Déclaration de Mme Ericka Bareigts, ministre des Outre-mer, sur les mémoires de la traite, de l'esclavage et de leurs abolitions, à Paris le 10 mai 2017. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de Mme Ericka Bareigts, ministre des Outre-mer, sur les mémoires de la traite, de l'esclavage et de leurs abolitions, à Paris le 10 mai 2017.

Personnalité, fonction : BAREIGTS Ericka.

FRANCE. Ministre des outre-mer

Circonstances : Remise des trophées "La flamme de l'égalité" dans le cadre de la 12ème Journée nationale des mémoires de la traite, de l'esclavage et de leurs abolitions, à Paris le 10 mai 2017

ti : Mesdames et Messieurs les Députés,
Messieurs les Sénateurs,
Monsieur le Député européen (Younous OMARJEE),
Monsieur le Délégué Interministériel à l'Egalité des Chances des Français d'Outre-mer, cher Jean-Marc MORMECK,
Monsieur le Directeur de la Caisse des Dépôts, cher Pierre-René LEMAS,
Madame la Directrice Générale des Outre-mer,
Général, Commandant le SMA,
Monsieur le Directeur Général de Ladom,
Mesdames et Messieurs les membres du CNMHE,
Mesdames et Messieurs les Présidents d'associations,
Mesdames et Messieurs,


Je suis ravie de vous accueillir au Ministère des Outre-mer pour la remise des récompenses du concours de la « Flamme de l'égalité » dans le cadre de la 12ème Journée nationale des mémoires de la traite, de l'esclavage et de leurs abolitions.

Comme vous le savez, le concours de la « Flamme de l'égalité » est organisé conjointement par les Ministères de l'Education nationale et des Outre-mer, le Comité National pour la Mémoire et l'Histoire de l'Esclavage (CNMHE) et la Ligue de l'enseignement: je veux saluer toutes les équipes ayant permis son bon déroulement et la sélection de projets si riches et intéressants.

Cette année, ce sont 137 établissements, répartis dans 28 académies, qui ont participé à la deuxième édition du concours « La Flamme de l'égalité ». Au total, ce sont plus de 5.000 élèves qui ont proposé 183 projets créatifs et originaux sur la thématique « Récits de vie ».

Ce concours pédagogique national participe au devoir de mémoire que la République doit perpétuer au nom de ces hommes, au nom de ces femmes, au nom de ces enfants réduits à l'état de « biens meubles » comme les appelait ignoblement le Code Noir. Nous devons à jamais nous souvenir de cette barbarie institutionnalisée !

Dans ces bien-nommés salons Louis Delgrès, permettez-moi de citer les mots écrits par ce farouche combattant de la liberté en 1802.

Louis Delgrès est alors le chef de la résistance dans la région de Basse-Terre contre le régime de Bonaparte qui vient de rétablir l'esclavage. Traqués par les troupes consulaires, encerclés au pied de la Soufrière, Delgrès et ses hommes savent que la fin est proche. C'est alors que le colonel rebelle émet un « dernier cri de l'innocence et du désespoir », la fameuse proclamation du 10 mai 1802 qu'il conclut par ces mots poignants : « Et toi, postérité ! Accorde une larme à nos malheurs et nous mourrons satisfaits ». Dix-huit jours plus tard, se sachant condamnés, Louis Delgrès et ses 300 compagnons choisissent de se suicider. Tous sont morts libres et dressés contre la servitude.

En ce jour solennel, je veux également que nous ayons une pensée pour d'autres combattants de la liberté : je veux parler de ces esclaves marrons qui, en quittant la plantation au sein de laquelle ils étaient opprimés, ont choisi, envers et contre tout, au péril même de leur vie, la liberté !

Fabulé, Mancandal, Polydor, Mafate, Enchaing, Raharianne et Simangalove : ces noms font également partie de l'Histoire de France et de notre Histoire collective.

En refusant l'asservissement qui leur était imposé, les esclaves marrons montraient, par un geste éclatant, ce besoin absolu, universel et humain qu'est le besoin de liberté ! Ils participèrent ainsi de manière décisive à l'affaiblissement de la société esclavagiste de l'intérieur.


Mesdames et Messieurs,

Un pays s'honore toujours à regarder avec courage et lucidité son Histoire. Nous devons connaître et reconnaître les ombres et les lumières qui font notre passé collectif. En lançant le Groupement d'Intérêt Public dédié à la mémoire de l'esclavage, des traites et de leurs abolitions, ce quinquennat aura permis un progrès important vers une meilleure connaissance de notre Histoire et le rassemblement autour d'une mémoire apaisée.

Au-delà, n'oublions pas que ce qui a fait le lit de ce système esclavagiste durant tant de décennies fut la haine de l'autre, la diabolisation de la différence, l'intolérance faite loi. Ces démons peuvent à jamais resurgir en tous temps et en tous lieux. A nous de faire vivre, chaque jour, nos valeurs républicaines : Liberté, Egalité, Fraternité !

Ce concours – et, plus largement, cette journée nationale de commémoration – y participent. En cette journée du 10 mai, nous tenions donc à remettre les récompenses aux élèves, collégiens et lycéens qui, grâce à leur travail, ont fait vivre notre mémoire collective. Leurs réalisations expriment, chacune à leur manière, une part d'indicible : cette horreur que fut l'esclavage, cette abomination qu'était l'asservissement de l'homme par l'homme. C'est pourquoi, aujourd'hui, nous pouvons être fiers de distinguer leur engagement et leurs talents :

- Dans la catégorie « Ecole Elémentaire », la « Flamme de l'Egalité » est remise aux élèves de CM1 et CM2 de l'Ecole de Gensac-sur-Garonne, dans l'académie de Toulouse, qui ont réalisé le film d'animation « Chants d'esclaves, chants de liberté » consacré au blues. Félicitations à Norah, Mathis, Lïa, Aubin et à leur enseignante, Madame Anne Ferry.

- Dans la catégorie « collège », la « Flamme de l'égalité » a été attribuée aux élèves de 4ème du collège Maurice Genevoix dans l'académie d'Orléans-Tours, qui ont réalisé un court-métrage intitulé « N'oublie pas ! » à propos des hommes et des femmes réduits à l'esclavage. Félicitations à Clara, Emma, Alaïs, Coline et à leur professeure d'histoire et géographie, Madame Gaëlle Gavalda.

- Dans la catégorie « Lycée », la « Flamme de l'égalité » est décernée aux élèves du lycée Saint-Joseph de Belfort dans l'académie de Besançon pour leur projet « 1844 : Débats d'hier et d'aujourd'hui » qui mêle rap et théâtre. Félicitations à Léa, Alexandre, Valentin, Marine ainsi qu'à leur enseignante Madame Anne-Laure Géhin.


Je vous remercie.


Source http://www.outre-mer.gouv.fr, le 11 mai 2017

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