Déclaration de M. Jean-Marc Todeschini, secrétaire d'Etat aux anciens combattants et à la mémoire, sur la rénovation du Musée national de la Marine, à Paris le 23 mars 2017. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de M. Jean-Marc Todeschini, secrétaire d'Etat aux anciens combattants et à la mémoire, sur la rénovation du Musée national de la Marine, à Paris le 23 mars 2017.

Personnalité, fonction : TODESCHINI Jean-Marc.

FRANCE. Secrétaire d'Etat aux anciens combattants et à la mémoire

Circonstances : Cérémonie de lancement officiel des travaux de rénovation du Musée national de la Marine, à Paris le 23 mars 2017

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Monsieur le Président du conseil d'administration,
Monsieur le directeur,
Mesdames et Messieurs les administrateurs,
Messieurs les parlementaires,
Monsieur le Secrétaire général pour l'administration du ministère de la défense,
Messieurs les chefs d'état-major, amiral Rogel, amiral Prazuck
Mesdames et Messieurs les officiers généraux,
Mesdames et Messieurs, chers amis du musée national de la Marine,


Je suis heureux d'être parmi vous aujourd'hui et de présider cette cérémonie de lancement officiel des travaux de rénovation du musée national de la Marine.

Le projet présenté aujourd'hui s'inscrit pleinement dans l'ambition maritime de la France.

Car on ne peut envisager un tel projet, sans une certaine idée de la France et de sa place dans le monde.

C'est à ce défi que nous ont d'abord conviés Erik Orsenna et Benedict Donnelly en remettant leur rapport sur le patrimoine culturel maritime de la France.

La réponse à ce défi, ce fut le projet d'un grand musée maritime pour le XXIe siècle.

Et je tiens à saluer le président du conseil d'administration, monsieur Olivier Poivre d'Arvor, les administrateurs du musée et son directeur, le commissaire général Vincent Campredon, ainsi que les équipes du musée qui se sont saisis avec détermination de ce projet, porté par le ministre de la défense, et suivi avec soin par la directrice de la mémoire, des archives et du patrimoine, Myriam Achari, et ses services.

Dans cinq ans, à sa réouverture, le musée assumera pleinement la noble mission de sensibiliser nos concitoyens aux enjeux marins.

Le domaine maritime est bien sûr au coeur de notre politique de défense et, de façon globale, au principe de ce qui définit la puissance de notre pays.

Georges Leygues disait : « Etre une puissance mondiale, cela veut dire être une puissance maritime. »

Le comprendre est essentiel, pour nous dont l'histoire, la géographie mais aussi l'économie rappellent sans cesse toute l'importance du fait maritime.

D'un point de vue historique d'abord. J'en donnerai simplement un exemple.

En un sens, c'est par la mer que la France est sortie vainqueur des deux conflits mondiaux.

Concernant la Première Guerre mondiale, alors que nous commémorons cette année le centenaire de l'entrée en guerre des Etats-Unis, rappelons simplement que la victoire des forces de l'Entente, en 1918, fut possible en raison de la suprématie navale américaine, qui leur a ensuite permis d'accéder aux ressources du monde entier.

Le grand historien John Keegan, dans son livre sur la Grande Guerre, a écrit que 1914 fut une bataille de chefs de gare : il faisait référence aux enjeux logistiques et ferroviaires, ceux en particulier de la guerre de mouvement initiale.

J'ajouterai que 1918 fut une victoire de directeurs de ports, tant la maîtrise des mers et des flux maritimes a joué un rôle essentiel dans l'issue du conflit.

D'un point de vue géographique ensuite, le fait maritime est une donnée stratégique pour nous.

Vous le savez, la France occupe une position de carrefour maritime, au sein de l'Europe mais aussi entre le continent et le reste du monde.

Ce territoire est désormais un lieu d'arrivée et de départ formidable pour les échanges notamment maritimes.

Et notre pays est d'autant mieux placé pour assumer ce rôle qu'à travers son outre-mer, il rayonne très au-delà de la péninsule européenne.

Vu à l'échelle lointaine, la France est un archipel mondialisé, au coeur de trois mers et de trois océans, à proximité immédiate des principales routes maritimes, et en contact direct avec 35 autres nations – si l'on regarde ses délimitations terrestres et maritimes.

L'économie vient ici compléter l'histoire et la géographie pour démontrer que ce fait maritime n'appartient pas seulement au passé et à la représentation des cartes, mais qu'il est bien une dynamique en cours, qui a de l'avenir.

La maritimisation est consubstantielle à la mondialisation. Notre vie quotidienne, dans ce qu'elle a de plus concret, dépend aujourd'hui de ce qui se passe sur l'eau et sous l'eau.

C'est dire si nous devons non seulement prendre la mesure de l'importance du fait maritime en général, mais en plus nous saisir de notre fait maritime, de tout ce qui fait que c'est un formidable potentiel pour la France et l'Europe.

Tout cela explique bien sûr que les enjeux maritimes soient au coeur de notre stratégie de défense, qu'il s'agisse de dissuasion avec la force océanique stratégique, de protection avec la posture permanente de sûreté maritime ou d'intervention, partout où nos intérêts sont en jeu.

La souveraineté de la France, son autonomie stratégique se jouent aussi au large.

Si je devais résumer d'une phrase mon propos, je vous dirais que c'est aussi et peut-être d'abord en mer que se joue aujourd'hui l'avenir de nos sociétés.

La mer est à la fois un espace de manoeuvre logistique à protéger, mais aussi, un espace de manoeuvre stratégique à exploiter.

La mer c'est aussi un réservoir d'imaginaire sans pareil, un élément de culture et d'invention humaine.

Ce qui caractérise le fait maritime contemporain, c'est la maritimisation des échanges et de la puissance, mais c'est aussi l'identité maritime comme projet d'avenir pour la France.

Par-là, il faut comprendre que la mer est un enjeu économique bien sûr, mais c'est plus profondément encore une question d'identité, une question de culture.

Identité individuelle, avec toute la richesse des gens de mer ; identité collective, avec tous ces territoires que l'élément marin a façonnés, structurés, réinventés.

Le Lorrain que je suis peut parler comme le breton Jean-Yves Le Drian en rappelant ce que les Bretons savent bien : la mer est aussi notre terre.

Aux différents enjeux que j'ai rappelés, il fallait donc un projet culturel d'ambition égale.

La singularité du musée de la Marine, c'est qu'il s'ouvre sur bien d'autres horizons que le seul horizon de la Défense.

Depuis 1943, le musée de la Marine est installé au coeur du Palais de Chaillot, construit, à l'origine, dans une perspective éphémère, celle de l'exposition de 1937.

L'éphémère a donc duré.

C'est un ensemble architectural magnifique, mais qui demande au quotidien des efforts conséquents et qui entrave aujourd'hui le développement du musée.

Alors que les espaces et les activités maritimes connaissent des évolutions rapides et majeures, n'avons-nous pas besoin d'un lieu partagé, au coeur de la capitale, pour porter aux yeux de tous ce qui fait l'identité maritime de la France ?

Cette rénovation est enfin possible, à travers un financement exceptionnel de 50 millions d'euros sur toute la durée des travaux.

Un concours de maîtrise d'oeuvre pour la rénovation architecturale du musée a été lancé en septembre 2016.

Un jury a été constitué, et je suis heureux d'en saluer les membres présents. 117 dossiers ont été déposés, ce qui démontre le succès de cet appel à projet et l'intérêt de travailler sur un site comme celui de Chaillot.

Quatre candidats finalistes ont été retenus,et parmi eux le lauréat du concours.

Mesdames et Messieurs, je suis très heureux de vous annoncer que le jury a désigné comme maître d'oeuvre de la rénovation du musée de la Marine le projet présenté par l'équipe franco-norvégienne composée des cabinets « H2O architectes » et « SNØHETTA ».

Le jury a été sensible à la clarté de leur approche, à la qualité des espaces et à la fluidité du parcours du visiteur qu'ils proposent.

Il a apprécié la pertinence et la cohérence du projet tant du point de vue fonctionnel que technique.

Vous découvrirez dans un instant plus en détails ce projet et le renouvellement scientifique qui l'accompagne.

Pour mener à bien ces travaux, je tiens aussi à saluer l'installation prochaine du comité consultatif auprès du directeur du musée.

Il sera co-présidé par l'amiral OUDOT de DAINVILLE, ancien chef d'état-major de la marine, et madame Françoise GAILL, biologiste de renommée internationale, grande spécialiste des organismes marins, que je salue.

Ce comité saura apporter au musée les conseils et expertises nécessaires pour l'accompagner dans sa rénovation et veiller à la cohérence de la mise en oeuvre de son projet scientifique et culturel.

Il me semblait également fondamental qu'une figure appartenant à notre grande histoire maritime, incarne pleinement les valeurs, l'image, et la vocation de notre Musée désormais en route pour le futur.

Parmi les nombreux candidats possibles d'un tel héritage, le célèbre commandant de La Pérouse répondait à tous les critères dont nous pouvions rêver à la fois comme exemple, mais aussi comme référence.

Héros de la guerre d'indépendance d'Amérique et responsable de la plus imposante des circumnavigations au temps de Louis XVI, il mit en oeuvre une expédition et une grande aventure maritime, humaine, géographique, scientifique, technologique dont les Français sont fiers.

Ainsi, à l'image des plus grands musées maritimes internationaux dont nous faisons partie, comme Saint-Petersbourg, Amsterdam ou Greenwich, notre rêve et notre ambition serait d'avoir à quai, sur la Seine, face à la Tour Eiffel et au pied du musée, une réplique de La Boussole, le navire amiral de La Pérouse lors de cette fabuleuse aventure.

Avec Jean-Yves Le Drian, je formule tous les voeux de réussite à ce magnifique projet.

J'aimerais enfin rendre un hommage particulier à Alain Conan, qui vient de disparaitre dans un accident de plongée au large de Nouméa.

Durant plus de trente ans, avec passion et détermination, nous lui devons, ainsi qu'à ses compagnons de l'association Salomon, la poursuite des recherches sur les traces de l'Expédition La Pérouse et de sa mystérieuse disparition dans le Pacifique sud.

Près de 4450 objets issus de 8 campagnes de fouilles vont rejoindre grâce à lui et à ceux qui l'ont soutenu, les collections du musée de la Marine.


Mesdames et Messieurs,

Le moment est venu d'affirmer dans notre pays une ambition maritime forte.

La mer, et tout ce qui s'y passe, est l'une des nouvelles frontières qui dessineront le monde de demain.

Les milieux politiques, économiques, médiatiques, sont ouverts plus qu'ils ne l'étaient hier à cette vocation maritime et à la nécessité de l'approcher de façon globale.

La mer est clairement une pépinière d'innovation qui contribue directement à la puissance de notre pays.

Il est donc temps de donner à cette réalité un lieu où elle puisse s'exprimer sous tous ces aspects,s'adresser à tous et ainsi marquer la culture de notre pays.

Nous appareillons pour une grande et belle aventure.

Je souhaite au futur grand musée maritime de demain bon vent et bonne mer !

Je vous remercie de votre attention.


Source http://www.oppic.fr, le 10 avril 2017

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