Interview de Mme Juliette Méadel, secrétaire d'Etat à l'aide aux victimes, à BFMTV/RMC le 22 mars 2017, sur le remaniement ministériel, la transparence de la vie politique, le climat de la campagne électorale de la présidentielle et la pérennisation du service public de l'aide aux victimes. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de Mme Juliette Méadel, secrétaire d'Etat à l'aide aux victimes, à BFMTV/RMC le 22 mars 2017, sur le remaniement ministériel, la transparence de la vie politique, le climat de la campagne électorale de la présidentielle et la pérennisation du service public de l'aide aux victimes.

Personnalité, fonction : MEADEL Juliette, BOURDIN Jean-Jacques.

FRANCE. Secrétaire d'Etat à l'aide aux victimes;

ti : JEAN-JACQUES BOURDIN
Notre invitée ce matin est Juliette MEADEL, secrétaire d'Etat chargée de l'aide aux victimes. Juliette MEADEL, bonjour.

JULIETTE MEADEL
Bonjour.

JEAN-JACQUES BOURDIN
C'est une première pour vous ici-même à 8 heures 35. C'est bien, c'est bien.

JULIETTE MEADEL
Oui, c'est une première. J'ai des tas de choses à vous raconter.

JEAN-JACQUES BOURDIN
J'en suis certain, j'en suis certain. Nous allons parler des victimes, de l'aide aux victimes.

JULIETTE MEADEL
J'espère. Je suis là pour ça.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais nous allons parler de politique aussi évidemment.

JULIETTE MEADEL
Oui.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous savez qu'en ce moment est en train de se dérouler la passation de pouvoir entre Bruno LE ROUX, qui part, et Matthias FEKL, qui arrive au ministère de l'Intérieur. Bruno LE ROUX, démission. Logique cette démission.

JULIETTE MEADEL
Oui, parce que c'est dans la lignée de ce que François HOLLANDE a toujours dit. Ç'a commencé avec l'affaire Cahuzac et l'idée c'est qu'à partir du moment où un membre du gouvernement est sous le coup d'une probable enquête, et l'enquête préliminaire a même été déclenchée hier par le procureur, il doit se mettre en retrait. Je dois dire que c'est un progrès, ça ne traîne pas. Je m'étonne d'ailleurs que nous ayons un candidat à la présidentielle à droite qui, lui, traîne et considère qu'à partir du moment où il est mis en examen, ça ne justifie pas un retrait.
Je ne veux pas en faire des louches sur ce sujet-là mais quand même, sur la question du respect de la parole donnée, juste ça. François FILLON nous explique il y a un mois et demi que si jamais il est mis en examen, il se retire : il est mis en examen, il ne se retire pas. C'est intéressant parce que ça veut dire qu'il n'accorde aucune importance à sa parole. François HOLLANDE et Bernard CAZENEUVE hier ont honoré leurs engagements et leur parole.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais pour François HOLLANDE, c'est une longue liste. Une longue liste ! Vous vous rendez compte de l'effet et de l'impact que ça a ?

JULIETTE MEADEL
Je le déplore.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Si je prends la liste, on pourrait presque composer un gouvernement bis, un gouvernement d'exclus, un gouvernement d'hors-la-loi.

JULIETTE MEADEL
Mais bien sûr, je le déplore. La nouveauté, c'est que maintenant ça ne traîne pas. La nouveauté, c'est que nous, nous avons adopté des lois qui sont des lois sur la transparence de la vie publique. Nous, nous avons créé la haute autorité pour la transparence de la vie publique. C'est vrai que, du coup, ça donne une mauvaise image mais en même temps, ce qui compte c'est qu'on réagisse. On ne va pas, d'un coup de baguette magique, tout transformer.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Juliette MEADEL, personne n'a contredit Bruno LE ROUX lorsqu'il faisait la leçon à François FILLON. Parce qu'il a fait la leçon à François FILLON comme beaucoup. « Il devrait y avoir une règle simple. L'emploi d'un conjoint par un parlementaire ne devrait pas être autorisé, ça peut prêter à suspicion. »

JULIETTE MEADEL
Je ne vais pas commenter le passé, franchement. On a peu de temps devant nous, on a des tas de choses à dire. Je voudrais qu'on parle aussi des sujets qui nous concernent et en particulier de ceux dont je m'occupe.

JEAN-JACQUES BOURDIN
D'abord, c'est moi qui décide ici des sujets qu'on parle, Juliette MEADEL. Vous le savez.

JULIETTE MEADEL
Je n'ai pas la prétention de conduire l'interview. Néanmoins, j'ai quand même des choses à vous dire.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais ce n'est pas une question de prétention, non, non.

JULIETTE MEADEL
Non mais vous savez pourquoi je vous dis ça ?

JEAN-JACQUES BOURDIN
Non, allez-y.

JULIETTE MEADEL
C'est important. Parce que plus on en rajoute sur ces questions et plus on décrédibilise.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ce n'est pas nous qui en rajoutons, c'est vous, la classe politique, qui en rajoutez. Pardon.

JULIETTE MEADEL
Et donc, plus on commente sur le passé, et plus on entrave et on abîme l'avenir. La décision qui a été prise est bonne. Il y a une remarque, une remarque.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais les Français n'en peuvent plus. Ils n'en peuvent plus !

JULIETTE MEADEL
Je m'étonne que nous n'ayons pas fait la lumière lors du débat qui s'est tenu il y a quelques jours et que nous n'ayons pas entendu ce que François FILLON et Marine LE PEN avaient à nous dire sur leur situation. J'aurais voulu qu'ils l'expriment eux-mêmes.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais attendez ! Il y avait Benoît HAMON, il y avait Jean-Luc MELENCHON, il y avait Emmanuel MACRON dans ce débat. A eux de porter l'affaire sur la table, non ?

JULIETTE MEADEL
Je voudrais que d'eux-mêmes François FILLON et Marine LE PEN fassent la lumière. Nous à gauche, nous le faisons. Nous prenons des décisions.

JEAN-JACQUES BOURDIN
C'est-à-dire qu'ils se retirent ? Qu'ils se retirent ?

JULIETTE MEADEL
Je dis simplement que nous à gauche, quand il y a l'un des nôtres qui est mis en cause, il se retire. Nous, nous agissons. Eux non seulement n'agissent pas mais, en plus, ils ne s'expriment pas sur le sujet.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Juliette MEADEL, vous n'avez pas choisi, vous. Vous ne savez pas pour qui vous allez voter le 23 avril.

JULIETTE MEADEL
Vous savez très bien que nous sommes dans un moment difficile. Je suis membre du gouvernement, nous sommes aujourd'hui au travail. J'étais hier par exemple dans l'Ain où je suis allée voir en particulier, et on va y revenir, les enfants qui sont victimes de violence mais aussi les victimes d'attentat. Dans la période, dans un moment où en plus ce week-end nous sommes passés à deux doigts de catastrophes avec Orly où il a failli y avoir un attentat important qui a été heureusement maîtrisé, à Grasse vendredi dernier où il y a eu également une intrusion dans un lycée, nous sommes dans un moment où ça n'est pas important aujourd'hui de commencer à faire campagne.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Il ne s'agit pas de faire campagne.

JULIETTE MEADEL
Je le crois pour une raison simple. C'est que je suis ministre de la République et les personnes dont je m'occupe ne comprendraient pas que je sois, à ce stade en tout cas, en train de faire campagne.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais on ne vous demande pas de faire campagne. Je ne vous demande pas cela, je vous pose une question toute simple. Est-ce que vous savez pour qui vous voterez le 23 avril ?

JULIETTE MEADEL
Et je vous ai dit en venant ici, et en venant vous voir, que je ne vous dirai pas à ce stade ce que je vais voter.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais je ne vous le demande pas.

JULIETTE MEADEL
Mais bien sûr. Mais Jean-Jacques BOURDIN, est-ce que vous croyez franchement que pour vos auditeurs, ça changera quelque chose de savoir ce que Juliette MEADEL va voter ?

JEAN-JACQUES BOURDIN
Non, non. Ça, je suis d'accord avec vous : rien du tout.

JULIETTE MEADEL
Vous êtes bien d'accord avec moi. Le sujet qui compte aujourd'hui, c'est que j'aimerais bien qu'on parle aussi de ce qui est important dans cette campagne.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Le sujet majeur, c'est quand même aussi le choix d'un président de la République, non ?

JULIETTE MEADEL
Bien sûr que c'est un sujet majeur. Mais vous savez très bien qu'en tant que ministre, je vous le rappelle, nous sommes aussi au service de tous les Français. Nous sommes au service de tous les Français et vous savez très bien que si on rentre aujourd'hui à ce stade, en ce 22 mars – d'ailleurs, je voudrais parler de cette date – si on rentre aujourd'hui dans le jeu, le petit jeu de qui soutient qui, un peu plus l'un et un peu plus l'autre, on ne va parler que de ça. On ne va pas parler par exemple du 22 mars. Vous savez ce qui s'est passé le 22 mars il y a un an, Jean-Jacques BOURDIN ? Le 22 mars à Bruxelles, l'attentat de Bruxelles, 32 morts, 320 blessés, un Français est mort.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Avec une commémoration aujourd'hui à Bruxelles.

JULIETTE MEADEL
Oui, voilà. Ça, c'est un sujet et ça va déterminer la campagne, beaucoup plus que de savoir ce que tel ou tel ministre pense ou va faire. Le vrai sujet, c'est ça. Les Français ont besoin d'être protégés. Comment on les protège ?

JEAN-JACQUES BOURDIN
On est bien d'accord.

JULIETTE MEADEL
Ça fait un mois et demi qu'on ne parle que des affaires. Ça fait un mois et demi qu'on ne parle que de savoir un peu plus l'un, un peu plus l'autre. Je voudrais qu'on parle de protection. Vous qui vous intéressez au fond, donnez-moi l'occasion de parler de comment on va protéger les Français dans les cinq années qui viennent.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Pourquoi est-ce qu'on ne parle que des affaires ? Pourquoi ?

JULIETTE MEADEL
Parce qu'il y a un vrai sujet.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Heureusement, heureusement.

JULIETTE MEADEL
Attendez, quand je dis : « On ne parle que », je ne dis pas qu'il n'y a pas de sujet.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Parlons d'affaire. Tiens, écoutons Bruno LE ROUX justement.

[Passation de pouvoir de Bruno LE ROUX à Matthias FEKL]

JEAN-JACQUES BOURDIN
Voilà. C'était Bruno LE ROUX. Il ne va pas nous donner de leçon de morale quand même, non, en quittant le ministère de l'Intérieur, franchement.

JULIETTE MEADEL
Ecoutez, il quitte le ministère. Le président de la République et le Premier ministre ont pris la décision.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, il est temps. Il est temps.

JULIETTE MEADEL
On ne peut pas dire que ça ait traîné.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais il était temps, non ?

JULIETTE MEADEL
Oui. C'est bien que ce soit fait rapidement. Bien sûr, il ne faut pas que ça traîne.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Alors parlons, puisque vous voulez parler et vous avez raison, de l'aide aux victimes. J'ai vu la colère des familles deux ans après le crash des deux hélicoptères qui emportaient des techniciens, des membres de la production mais aussi Florence ARTHAUD, Camille MUFFAT, Alexis VASTINE. Où en est l'enquête ? Les familles nous disent : « Nous ne savons rien de l'enquête. Où en est-elle ? Elle n'avance pas. » Est-ce qu'elle avance cette enquête ?

JULIETTE MEADEL
D'abord, comme vous le savez, précaution d'usage mais je veux quand même le redire ici : le pouvoir exécutif et le pouvoir judiciaire ne se parlent pas. Heureusement d'ailleurs. Regardez ce qui se passe dans l'affaire de Bruno LE ROUX. Le parquet a déclenché l'enquête rapidement et, comme vous le savez, il n'y a jamais aucune instruction politique. Dans ce cas aussi, déterminer comment un crash entre deux hélicoptères s'est fait, quelles sont les causes, y a-t-il eu négligence, y a-t-il eu une erreur, ça prend du temps.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Juliette MEADEL, les familles vous demandent des informations sur l'enquête. Vous pouvez leur en donner ou pas ?

JULIETTE MEADEL
Je suis en train de vous expliquer. Vous savez, ça mérite qu'on prenne deux minutes.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, mais à force de prendre deux minutes, plus cinq minutes…

JULIETTE MEADEL
Le juge d'instruction est heureusement indépendant. C'est lui qui conduit son enquête et donc ça n'est pas à moi, membre du gouvernement, de lui dire : « Il faut aller vite » ; ça n'est pas mon travail. En revanche, quel est mon travail ? C'est 1. de recevoir les victimes ; 2. de veiller à ce qu'elles aient été bien prises en charge ; 3. de veiller, et c'est prévu par le Code de procédure pénale, qu'elles sont informées par leur avocat de l'avancée de l'enquête et que le juge d'instruction communique avec elles.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Elles manquent d'informations apparemment.

JULIETTE MEADEL
Ça, c'est mon travail. C'est ce que nous faisons et d'ailleurs je les reçois dans quelques jours à mon ministère.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Elles ont besoin d'informations dans tous les cas, on est bien d'accord.

JULIETTE MEADEL
Mais bien entendu. Le premier travail de l'aide aux victimes, c'est la transparence mais dans la limite de la Constitution, Jean-Jacques BOURDIN. Ne me demandez pas de faire le travail du juge ou alors, on ne serait plus en démocratie.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Le proviseur de Grasse, comment va-t-il ?

JULIETTE MEADEL
Le proviseur de Grasse a été, comme vous le savez, opéré. Il est sorti de l'hôpital.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui. Comment va-t-il ?

JULIETTE MEADEL
Il se remet doucement. Il a été d'un courage exceptionnel, je veux le souligner ici, puisqu'il s'est interposé, puisqu'il a évité un carnage.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Légion d'honneur ?

JULIETTE MEADEL
Ce serait bien, oui. Ce serait bien. Franchement, quand on voit un dévouement pareil, quelqu'un qui est au péril de sa vie, oui ce serait bien.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Demandez-la pour lui.

JULIETTE MEADEL
Mais bien entendu.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous allez le faire ?

JULIETTE MEADEL
Mais bien entendu que je vais le faire. Vous savez, quand on a des actes de bravoure comme ça, il faut non seulement évidemment lui remettre la Légion d'honneur mais surtout dire et l'ériger évidemment en exemple. Il y en a beaucoup des comme ça. Il y en a beaucoup des comme ça. Ce que je vois sur le terrain, encore hier où j'étais dans l'Ain pour m'occuper y compris des enfants qui sont victimes de violence, c'est des tas, des dizaines de personnes comme ce proviseur qui aide les autres, que se dévouent. Ça, on doit en parler. On doit les valoriser, on doit faire la lumière sur ces comportements héroïques. Il y en a beaucoup.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Est-il vrai que depuis le début de l'année plusieurs attentats ont été évités ?

JULIETTE MEADEL
Bien sûr, oui. De nombreux attentats.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Attentats terroristes ?

JULIETTE MEADEL
Oui, de nombreux attentats terroristes. Ça n'est pas à moi de le dire, c'est au ministre de l'Intérieur, mais il faut que vous sachiez que les forces de l'ordre, les services de renseignement, les militaires, tout le monde est en vigilance, en action, sur le qui-vive et c'est aussi ce qui fait que nous avons pu éviter des attentats. C'est ce qui fait aussi que nous devons aujourd'hui rendre hommage au travail considérable qui est fait et par les militaires et par les forces de l'ordre. Vous dites : « Oh là là, vous dites tout le temps ça. »

JEAN-JACQUES BOURDIN
Non, non, pas du tout.

JULIETTE MEADEL
Mais franchement, je les admire. Je les admire et j'admire toute la chaîne des forces de l'ordre, y compris parce que même dans les commissariats, on s'occupe des victimes. Ça va vous étonner, Jean-Jacques BOURDIN, mais hier j'étais dans un commissariat à Bourg-en-Bresse et vous savez ce que font les policiers ? Ils ont mis un bureau dédié, ouvert pour les victimes d'attentats, de violences, pour que puissent être écoutées et entendues leurs souffrances et que ça se traduise ensuite par des dépôts de plaintes. Ça veut dire que les forces de l'ordre s'occupent aussi de prévention, d'assistance, d'aide et d'aide aux victimes. Ça, c'est une innovation et je veux le saluer.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Juliette MEADEL vous m'avez dit tout à l'heure que vous ne vouliez pas faire campagne parce que vous serez ministre jusqu'au bout, c'est bien ça ?

JULIETTE MEADEL
Non seulement je suis ministre jusqu'au bout mais c'est aussi ce que prévoit la réglementation.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous ne ferez pas campagne, absolument pas.

JULIETTE MEADEL
Aujourd'hui, je ne suis pas en train de faire campagne. Vous imaginez que dans un moment, à mes fonctions…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous ne parlerez pas d'Europe, vous ne parlerez pas… Non ?

JULIETTE MEADEL
Attendez. Il faut distinguer deux choses. Je m'occupe des victimes, vous le savez, et donc à mes fonctions. Bien entendu que j'ai un avis politique et on va parler d'Europe, on va parler de tous ces sujets, et je vais même vous parler à ma place de ce que j'attends pour les cinq prochaines années sur l'aide aux victimes. Je voudrais qu'on en parle beaucoup plus, à commencer par une chose : dire que le prochain président de la République, que dans la campagne un candidat à la présidentielle puisse dire : « Oui, je prolongerai le service public de l'aide aux victimes. Je lui donnerai des moyens. »

JEAN-JACQUES BOURDIN
Je n'ai rien entendu pour l'instant.

JULIETTE MEADEL
C'est pour ça que j'ai écrit une tribune dans ce sens la semaine dernière. « Je lui donnerai des moyens, je ferai en sorte que les victimes aient toujours un interlocuteur, que les financements soient là pour les accompagner y compris dans tous les actes de leur accompagnement psychologique, y compris dans leur retour à une vie normale. » Quand vous avez été victime d'une violence, quand un enfant a été victime d'une violence, savez-vous combien il y a aujourd'hui d'enfants qui sont victimes de violence intrafamiliales ? Un chiffre ? Cent mille. Cent mille enfants sont victimes de violences sexuelles ou de maltraitance physique dont l'écrasante majorité dans la sphère familiale.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Cent mille qu'on connaît, Juliette MEADEL.

JULIETTE MEADEL
Absolument. Cent mille qu'on connaît. Cent mille qui ont déposé plainte.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Je vous dis ça, je peux me poser la même question concernant les femmes victimes d'hommes violents par exemple.

JULIETTE MEADEL
Et vous avez tout à fait raison de poser cette question-là.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Qui ne sont pas toujours très bien accueillies lorsqu'elles viennent déposer plainte ou lorsqu'elles viennent accuser celui qui les bat.

JULIETTE MEADEL
Vous avez totalement raison. 85 % des femmes victimes de violences renoncent à porter plainte. Ce qu'il faut savoir, c'est que quand il y a des enfants ils sont aussi victimes de violences.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Pourquoi ? Parce qu'elles ne sont pas entendues ?

JULIETTE MEADEL
D'abord, il faut qu'elles sachent qu'elles sont légitimes à porter plainte. 2. Parce que, oui, dans les commissariats il faut former aussi ceux qui accueillent ces plaintes et favoriser les intervenants sociaux. Il y a 280 intervenants sociaux dans toute la France dans les commissariats mais il faut encore aller plus loin. Il y a un gros travail qui est fait par les forces de l'ordre, il y a un gros travail qui est fait par les associations. Il faut aller plus loin et il faudrait même que la question de la lutte contre les violences faites aux enfants devienne une grande cause nationale. Pourquoi ? Parce qu'un enfant qui est brisé avant l'âge de dix ans et qui n'est pas accompagné, c'est un adulte en souffrance et c'est aussi potentiellement un adulte violent.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Merci Juliette MEADEL d'être venue nous voir ce matin.

JULIETTE MEADEL
Merci à vous.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 24 mars 2017

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