Déclaration de Mme Barbara Pompili, secrétaire d'Etat aux relations internationales chargée de la biodiversité, sur la politique de lutte contre la déforestation, à Paris le 21 mars 2017. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de Mme Barbara Pompili, secrétaire d'Etat aux relations internationales chargée de la biodiversité, sur la politique de lutte contre la déforestation, à Paris le 21 mars 2017.

Personnalité, fonction : POMPILI Barbara.

FRANCE. Secrétaire d'Etat aux relations internationales sur le climat, chargée de la biodiversité

Circonstances : Réunion du Groupe national sur les forêts tropicales - Agence française de développement, à Paris le 21 mars 2017

ti : Participer au lancement d'un processus qui s'étalera sur de nombreux mois, quand on est membre d'un gouvernement qui approche de la fin de sa mission c'est la règle de la temporalité démocratique n'est pas un exercice aisé.

Parce qu'on encourt deux risques : le premier serait de ne rien dire, de se contenter d'un message de bienvenue, convenu, de simple politesse et sans véritable contenu politique ; le second serait de prendre des engagements d'autant plus ambitieux qu'on sait qu'on n'aura probablement pas à en garantir la concrétisation.

En venant devant vous aujourd'hui ouvrir votre séance de travail, je vais tenter d'éviter ces deux risques.

Ne rien dire est exclu, pour trois raisons : en premier lieu, parce que le sujet dont vous êtes saisi est essentiel à l'équilibre de notre planète en général, et à la Biodiversité en particulier, en deuxième lieu, parce que nous devons avoir conscience de nos responsabilités propres sur la question de la déforestation tropicale, et enfin, aussi, parce que l'expérience qui est la mienne en la matière peut, j'ai en tout cas la faiblesse de le penser, être utile à vos travaux.

D'abord, un constat : le recul de la forêt perdure, malgré la prise de conscience du danger qu'il représente.

La perte nette de forêts, et particulièrement de forêts tropicales, demeure considérable, même si on enregistre un ralentissement global du rythme de la déforestation : entre 2000 et 2010, la couverture forestière mondiale a ainsi diminué de 52 millions d'hectares.

L'impact sur le climat est significatif, puisque cela représente environ 11 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre.

Et la Biodiversité est aussi impactée, puisque de nombreuses espèces animales ou végétales voient leur habitat se fragmenter, se réduire voire disparaître, au point de menacer leur existence.

Sur le volet climatique, un processus de mobilisation politique s'est mis en place dans le contexte de la COP21, faisant suite à la Déclaration de New York sur les forêts de septembre 2014. La forêt est ainsi mentionnée à l'article 5 de l'Accord de Paris et un Agenda de l'Action sur la forêt a été lancé. La communauté internationale poursuit cet engagement sur les liens climat-forêts, comme en témoignent notamment les actions organisées par le Maroc lors de la COP22.

De la même manière que la lutte pour le climat passe par la protection des forêts tropicales, il n'est pas possible de prétendre vouloir endiguer la perte de biodiversité à l'échelle de la planète sans aborder cette question.

Ce n'est d'ailleurs pas un hasard si la COP13 de la convention internationale sur la diversité biologique, à laquelle je représentais la France à Cancun en décembre dernier, a consacré une partie des travaux du segment ministériel à la question de la forêt.

Et sur cette perte de forêts, notre pays a des responsabilités à assumer, et ce à plusieurs titres : d'une part, et j'ai pu le constater lors de mon déplacement en Guyane, parce que la France possède des forêts tropicales sur son territoire national. Mais aussi, parce que notre mode de vie est un des facteurs de la déforestation constatée sur notre planète.

La croissance démographique et la croissance économique basée sur l'exportation de matières premières (produits agricoles principalement, bois et minerais) constituent les principales causes sous-jacentes de la déforestation.

Et sur ce dernier point, nous ne pouvons pas échapper à nos responsabilités : selon une étude commandée par la Commission Européenne, l'Europe serait responsable de plus du tiers de la déforestation liée au commerce international.

Une poignée seulement de productions présentant des risques pour les forêts notamment l'huile de palme, le bœuf, le soja et la pâte à papier représentent plus de 70 % de toute la déforestation dans les forêts tropicales.

Assumer ses responsabilités impose et là, c'est d'expérience que je vous parle d'être également humble, et conscient des limites d'une action qui se cantonnerait à une démarche nationale.

Chacun a sans doute en tête les débats parlementaires, lors de l'examen de la loi sur la reconquête de la Biodiversité, de la nature et des paysages, l'an dernier.

Le parlement a longuement débattu d'un amendement visant à augmenter la taxe d'importation de l'huile de palme à finalité alimentaire. Et ces débats ont été très observés et largement commentés.

Cette piste n'a pas été menée à bien, pour de multiples raisons qu'il ne me revient pas de détailler ici.

Mais je veux vous dire que je pense que, de toutes façons, elle n'était pas la bonne option : d'abord, parce que notre pays consomme, pour l'alimentation, moins de 0,1 % de l'huile de palme produite dans le monde. La taxation envisagée n'aurait donc probablement eu aucun effet direct sur la déforestation liée à la production de l'huile de palme, alors qu'elle aurait pu avoir des conséquences réelles sur les agents économiques utilisateurs en France, sans parler nos relations avec les pays producteurs. On a là l'illustration de la nécessité d'agir, a minima, dans un cadre européen.

Mais il est une deuxième raison qui me fait penser que la piste envisagée n'était pas la plus efficace : c'est son périmètre.

Traiter des produits en fonction de leur usage en l'espèce, on ignorait la question des huiles utilisées pour la production de biocarburants plutôt qu'en fonction de leur mode de production, c'est probablement prendre le problème à l'envers.

En particulier, parce que cela renverrait un message délétère aux producteurs, et notamment à ces femmes et ces hommes qui, dans les grands pays concernés, sont sortis de la misère grâce à la culture de l'huile de palme : on ne réussira jamais à mettre fin aux dégâts environnementaux si cela devait se payer au prix d'un retour au sous-développement.

C'est donc bien sur les conditions de la production que nous pouvons agir à la fois le plus efficacement et le plus durablement. C'est d'ailleurs ce que m'avait dit le WWF, qui insistait, à juste titre, sur le sujet des certifications.

Cela vaut au demeurant pour toutes les productions qui ont aujourd'hui des conséquences environnementales sur la biodiversité et qui se font au détriment des forêts tropicales.

C'est cette voie que nous avons privilégiée, avec Ségolène Royal, en signant au nom de la France, en décembre dernier, les 2 Déclarations d'Amsterdam.

Et c'est cette voie dans laquelle nous devons nous attacher à entraîner l'ensemble de nos partenaires européens : c'est la raison pour laquelle j'ai proposé à Ségolène Royal de saisir officiellement le Président de la Commission Européenne et le Commissaire en charge de l'environnement pour les engager à faire de la déforestation un sujet majeur des actions européennes et à inciter les pays européens qui ne l'ont pas encore fait, à s'engager en signant à leur tour les déclarations d'Amsterdam.

La signature, par la France, de ces déclarations, doit être suivie d'effets : même s'il s'agit de textes d'intention politique, non juridiquement contraignants, la parole de la France a un sens.

Il revient donc à notre pays de promouvoir, en particulier, l'élimination de la déforestation des chaînes d'approvisionnement agricole et de soutenir les efforts du secteur privé vers un objectif de déforestation nulle d'ici 2020.

L'objectif de votre réunion d'aujourd'hui est tout à la fois d'expliciter les objectifs des 2 déclarations, d'identifier des exemples de ce qui est déjà fait, en cours ou prévu par différents acteurs, et enfin de débattre de la forme des coopérations à mener, de lancer les travaux pour atteindre les objectifs d'ici à 2020, bref, de mettre en oeuvre un plan d'action à la fois ambitieux et réaliste.

Vous aurez dans quelques semaines à travailler, sur ces sujets, avec de nouveaux acteurs politiques. Mais vous aurez, en tout état de cause, à travailler.

D'abord, parce que l'objectif est là : notre pays s'est engagé dans une démarche qui suppose qu'on sache faire vivre un processus multi-acteurs avec une échéance relativement proche, 2020. L'objectif d'atteindre un approvisionnement 100 % durable commande que s'engage dès aujourd'hui une participation des parties prenantes dans la construction du processus dans l'élaboration d'une feuille de route comme dans le rapportage. Cela nécessite une animation continue, une coordination des actions et une évaluation régulière des progrès réalisés.

Le Groupe national sur les forêts tropicales doit être le lieu principal où s'élabore cette stratégie, et où devront s'évaluer les progrès réalisés : de par son mandat et sa composition, il est totalement légitime pour être l'enceinte consacrée à ce sujet.

Je fais confiance à votre président, Xavier Sticker, pour piloter cette démarche. Les échanges que nous avons eus me rendent confiante quant à la méthode de travail, et je n'ai aucun doute sur votre capacité collective à mener à bien ce beau projet.

Et laissez-moi conclure avec une dernière remarque : cette réunion est certes le fruit d'une politique, celle de ministres, celle d'une majorité.

Mais au-delà de la continuité de l'Etat qui s'impose à la vie démocratique et en enjambe les vicissitudes lorsqu'il s'agit d'engagements internationaux, j'ai la conviction que ce sujet de la déforestation et de la nécessaire prise en compte du phénomène dans nos politiques nationales s'imposera demain à tout gouvernement, quel qu'il soit : parce que la conscience de la question est forte dans l'opinion publique, parce que la pression sociale et citoyenne est forte, et qu'elle s'exercera sur les acteurs politiques, quelle que soit leur sensibilité.

C'est donc en toute confiance que je vous laisse mener à bien cette réunion aujourd'hui. Je suis à la fois convaincue que ce n'est que la première d'une longue série d'échanges qui seront fructueux, et ce sera mon dernier mot déterminée à continuer, où que je sois et quoi que je fasse, demain, à suivre l'avancée de vos travaux sur un sujet aussi essentiel pour l'écologiste que je suis.


Source http://www.developpement-durable.gouv.fr, le 27 mars 2017

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