Interview de M. Christophe Castaner, secrétaire d'Etat chargé des relations avec le Parlement, porte-parole du Gouvernement, à RTL le 18 mai 2017, sur la formation du nouveau gouvernement, notamment la réforme du code du travail. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Christophe Castaner, secrétaire d'Etat chargé des relations avec le Parlement, porte-parole du Gouvernement, à RTL le 18 mai 2017, sur la formation du nouveau gouvernement, notamment la réforme du code du travail.

Personnalité, fonction : CASTANER Christophe.

FRANCE. Secrétaire d'Etat aux relations avec le Parlement, porte-parole du Gouvvernement

Circonstances : Nomination du gouvernement de M. Edouard Philippe le 17 mai 2017

ti : YVES CALVI
Bonjour Christophe CASTANER.

CHRISTOPHE CASTANER
Bonjour.

YVES CALVI
Merci beaucoup d'être avec nous ce matin sur RTL, vous êtes le nouveau secrétaire d'Etat chargé des Relations avec le Parlement, mais aussi porte-parole de ce nouveau gouvernement. Elisabeth MARTICHOUX vous questionne.

ELISABETH MARTICHOUX
Bonjour Christophe CASTANER, merci encore d'être sur RTL. Vous disiez, il y a quelques jours, les plus proches sont souvent les premiers sacrifiés, ce sera un gouvernement serré, il y a assez peu de places pour des mecs comme moi, député PS sortant. Raté, à quoi devez-vous votre nomination ?

CHRISTOPHE CASTANER
D'avoir été encore un peu plus proche, non, je crois que c'est le souci d'équilibre du Premier ministre et du président de la République d'avoir des personnalités qui viennent de tous les horizons. Je viens d'un horizon qui a sa place aussi au gouvernement.

ELISABETH MARTICHOUX
L'horizon le plus proche, c'est quand même d'avoir choisi Emmanuel MACRON, il y a un an, vous êtes parmi ceux qui l'ont rallié dès la première heure, il a besoin de s'entourer de quelques fidèles, il y a Gérard COLLOMB aussi, Richard FERRAND ?

CHRISTOPHE CASTANER
Oui, je pense que c'est nécessaire, parce que nous sommes représentatifs, mais en même temps le risque aurait été de se retrouver entre nous, et l'entre-soi en politique est toujours la mauvaise chose. Là, il y a un vrai renouvellement, il y a un vrai changement avec l'arrivée de ministres, de personnalités différentes, la moitié venant de la société civile, d'autres venant de la droite, de la gauche et je vous dirais presque peu importe, avançons.

YVES CALVI
Encore un mot sur votre engagement et sur cette relation avec le président de la République, vous avez même déclaré à nos confrères du journal La Croix, je vous cite, être tombé amoureux de l'ancien ministre de l'Economie, vous avez si peu de distance que ça avec le chef de l'Etat ?

CHRISTOPHE CASTANER
Vous savez, on peut être amoureux et exigeant et donc…

ELISABETH MARTICHOUX
Ca enlève un peu de distance quand même quand on est amoureux.

CHRISTOPHE CASTANER
Oui, mais vous savez, il y a les trois premiers mois qu'on appelle le coup de coeur et puis ensuite on a un peu plus de raison.

ELISABETH MARTICHOUX
Vous l'avez dit c'est un gouvernement composite, droite à Bercy, gauche à l'intérieur, MoDem à la Justice et à la Défense, électron libre Nicolas HULOT, ministre d'Etat à l'Environnement, société civile expérimentée, comment tenir les troupes, faire que tout le monde travaille ensemble dans la même direction ? De qui ça dépend d'ailleurs d'abord, d'Edouard PHILIPPE, le Premier ministre ?

CHRISTOPHE CASTANER
Je dirais, ça dépend des Français parce qu'on a passé un contrat, Emmanuel MACRON a passé un contrat, il y a dix jours à 20h00 un dimanche soir avec les Français. Donc aujourd'hui on est tous mobilisé uniquement avec cet objectif, mettre en oeuvre le projet présidentiel.

ELISABETH MARTICHOUX
Moi, je vous parle de la façon dont vous allez pouvoir travailler tous ensemble, en venant d'horizons aussi différents tel que vous le revendiquez, comment on fait, est-ce que c'est le Premier ministre qui d'une certaine façon, on dit toujours que c'est l'animateur de l'équipe gouvernemental, va être comptable de la cohérence et aussi empêcher des couacs, enfin tout ce qui pollue un gouvernement au départ ?

CHRISTOPHE CASTANER
C'est à la fois la responsabilité du Premier ministre que de l'animer et c'est de notre responsabilité à nous, les ministres, de respecter sa prééminence dans le fonctionnement collectif, c'est lui l'animateur, c'est lui qui doit mettre en oeuvre cette politique. Le président de la République donne le cap, le Premier ministre et les ministres l'exécutent.

YVES CALVI
Vous êtes conscient que vous avez deux bombes à retardement qui s'appellent Nicolas HULOT et François BAYROU ?

CHRISTOPHE CASTANER
Il y en a peut-être plus, mais c'est le principe de la nature humaine, il y a toujours des risques surtout quand vous ne prenez pas des vieux briscards politiques, mais je crois qu'il était temps aussi de tourner la page des vieux briscards.

ELISABETH MARTICHOUX
Vous voyez en lui cette capacité encore une fois à mettre le liant entre toutes ces personnalités qui viennent d'horizons différents, avec des histoires différentes et parfois complètement inexpérimentés dans l'exercice du pouvoir.

CHRISTOPHE CASTANER
Je crois qu'il a deux qualités, d'abord celle d'avoir choisi la liberté de s'émanciper de son parti politique et la seconde, c'est d'être un élu local. Et quand vous êtes un élu local dans sa mairie du Havre, dans la mienne à Forcalquier, vous savez qu'au fond le vieux système, les vieux clivages politiques ne sont que cirque et que la réalité du quotidien, elle dépasse largement les clivages.

ELISABETH MARTICHOUX
Vous inaugurez tout à l'heure vos fonctions à 11h00 après le conseil des ministres, c'est vote premier point presse de porte-parole ?

CHRISTOPHE CASTANER
Je vous confirme, je vais tenter d'être à la hauteur.

ELISABETH MARTICHOUX
C'est forcément être langue de bois, pardon Yves, on avait la même question, c'est forcément être langue de bois d'être porte-parole ?

CHRISTOPHE CASTANER
Je crois qu'il y a des sujets sur lesquels on l'est naturellement. Vous voyez, je ne le suis pas en vous répondant, je pense notamment aux dossiers internationaux, sur lesquels il y a un risque à répondre à certaines questions. Mais moi de par ma culture et si le Premier ministre et le président de la République m'ont choisi, ils savent que je ne le suis pas. Il m'est arrivé à plusieurs reprises pendant la campagne d'avoir des opinions différentes de celles d'Emmanuel MACRON, il ne m'en a jamais fait le reproche.

ELISABETH MARTICHOUX
Tout est question de formulation.

YVES CALVI
Qu'elles seront les premières mesures du gouvernement PHILIPPE ?

CHRISTOPHE CASTANER
Je crois que le premier engagement, c'est celui de présenter au public une loi sur l'éthique et la transparence.

ELISABETH MARTICHOUX
Quand ?

CHRISTOPHE CASTANER
Avant les élections législatives, donc dans les deux ou trois prochains conseils des ministres, ce sera présenté.

YVES CALVI
Engagé avant les législatives.

CHRISTOPHE CASTANER
Bien sûr ce sera présenté en Conseil des ministres pour une mise en oeuvre la plus rapide possible. Et d'ailleurs vous avez vu que le président de la République et le Premier ministre ont mis l'éthique au coeur même de la composition du gouvernement avec des procédures qui sont inhabituelles, qui n'avaient jamais été mises en oeuvre, où on a épluché…

YVES CALVI
Le texte est prêt ?

CHRISTOPHE CASTANER
Le texte n'est pas encore prêt, il appartiendra au Garde des Sceaux nommé hier de le présenter, mais l'objectif, la base, le contenu, même s'il n'est pas traduit en formulation juridique est déjà prêt parce qu'il était porté par Emmanuel MACRON.

ELISABETH MARTICHOUX
Il n'y a aucun texte de loi qui est prêt, rien n'a été préparé avant l'arrivée au pouvoir, c'est long l'élaboration d'un texte de loi ?

CHRISTOPHE CASTANER
Moi, je fais confiance à notre haute administration qui a cette capacité à entendre ce que les politiques veulent et vous verrez que dans les jours qui viennent, il y aura sur le bureau du ministre, garde des Sceaux, la possibilité de travailler sur un texte et le présenter ensuite au Conseil des ministres ce texte le plus vite possible.

ELISABETH MARTICHOUX
Les ordonnances selon la voie législative privilégiée pour ses premiers mois pour la réforme du code du travail et seulement pour la réforme du code du travail, si vous le faites d'ailleurs, ou il y aura d'autres textes qui prendront ce véhicule ?

CHRISTOPHE CASTANER
D'abord il faut avoir en tête qu'à chaque session parlementaire, vous avez à peu près une trentaine d'ordonnances et on n'en parle jamais, celle-ci, elle est beaucoup plus sensible. Donc il y aura surement d'autres ordonnances, c'est un mode de…

ELISABETH MARTICHOUX
Sur quel sujet ? Sur les rythmes scolaires par exemple, vous ne savez pas ?

CHRISTOPHE CASTANER
Ca n'est pas arrêté, mais l'ordonnance n'est pas un problème démocratique, par contre il y a une volonté d'aller vite sur la réforme du code du travail, cet objectif d'aller vers le plein emploi nécessite d'aller vite et de ne pas perdre deux ans parce qu'il faut en moyenne deux ans sur un texte législatif classique pour qu'il soit totalement en vigueur.

ELISABETH MARTICHOUX
Aller vite, ça veut dire, avant la fin de la première session extraordinaire du Parlement, avant la fin juillet, début août les ordonnances seront prises ?

CHRISTOPHE CASTANER
Le calendrier, c'est de se donner la fenêtre de l'été pour travailler sur ces sujets, notre objectif, c'est qu'à la rentrée, la rentrée de septembre-octobre nous soyons opérationnels après un dialogue social nécessaire et puis d'abord deux votes de l'Assemblée, un vote pour nous habiliter à travailler par ordonnance…

ELISABETH MARTICHOUX
Ca, ça va être votre boulot Christophe CASTANER, en tant que ministre des relations avec le Parlement, avec une Assemblée dont vous n'avez aucune idée pour l'instant de qu'elle sera sa composition, ni ses équilibres politiques ?

CHRISTOPHE CASTANER
C'est ça aussi, c'est une chance folle d'avoir des hommes et des femmes, un profond renouvellement y compris dans les candidats aux élections législatives.

ELISABETH MARTICHOUX
La chance folle, ce serait d'avoir une majorité absolue.

CHRISTOPHE CASTANER
Non, ça ne s'appelle pas une chance, c'est du travail, mais 77 % de nos candidats de la République En Marche aujourd'hui ne sont pas lus. Alors oui, ils ne sont pas des professionnels de la politique, mais en même temps ils sont représentatifs de la société, c'est pas mal aussi.

YVES CALVI
Ca veut dire que vous avez deux mois pour convaincre Laurent BERGER de vous suivre dans cette affaire du code du travail ?

CHRISTOPHE CASTANER
On a deux mois pour poursuivre…

YVES CALVI
Il n'est pas parti pour, vous l'avez bien compris.

CHRISTOPHE CASTANER
… notre échange avec Laurent BERGER, mais pas seulement avec Laurent BERGER, il faut qu'on échange avec tous et qu'on puisse entendre aussi ce que les syndicats ont à nous dire, je ne doute pas que la ministre du Travail et le Premier ministre seront aussi ouvrir la voie du dialogue avec eux.

ELIZABETH MARTICHOUX
Alors, parmi les nominations les plus visibles c'est évidemment celle de Nicolas HULOT, avec regret il avait pris acte du vote favorable à l'aéroport de Notre-Dame-des-Landes à Nantes, aux manettes il va enterrer le projet ?

CHRISTOPHE CASTANER
Le président de la République a dit qu'il nous fallait six mois pour faire un point précis. Aujourd'hui ce projet est condamné, parce qu'il n'avance pas, et donc on se donne six mois pour voir dans quelle mesure il peut être revu, retenu ou abandonné.

ELIZABETH MARTICHOUX
Est-ce qu'il a dealé l'abandon du projet de Notre-Dame-des-Landes pour un poste de ministre ?

CHRISTOPHE CASTANER
Il n'y a pas eu de deal.

ELIZABETH MARTICHOUX
Est-ce qu'ils ont parlé de tout cela, de tous ces sujets, par exemple le nucléaire, Notre-Dame-des-Landes, des sujets quand même très importants pour Nicolas HULOT, et qui ne sont pas du tout dans la ligne d'Emmanuel MACRON, est-ce qu'ils ont préparé le terrain, est-ce qu'ils ont aplani les désaccords ?

YVES CALVI
Je me permets quand même une chose Christophe CASTANER, Nicolas HULOT n'est pas amoureux du président MACRON, comme vous venez de nous l'annoncer il y a quelques instants, donc il y a forcément un accord faute de deal. Il a refusé ce poste depuis des années, il le prend avec vous.

CHRISTOPHE CASTANER
Mais je ne le conteste pas, il y a une discussion en politique, et il y a les conditions politiques qui sont réunies, mais notamment la première condition politique qu'a posé toujours Nicolas HULOT, celle de sortir de la logique des partis, qui vous impose des dogmes et qui vous empêche l'analyse, et donc c'est parce qu'il y a de cadre-là, et dans ce cadre-là il y a un échange, il y a des discussions. Mais il ne s'agit de prendre tout ce à quoi pense tel ou tel ministre pour dire « voilà la ligne politique », la ligne politique c'est celle du président de la République qui a été élu par les Français et qui est mise en oeuvre par le Premier ministre Edouard PHILIPPE.

ELIZABETH MARTICHOUX
Vous nous confirmez qu'un ministre ou secrétaire d'Etat qui perd l'élection législative va quitter le gouvernement ?

CHRISTOPHE CASTANER
Oui, le président l'a rappelé.

ELIZABETH MARTICHOUX
C'est un risque pour Bruno LE MAIRE, par exemple, qui est candidat dans l'Eure, vous pensez qu'il maintiendra sa candidature au risque de devoir partir de Bercy dans 1 mois ?

CHRISTOPHE CASTANER
Ecoutez, je ne vais pas me prononcer pour Bruno LE MAIRE, mais je vais me prononcer pour moi. Ma circonscription est difficile, Emmanuel MACRON est arrivé en troisième position, j'aurais pu partir ailleurs, ça m'a été proposé…

ELIZABETH MARTICHOUX
C'est-à-dire ? une autre « circo » comme on dit !

CHRISTOPHE CASTANER
Dans une autre circonscription plus facile, ça m'a été proposé, j'ai fait le choix de rester dans ma circonscription des Alpes-de-Haute-Provence, et je pense qu'effectivement, si vous êtes battu, c'est que vous n'avez pas la confiance de vos électeurs de proximité et donc vous n'avez pas la confiance des Français.

YVES CALVI
Je me permets de revenir un tout petit point en arrière. Le président MACRON soutient la filiale nucléaire, il a toujours été très clair là-dessus, même s'il annonce une réduction de la part du nucléaire d'ici 2025. « Le nucléaire fait partie du monde d'hier » a toujours dit Nicolas HULOT. Comment vous faites pour réunir les deux doctrines ?

CHRISTOPHE CASTANER
Je crois qu'il faut… la loi de Transition énergétique et notre objectif c'est de baisser la part du nucléaire dans notre production, ce n'est pas de supprimer du jour au lendemain, mais l'objectif, à terme, est effectivement de baisser fortement la place du nucléaire…

YVES CALVI
Vous avez vu que l'action d'EDF a immédiatement baissé en annonçant la nomination du ministre.

CHRISTOPHE CASTANER
Bien sûr, mais…

ELIZABETH MARTICHOUX
-6 % ce matin.

CHRISTOPHE CASTANER
Oui, mais vous allez trouver, là encore, un redressement assez vite, il y a toujours des effets de surprise, mais derrière ce sera régulé. Ce que nous voulons c'est aller vers un mix énergétique. On a fait un choix industriel, en France, d'aller vers le tout nucléaire et quasi exclusivement, et aujourd'hui nous sommes trop dépendants de la filière nucléaire, il faut, petit à petit, en sortir.

ELIZABETH MARTICHOUX
Merci beaucoup Christophe CASTANER…

CHRISTOPHE CASTANER
Merci.

ELIZABETH MARTICHOUX
Nouveau ministre chargé des Relations avec le Parlement et Porte-parole du gouvernement, d'avoir réservé votre première prise de position sur RTL, à très bientôt.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 19 mai 2017

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