Déclaration de Mme Juliette Méadel, secrétaire d'Etat à l'aide aux victimes, sur les objectifs de la politique publique de l'aide aux victimes dans les domaines de la pédo-psychiatrie et du psycho-traumatisme, à Paris le 7 mars 2017. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de Mme Juliette Méadel, secrétaire d'Etat à l'aide aux victimes, sur les objectifs de la politique publique de l'aide aux victimes dans les domaines de la pédo-psychiatrie et du psycho-traumatisme, à Paris le 7 mars 2017.

Personnalité, fonction : MEADEL Juliette.

FRANCE. Secrétaire d'Etat à l'aide aux victimes

Circonstances : Troisième table ronde du cycle de réflexion sur l'accompagnement psychologique des victimes, sur le thème "L'offre de soins psychologiques et psychiatriques : quelles réformes ?", à l'Institut mutualiste Montsouris (IMM), à Paris le 7 mars 2017

ti : Monsieur le Préfet, cher Christian,
Monsieur le Professeur CORCOS,
Monsieur le Professeur BAUBET,
Madame le Professeur ASHKENAZY
Mesdames et Messieurs les professeurs,
Mesdames et Messieurs,


Depuis plus d'un an, grâce à vos témoignages, à ceux des victimes, des professionnels de sante, j'ai constaté que l'accompagnement psychologique des victimes de terrorisme, d'accident collectifs, de drames de masse, et de drame individuels, souffrait d'un certain nombre de manques et ce malgré la compétence et le dévouement des professionnels : psychologues, psychiatres etc. Face à une demande accrue d'accompagnement des victimes d'infractions violentes et notamment d'actes terroristes, j'ai décidé l'année dernière d'engager une réflexion sur la façon d'améliorer l'accompagnement psychologique des victimes. J'ai voulu y associer tous les acteurs concernés : professionnels de l'intervention d'urgence, psychiatres, pédopsychiatres, psychologues, professionnels du secourisme, travailleurs sociaux, intervenants associatifs, représentants de victimes ou encore enseignants, chercheurs et étudiants.

Ces rencontres à caractère scientifique, appréhendées à la fois d'un point de vue théorique et opérationnel ont constitue un préalable indispensable pour savoir comment améliorer les dispositifs de prise en charge psychologique des victimes.

Depuis le début de ce cycle de tables rondes, votre participation active, votre mobilisation croissante témoignent d'un engagement profond, particulièrement louable et qui me touche sincèrement, car il est tout entier tourne vers la cause des victimes. Vous pouvez en être fiers ! Je tiens à vous en remercier à nouveau très chaleureusement.

Au-delà des spécialistes ayant directement contribue à la réussite de ce cycle, je tiens à remercier chacun d'entre vous qui avez répondu positivement à mon invitation pour contribuer au débat. Je salue le Professeur Maurice CORCOS et, à travers lui, le directeur général de l'IMM Jean-Michel GAYRAUD, pour nous avoir accueillis aujourd'hui dans cet amphithéâtre. Je remercie également le professeur Thierry BAUBET qui s'est particulièrement investi dans la préparation de cette table-ronde et l'animation des discussions et enfin Martin HIRSH qui a mobilise l'APHP.

Cette matinée de travail conclut un cycle dont l'objectif était de couvrir autant que possible les principaux axes de progrès à engager en matière d'accompagnement psychologique des victimes ; d'identifier les difficultés, les obstacles et les besoins des victimes.

La première table ronde était consacrée aux méthodes de prise en charge des traumatismes dans l'urgence et dans la durée. La deuxième nous a permis de travailler autour de la délicate problématique, mais o combien essentielle, de l'accompagnement psychologique des enfants et des adolescents. Nous venons enfin d'étudier la question de l'offre de soins.

Il en ressort une vingtaine de mesures concrètes dont vous aurez l'occasion de débattre dans un instant.

24 propositions pour être précise, 24 propositions issues de vos débats et du travail au long cours engage au sein du secrétariat d'Etat, avec les acteurs de terrain, les associations, les experts. Je pense par exemple à la recommandation issue du rapport de Madame Françoise RUDETZKI, que je remercie au passage, en faveur de la création d'un centre national de résilience et d'antennes territoriales.

Je pense également au dernier comité interministériel de suivi des victimes, qui a été pour moi l'occasion de tester et de compléter les pistes évoquées à l'occasion de ces tables rondes. Cette instance interministérielle constitue bel et bien un lieu de dialogue privilégié pour construire de manière collaborative la politique publique de l'aide aux victimes. Je sais que le Secrétaire général a l'aide aux victimes ici présent, Christian GRAVEL, saura s'y investir et je sais pouvoir compter sur la pleine mobilisation de ses équipes, en cours d'installation.


Ces 24 propositions répondent à six objectifs précis couvrant toutes les étapes de l'accompagnement psychologique des victimes. Il n'y a en effet de prise en charge efficace que si elle couvre tous les aspects de l'accompagnement des victimes, de l'urgence à la prise en charge, de la connaissance scientifique des mécanismes de la résilience à la création de traitements et soins innovants, de la formation des professionnels de santé aux psycho-traumatismes à la formation généralisée de la population aux gestes qui sauvent.


Premier objectif : améliorer l'accès aux soins

Il importe de mieux informer les victimes : une liste de psychologues et de psychiatres agréés par l'ARS et comprenant également les professionnels labellisés compètent en « psycho traumatisme » sera mise à la disposition des victimes dans chaque département, et consultable en ligne.

Ces psychiatres et psychologues agréés pourront proposer systématiquement à chaque victime ou personne impliquée dans un attentat ou un autre évènement grave un diagnostic de santé psychique gratuit (ou largement pris en charge par l'assurance maladie) à l'instar de l'accompagnement psychologique mis en place à Nice. Au terme de ce diagnostic, ils seront habilités à délivrer une attestation de constat des conséquences psychologiques d'un évènement traumatogène comme le propose le rapport de FR.

Enfin, le remboursement des consultations de psychologues agréés doit être généralisé : la prise en charge par la Sécurité sociale à hauteur de 50 euros des 10 séances de soutien psychologique sera renouvelée autant que nécessaire.

Le deuxième objectif : améliorer structurellement la prise en charge des victimes dans l'urgence et le post immédiat

Tout d'abord, il faut renforcer les moyens humains : avec la constitution d'une réserve de psychiatres et de psychologues volontaires, formes au psycho-traumatisme, mobilisables dans l'urgence pour intervenir dans les CUMP.

Cette réserve sera aussi mobilisable dans la durée, plusieurs mois après le drame. Il faudra donc renforcer le recrutement de professionnels de santé mentale dans la réserve sanitaire et conforter leur formation. L'expérience de l'hôpital Trousseau est exemplaire dans le post immédiat.

Il faudra également lancer une mission d'évaluation de la prise en charge psychologique globale des victimes et notamment de l'interaction et des synergies entre tous les acteurs et notamment les CUMP.

Et parce que le personnel aidant et soignant, qui reçoit les victimes, leur parle et les aide, doit aussi recevoir les récits douloureux, il importe de les sensibiliser au risque psychologiques pouvant les affecter. « Aider les aidant », c'est les former à l'accueil des victimes, les soutenir, et le préparer à supporter les conséquences psychologiques qui peuvent se manifester plusieurs jours après le drame et les accompagner ensuite.

Le troisième objectif : améliorer l'offre de soins psychologiques : la formation initiale et continue des professionnels.

Lors d'un attentat, pour un blessé physique, il y a dix blesses psychologiques. Or, n'y a pas assez de psychiatres, de pédopsychiatres. Le nombre de pédopsychiatres a diminué de 50% en 10 ans. Et ceux formes au psycho traumatisme sont encore trop rares.

Nous devons impérativement former plus de personnels de sante capables de prendre en charge ces traumatismes psychologiques.

Il faut également développer la formation des professionnels de tous les professionnels de santé, notamment les médecins généralistes, à la santé mentale afin d'améliorer le dépistage des troubles psychiques et de faciliter une orientation vers des spécialistes compétents.

Pour compléter cela, vous avez évoqué la nécessité de concevoir des modules de formation à la pédo-psychiatrie et sur le psycho-traumatisme, avec une gradation dans l'expertise allant de la simple initiation à la formation d'experts (comme le fait l'AP-HP).

Le quatrième objectif : enrichir nos savoirs en stimulant la recherche scientifique et les échanges de pratiques.

Comme nous l'ont démontré ce matin Mme Stéphanie VANDENTORREN et de M. Philippe PIRARD en présentant leurs études, la recherche et la connaissance scientifique sont indispensables pour connaître en profondeur les besoins des victimes et les mécanismes complexes de la résilience.

La mesure clef en ce domaine est la création du centre national de ressources et de résilience : il devra impulser les travaux de recherche, les conduire si possible, concevoir des formations, les tenir à jour et tenir à jour la liste d'experts et de personnes ressources mobilisables.

Ce centre de résilience sera la tête de réseau des centres territoriaux de résilience dont les retours d'expérience, permettront de nourrir les travaux de recherche.

Au regard des retours d'expérience effectués à la suite de l'attentat de Nice dont de trop nombreuses victimes étaient des enfants, nous devons améliorer nos connaissances concernant les mécanismes de la résilience chez les jeunes publics. Leur prise en charge est indispensable et efficace on le sait : les séquelles disparaissent quand le traumatisme est prise en considération au bon moment.

C'est pour cela que je soutiendrai la mise en place d'une recherche clinique sur une cohorte d'enfants victimes ou impliques de l'attentat de Nice.

Le cinquième objectif : améliorer la coordination entre les acteurs professionnels, dans les territoires et au niveau national.

La mesure essentielle à mes yeux est la création des centres territoriaux de la résilience : dotés de psychiatres et de psychologues spécialisés dans le psycho-trauma, ils délivreront des soins et seront évidemment tous dotés d'un département « pédo-psychiatrie »

Ces centres s'inscriront dans le cadre d'un plan d'actions «  troubles psychiques post-traumatiques » formalisant un partenariat entre le ministère de la Défense à travers son service de santé des armées et le ministère de la Sante. Nous avons beaucoup a apprendre de l'expérience militaire en termes de damage control et de suivi psychologique des victimes d'actes de guerre. Nous devons ainsi approfondir le travail sur la déclinaison civile des pratiques militaires.

Ils seront au coeur de la cartographie territoriale des acteurs et personnes ressources. Il est indispensable que tous les services concernés par la prise en charge des victimes puissent identifier rapidement les bons interlocuteurs.

Enfin le sixième et dernier objectif est de faire de toute la société un acteur de la résilience.

Résister à la terreur et à la peur c'est d'abord mobiliser toute la société. Je vois deux manières de le faire :

- d'abord la formation aux gestes qui sauvent. Chaque personne est en effet susceptible de se trouver sur les lieux d'un attentat, d'être témoin d'un accident, de subir une catastrophe naturelle. Il est pour moi indispensable que tous les français puissent, en situation de crise, venir en aide aux autres.

A ce titre, j'ai confie à MM. Patrick PELLOUX et Eric FAURE une mission étudiant la faisabilité d'une formation obligatoire aux gestes qui sauvent et aux comportements adéquats en cas d'évnement grave. Leur rapport me sera remis a la fin du mois.

- ensuite la mise en place d'une réserve citoyenne : des volontaires agréés par l'ARS avec le centre nationale de résilience, formées pour pratiquer les premiers secours sanitaires y compris, en termes psychologiques. A l'instar de la réserve citoyenne israélienne, ces réservistes auront reçu une formation aux « mots qui sauvent »


Les débats qui vont suivre sont essentiels pour approfondir ces propositions. Fidèle à ma méthode : j'ai co-construit les réformes que je propose avec les principales parties prenantes : avec vous, professionnels de santé, professeurs, experts, psychologues, psychiatres, avec vous, victimes, associations de victimes, juristes, et responsables administratifs, parlementaires, acteurs de terrain.

Je tiens à vous remercier pour votre engagement, précieux, à nos cotés, dans cette dernière ligne droite du quinquennat. Le SGAV, présent ce matin, reprendra le flambeau de cette oeuvre que je veux pérenne, au service de tous, et surtout de l'avenir.


Je vous remercie.


Source http://www.gouvernement.fr, le 10 mars 2017

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