les efforts que nous avons faits, les réformes que nous avons faites, notamment en redonnant des marges de manoeuvre aux entreprises, le CICE, le pacte de responsabilité, le plan de formation etc portent ses fruits maintenant…

JEAN-MICHEL APHATIE
Et le candidat du Parti socialiste ne les prend pas en compte.

JEAN-MARC AYRAULT
Et donc ça il faut le prendre en compte comme un atout, pas comme un levier, comme un boulet, mais comme un atout, c'est très important.

GUY BIREMBAUM
Vous attendez…

JEAN-MARC AYRAULT
Parce que sinon si on a tout faux, si on a fait que des erreurs, pourquoi vouloir à tout prix voter à nouveau pour un socialiste ?

GUY BIRENBAUM
Vous avez employé le mot clarification, vous attendez des clarifications de Benoît HAMON.

JEAN-MARC AYRAULT
Je pense que c'est le sens de la visite de Bernard CAZENEUVE.

JEAN-MICHEL APHATIE
De Bernard CAZENEUVE.

JEAN-MARC AYRAULT
D'ailleurs, on voit bien que si cette clarification n'est pas faite, il y a toute une série de gens qui sont mal à l'aise, non pas seulement parce qu'ils veulent défendre le bilan ou parce que, ils ont considéré que la contestation permanente de l'action du gouvernement était préjudiciable, mais parce qu'ils trouvent qu'il y a une forme de cohérence et qu'ils veulent être rassurés sur cette cohérence, et puis, pour une autre raison, je vais vous dire, la principale raison, moi, je ne suis pas venu pour annoncer un soutien à tel ou tel candidat, ce matin, mais je suis venu pour, à la fois, exprimer une grande inquiétude, mais aussi dire une conviction, c'est que notre pays aujourd'hui, dans le contexte que j'avais décrit tout à l'heure, de dangers, de risques et de menaces, ne peut pas se permettre l'aventure. Et il y a une double aventure qui se profile devant nous, il y a le risque de Marine LE PEN, et il ne faut pas le sous-estimer, pourquoi, je dis il y a un risque Marine LE PEN ? Non pas, parce que ses propositions sur l'Europe peuvent convaincre, elles font peur, mais parce qu'il y a une sorte de ras-le-bol du système à l'égard du système politique, des partis politiques, il y a une certaine colère, et qu'il y a une tentation qu'il ne faut pas sous-estimer, de dire : bon, après tout, on n'a pas essayé, on peut renverser la table, et renverser la table, c'est un peu un coup de poker, et je ne suis pas en train de donner des bons et mauvais points, mais c'est simplement pour décrire un risque, et puis, il y a un deuxième risque, parce qu'il ne faut pas considérer que l'affaire est pliée, il y a la candidature de François FILLON, avec tous les malaises qu'il crée par son attitude, ses affaires, mais aussi l'attaque qu'il porte à l'Etat de droit et à l'indépendance de la justice, mais il y a une droite en France, elle existe, elle a envie de revanche. Et le programme de François FILLON, c'est un programme de régression sociale, de mise en cause de notre patrimoine de la Sécurité sociale, mais aussi, c'est un programme de purge, ça veut dire, quelqu'un qui donne le mauvais exemple, s'il était élu président de la République dirait aux Français : il faut vous serrer la ceinture beaucoup plus que vous ne l'avez fait encore, ça sera bien pire. Et donc moi, je dis, c'est un danger pour le pays, la cohésion nationale, la cohésion sociale, et l'avenir de la France.

FABIENNE SINTES
Mais quand je vous entends…

JEAN-MARC AYRAULT
Donc je ne veux pas prendre de ce risque.

FABIENNE SINTES
Quand je vous entends dire : notre pays ne peut se permettre l'aventure, est-ce que ça veut dire que…

JEAN-MARC AYRAULT
C'est la double aventure…

FABIENNE SINTES
Alors, voilà, mais est-ce que Benoît HAMON aussi, c'est une forme d'aventure finalement ?

JEAN-MARC AYRAULT
Il faut clarifier, il y a un candidat qui s'appelle Emmanuel MACRON, qui a présenté son programme, il y a des choses tout à fait positives dedans, il y a aussi des clarifications, là, qui sont nécessaires, et qui créent une dynamique, à l'évidence, à l'évidence…

JEAN-MARIE APHATIE
Alors, oui, MACRON, HAMON, allez-y…

JEAN-MARC AYRAULT
A l'évidence. Donc moi, ma réflexion à ce stade, c'est qu'est-ce qu'on fait à gauche, en tout cas, moi, je suis un socialiste, et reste socialiste, social-démocrate de conviction, c'est l'expérience, c'est aussi mon engagement européen, et je me dis : comment on fait pour empêcher Marine LE PEN, pour sécuriser les intérêts du pays, et empêcher une éventuelle élection de François FILLON…

JEAN-MARIE APHATIE
C'est une question qu'on veut vous poser…

JEAN-MARC AYRAULT
C'est une question qui se pose aux socialistes, à tous les socialistes.

JEAN-MARIE APHATIE
A tous les socialistes, et certains…

JEAN-MARC AYRAULT
A ce stade, elle se pose.

JEAN-MARIE APHATIE
Et certains ont apporté la réponse, Bertrand DELANOË hier, sur France Inter…

JEAN-MARC AYRAULT
Et en ce qui me concerne, je le répète encore une fois, je suis attaché à un certain modèle politique, économique et social, et à une méthode en particulier, celle de la démocratie sociale.

JEAN-MARIE APHATIE
La question que vous posez, Bertrand DELANOË l'a résolue, c'était hier sur France Inter.

BERTRAND DELANOË, ANCIEN MAIRE DE PARIS DOCUMENT FRANCE INTER
Peut-être que dans deux mois, l'idéologie et les méthodes de l'extrême droite dirigeront la France. Ça me hante. Il faut donner le maximum de force au premier tour, au candidat qui peut battre madame LE PEN. Sur tous ces points, je pense que le candidat qui se rapproche le plus de mes convictions de socialiste, réformiste, européen, réaliste, c'est Emmanuel MACRON.

JEAN-MARIE APHATIE
Voilà, hanté par Marine LE PEN, il dit, c'est Emmanuel MACRON.

JEAN-MARC AYRAULT
Oui, mais moi, je suis doublement hanté, je tiens à le répéter…

JEAN-MARIE APHATIE
Oui, vous l'avez dit…

JEAN-MARC AYRAULT
Par Marine LE PEN, et aussi par ce que propose François FILLON, sa conception de l'Etat…

JEAN-MARIE APHATIE
Il a le même raisonnement que vous…

JEAN-MARC AYRAULT
C'est extrêmement grave.

JEAN-MARIE APHATIE
Il a le même raisonnement que vous, est-ce que vous avez la même conclusion que lui ?

JEAN-MARC AYRAULT
Et donc, on ne peut pas faire prendre un risque au pays…

GILLES BORNSTEIN
Et donc ?

JEAN-MARC AYRAULT
Et donc on doit prendre ses responsabilités.

JEAN-MARIE APHATIE
Et donc ?

JEAN-MARC AYRAULT
Eh bien, donc, mais en même temps, on doit le faire dans la clarté ! Moi, je vous ai dit, je suis socialiste, j'ai participé à la refondation du Parti socialiste…

JEAN-MARIE APHATIE
Aujourd'hui, par manque de clarté, vous ne pouvez pas soutenir Benoît HAMON ?

JEAN-MARC AYRAULT
Non, je dis que, à la fois, il faut…

JEAN-MARIE APHATIE
C'est ça ?

JEAN-MARC AYRAULT
Non, non, il faut à la fois, je dirais, de la clarté, mais il faut aussi assumer ce qui a été fait avec les réussites et les échecs, il y a eu des échecs…

GILLES BORNSTEIN
Jean-Marc AYRAULT, ça fait deux mois que tous les socialistes disent ça à Benoît HAMON, il voudrait défendre le gouvernement, on le saurait ! Il est contre les 3 %, il ne soutient pas le gouvernement, donc, prenez vos responsabilités !

JEAN-MARC AYRAULT
Ne soyez pas à ce point impatient, je vous rappelle que, il y a une date qui est importante, qui vient très vite, c'est dans une semaine, c'est le dépôt des candidatures, la fin des parrainages…

GUY BIRENBAUM
Le 17 mars…

GILLES BORNSTEIN
… Alors Benoît HAMON, Emmanuel MACRON ?

JEAN-MARC AYRAULT
17 mars, vous la connaissez. Bon, donc voilà, et il n'y a pas de temps à perdre, si vous voulez ma réponse, il n'y a pas de temps à perdre, et en particulier pour les gens comme moi, socio-démocrate et socialiste sincère, qui veut que la gauche joue son rôle pour que, il y ait une discussion entre socialistes, qu'est-ce qu'on fait pour empêcher la menace, et surtout, porter un projet qui redonne confiance aux Français, ça, c'est très important. Et j'insiste aussi

JEAN-MARIE APHATIE
Aujourd'hui, par manque de clarification, on a compris…

JEAN-MARC AYRAULT
Non, mais, vous avez compris…

JEAN-MARIE APHATIE
Oui, on a compris !

JEAN-MARC AYRAULT
Gouverner, c'est aussi une méthode, c'est un président, un Premier ministre, un gouvernement, un Parlement, comment ça fonctionne, avec quelle majorité, gouverner, c'est aussi des réformes, et comment on les fait, le dialogue social, par exemple, pour réformer avec des compromis, sinon, ça ne marche pas.

FABIENNE SINTES
La suite de notre discussion dans une minute. […]

GILLES BORNSTEIN
Vous avez décidé de renoncer au vote électronique pour les Français de l'étranger, je crois qu'il y a 1 million et quelques d'inscrits, et François FILLON vous a sévèrement reproché cette décision qu'il impute à un déni de démocratie, enfin il parle d'un déni de démocratie. Qu'est-ce que vous lui répondez ?

JEAN-MARC AYRAULT
Je lui ai répondu qu'il ferait mieux de faire preuve de lucidité et de responsabilité, pour quelqu'un qui prétend pouvoir être président de la République, qu'on a le devoir de protéger l'intégrité d'un scrutin. Et il se trouve…

GILLES BORNSTEIN
Qui était vraiment menacé ?

JEAN-MARC AYRAULT
Oui, qu'il y a des menaces. Nous avons analysé le vote de 2012, et puis il y a eu des tests grandeur nature, sur un nombre très important d'électeurs, théorique, qui ont participé, 12.000 personnes, par l'Agence nationale de sécurité des services d'information qui est placée auprès du Premier ministre, quand j'étais Premier ministre j'ai d'ailleurs renforcé les moyens de cette agence parce qu'on voit bien que le numérique permet un énorme progrès, mais en même temps il présente aussi des risques, on le sait.

GILLES BORNSTEIN
Ces tests ont vraiment révélé des failles ?

JEAN-MARC AYRAULT
Et donc, sur la question des… donc, ces tests, grandeur nature, ont montré qu'il y avait un risque sur l'intégrité du scrutin. Donc, nous avons décidé de sursoir l'utilisation du vote électronique, par contre mon ministère a le devoir de tout faire pour permettre aux Français de l'étranger de voter aux élections législatives, donc nous allons augmenter le nombre de bureaux de vote, notamment pour ceux qui sont dans des régions éloignées. Nous avons aussi le vote par procuration, et surtout, quelque chose qui n'existe plus sur le territoire, enfin en métropole, c'est le vote par correspondance. Donc, les électeurs qui vont vouloir effectuer leur vote, leur devoir électoral, pourront le faire, on va leur faciliter les choses.

JEAN-MICHEL APHATIE
Donc, la décision est prise…

JEAN-MARC AYRAULT
Et ça ne veut pas dire que pour l'avenir on ne va pas retravailler et sécuriser un système de vote électronique

JEAN-MICHEL APHATIE
Donc la décision est prise...

JEAN-MARC AYRAULT
Elle est prise, il faut l'assumer.

JEAN-MICHEL APHATIE
Et la réponse à François FILLON est définitive.

JEAN-MARC AYRAULT
Mais, vous savez, ça participe à toutes les menaces qui existent, et le Conseil de défense, récemment, sous la présidence de François HOLLANDE, s'est réuni, et a travaillé là-dessus pour prendre des mesures pour qu'on ne puisse pas faire d'ingérence, de quelle que nature que ce soit, dans la vie politique française.

JEAN-MICHEL APHATIE
On parle beaucoup des affaires de François FILLON, mais Le Canard enchaîné hier évoquait Emmanuel MACRON, concerné par une enquête de l'Inspection Générale des Finances, un soupçon de favoritisme pour une entreprise lorsqu'il était au ministère de l'Economie, et Christian JACOB, président des députés Les Républicains à l'Assemblée nationale, s'est étonné que, sur cette histoire-là, le Parquet financier n'agisse pas avec la même célérité que pour François FILLON. On écoute Christian JACOB, c'était hier sur France Info.

CHRISTIAN JACOB
Il y a une suspicion de l'Inspecteur Générale des Finances, moi j'aimerai bien que le Parquet national financier se saisisse rapidement, ça va être intéressant d'ailleurs de voir si madame HOULETTE se précipite pour se saisir de cette affaire ou pas.

JEAN-MICHEL APHATIE
Deux poids deux mesures, est-ce que le Parquet…

JEAN-MARC AYRAULT
Voyez, c'est encore le même discours, c'est une attaque contre la justice, comme si la justice était Madame la Procureure générale HOULETTE aux mains du gouvernement. Mais, je vais vous dire…

JEAN-MICHEL APHATIE
Le Parquet financier a été très rapide sur François FILLON, pourquoi ne l'est-il pas sur Emmanuel MACRON ?

JEAN-MARC AYRAULT
C'est très simple, c'est très simple. Michel SAPIN a commandé une enquête à l'Inspection générale des finances après avoir eu connaissance qu'effectivement il y avait eu un certain nombre de marchés effectués non pas par le ministère d'Emmanuel MACRON qui est hors de cause dans cette affaire, par un opérateur du gouvernement qui s'appelle BUSINESS FRANCE. Il s'est avéré à la suite de l'enquête dont nous n'avons pas le rapport définitif que Michel SAPIN a commandé, qu'il y a eu des dysfonctionnements et que si certains faits relèvent du droit pénal, alors le ministre j'imagine saisira le parquet au titre de l'article 40. Ne vous faites aucun souci. Le droit sera respecté par le gouvernement.

JEAN-MICHEL APHATIE
Le parquet pourrait se saisir tout seul comme il l'a fait pour François FILLON.

JEAN-MARC AYRAULT
Attendez, attendez ! Il ne s'agit pas de… Au contraire, je dirais que le gouvernement est exemplaire. Il est informé de dysfonctionnements, il commande aussitôt une enquête à l'Inspection générale des finances. Cette enquête n'est pas encore totalement arrivée parce qu'elle n'est pas définitive mais le rapport n'est pas définitif. Aussitôt qu'il l'est, Michel SAPIN l'a dit, il prend ses responsabilités. N'ayez aucun doute sur ce sujet.

GUY BIRENBAUM
Le PDG du géant franco-suisse des BTP, LAFARGE-HOLCIM, a fait savoir hier qu'il était prêt à participer en fournissant des matériaux à la construction du mur que projette Donald TRUMP pour séparer par une frontière le Mexique des Etats-Unis. Qu'en pense le ministre des Affaires étrangères français ?

JEAN-MARC AYRAULT
Ecoutez, cette entreprise a déjà fait parler d'elle il y a peu de temps puisqu'elle a été accusée d'avoir financé Daesh pour pouvoir continuer ses activités en Syrie. Il y a paraît-il une enquête en cours et là, LAFARGE dit : « Je ne fais pas de politique. » Très bien, ils ne font pas de politique mais je rappelle quand même que les entreprises, et nous avons travaillé au gouvernement pour développer cette dimension, ont aussi une responsabilité sociale et environnementale. Il y a des entreprises qui adhèrent à cette démarche et qui savent qu'elles ont une responsabilité.

FABIENNE SINTES
Mais vous avez les moyens de dire à LAFARGE : « C'est non » ?

GUY BIRENBAUM
Que pouvez-vous faire ?

JEAN-MARC AYRAULT
D'abord, je condamne les méthodes de monsieur TRUMP. J'ai rencontré mon homologue mexicain des Affaires étrangères et je peux vous dire le malaise que ça crée au Mexique, le trouble profond dans la relation entre le Mexique et les Etats-Unis.

JEAN-MICHEL APHATIE
Et pour LAFARGE ?

JEAN-MARC AYRAULT
Et quant à LAFARGE, je l'appelle à ses responsabilités. Je n'ai pas de pouvoir. On est dans un Etat où les entreprises ont leurs propres responsabilités, l'Etat a les siennes et il n'y a pas de loi qui m'interdise de dire : « Vous ne pouvez pas prendre tel marché », mais il faut que cette entreprise réfléchisse bien. Non seulement une entreprise elle a beau dire : « Je ne fais pas de politique » mais elle a une responsabilité économique et sociale et environnementale.

JEAN-MICHEL APHATIE
Vous en appelez à sa responsabilité.

JEAN-MARC AYRAULT
Et d'autre part, elle devrait bien réfléchir à ses propres intérêts parce qu'il y a d'autres clients dans le monde qui vont regarder ça avec une certaine stupéfaction.

JEAN-MICHEL APHATIE
Dernière question de Guy BIRENBAUM.

GUY BIRENBAUM
Le Parisien révèle ce matin que 500 parrainages auraient été sollicités pour la candidature de François HOLLANDE. Ils seraient gelés. Des candidatures présidentielles dont je rappelle qu'elles sont closes le 17 mars. Est-il possible, monsieur AYRAULT, que François HOLLANDE soit finalement candidat ?

JEAN-MARC AYRAULT
En théorie, tout est possible et réciproquement.

GUY BIRENBAUM
Vous avez entendu parler de ça ?

JEAN-MARC AYRAULT
Je n'ai aucune raison de ne pas croire à la sincérité de la parole de François HOLLANDE lorsqu'il s'est exprimé devant les Français quand il a dit qu'il renonçait.

GUY BIRENBAUM
Donc c'est faux.

JEAN-MARC AYRAULT
Je n'ai aucune information. Comme vous, je l'ai lu ce matin dans Le Parisien. On peut, tous faire des hypothèses, il y a toujours des rumeurs dans tous les sens mais on n'est pas obligé de les relier systématiquement. Le président de la République s'est adressé solennellement devant les Français, il l'a fait en conscience. Ce n'était sans doute pas facile. Moi, j'aurais préféré qu'il ne se mette pas dans ce cycle de la primaire, il l'a fait mais il assume maintenant et je crois qu'il faut respecter sa décision.

JEAN-MICHEL APHATIE
Il y a peut-être quelqu'un qui a stocké les 500 parrainages et on attendra le 17 mars pour voir…

JEAN-MARC AYRAULT
Il y en a qui l'avaient fait aussi pour JUPPE, je vous le rappelle.

FABIENNE SINTES
Oui, mais il n'y en avait pas 500.

JEAN-MICHEL APHATIE
Il y en avait 242 je crois.

FABIENNE SINTES
Très exactement.

JEAN-MICHEL APHATIE
Merci Jean-Marc AYRAULT d'avoir accepté l'invitation de Franceinfo.

FABIENNE SINTES
Et merci à tous. A demain.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 10 mars 2017

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