Interview de M. Jean-Marc Ayrault, ministre des affaires étrangères et du développement international, avec CNews le 6 avril 2017, sur la situation en Syrie, la politique étrangère du nouveau président des Etats-Unis et sur la vie politique en France. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Jean-Marc Ayrault, ministre des affaires étrangères et du développement international, avec CNews le 6 avril 2017, sur la situation en Syrie, la politique étrangère du nouveau président des Etats-Unis et sur la vie politique en France.

Personnalité, fonction : AYRAULT Jean-Marc, ELKABBACH Jean-Pierre.

FRANCE. Ministre des affaires étrangères et du développement international;

ti :
ROMAIN DESARBRES
8 h 01 ! Restez bien avec nous, tout de suite c'est l'interview de Jean-Pierre ELKABBACH qui reçoit Jean-Marc AYRAULT.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Comment punir Bachar El-ASSAD qui tue son peuple et ses enfants avec des armes chimiques ? Bienvenue Jean-Marc AYRAULT, notre ministre des Affaires étrangères, merci d'être là dans ce moment qui est important pour la politique étrangère mondiale. Cette fois, est-ce que nous sommes en train de vivre à travers cette tragédie un tournant ?

ROMAIN DESARBRES
Votre cravate ne fonctionne pas, il y a un petit souci de micro, voilà Jean-Pierre qui installe son micro-cravate. Voilà ! Est-ce qu'on me dire si ça fonctionne ? Voilà, ça fonctionne Jean-Pierre, ça y est on vous entend, votre micro fonctionne.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Pour le moment, je vais le tenir à la main en attendant qu'on vienne me le réinstaller. Donc, je disais qu'à travers ce qui se passe – le gazage des enfants et du peuple par Bachar El-ASSAD en Syrie – est-ce que c'est un tournant ?

JEAN-MARC AYRAULT
Qu'est-ce qui est un tournant, ce qui se passe en Syrie ? Ce qui se passe en Syrie ça fait six ans que ça dure, c'est plus de 300.000 morts, c'est 11 personnes déplacées ou réfugiées, c'est un pays détruit, c'est des dizaines de milliers de personnes en prison, des gens torturés et puis, malgré le cessez-le-feu qui avait été annoncé à Astana – garanti par la Russie, l'Iran et la Turquie – la guerre continue et, là, elle prend une nouvelle fois le tournant – ce n'est pas un tournant puisque ça déjà été utilisé dans le passé – de l'usage des armes chimiques qui sont vraiment l'arme la plus terrible qui soit, vous voyez les images.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Oui ! Mais les El-ASSAD ont l'habitude d'utiliser, le père et le fils, les armes chimiques.

JEAN-MARC AYRAULT
D'ailleurs ce n'est pas nouveau. Juste un point quand même, je voulais vous dire que nous sommes en contact permanent avec mon ministère avec une ONG qui est une organisation pour les secours et les soins médicaux en Syrie en particulier, j'ai eu un contact avec le professeur PITTI- qui connaît très, très bien la situation sur le terrain - qui m'a lancé un appel dès jeudi et qui m'a demandé de l'aide pour lui fournir des combinaisons qui permettent aux soignants d'intervenir et aussi des antidotes, donc avec les moyens de l'Etat, avec ceux du ministère de la Défense et de l'Intérieur ça y est c'est moyens vont partir...

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Ce qui veut dire qu'il n'y a pas de doute, il s'agit bien de gaz chimiques ?

JEAN-MARC AYRAULT
Ah ! Mais il faut qu'il y ait bien sûr une enquête, l'Organisation internationale contre l'usage des armes chimiques pour savoir exactement quelle est la nature des armés et manifestement il y a un cocktail de chlore, d'autres substances... et vous voyez les images, c'est terrible : des morts, les enfants les plus fragiles et puis près de 400 blessés, c'est ça le régime de Bachar El-ASSAD. Donc l'objectif, l'objectif de la France c'est toujours le même, c'est l'arrêt des hostilités, l'arrêt des combats et la négociation.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Et le départ de Bachar ou pas, est-ce qu'on en revient, parce qu'à un moment donné – pas du côté français mais du côté même Américain...

JEAN-MARC AYRAULT
La France veut obtenir une résolution après ce qui s'est passé au Conseil de sécurité, c'est difficile parce que jusqu'à présent à chaque fois que nous avons déposé des résolutions contre la destruction d'Alep, contre l'usage des armes chimiques, il y a eu le veto russe et, parfois, soutenu par un veto chinois.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Hier, il y a eu encore le veto ?

JEAN-MARC AYRAULT
Il n'y a pas de veto hier, il n'y a pas eu de vote, il y eu négociation et la France cherche à négocier avec les partenaires du Conseil de sécurité, en particulier les membres permanents - la Russie en particulier – pour... j'ai parlé avec mon collègue LAVROV au téléphone pour qu'on coopère, parce qu'il faut que ça s'arrête ce massacre et il faut que le processus de paix puisse reprendre. C'est quoi le processus de paix ?

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Non, mais là avant d'arriver au processus de paix, est-ce que vous pensez que les Russes vont voter - parce que c'est aujourd'hui que vous allez présenter la résolution avant le texte, est-ce qu'ils peuvent condamner la Syrie de Bachar ?

JEAN-MARC AYRAULT
Il faut condamner l'usage des armes chimiques, il faut l'obtenir, et puis il faut rechercher les responsabilités - c'est-à-dire enquêter pour savoir ce qui s'est passé réellement, quelles sont les armes qui ont été utilisés, quelles sont les substances qui ont été utilisées - et faire en sorte que ça s'arrête et qu'on revienne à ce qui a déjà été décidé par le Conseil de sécurité en décembre 2015 : la résolution 22-54, qui est la base d'une négociation pour une transition politique en Syrie. Et quant à la responsabilité de Bachar El-ASSAD lui-même qui massacre son peuple, il ne faudra pas que ces crimes restent impunis, d'ailleurs il y a des enquêtes qui viennent des commissions des Nations unies, un jour viendra où la justice internationale se prononcera sur Bachar El-ASSAD.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Ca veut dire il y aura un procès comme criminel de guerre pour crimes contre l'humanité ?

JEAN-MARC AYRAULT
Oui ! Mais l'urgence aujourd'hui, il y a deux urgences en Syrie : il y a de continuer la lutte contre Daesh, comme nous le faisons en Irak, la France est très engagée dans la coalition internationale, j'ai été à Washington il y a quelque temps, il y a 15 jours ; et puis il y a aussi à reprendre le processus de paix à Genève, c'est-à-dire la résolution 22-54 adoptée en décembre 2015 qui définit la transition politique, qui définit les conditions de rédiger une nouvelle Constitution et l'organisation d'élections. Ca, c'est simple.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Mais comme vous l'avez dit, Jean-Marc AYRAULT, on n'en est pas là.

JEAN-MARC AYRAULT
Si, si, on en est là.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Oui, mais ça c'est le processus de paix, après il y a aujourd'hui la condamnation de l'utilisation des gaz chimiques. Mais Donald TRUMP apparemment a viré du tout au tout, il a été conciliant ces derniers jours avec Bachar, il disait : « il peut être associé au processus de paix, en tout cas politique, cette fois il n'exclut pas – il l'a dit - des opérations punitives unilatérales contre Bachar ». Qu'est-ce que ça veut dire ?

JEAN-MARC AYRAULT
Je ne sais pas ! J'essaie de savoir, je parle avec mon homologue Rex TILLERSON qui a succédé à John KERRY, je parle avec le général MATTIS qui est le secrétaire à la Défense, ils ne disent pas la même chose, je ne connais pas la position américaine.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Non, mais au niveau des sanctions...

JEAN-MARC AYRAULT
Les sanctions elles existent, les sanctions elles existent déjà, simplement...

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Le président de la République François HOLLANDE vient de réclamer des sanctions lui aussi.

JEAN-MARC AYRAULT
Elles existent, il faut les renforcer, c'est la raison pour laquelle nous proposons cette résolution au Conseil de sécurité, mais nous voudrions qu'elle soit votée, ce n'est pas pour faire un coup médiatique. Ça sert à quoi ? Donc, nous allons de toutes nos forces essayer de convaincre pour que cette résolution soit votée. Mais en même temps ce que nous voulons que je le répète pour que ça soit très clair : la lutte contre Daesh de c'est ce que nous voulons faire que nous voulons faire tomber Daesh à Raqqa par exemple, comme c'est le cas à Mossoul, nous allons y parvenir dans le cadre de la coalition ; et puis pour le reste il faut arrêter les combats, il faut arrêter la guerre et on en voit les résultats ces dernières heures il faut le nez de la négociation à Genève. C'est quoi la négociation, c'est autour de la table, d'un côté les représentants de l'opposition, donc toutes ses composantes. Et de l'autre côté des représentants du régime.

JEAN-PIERRE ELKKABACH
Une positon fragile.

JEAN-MARC AYRAULT
Elle est fragile parce que c'est la guerre.

JEAN-PIERRE ELKKABACH
Ce qu'on entend de l'actualité qui vient de la nuit, ce sont les déclarations de Donald TRUMP. S'il déclenche, je ne sais quelle opération, et vous aussi…

JEAN-MARC AYRAULT
Comme vous dites « je ne sais quelle ».

JEAN-PIERRE ELKKABACH
Mais moi je ne suis pas ministre…

JEAN-MARC AYRAULT
Moi non plus. Je suis ministre, mais je ne suis pas informé.

JEAN-PIERRE ELKKABACH
S'il déclenche une opération, est-ce que la France peut s'associer à une initiative militaire américaine ?

JEAN-MARC AYRAULT
Nous sommes engagés dans la négociation contre Daesh, avec les Etats-Unis, et la France est d'ailleurs le pays qui contribue le plus par des bombardements ciblés en Syrie, comme nous sommes présents également au sol en Irak, donc là-dessus notre position est très claire. Mais encore une fois je le redis, la première étape c'est de tenir le vote d'une résolution, et surtout de reprendre le processus de négociations à Genève et c'est de rentrer nous-mêmes, sous prétexte qu'il y aurait une espèce de coup de sang du président américain, dans une logique de guerre. La France n'est pas pays de belligérants au sol en Syrie contre tel ou tel parti. Il y a des belligérants en Syrie, il y a le régime de Bachar El-ASSAD, il y a les Turcs qui sont combattants également pour protéger leur frontière, Il y a les Russes…

JEAN-PIERRE ELKKABACH
Et les Iraniens.

JEAN-MARC AYRAULT
Il y a les Iraniens et toutes les milices.

JEAN-PIERRE ELKKABACH
Parce que les Iraniens agissent en douce. On ne les entend pas mais ils sont là présents dans la région.

JEAN-MARC AYRAULT
Les meilleurs soutiens du régime de Bachar El-ASSAD.

JEAN-PIERRE ELKKABACH
C'est une grande puissance régionale et mondiale.

JEAN-MARC AYRAULT
Oui mais nous nous souhaiterions, parce que la France parle à tout le monde, je me suis rendu à Téhéran, nous souhaiterions que l'Iran ne soit pas une puissance qui menace, qui fait peur aussi bien en Syrie, en Irak, au Yémen, au Liban, mais que ce soit aussi une puissance qui contribue à l'équilibre dans la région. Vous voyez bien la montée des peurs du côté de l'Arabie Saoudite, du côté des Emirats, des pays du Golfe. Je crois que la France joue un rôle, contrairement à ce que j'entends du côté de l'opposition, la France n'a jamais été autant présente. Quand on dit la France n'est pas présente à Genève, par exemple dans le cadre des négociations, la France est là.

JEAN-PIERRE ELKKABACH
On voit bien que vous écoutez ce qui revient de la campagne présidentielle, par exemple Bachar, POUTINE, la Russie et tous les autres sont souvent au coeur des débats et des discussions dans la campagne. Par exemple avec Marine LE PEN hier, elle me le disait à Strasbourg …

JEAN-MARC AYRAULT
Ce n'est pas nouveau, vous savez Marine LE PEN…

JEAN-PIERRE ELKKABACH
Ecoutez-la.

(Extrait Marine LE PEN)

JEAN-MARC AYRAULT
… Sa caution à Moscou, d'aller chercher sa caution à l'étranger, pour un parti qui justement est toujours en train de dénoncer l'étranger.

JEAN-PIERRE ELKKABACH
Vous voulez dire qu'elle ménage trop POUTINE et Bachar ?

JEAN-MARC AYRAULT
Moi je parle toujours aux Russes. Je vous ai dit que j'avais encore eu au téléphone mon collègue et mon homologue Sergueï LAVROV, j'ai parlé d'ailleurs des attentats à Saint-Pétersbourg, j'ai exprimé la solidarité de la France, et notre coopération. Mais j'ai parlé aussi bien sur de la Syrie. Ça veut dire quoi parler aux Russes ? Ça ne veut pas dire s'aligner sur les Russes, comme madame LE PEN ou même monsieur FILLON, ou faire preuve de complaisances à l'égard de Bachar El-ASSAD. On les entend moins ces derniers temps. Je vais vous donner un exemple de complaisance, une sorte de Munich territorial pratiqué par madame LE PEN ou même par monsieur FILLON s'expriment sur la guerre en Ukraine. Il y a eu une guerre en Ukraine, il y a eu 10 000 morts, et aujourd'hui la France avec l'Allemagne fait un travail de médiation pour essayer de mettre en oeuvre les accords de Minsk. Mais ce que nous n'avons pas accepté, et nous avons eu raison de le faire, c'est atteinte aux frontières. C'est la première fois qu'un pays, agressait un autre pays, voulait remettre en cause les frontières issues de la seconde guerre mondiale et qui sont la base de la stabilité et de la paix en Europe. Et la Russie a même annexé la Crimée ; et monsieur FILLON a trouvé ça normal. Quand à madame LE PEN elle a toujours approuvé ce qui s'était passé. Mais est-ce qu'ils se rendent compte des conséquences pour la paix en Europe ? J'ai vu aussi que monsieur MELENCHON proposait une grande conférence en Europe et que dans le cadre de cette grande conférence on verrait où on met les frontières. Mais attendez, les bras m'en tombent ; nous vivons en paix depuis la seconde guerre mondiale, nous avons construit patiemment l'Union européenne, elle a défaut certes, mais il faut à tout prix préserver tout ça.

JEAN-PIERRE ELKKABACH
… Des candidats à la présidentielle, à l'Elysée, qui sont irresponsables…

JEAN-MARC AYRAULT
Moi je les trouve inquiétants.

JEAN-PIERRE ELKKABACH
Un peu irresponsables dans ce qu'ils disent, d'après ce que dit Jean-Marc AYRAULT.

JEAN-MARC AYRAULT
Eh bien, oui, parce que, vous savez, ces débats sont tellement frustrants sont tellement superficiels, qui ne vont pas au fond des choses, que, notamment la politique internationale, qui est essentielle, qui est importante dans ce monde incertain, dans ce monde nouveau, dont madame LE PEN parle, il faut des certitudes, il faut des sécurités, il faut des protections, donc ce n'est pas en étant chacun pour soi en faisant revenir les rapports de force…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Je ne vous ai jamais vu déchaîné comme ça…

JEAN-MARC AYRAULT
Les rapports de force du 19ème qu'on s'en sortira.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Jean-Marc AYRAULT, je reviens un instant sur ce qui se passe en Syrie, la Une de Libération aujourd'hui, le journal, est en train de provoquer une vive polémique en France, elle montre des enfants qui sont tués par les gaz chimiques, et par Bachar El ASSAD, il paraît que la photo choque, mais qu'est-ce qui est le plus choquant, l'image ou la réalité ou le massacre et l'horreur du massacre ?

JEAN-MARC AYRAULT
Eh bien, la réalité, Jean-Pierre ELKABBACH, c'est la réalité, pourquoi pas faire une polémique, on peut toujours discuter du choix éditorial, ce n'est pas la première fois…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Donc pas d'hypocrisie, mais je continue…

JEAN-MARC AYRAULT
Pas d'hypocrisie.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Voilà, on continue, aujourd'hui, Donald TRUMP va recevoir chez lui en Floride l'empereur chinois Xi JINPING, ils vont traiter de puissance à puissance. L'Europe, qu'est-ce qu'elle fait ? Elle les regarde, et ce sommet, il est important ?

JEAN-MARC AYRAULT
Bien sûr qu'il est important, il faut que, Américains et Chinois se parlent, mais il faut que tout le monde se parle, parce que, ce monde nouveau dans lequel on est, ce monde incertain, certains voudraient même mettre en cause l'Europe, l'Union européenne, qui est facteur de stabilité, je l'ai dit. Mais parce que nous avons besoin de régulation, est-ce qu'on a oublié la crise de 2008, la crise des subprimes, s'il n'y avait pas eu un minimum de concertations à l'échelle internationale pour y mettre en place des règles du jeu…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
MERKEL, SARKOZY…

JEAN-MARC AYRAULT
Le G20, pour éviter…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
BROWN…

JEAN-MARC AYRAULT
La fraude fiscale, pour éviter que les paradis fiscaux et les…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Non, mais là, la discussion, vous dites qu'il vaut mieux que les deux se connaissent, et qu'ils se parlent, et que peut-être, ils pratiquent des relations plus normales que les injures et les tweets ?

JEAN-MARC AYRAULT
Absolument, en 150 signes, on ne va pas régler les problèmes du monde, là, je vous ai parlé de la crise de 2008, si vous pensez qu'on réglerait les problèmes comme ça, on irait à la catastrophe. Le risque, c'est le retour des nationalismes, le risque, c'est le retour du protectionnisme. Ce que Donald TRUMP a annoncé, je ne sais pas s'il le fera, c'est des nouveaux droits de douanes, pour tout ce qui arrive aux Etats-Unis comme produits, mais aussi du dumping fiscal, c'est-à-dire qu'il peut, s'il fait vraiment ce qu'il a dit, déclarer, en quelque sorte, une guerre commerciale à l'échelle mondiale, est-ce qu'on a besoin de ça ? Ce dont on a besoin, c'est de règles du jeu, quand je vois que certains…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Vous avez l'air de bien l'apprécier, Donald TRUMP…

JEAN-MARC AYRAULT
Non, ce n'est pas que je l'apprécie, je veux…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Il fiche la trouille à tout le monde, y compris au Quai d'Orsay, et aux diplomates…

JEAN-MARC AYRAULT
Pas qu'au Quai d'Orsay, il faut qu'il clarifie ses positions, et donc la Chine, j'ai rencontré mon homologue chinois à la conférence sur la sécurité à Munich, en février, il m'a dit que la Chine était attachée à la stabilité, à l'Union européenne, qui est un facteur de stabilité, ce n'était pas le cas du président américain, même s'il est en train de changer un peu, et puis, au multilatéralisme, c'est-à-dire à des échanges organisés…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
D'accord, ça veut dire que peut-être, Xi JINPING, le Chinois, va donner une leçon de sagesse, peut-être avec Confucius, à monsieur TRUMP. Un mot, il y a le Brexit, c'est trop long peut-être d'en parler, mais il a été enclenché par madame Theresa MAY…

JEAN-MARC AYRAULT
Une négociation s'engage.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Une négociation s'engage…

JEAN-MARC AYRAULT
Pendant deux ans…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Oui, je le sais. Les 300.000 Français qui sont là-bas, est-ce qu'ils doivent plier bagages et s'apprêter à rentrer…

JEAN-MARC AYRAULT
Non, jusqu'à…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
… 300.000 Britanniques chez eux aussi, non ?

JEAN-MARC AYRAULT
Je les rassure, jusqu'à la fin de la négociation, c'est-à-dire des deux ans, il n'y a rien qui change pour eux, par contre, dans les différents sujets qu'il faut négocier, entre l'Union européenne et la Grande-Bretagne, il y a le statut futur de ces ressortissants français ou européens en Grande-Bretagne, mais des Britanniques qui sont aussi en Europe, et on trouvera une solution.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Ce matin, puisque vous avez parlé du terrorisme… vous partez pour l'Afrique, la Mauritanie et le Mali avec l'Allemand, votre collègue allemand, Sigmar GABRIEL. La France considère qu'elle a sauvé le Mali grâce aux opérations Serval et Barkhane ?

JEAN-MARC AYRAULT
Oui, je ne sais pas si on a sauvé le Mali, mais on a sauvé la paix dans cette région, toute l'Afrique est menacée à la fois par le terrorisme, mais aussi menacée par le sous-développement et la misère. Aujourd'hui, les nations-unies…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Il y a une famine terrible…

JEAN-MARC AYRAULT
Trente millions de personnes en Afrique sont aujourd'hui touchées par des menaces de famine. J'étais hier à Bruxelles à une réunion, nous nous mobilisons, c'est indispensable. Mais ce sont des pays qui sont… pourquoi il y a aussi toute cette famine, c'est parce qu'il y a des causes climatiques, réchauffement climatique, mais aussi parce qu'il y a la guerre, parce qu'il y a Boko Haram, parce qu'il y a Al Qaïda, et donc il faut associer le combat pour la sécurité en Afrique avec le combat pour le développement, il ne faut pas opposer les budgets militaires aux budgets pour le développement…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
C'est un couple, mais simplement…

JEAN-MARC AYRAULT
C'est une question essentielle. Parce que sinon, qu'est-ce qui se passe ? C'est les phénomènes migratoires, et en particulier vers l'Europe. Et alors, ceux qui veulent…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
… Populisme, l'extrémisme, etc.…

JEAN-MARC AYRAULT
Eh bien oui…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Jean-Marc AYRAULT, les actes terroristes ont été peut-être stoppés, mais ils continuent au Mali, est-ce que vous pensez que vos successeurs devront poursuivre la politique et les opérations qui ont été menées par la France avec vous et François HOLLANDE ?

JEAN-MARC AYRAULT
D'abord, il y a deux choses au Mali, il y a, et dans le reste de l'Afrique de l'Ouest, il y a l'opération Barkhane, ce sont des soldats français qui mènent une lutte contre le terrorisme, avec le soutien des armées africaines du G5, où je me rends, puisque je vais aussi en Mauritanie, et puis, ensuite, au Mali, là, dans mon déplacement. Il y a aussi le Tchad, il y a aussi le Burkina Faso, et le Niger, donc ça, ces pays-là s'organisent, renforcent leur capacité de défense. Au Sommet Afrique-France, le président de la République, François HOLLANDE, a indiqué, qu'il fallait, à l'avenir, que les Africains puissent assurer eux-mêmes leur sécurité. Mais pour autant, il y a des étapes : former les armées, former les personnels, les équiper et les aider financièrement.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
On est dans cette phase.

JEAN-MARC AYRAULT
Et puis, il y a aussi la MINUSMA, et la MINUSCA, c'est-à-dire les casques bleus…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
... il faut savoir s'ils restent ou pas, avec monsieur TRUMP…

JEAN-MARC AYRAULT
Bien sûr qu'il faut qu'ils restent, sécurité et développement sont étroitement liés.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
70 % des Français pensent que François HOLLANDE a été un mauvais président. Vous qui avez été son Premier ministre pendant presque trois ans, qu'est-ce que vous en pensez ?

JEAN-MARC AYRAULT
Nous avons eu à faire face à une situation très difficile….

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Chaque gouvernement qui arrive, chaque président trouve une situation difficile…

JEAN-MARC AYRAULT
Moi personnellement je trouve que ce jugement est injuste. Mais puisque les Français l'expriment, j'en prends acte, simplement je suis convaincu que les mois passant et le temps passant, qu'une justice soit rendue à François HOLLANDE et à ce qui airait été fait pour le pays. Parce que je crois qu'il ne faut pas sous estimer tout ce qui a été …

JEAN-PIERRE ELKABBACH
54 % des Français jugent positivement son bilan en matière de lutte contre le terrorisme et l'insécurité ou des réformes comme « le Mariage pour tous » ; ils sont majoritaires à déplorer son bilan sur la politique étrangère, la moralisation de la vie politique et surtout sa politique économique et sociale.

JEAN-MARC AYRAULT
La politique étrangère, moi qui voyage beaucoup au nom de la France, je l'avais fait un peu comme Premier ministre, beaucoup plus comme ministre des Affaires étrangères, je peux vous dire que la France est très respectée, et souvent attendue. Membre permanente du Conseil de sécurité, une capacité d'intervenir…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Attentez, attendez, mais elle est attaquée…

JEAN-MARC AYRAULT
Elle est attaquée mais quelle est la réalité… ?

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Pourquoi vous vous ne voulez plus de mandat électif, pourquoi vous ne voulez plus vous présenter à des élections ? Est-ce que c'est une réflexion définitive ?

JEAN-MARC AYRAULT
Non mais je ne veux plus être candidat à un mandat électif, je l'ai dit très clairement, j'assume totalement. J'ai été maire dans deux communes, à Saint-Herblain pendant douze ans, j'avais 27 ans la première fois que j'ai été élu…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Au total vous avez été combien de temps maire ?

JEAN-MARC AYRAULT
89, Nantes. 35 ans maire ; 30 ans député. J'estime qu'il est normal qu'à un moment donné on transmette le flambeau à une nouvelle génération. Mais ça se prépare. Moi je n'ai pas dit « je ne me présente pas ….. »

JEAN-PIERRE ELKABBACH
D'accord. Mais il n'y a pas un goût d'échec ou d'inachevé ?

JEAN-MARC AYRAULT
Non. D'inachevé, comment voulez-vous dire que tout est achevé. Non, bien sur, il y a encore… D'ailleurs, ce n'est pas parce que j'arrête les mandats électifs et les responsabilités politiques que pour autant je ne vais pas être un citoyen engagé !!

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Mais après tant d'année d'efforts, de batailles, d'espoir et de déception, vous quittez la table…

JEAN-MARC AYRAULT
Non, parce que je resterai un citoyen engagé, j'aurai aussi à faire part de mon expérience, peut-être que je donnerai quelques cours ici, travailler dans une fondation. Je veux être utile, je ne veux pas être quelqu'un d'indifférent à son pays.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Mais qu'est-ce qui vous a affecté au point de prendre cette décision ?

JEAN-MARC AYRAULT
Mais non !! C'est parce que j'estime qu'il y a un moment il faut transmettre, et il faut passer le relai. Les Français attendent aussi le renouvellement, mais ils veulent aussi des convictions, ils veulent aussi des valeurs. Moi je suis un homme de gauche, toute ma vie j'aurais voté à gauche. Je n'ai voté qu'une fois à droite, au deuxième tour de l'élection présidentielle de 2002. Je n'ai pas envie de recommencer. J'ai voté pour Jacques CHIRAC, c'est un homme respectable, mais enfin quand même !!!

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Il est possible, presque certain ou probable que le candidat de gauche ne soit pas au deuxième tour cette fois-ci. Il y a deux gauches…

JEAN-MARC AYRAULT
Au deuxième tour je ne veux pas avoir à choisir entre Marine LE PEN et François FILLON. Je crois que ce serait terrible pour le pays…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
C'est-à-dire que vous préfèreriez qu'il y ait Emmanuel MACRON ?

JEAN-MARC AYRAULT
Je préfère ne pas être dans la situation de 2002, c'est très clair. Je travaille pour ça.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Si vous avez ni MELENCHON, ni HAMON…

JEAN-MARC AYRAULT
Moi je suis un homme fidèle à mes engagements depuis toujours. J'ai adhéré au parti socialiste à Epinay en 1971, je suis un socialiste…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Alors qu'est-ce que ça veut dire ?

JEAN-MARC AYRAULT
Ça veut dire que moi je travaille aussi pour que ce parti socialiste - qui est aujourd'hui en difficulté - ne disparaisse pas, parce qu'on a besoin, et la démocratie française aura besoin d'un parti socialiste qui se renouvelle, qui soit capable de ….

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Sur les ruines…

JEAN-MARC AYRAULT
L'histoire vous savez elle est faite de reconstruction.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Donc, vous préférez rester dans la ligne du PS et voter HAMON.

JEAN-MARC AYRAULT
Je reste fidèle à ma famille socialiste…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
C'est-à-dire HAMON ?

JEAN-MARC AYRAULT
Je ne veux pas renier… je ne donnerai aucune consigne de vote. Je crois que ce moment où on dit « voilà je souhaite que vous votiez comme ci et comme ça », les Français n'ont pas besoin de ça. Ce qu'ils veulent c'est des convictions, ce qu'ils veulent c'est des arguments, ce qu'ils veulent c'est d'être éclairés et prendre eux-mêmes leur responsabilité. Moi je leur fais confiance.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Jean-Yves LE DRIAN et d'autres font confiance à Emmanuel MACRON, vous vous dites « je reste au PS »…

JEAN-MARC AYRAULT
Mais vous savez toutes ces histoires personnelles, les aventures des uns, les aventures des autres ça ne m'intéresse pas. Je crois qu'il y a le pays, la France, vous savez et l'Europe. Moi, pour moi c'est un des grands combats. Et puis le développement, l'Afrique. Ça fait partie de mes priorités quand j'ai été nommé au ministère des Affaires étrangères.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
On a compris vous allez vers ceux qui ont les idées proches de vous…

JEAN-MARC AYRAULT
Non mais les idées, les valeurs de la gauche, ce n'est pas des valeurs dépassées, ce sont des valeurs qui n'ont jamais été aussi actuelles que jamais ; Elles sont présentes dans cette campagne, simplement il faut les concrétiser. Moi je considère, ça a toujours été mon combat, c'est fidélité aux valeurs, de toute cette histoire républicaine, cette histoire de la gauche….

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Il y a des valeurs progressistes chez François FILLON, MELENCHON, Emmanuel MACRON….

JEAN-MARC AYRAULT
C'est des valeurs de la République. Mais en même temps, ce que je pense, ce qui est important, c'est quand on a des convictions et qu'on croit à des valeurs qu'on ne soit pas hors du jeu…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Vous vous préparez à la renaissance éventuelle du parti socialiste après sa défaite en 2017.

JEAN-MARC AYRAULT
Non, il ne faut pas que les partis politiques soient seulement des témoins ou des protestataires. Il faut qu'ils assument aussi l'exercice du pouvoir. Et l'exercice du pouvoir ce n'est pas facile, c'est parfois décevant, c'est parfois décourageant mais c'est assumer…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
C'est contradictoire. Il y a une gauche qui veut gouverner c'est celle d'Emmanuel MACRON avec un peu de droite, ni droite-ni gauche etc, et vous en avez une qui est plutôt contestataire…

JEAN-MARC AYRAULT
Quand j'ai adhéré au parti socialiste en 71, le parti socialiste était dans l'opposition depuis très très longtemps, et François MITTERRRAND est devenu président de la République. Ca a mis des années, on y est parvenu, parce qu'il était au coeur de cette grande famille et il rassemblait l'aile droite et l'aile gauche et c'est comme ça…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Vous commencez avec une lampe d'Aladin, vous cherchez un MITTERRAND !!

JEAN-MARC AYRAULT
Non. Il ne faut pas regarder vers le passé…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Un MITTERRAND pour les années 2030, 2050.

JEAN-MARC AYRAULT
Voilà. Dans les années qui viennent…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Merci d'être venu. Vous partez ce matin pour la Mauritanie et le Mali, et surtout là on lutte avec les soldats courageux français et valeureux…

JEAN-MARC AYRAULT
Et on se bat pour le développement.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Merci d'être venu.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 7 avril 2017

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