Interview de M. Jean-Michel Blanquer, ministre de l'éducation nationale à France-Inter le 19 mai 2017, sur les effectifs des classes de CP et CE1 en éducation prioritaire et l'échec scolaire. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Jean-Michel Blanquer, ministre de l'éducation nationale à France-Inter le 19 mai 2017, sur les effectifs des classes de CP et CE1 en éducation prioritaire et l'échec scolaire.

Personnalité, fonction : BLANQUER Jean-michel.

FRANCE. Ministre de l'éducation nationale

ti :


PATRICK COHEN
Le nouveau ministre de l'Education nationale est votre invité, Ali BADDOU.

ALI BADDOU
Jean-Michel BLANQUER, bonjour Monsieur le Ministre.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Bonjour.

ALI BADDOU
Vous êtes bien connu de la communauté éducative, un peu moins du grand public, votre portrait : 52 ans, enseignant professeur d'université, ancien recteur, ancien directeur général de l'Enseignement scolaire – c'est le numéro 2 du ministère sous la droite particulièrement – et jusqu'à mercredi dernier directeur de l'ESSEC, c'est ce qu'a retenu Jean-Luc MELENCHON, je le cite : « on ne gère pas l'Education nationale comme on gère une école de commerce », je le cite.

JEAN-MICHEL BLANQUER
De toute façon je n'ai pas fait que gérer une école de management, comme vous venez de le dire j'ai fait bien d'autres choses dans la vie, je suis professeur. Par ailleurs...

ALI BADDOU
Mais c'est ce qu'on retient, patron de l'ESSEC c'est l'équivalent de banquier chez ROTHSCHILD ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Bien sûr que non, j'en suis d'ailleurs très fier d'avoir été directeur de l'ESSEC, c'est une maison magnifique. Jean-Luc MELENCHON le sait puisqu'il y était il y a deux mois, il a été acclamé par 2.000 personnes et il a vu ce jour-là à quel point il y avait pluralisme, respect de l'autre, goût pour la dignité humaine – c'est la première chose qu'on dit aux étudiants – donc sortons des caricatures, à commencer par celle de ma dernière fonction.

ALI BADDOU
Si j'ajoute qu'on vous classe à droite, est-ce que le portrait est complet ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Le portrait est totalement dénaturé et caricatural quand on dit ça, je ne me suis jamais engagé politiquement, je n'ai jamais été dans aucun parti, j'ai été sous plusieurs gouvernements – y compris six mois avec Vincent PEILLON – donc bien entendu j'ai servi plus sous des gouvernements de droite...

ALI BADDOU
De droite, notamment quand Luc CHATEL était le ministre de l'Education nationale et que vous étiez le numéro 2 du ministère - on vous a prêté d'avoir appliqué la politique éducative de Nicolas SARKOZY - est-ce que vous l'appelez Nicolas SARKOZY pour lui dire que vous entriez au gouvernement ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Non, mais je n'ai pas de relations personnelles avec lui – et je n'ai aucune raison de le faire - j'ai du respect pour lui en tant qu'ancien président de la République mais je n'ai aucune raison de l'appeler et je n'ai pas... vous voyez ça c'est des lectures politiques des choses, ce n'est absolument pas dans mon pedigree, je n'ai jamais fait de politique....

ALI BADDOU
Mais bienvenue en politique !

JEAN-MICHEL BLANQUER
Mais bien sûr ! Mais moi ce qui m'intéresse aujourd'hui c'est de travailler pour l'Education nationale et là pour les 10 minutes que j'ai...

ALI BADDOU
Et vous allez faire de la politique aussi ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Certainement, au sens le plus noble du terme j'espère. Mais vous voyez j'ai 10 minutes avec vous à être obligé de me justifier sur des choses qui sont des caricatures, des sources de polémique, ce n'est pas ce qui m'intéresse du tout, ce qui m'intéresse c'est de parler des élèves, de me consacrer à eux, j'ai toujours fait ça...

ALI BADDOU
Et on va le faire ! Mais c'est important malgré tout de connaître les convictions...

JEAN-MICHEL BLANQUER
Bien sûr.

ALI BADDOU
Et les engagements d'un homme politique.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Oui, mais dans le passé, dans toutes mes fonctions – y compris recteur – j'ai parfois souffert du fait qu'on dénature, on caricature la parole, je demande juste aux gens qui nous écoutent de regarder ce que j'ai fait, ce que j'ai dit, ce que j'ai écrit et pas ce qu'on dit de cela, parce que ce que j'ai fait c'est toujours me consacrer aux élèves - et notamment les plus défavorisés - c'est ce qui m'intéresse, c'est d'arriver à la vraie égalité, arriver au vrai progrès et pas me payer de mots, c'est ça qui me caractérise mon parcours.

ALI BADDOU
Pour comprendre votre philosophie de l'éducation, vous voulez réformer ou révolutionner le système ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Non, je veux le faire évoluer. Je n'ai pas la prétention de le révolutionner ou de le réformer depuis mon bureau, ce serait une catastrophe de penser de cette façon-là, je veux libérer les énergies, je veux respecter les professeurs, respecter la communauté éducative et ensemble libérer les énergies. Il n'y a pas un ministre qui arrive en faisant des décrets, des lois, qui finalement n'a pas de baguette magique et, à la fin, s'en va parce qu'il ne l'a pas. Il y a une communauté de pratiquement un million de personnes, sans parler des parents d'élèves, finalement des 60 millions de Français, des plus de 60 millions de Français qui sont concernés par l'école, on doit rassembler tout ce monde, chacun le comprend qu'on est dans un moment historique très particulier, que l'école depuis des décennies a besoin de rassembler parce que le clivage droite-gauche n'a aucun intérêt pour l'école, d'autres clivages n'ont pas beaucoup d'intérêt non plus, ce qui est important c'est de se rassembler pour faire progresser les choses.

ALI BADDOU
Dans l'ordre des priorités, faut-il d'abord rétablir l'autorité des maîtres ou favoriser l'épanouissement des élèves ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Oh ! Eh bien ça va complètement ensemble, vous savez en même temps...

ALI BADDOU
En même temps ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Mais bien entendu !

ALI BADDOU
En même temps, bienvenue dans l'équipe Macron.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Il faut dire que c'est l'équation dont nous avons besoin pour l'école en effet puisqu'on a besoin et d'exigence et de bienveillance.

ALI BADDOU
Faut-il enseigner un roman national, un récit national pour que les petits Français soient fiers de leur pays ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Je pense que la question de l'amour de notre pays est absolument fondamentale, elle est à la base de tout. Vous savez j'ai une...

ALI BADDOU
Donc oui ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Internationale dans ma carrière, vous ne l'avez pas dit, mais j'ai beaucoup été en Amérique latine en particulier et je connais un certain nombre de pays et de systèmes scolaires d'autres pays, ce qui me frappe souvent c'est qu'en France la question de l'amour du pays apparait comme secondaire ou comme...

ALI BADDOU
Et donc oui il faut enseigner le récit national ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Il faut aimer son pays tout simplement, comme on doit aimer sa famille, comme on doit aimer ses camarades, etc., il faut évidemment répandre des sentiments positifs, de l'optimisme, de l'amour de son pays, ça ne veut pas dire que notre pays a été formidable dans toute son histoire – aucun pays ne l'a été – mais il faut aimer son pays et donc effectivement, surtout quand on est petit, avoir un récit chronologique permettant de se repérer, ça parait une évidence.

ALI BADDOU
Entrons dans le vif du sujet et de vos premières mesures. On a peu parlé d'éducation pendant la campagne présidentielle mais on a retenu d'Emmanuel MACRON que ce qui devait changer dès le mois de septembre c'est notamment de diviser par deux les effectifs des classes de CP et de CE1 en éducation prioritaire - ça veut dire pas plus de 12 élèves par classe - il faudra trouver 12.000 enseignants supplémentaires, où allez-vous les trouver ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Pardon pas 12.000, en tout cas pas dans l'immédiat, mais c'est une mesure qui va trouver une application dès la rentrée prochaine avec mes maîtres mots, mes maîtres mots c'est d'abord pragmatisme, évaluation scientifique, si nous avons cette mesure à faire ce n'est pas simplement parce que c'est sorti de notre chapeau c'est parce que dans le passé c'est ce qui a prouvé de l'efficacité, vous ne pouvez pas avoir une plus grande mesure de progrès que celle-ci, parce que ce qui est fondamental si on veut progresser c'est de s'intéresser aux enfants dès le plus jeune âge, à l'école maternelle où la question du vocabulaire est absolument fondamentale, de la conscience phonologique, une sorte de conscience pré-grammaticale, bref du langage qu'il faut installer par tous les moyens de la maternelle – c'est-à-dire le jeu, la musique, le bonheur, le plaisir – tout ce qui amène...

ALI BADDOU
Mais, soyons pragmatiques, il faut des profs ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Bien entendu il faut des professeurs très bien formés, donc c'est un sujet avec plusieurs facteurs, j'ai tout à fait confiance et conscience quant aux facteurs qu'il faut mobiliser – mais on va y arriver – et on va y arriver d'ailleurs par étape, de manière tout à fait pragmatique, parce que...

ALI BADDOU
Donc, il faut créer des postes d'enseignant ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Oui, bien sûr.

ALI BADDOU
Combien ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
On est en train en ce moment de calculer tout ça, vous savez je suis arrivé il y a deux jours. Ce que je peux vous dire c'est qu'à la rentrée l'objectif c'est 100 % de réussite au cours préparatoire, ça concerne ce qu'on appelle les REP + comme vous venez de le dire, c'est-à-dire en gros en éducation prioritaire, mais mon but c'est que tous les élèves de France sortent du cours préparatoire en sachant lire, écrire, compter, c'est ça. Après les questions de moyens on peut toujours en parler, mais il ne faut pas qu'on se focalise sur les moyens, il faut qu'on se focalise sur les fins et la fin c'est arriver que dès la maternelle, puis le cours préparatoire, puis le CE1, dans ces premières années-là, eh bien l'essentiel soit installé, les fondamentaux soient installés, ce qui ensuite est gage de réussite pour la suite et les principaux bénéficiaires de ça – si je puis dire – c'est évidemment les professeurs de collège qui verront dans le futur arriver des élèves de l'école primaire avec ces fondamentaux bien ancrés et, donc, je pense qu'on peut avoir une sorte de consensus national autour de cette immense priorité aux premières années de la vie.

ALI BADDOU
Ah, ça, on peut rêver. A propos des rythmes scolaires, ça suscite aussi de l'inquiétude, vous allez donner carte blanche aux maires ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Carte, non, c'est un sujet d'équipe - et celui-là comme les autres d'ailleurs – c'est-à-dire ce n'est pas des pouvoirs à qui on donne plus à un moment ou à un autre, non c'est de la concertation, là aussi grand pragmatisme, les rythmes scolaires ce n'est pas quelque chose qui se décrètent de puis la rue de Grenelle c'est quelque chose qui se discute localement avec les maires bien entendu qui ont un rôle fondamental à jouer, on doit respecter les maires c'est une évidence comme on doit respecter...

ALI BADDOU
Il faut des référendums aux initiatives popu...

JEAN-MICHEL BLANQUER
Certainement pas, il faut discuter autour d'une table, voir ce qu'il y a de mieux pour les enfants et donc en fonction de l'intérêt des enfants arriver à quelque chose, soutenir les collectivités, soutenir les professeurs. Mon ministère sera un ministère de soutien, un ministère de confiance, c'est-à-dire que l'idée ce n'est pas de contrôler en permanence les acteurs ou de leur donner des injonctions c'est de les aider à faire et, si j'ai un appel à faire aux professeurs en particuliers, c'est votre créativité, votre volonté d'agir sont libérées, faites, proposez, l'institution est là pour vous aider, elle n'est pas là pour vous contrôler.

ALI BADDOU
Le candidat MACRON parlait de donner plus d'autonomie aux établissements, autonomie notamment de recrutement dans des collèges et des lycées, ça suscite aussi de l'inquiétude, est-ce que vous pouvez préciser ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
L'autonomie ça va de pair avec ce que je viens de dire, c'est-à-dire nous devons littéralement libérer le système pour que les énergies se libèrent. Moi je crois aux professeurs de France, c'est notre principal atout, je serai ministre des professeurs évidemment, je suis avec eux, j'en suis un moi-même, j'ai fréquenté des dizaines d'établissements, je connais très bien le terrain de France – je l'adore d'ailleurs, j‘aime beaucoup y aller – et je vais parler beaucoup avec les professeurs, je leur demande de m'écouter et qu'on se parle et surtout, surtout, évitons les caricatures, les préjugés, les a priori, travaillons ensemble. Il y a un moment très particulier en ce moment...

ALI BADDOU
Et jugeons aux résultats.

JEAN-MICHEL BLANQUER
On va faire progresser l'école ensemble.

ALI BADDOU
Merci infiniment Jean-Michel BLANQUER et bonne rentrée donc.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 22 mai 2017

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