Interview de M. Edouard Philippe, Premier ministre, à France Inter le 18 mai 2017, sur la formation du gouvernement nommé le 17 mai 2017 et les principaux dossiers (nucléaire, Notre-Dame-des-Landes, moralisation de la vie publique). | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Edouard Philippe, Premier ministre, à France Inter le 18 mai 2017, sur la formation du gouvernement nommé le 17 mai 2017 et les principaux dossiers (nucléaire, Notre-Dame-des-Landes, moralisation de la vie publique).

Personnalité, fonction : PHILIPPE Edouard.

FRANCE. Premier ministre

Circonstances : Nomination du gouvernement de M. Edouard Philippe le 17 mai 2017

ti : PATRICK COHEN
Bonjour Edouard PHILIPPE.

EDOUARD PHILIPPE
Bonjour Patrick COHEN.

PATRICK COHEN
Le Premier ministre les ministres, le président les nomme, ça c'est ce que dit la Constitution, dans la réalité qui a choisi ?

EDOUARD PHILIPPE
Comme dans la Constitution, et après des échanges nombreux et…

PATRICK COHEN
Compliqués.

EDOUARD PHILIPPE
Non, non, pas du tout ; et confiants avec le président de la République. Vous dites compliqués, ce n'est pas un exercice facile de constituer un gouvernement, pour une raison assez simple, c'est que les contraintes sont multiples. Le président de la République, quand il m'a chargé de lui proposer un gouvernement, m'a donné des consignes assez claires, il voulait une parité entre les hommes et les femmes, il voulait que le gouvernement qui serait nommé puisse refléter l'effort de recomposition politique que nous sommes en train de mener, c'est-à-dire associer – pardon, je m'excuse auprès des auditeurs de France Inter, j'ai un petit problème de voix…

PATRICK COHEN
Vous manquez un peu de voix, oui.

EDOUARD PHILIPPE
J'en suis désolé, mais je vais quand même aller jusqu'au bout. Il voulait que le gouvernement soit à l'image de la recomposition politique que nous sommes en train de mener. Ça veut dire : associer des personnalités dont l'engagement partisan a pu être à droite, et des personnalités dont l'engagement partisan a pu être à gauche, et des personnalités dont l'engagement partisan a pu être ni à droite, ni à gauche, mais au centre. Associer, à ce gouvernement, des personnalités qui existent, sans engagement partisan, c'est-à-dire des personnalités dont on dit qu'elles sont issues de la société civile et qui ont eu des expériences dans des champs très variés de l'activité professionnelle, que ce soit dans le sport, dans le monde économique, bref, il fallait arriver à cet équilibre. Eh bien, ce n'est pas un exercice facile, mais je pense, mais je pense que le gouvernement, qui a été nommé hier, est un gouvernement resserré, 22 ministres, dont 4 secrétaires d'Etat, pardon, un gouvernement à parité, qui associe, peut-être plus qu'aucun autre, des membres compétents de la société civile.

PATRICK COHEN
Même si le poids politique des femmes n'est pas celui des hommes, vous en conviendrez Edouard PHILIPPE.

EDOUARD PHILIPPE
Je suis très frappé par la remarque que vous formulez, je l'ai lu sous la plume d'un certain nombre d'éditoriaux, je ne sais pas pourquoi est-ce qu'on dit ça.

PATRICK COHEN
C'est simple, il y a trois ministres d'Etat, ce sont des hommes, et les ministères régaliens il y a une femme…

EDOUARD PHILIPPE
Et donc vous pensez que les ministères régaliens sont par nature des ministères qui sont plus importants que les autres ?

PATRICK COHEN
Je regarde la hiérarchie du gouvernement telle qu'elle a été annoncée par le secrétaire général de l'Élysée.

EDOUARD PHILIPPE
Moi je vois une femme ministre des Armées, et je vois des femmes dans des postes ministériels difficiles, essentiels, les solidarités, le travail, je ne crois pas que ce soit un poste exactement simple.

PATRICK COHEN
Emmanuel MACRON avait promis un ministère plein du Droit des femmes.

EDOUARD PHILIPPE
Il y a un secrétaire d'État rattaché directement au Premier ministre.

PATRICK COHEN
Il n'y a qu'un secrétaire d'État.

EDOUARD PHILIPPE
Directement rattaché au Premier ministre, qui entend bien faire vivre cette politique publique et cette exigence.

PATRICK COHEN
Pas de cumul, Jean-Yves LE DRIAN devra, cette fois, quitter la présidence de la région Bretagne ?

EDOUARD PHILIPPE
C'est une consigne claire qui a été formulée par le président de la République, il n'aura échappé à personne que je suis maire du Havre, j'aurai l'occasion de dire samedi matin à mon équipe municipale, au Havre, le sens de la décision, mais chacun comprend bien que l'effort de redressement qui nous est demandé exige de s'y consacrer à temps plein.

PATRICK COHEN
Donc Gérard COLLOMB va quitter la mairie de Lyon et François BAYROU celle de Pau. Six de vos ministres sont candidats, en cas d'échec aux législatives, ils sortent ?

EDOUARD PHILIPPE
C'est la tradition républicaine, un ministre qui est candidat aux élections législatives et qui ne l'emporte pas, il présente sa démission au Premier ministre, je crois que ça a toujours été comme ça, et c'est assez sain.

PATRICK COHEN
Y compris un ministre important, candidat, Bruno LE MAIRE, le ministre de l'Economie ?

EDOUARD PHILIPPE
Bruno LE MAIRE est un homme politique, d'abord c'est quelqu'un que j'aime bien, mais c'est un homme politique qui connaît les usages de la République et qui entend s'y plier, bien entendu.

PATRICK COHEN
C'est une équipe bâtie pour faire campagne aux législatives ou c'est un gouvernement installé pour durer ?

EDOUARD PHILIPPE
J'ai du mal à comprendre le sens de votre question, ou plus exactement je la comprends très bien, évidemment que c'est un gouvernement bâti pour durer. Il y a des élections législatives, elles ont pour objet de donner une majorité au président et au gouvernement pour s'engager dans la voie qui a été définie par le président de la République au moment des élections présidentielles. Donc, le moment des élections législatives il est évidemment essentiel, et il conditionne tout ce qui va se passer par la suite. Mais le gouvernement, il est là pour gouverner, il est là pour préparer ce redressement, il est là pour incarner quelque chose, il est là pour lancer des projets.

PATRICK COHEN
Alors, pour quel programme ? C'est la question. En économie, par exemple, est-ce que ce sera le programme d'Emmanuel MACRON, celui d'Alain JUPPE, que vous souteniez il y a quelques mois, ou celui de Bruno LE MAIRE qui voulait, lui, pendant la primaire, 500.000 fonctionnaires de moins et la privatisation de Pôle emploi ?

EDOUARD PHILIPPE
Les choses sont claires, le président de la République c'est Emmanuel MACRON, c'est lui qui a remporté le plus de suffrages au premier tour de l'élection présidentielle, 24 %, c'est lui qui a remporté 66 % au deuxième tour de l'élection présidentielle, c'est donc autour de lui et de son projet que les Français se sont rassemblés pour faire en sorte que notre pays avance, donc les choses sont parfaitement claires. Emmanuel MACRON a eu l'audace de dire aux Français « je pourrai me contenter de gouverner pour les 24 % de gens qui m'ont élu au premier tour », il a été au-delà et il a dit « y compris dans les gens qui n'étaient pas avec nous au premier tour, il y a des gens avec qui on peut travailler, il y a des gens avec qui on peut avancer, et on ira plus loin, et probablement plus vite, si on le fait ensemble. » Donc, le coeur, c'est évidemment son programme, le coeur ce sont évidemment ses engagements.

PATRICK COHEN
Donc, le programme d'Emmanuel MACRON, tout le programme, rien que le programme ou un peu plus que le programme ?

EDOUARD PHILIPPE
Le programme d'Emmanuel MACRON, et, évidemment, une forme de souplesse, et d'intelligence, et de discussions, à chaque fois que ça sera nécessaire.

PATRICK COHEN
Parce que si c'est le programme d'Emmanuel MACRON, quelle est la plus-value de Bruno LE MAIRE, de Gérald DARMANIN, ou d'Edouard PHILIPPE ?

EDOUARD PHILIPPE
Je ne répondrai pas pour moi parce que ce serait immodeste, mais s'agissant de Bruno LE MAIRE et de Gérald DARMANIN c'est assez simple à voir. On a là deux personnalités de talent, issues de la droite, qui veulent contribuer à cet effort, jamais vu, de rassemblement, positif, autour d'un projet, pro-européen, libéral…

PATRICK COHEN
Libéral.

EDOUARD PHILIPPE
Libéral…

PATRICK COHEN
Au sens économique.

EDOUARD PHILIPPE
Pas seulement, au sens où on considère que la liberté individuelle et les libertés publiques sont importantes. Qui rassemble des progressistes, moi je crois que la définition essentielle de cette majorité, que nous cherchons à construire avec le président de la République, c'est que c'est une majorité de progrès. Nous avons envie d'engager la France, à nouveau, sur le chemin du progrès. Et, pardon, mais le clivage droite/ gauche, dans cette perspective, il n'est pas opérant. Il y a, à droite, beaucoup de France – je ne parle pas forcément des cadres des partis  mais dans l'électorat français, il y a, à droite, et à gauche, des gens qui ont envie de se retrouver dans une politique qui vise le progrès.

PATRICK COHEN
Donc la plus-value, pour répondre à ma question, elle est politique, mais elle n'est pas forcément programmatique.

EDOUARD PHILIPPE
Elle est politique, je pense que c'est important.

PATRICK COHEN
Et Nicolas HULOT, est-ce qu'il apporte un contenu écologiste en plus, lui ?

EDOUARD PHILIPPE
Je pense qu'il apporte énormément, et d'ailleurs il a souvent été sollicité par des présidents de la République issus de la droite ou issus de la gauche. Je crois que s'il s'engage cette fois-ci il le fait parce qu'il trouve justement un contexte politique qui lui est favorable, avec une volonté de rassembler, et pas de cliver, avec l'idée que l'impératif de transition écologique il est très au-delà du clivage politique partisan traditionnel. Et donc il a, je crois, l'occasion, dans ce moment unique de la vie politique que nous vivons, et dans ce moment unique de l'Histoire de France que nous vivons, de mettre en oeuvre des convictions auxquelles il croit, et je trouve ça extrêmement réjouissant.

PATRICK COHEN
Et auxquelles vous paraissiez, jusqu'à présent, assez éloigné à cause de vos fonctions à la direction d'AREVA, le géant nucléaire, à cause de certaines de vos positions pour défendre la centrale à charbon de votre département, par exemple.

EDOUARD PHILIPPE
Contrairement à ce que vous pensez – vous avez raison de souligner le fait que moi j'ai travaillé chez AREVA, entre 2007 et 2010, je ne compte pas m'en excuser, j'en ai été assez fier. J'ai été assez fier de travailler dans une grande entreprise publique française, avec des ingénieurs, des techniciens, des gens assez formidables, comme, je crois, sont fiers tous ceux qui travaillent chez AREVA ou qui travaillent chez EDF et qui font vivre la production énergétique française, notamment à base de nucléaire. Donc, je ne m'en excuse pas, je l'assume et j'en suis fier. Est-ce que ça veut dire que, par définition, je ne verrai dans le nucléaire, parce que j'aurais travaillé 3 ans chez AREVA, la solution à tous les problèmes d'énergie, et que toute remise en cause ou discussion de la place du nucléaire en France serait absurde, bien entendu, bien entendu. La France a fait un choix, il y a longtemps, avant que je naisse, je suis né en 1970, ces choix ils ont été faits presque avant moi, elle a fait le choix de mettre le nucléaire au centre de sa production électrique. Ce n'est pas faire table rase du passé dont il s'agit, la question c'est de savoir comment est-ce qu'on organise, pour les 50 ans qui viennent, la production d'électricité en France, en ayant en tête l'impératif de sûreté et de sécurité, qui est primordial, et en ayant l'impératif de souveraineté, et en ayant en tête l'impératif, le nécessaire impératif, du développement des énergies renouvelables. On en est, non pas exactement au début, mais il y a des perspectives extraordinaires en matière de développement des énergies renouvelables, et moi je le sais, et je partage totalement ce point de vue avec Nicolas HULOT. Simplement, nous disons nous allons aborder cette question avec pragmatisme, sans dire, de façon doctrinale, « c'est très bien » ou « c'est très mal », en essayant de faire en sorte d'atteindre les objectifs qui sont fixés par le président de la République, c'est-à-dire une approche fondée sur la sûreté et la sécurité du nucléaire, et un développement, rapide, massif, visible, des énergies renouvelables.

PATRICK COHEN
Le ministre de tutelle d'AREVA ce sera Nicolas HULOT, il aura les transports et l'énergie dans ses attributions, vous nous le confirmez Edouard PHILIPPE ?

EDOUARD PHILIPPE
Le ministre de la Transition écologique sera en charge de l'énergie et des transports, et ensuite, comme toute entreprise publique, mais vraiment comme toute entreprise publique, quel que soit son secteur, vous savez que les participations de l'Etat sont gérées par l'Agence des participations de l'État, et que les décisions du gouvernement sont fondées sur une discussion entre le gouvernement et des arbitrages pris par le Premier ministre.

PATRICK COHEN
Notre-Dame-des-Landes ne se fera pas, « on ne peut pas imaginer que Notre-Dame-des-Landes, l'aéroport, puisse se faire avec Nicolas HULOT au gouvernement » nous disait il y a quelques minutes, ici même, Pascal CANFIN, l'un des proches de Nicolas HULOT.

EDOUARD PHILIPPE
Sur Notre-Dame-des-Landes, c'est un sujet, Nicolas HULOT ou pas, c'est un sujet compliqué.

PATRICK COHEN
Enfin là c'est Nicolas HULOT avec !

EDOUARD PHILIPPE
Non, non, très bien, mais Notre-Dame-des-Landes c'est un sujet qui est redoutablement complexe, pour une raison simple, c'est que l'ensemble des autorités administratives, juridictionnelles, se sont prononcées dans le sens d'un feu vert au projet, et, accessoirement, quand on a organisé un référendum, les électeurs se sont prononcés en faveur du projet, on ne peut pas rayer ça d'un trait de plume. Ça existe, c'est important, pour l'action de l'État, pour l'autorité de l'État, et pour l'action collective, on ne peut pas dire « tout ça, ça ne compte pas. » On sait aussi que le problème est rendu complexe par le fait que la tension sur place est à un point considérable. Emmanuel MACRON a dit clairement qu'on ne pourrait prendre une décision en la matière que lorsque lui, et l'ensemble des décisionnaires, auraient la totalité des éléments clairement en tête pour faire un choix éclairé. Moi je crois beaucoup, et je le dis ici, j'aurai l'occasion de le redire, en matière de choix publics il faut faire des choix éclairés. Un choix éclairé c'est quelque chose qui est mûri, qui est pensé, qui est discuté, et qui ensuite est assumé.

PATRICK COHEN
Ça fait à peu près 15 ans que ça mûri, Edouard PHILIPPE !

EDOUARD PHILIPPE
Oui, eh bien je ne considère pas qu'aujourd'hui, moi j'ai été nommé Premier ministre il y a 48 heures, je ne considère pas que, aujourd'hui, on soit en mesure de prendre un choix éclairé s'agissant de Notre-Dame-des-Landes.

PATRICK COHEN
Donc il y aura un médiateur.

EDOUARD PHILIPPE
Donc il y aura un médiateur, qui va permettre de mettre l'ensemble des choses sur la table, d'étudier l'ensemble des options et ensuite nous prendrons une décision qui sera assumée, qui sera claire.

PATRICK COHEN
Un médiateur qui sera chargé de proposer des solutions alternatives à Notre-Dame-des-Landes, si j'ai bien compris.

EDOUARD PHILIPPE
Quand on met tout sur la table, on met tout sur la table, on ne laisse pas des choses sous le tapis.

PATRICK COHEN
Des choses alternatives. Premier dossier, l'un de vos premiers dossiers, une loi sur la moralisation de la vie publique. Vous vous êtes rallié à l'idée de transparence en politique, Edouard PHILIPPE ?

EDOUARD PHILIPPE
Je suis parfaitement conscient du fait que si on veut rétablir le lien de confiance, qui est distendu, entre les Français et les hommes politiques, et en vérité, tous ceux qui exercent des responsabilités, il faut qu'on fasse mieux que ce que nous faisions auparavant. Et je ne prétends pas l'exemplarité en la matière parce qu'il se trouve qu'à titre personnel je n'aime pas beaucoup parler de ma vie privée, et que donc l'impératif de transparence absolue ne m'a jamais enchanté à titre personnel.

PATRICK COHEN
Donc, vous n'avez pas donné l'exemple, et vous en convenez ce matin.

EDOUARD PHILIPPE
J'ai répondu à un certain nombre de questions, lorsqu'elles m'étaient posées, avec une forme de mauvaise humeur, ce n'est jamais la bonne conseillère. Je crois que l'incident est clos puisque la Haute autorité a indiqué d'abord qu'elle avait suffisamment…

PATRICK COHEN
Vous avez eu un blâme pour avoir répondu, disons avec désinvolture, à une demande de déclaration de patrimoine.

EDOUARD PHILIPPE
Elle avait désormais suffisamment d'éléments pour répondre aux questions qui étaient posées et que, par ailleurs, j'ai obtenu le quitus de ladite Autorité pour les déclarations de patrimoine que j'ai fait ultérieurement. Ce qui est vrai, d'abord à titre personnel je préfère les règles claires plutôt que l'inquisition, et donc je pense que dans la vie politique, dans le texte qui viendra, nous aurons à définir des règles claires, qu'est-ce qui est autorisé, qu'est-ce qui ne l'est pas, beaucoup plus que cette transparence absolue, dont j'observe d'ailleurs qu'elle suscite questions, et questions, et questions, et questions. Mais c'est une discussion que nous allons avoir, c'est un texte que nous proposons rapidement, le garde des Sceaux…

PATRICK COHEN
François BAYROU.

EDOUARD PHILIPPE
Sera chargé de proposer toute une série d'initiatives, et je pense que nous irons beaucoup plus loin dans cette voie, parce que, encore une fois, indépendamment des mots, le sujet c'est comment est-ce que nous rétablissons ce lien de confiance entre les Français et ceux qui exercent des responsabilités publiques. Il n'a échappé à personne qu'au moment des élections présidentielles le niveau de colère qui s'est exprimé, d'insatisfaction qui s'est exprimé, a atteint un point quasiment historiquement élevé. La bonne réponse à apporter c'est des résultats, et ce gouvernement a été nommé pour cela, et de la confiance retrouvée. Et nous allons nous employer, à la fois dans notre façon de fonctionner, dans le sérieux de nos annonces, dans la modération de notre ton, et, je l'espère, dans les excellents résultats que nous aurons.

PATRICK COHEN
Le ton et les annonces justement, c'est un gouvernement qui contient, qui recèle des personnalités très différentes et des opinions divergentes, j'en ai donné quelques exemples. Est-ce que les désaccords seront publics ou est-ce qu'ils seront interdits, pour parler de façon un peu triviale, est-ce que les ministres auront le droit de l'ouvrir ?

EDOUARD PHILIPPE
Interdire les désaccords ça n'a pas de sens, Patrick COHEN.

PATRICK COHEN
Interdire l'expression des désaccords.

EDOUARD PHILIPPE
Ça c'est assez différent. Interdire les désaccords ça voudrait dire interdire la liberté intellectuelle de gens qui sont amenés à prendre des décisions, ce serait la pire des choses. Vous ne pouvez pas prôner le rassemblement autour d'une majorité de progrès et faire venir des gens qui, effectivement, viennent d'horizons, de cultures politiques différentes, et dire « mais maintenant il n'y a plus de désaccord », ça, ça n'existe pas. Donc, il faut des discussions. Après il faut une efficacité dans l'action collective, et il faut une loyauté dans l'action collective, et le président de la République y est extrêmement attaché, nous en avons longuement discuté, il y aura donc discussions. Mais je sais que tous ceux qui se sont engagés dans cet exercice unique, dans la vie politique française, auront à coeur d'avoir cette loyauté et cette efficacité de l'action collective toujours à l'esprit.

PATRICK COHEN
Ferez-vous campagne pour les…

EDOUARD PHILIPPE
Et moi je l'aurai toujours à l'esprit, croyez-moi.

PATRICK COHEN
Ferez-vous campagne aux législatives, Edouard PHILIPPE, pour les candidats de la République En Marche, parfois contre des candidats de votre famille, ou de votre ex-famille politique, c'est-à-dire celle des Républicains ?

EDOUARD PHILIPPE
Moi j'ai fait un choix, j'ai fait le choix de répondre positivement à la proposition qui m'était faite par le président de la République et de dire que, au-delà des vieux clivages partisans, qui sont, après tout, légitimes - j'ai été moi-même le premier directeur général de l'UMP quand Alain JUPPE en était son premier président, donc je ne pars pas de nulle part, je suis clairement un homme qui a eu un engagement politique à droite, et je le revendique. Je ne crois pas que ce soit une droite fermée, sectaire, qui considérerait que par définition tout ce qui se dit à gauche serait absurde et que tout ce qui se dirait à droite serait intelligent, mais il est clair que je viens plutôt de la droite. Par définition, lorsqu'on accepte l'offre qui est faite par le président de la République, comme ça a été fait il y a quelques jours, on rentre dans une logique nouvelle, et on essaie de donner, au président de la République, et au gouvernement que je dirige, une majorité pour faire avancer le pays. Donc, bien sûr, je participerai aux élections législatives, et bien sûr j'essaierai de donner au président de la République la majorité dont il a besoin pour garantir une stabilité politique dans le pays et pour faire en sorte que nous puissions avancer. Je pense que le défi est considérable. Et, je vois bien les appareils partisans inquiets, parfois agressifs, et parfois ne comprenant pas le sens de cette démarche.

PATRICK COHEN
Pas seulement les appareils..., deux de vos mentors en politique, là, vous en avez cité un…

EDOUARD PHILIPPE
Pas seulement…

PATRICK COHEN
Alain JUPPE, Antoine RUFENACHT, tous deux ont dit qu'ils vous ont déconseillé d'accepter le poste de Premier ministre, et d'aller à Matignon.

EDOUARD PHILIPPE
Pas seulement les appareils, je vois aussi beaucoup d'électeurs, y compris des électeurs de droite, beaucoup d'électeurs, y compris des électeurs de gauche, qui se disent que, on a, là, une chance unique de tenter quelque chose qui ne s'est jamais fait, d'essayer de donner une majorité de progrès au pays en s'appuyant sur des hommes issus de la droite, qui ont envie de travailler avec d'autres, sur des hommes et des femmes issus de la gauche qui ont envie de travailler avec d'autres, et sur des hommes issus de la société civile, je déteste ce terme, pour vous dire la vérité, parce que je ne sais pas très bien ce qu'il veut dire.

PATRICK COHEN
Alors, ce sont des experts, des spécialistes ?

EDOUARD PHILIPPE
Non, ce sont des hommes et des femmes pour lesquels l'engagement partisan n'est pas la raison pour laquelle ils sont connus, voilà, et qui ont une vie professionnelle complète, riche, une activité remarquable, qui leur donnent, me semble-t-il, des compétences qui sont formidable à utiliser dans l'action publique, pardon, mais je ne me pose pas la question de savoir quand je parle à madame BUZYN ou quand je parle à madame NYSSEN, de savoir si elles viennent de la droite ou de la gauche. Je vois deux parcours exceptionnels…

PATRICK COHEN
Ministre de la Santé et ministre de la Culture.

EDOUARD PHILIPPE
Je vois deux parcours exceptionnels, qui donnent une légitimité très forte pour s'occuper de la santé et des solidarités, s'agissant de madame BUZYN, et de la culture s'agissant de madame NYSSEN. Et ça me va très bien.

PATRICK COHEN
Un dernier mot, non pas pour répondre aux appareils, mais à ceux que je citais il y a un instant, Alain JUPPE, Antoine RUFENACHT, vous avez un sentiment de trahison, sûrement pas, mais de transgression au moins, Edouard PHILIPPE, par votre démarche…

EDOUARD PHILIPPE
Alors, de transgression, à l'évidence, puisque, encore une fois, ce que nous tentons n'a jamais été fait, donc bien entendu, de transgression, mais j'ai aussi, et je le dis, d'abord, des liens, vous avez cité Alain JUPPE et Antoine RUFENACHT, des liens de très grande affection pour Alain JUPPE et Antoine RUFENACHT, j'ai évidemment discuté de cette décision avec eux deux, Antoine RUFENACHT m'a indiqué qu'il pensait que ça n'était pas une très bonne idée, Alain JUPPE a été plus bienveillant.

PATRICK COHEN
Merci Edouard PHILIPPE d'être venu ce matin au micro de France Inter. Nous devons vous libérer pour des obligations, je crois, d'ordre présidentiel, enfin, vous avez rendez-vous avec le président de la République, c'est ça, vos obligations officielles.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 19 mai 2017

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