Déclaration de M. Jean-Marc Todeschini, secrétaire d'Etat aux anciens combattants et à la mémoire, sur la recherche historique en matière de défense, à Paris le 24 février 2017. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de M. Jean-Marc Todeschini, secrétaire d'Etat aux anciens combattants et à la mémoire, sur la recherche historique en matière de défense, à Paris le 24 février 2017.

Personnalité, fonction : TODESCHINI Jean-Marc.

FRANCE. Secrétaire d'Etat aux anciens combattants et à la mémoire

Circonstances : Ouverture du colloque « Pour une histoire politique de l'Hôtel de Brienne », à Paris le 24 février 2017

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Monsieur le président de l'association des amis de Brienne, cher Jean-Noël Jeanneney,
Messieurs les officiers généraux,
Mesdames et Messieurs,


Je suis très heureux d'être parmi vous ce matin et de vous accueillir au nom du ministre de la Défense, pour ce colloque exceptionnel, ici même à l'hôtel de Brienne, qui abrite depuis deux cents ans le ministre de la guerre, puis des armées, enfin de la défense.

Les noms changent, l'organisation institutionnelle elle-même peut être réformée mais ce qui demeure, c'est la permanence d'une relation, celle de l'Etat et sa défense, celle de la Nation et des moyens militaires de sa souveraineté.

Le bicentenaire que nous célébrons cette semaine est l'occasion de revenir sur deux siècles d'une relation politico-militaire dont Brienne offre la quintessence.

Pour engager ce travail historiographique, encore largement inédit, le ministère est heureux de s'associer à l'association des amis de l'hôtel de Brienne.

Son président, Jean-Noël Jeanneney, exposera dans un instant le sens et la portée de ce colloque, en guise d'ouverture de cette journée de réflexions et d'échanges.

Organiser ici même cette manifestation scientifique, c'est aussi démontrer, par l'exemple, l'importance de l'histoire pour ce ministère.

L'histoire comme réalité bien sûr ; au fil des générations successives, les acteurs de Brienne ont fait l'expérience d'une histoire où s'apparentent les institutions et les hommes, où les événements émergent comme autant de points remarquables pour se fondre dans une dynamique générale dont le travail de l'historien construit l'intelligibilité.

L'histoire qui nous réunit aujourd'hui, c'est aussi celle des historiens, eux dont la réflexion est essentielle à la vie de ce ministère.

Vous le savez, la recherche historique joue un rôle à part entière : c'est ce que nous appelons la « fonction histoire ».

Je voudrais m'attarder un peu sur cette dimension, avant de remettre à nos lauréats les prix d'histoire militaire 2015 et 2016.

Vis-à-vis de la discipline historique, la défense est dans une situation exceptionnelle.

C'est en effet le seul ministère qui conserve à la fois ses archives, au sein du Service historique de la défense tout particulièrement, et qui exploite directement ses fonds !

Cette mission de service historique est accomplie grâce à des officiers historiens, ainsi que des personnels civils, des archivistes et des conservateurs, et bien sûr des enseignants chercheurs.

Nous entendrons quelques-uns d'entre eux aujourd'hui.

Avec leurs collègues du SHD, de l'Établissement de communication et de production audiovisuelle de la Défense, des écoles de la défense, des instituts de recherche, des bibliothèques, des musées, et avec tous ceux qui dans le ministère occupent des fonctions d'expertise où l'histoire tient sa place, ils constituent ensemble la « fonction histoire » du ministère de la défense.

Son utilité est directe, aux militaires comme aux civils, y compris sur le plan opérationnel.

Saviez-vous qu'au déclenchement de l'opération Serval, un officier historien du SHD a rejoint le Centre de planification et de conduite des opérations, avant d'être projeté à Gao, pour fournir un appui historique aux armées en opérations ?

C'est là un témoignage éloquent de la ressource que représente l'histoire pour nos armées.

Vous connaissez tous « la fonction connaissance et anticipation » ; la fonction histoire nous rappelle que la prospective stratégique exige également une authentique capacité de rétrospection.

Les historiens le savent, tout comme les militaires : bien employées les archives deviennent vivantes.

Aujourd'hui, dans ces murs qui ont accueilli Georges Clemenceau, je tiens à réaffirmer la force de l'intuition qui fut la sienne, lorsqu'en 1919, il décida d'instituer le Service historique de l'armée de terre.

Avec celui de la marine, créé peu après, il témoigne d'une originalité institutionnelle que le ministère a entrepris d'unifier et de moderniser depuis plusieurs années, notamment par la création d'un comité directeur présidé par le secrétaire général pour l'administration, et par un conseil scientifique de la recherche en histoire de la Défense.

Cette action se poursuit aujourd'hui, avec le SHD véritable pivot de la fonction histoire au sein du ministère.

Placé sous l'autorité de la DMPA, il est non seulement un centre d'archives mais un authentique lieu d'enseignement et de recherche.

Aujourd'hui, il s'emploie à créer et animer un réseau des historiens de défense, au sein du ministère et à l'extérieur.

Car la politique du ministère à destination du monde universitaire, mise en œuvre par la Direction générale des relations internationales et de la stratégie, est un autre aspect de l'engagement de la défense en faveur de l'histoire.

Et je me réjouis d'apercevoir dans l'assistance des universitaires confirmés, des étudiants et des jeunes chercheurs.

Je tiens à rappeler devant vous la volonté de la défense de renforcer ses relations avec l'université, par le biais de détachements d'enseignants chercheurs, comme par le renforcement des aides à la recherche, toujours avec la volonté partagée de l'excellence scientifique.

L'excellence scientifique, c'est justement ce qui nous rassemble en ce début de matinée.

Elle est incarnée par les trois jeunes historiens qui se tiennent à côté de moi et à qui je remettrai dans un instant le prix d'histoire militaire.

La recherche réclame de l'engagement et de la ténacité, vous êtes nombreux à le savoir.

Depuis vingt ans, cette distinction récompense des travaux universitaires, débutants et confirmés, portant sur l'histoire de la défense sous tous ses aspects.

Je tiens à remercier le jury de ce prix, composé des membres du conseil scientifique de la recherche historique.

Je suis tout particulièrement heureux de saluer le président du comité, le professeur Robert Frank, ainsi que celui qui l'a précédé dans ces fonctions, le professeur Maurice Vaïsse.

Tous deux nous feront d'ailleurs l'honneur de présider une séance du colloque, et je les en remercie.

Je tiens également à remercier la Directrice de la mémoire, du patrimoine et des archives, Myriam Achari, et ses équipes, et notamment Alexis Neviaski et Mathilde Meyer-Pajou, pour l'organisation de ce prix.

J'en viens à présent au premier lauréat que j'ai le plaisir de distinguer.

Le prix de thèse 2015 revient à Thomas Vaisset pour sa thèse de doctorat L'amiral Thierry d'Argenlieu. La mer, la foi, la France, soutenue à l'université Paris Nanterre, sous la direction du professeur Philippe Levillain, et qui paraîtra très prochainement chez Belin.

Saluer, ici à l'hôtel de Brienne, le travail que vous avez consacré au moine-soldat de la France libre, cela va presque de soi, dans ce lieu marqué par l'empreinte du général de Gaulle.

Cher Thomas Vaisset, agrégé d'histoire, vous êtes actuellement chargé de recherche et d'enseignement au SHD.

Vous êtes donc de ces historiens qui, venus de l'Education nationale, enrichissent notre ministère de leur talent et de leur compétence, je tenais à le souligner.

Je sais combien la marine est attentive au maintien d'une compétence en histoire maritime et navale au sein du SHD et vous en êtes aujourd'hui l'un des garants.

Votre travail trouve également sa place dans cette journée puisqu'avec l'amiral d'Argenlieu, vous avez étudié une figure captivante pour qui souhaite interroger la relation politico-militaire.

Nous aurons d'ailleurs le plaisir de vous entendre cet après-midi.

Je vous félicite pour ce travail de longue haleine et je vous souhaite plein succès dans vos recherches à venir.

Le prix d'histoire militaire dans la catégorie master revient quant à lui à Jérôme Maubec pour son mémoire de master 2 La 2e division blindée française au Maroc (août 1943-mai 1944). Créer, organiser le devenir d'un outil militaire et politique, soutenu à l'université Paul Valéry-Montpellier 3, sous la direction du professeur Jean-François Muracciole.

Cher Jérôme Maubec, vous n'en êtes qu'au début de votre recherche et déjà vous vous distinguez par ce beau travail, lui aussi au croisement de l'histoire gaullienne et des enjeux militaires et politiques.

Je sais que vous préparez actuellement l'agrégation d'histoire-géographie. Nul doute que vous trouverez dans l'assistance d'aujourd'hui des conseils utiles pour la réussite de ce concours difficile.

Je vous souhaite également plein succès dans vos recherches qui, je l'espère, prolongeront ces débuts très prometteurs !

Enfin, le prix de thèse 2016 distingue Mathieu Engerbeaud pour sa thèse de doctorat Rome devant la défaite (753-264 avant Jésus-Christ), soutenue à l'université de Poitiers, sous la direction du professeur Nicolas Tran et de la professeure Sylvie Pitta.

Je le disais, le prix d'histoire militaire cherche à valoriser la recherche historiographique, sous tous ses aspects.

Je suis donc heureux de pouvoir valoriser aujourd'hui le travail d'un antiquisant. Il nous rappelle au bon souvenir de la virtu républicaine !

Il nous permet également de mesurer la manière dont heurs et malheurs de l'histoire militaire s'intègrent à l'histoire civique, pour forger une cohésion politique.

Réfléchir à cela, aujourd'hui, ce peut être aussi une manière d'interroger la façon dont nous avons hérité de Rome, à travers bien des médiations, certains traits de notre propre conception de la citoyenneté.

Cher Mathieu Engerbeaud, agrégé d'histoire, vous poursuivez aujourd'hui votre carrière de jeune enseignant-chercheur à l'université d'Aix-Marseille et je suis certain que vous prolongez déjà ce beau travail de doctorat, au travers de votre enseignement et de vos recherches. Bravo à vous !

Grâce à vous, grâce à ce colloque organisé sur le plan scientifique par le chef du SHD, Pierre Laugeay, ses équipes Henri Zuber, le colonel Perez, Philippe Vial, ainsi que le Directeur de la recherche historique, le professeur Hervé Drévillon, et Thierry Sarmant, le chef du centre historique des archives, l'hôtel de Brienne est aujourd'hui une maison d'historiens.

Je vous remercie de votre attention, et je vais remettre à présent leur prix aux lauréats.


Source http://www.defense.gouv.fr, le 30 mars 2017

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