Interview de M. Gérard Collomb, ministre de l'intérieur, à RTL le 19 mai 2017, sur la durée de l'état d'urgence, les forces de sécurité, les relations entre la police et la justice, l'aéroport de Notre-Dame-des-Landes et la recomposition de la vie politique. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Gérard Collomb, ministre de l'intérieur, à RTL le 19 mai 2017, sur la durée de l'état d'urgence, les forces de sécurité, les relations entre la police et la justice, l'aéroport de Notre-Dame-des-Landes et la recomposition de la vie politique.

Personnalité, fonction : COLLOMB Gérard.

FRANCE. Ministre de l'intérieur

ti : YVES CALVI
Elizabeth MARTICHOUX, vous recevez le ministre de l'Intérieur Gérard COLLOMB.

ELIZABETH MARTICHOUX
Bonjour monsieur le ministre, bonjour Gérard COLLOMB.

GERARD COLLOMB
Bonjour.

ELIZABETH MARTICHOUX
Merci beaucoup en effet d'être avec nous ce matin sur RTL, c'est votre première expression en tant que ministre de l'Intérieur dans une matinale radio. Vous êtes donc le nouveau patron de Beauvau comme on dit, un poste par définition ultrasensible avec des défis extrêmement lourds. Et vous êtes le numéro 1 derrière le Premier ministre Edouard PHILIPPE dans l'ordre protocolaire du gouvernement. Une récompense pour votre soutien sans faille et précoce à Emmanuel MACRON ?

GERARD COLLOMB
Je pense que c'est davantage qu'une récompense, c'est une preuve de confiance. Je crois que les relations que nous avons nouées pendant la campagne avec Emmanuel MACRON sont des relations extrêmement fortes. Il a pu voir qu'il pouvait me faire confiance, que chaque fois sur les décisions qu'on prenait ensemble dans cette campagne, on était plutôt à la fois dans une espèce de complicité de pensée ; et puis en même temps que les voies que je pouvais indiquer n'étaient pas forcément les plus mauvaises.

ELIZABETH MARTICHOUX
Complicité de pensée sur les programmes économiques, on vous connaît surtout comme réformateur, notamment au Parti socialiste. Vous aviez émis le souhait d'être le premier flic de France ?

GERARD COLLOMB
Non, jamais. J'ai simplement accepté ce qu'il me demandait. Il a effectivement deux priorités : rétablir la situation économique qui est extrêmement dégradée dans notre pays ; et puis redonner confiance aux Français dans leur sécurité. On voit bien aujourd'hui que la confiance est très basse, elle est basse dans la population mais elle est basse aussi dans la police.

ELIZABETH MARTICHOUX
Et on va en parler. Terrorisme, sécurité, malaise policiers, gestion des migrants, tout ça c'est sur le bureau de votre ministère. D'abord l'état d'urgence prolongé jusqu'au 15 juillet, vous êtes pour un état d'urgence permanent ou vous souhaitez amorcer la sortie ?

GERARD COLLOMB
C'est une discussion que nous allons avoir dans le prochain Conseil de défense. Nous en avons eu un hier, on a fait à la fois l'état de la situation intérieure, de la menace terroriste, mais en même temps des opérations extérieures, tout cela bien sûr est totalement lié. Et donc ce sera le sujet du prochain Conseil de défense. Je n'annoncerai donc rien mais évidemment, je crois qu'à un moment donné il faudra sortir de cet état d'urgence. Est-ce le bon moment ? Peut-être pas juste après la formation du gouvernement.

ELIZABETH MARTICHOUX
Donc pas dans les deux mois qui suivent l'élection d'Emmanuel MACRON. Vous souhaiteriez prendre votre temps pour préparer au mieux la sortie de ce dispositif de protection…

GERARD COLLOMB
Il faut voir effectivement quelles sont les mesures qui peuvent permettre de faire face au haut degré d'insécurité que nous avons face à la menace terroriste.

ELIZABETH MARTICHOUX
Conseil défense hebdomadaire ?

GERARD COLLOMB
Oui, absolument, après le Conseil des ministres, chaque fois un Conseil de défense.

ELIZABETH MARTICHOUX
Alors dans vos premières déclarations de ministre de l'Intérieur, vous avez dit en effet vouloir réconcilier les policiers avec leur ministre de tutelle. Il y a un défaut de confiance entre l'institution et la tutelle ?

GERARD COLLOMB
En tout cas, on a pu le voir, des policiers en colère qui d'ailleurs avaient débordé largement les organisations syndicales à un moment donné. Cela montrait qu'il y avait espèce de révolte spontanée, une révolte spontanée due à des conditions de travail qui n'est pas forcément extraordinaires. Vous avez un certain nombre de commissariats encore dans lesquels, ni vous ni moi n'accepterions de travailler. Donc il faut répondre à ces problèmes matériels …

ELIZABETH MARTICHOUX
Et alors comment… la solution…

GERARD COLLOMB
Et au-delà si vous permettez, au-delà c'est quand même la relation de confiance qu'il faut renouer avec la population. Parce que vous voyez lorsque nous avons affaire à des actes terroristes, tous nos policiers sont applaudis, mais dans leurs missions quotidiennes, ils sont souvent vilipendés et, donc, il faut réconcilier les populations avec leur police.

ELIZABETH MARTICHOUX
Alors justement, Emmanuel MACRON dans son programme avait annoncé une nouvelle police de proximité. Est-ce que le but c'est de créer une police à part entière au sens propre du terme, en plus de la police nationale, de la gendarmerie…

GERARD COLLOMB
Non, pas du tout, il s'agit de faire en sorte que les forces de police nationale, les forces de gendarmerie soient au plus près de nos concitoyens…

ELIZABETH MARTICHOUX
Ca, ça a toujours existé d'une certaine façon…

GERARD COLLOMB
Cela…

ELIZABETH MARTICHOUX
Il y a un moment, Nicolas SARKOZY…

GERARD COLLOMB
Non, si vous vous souvenez… non, non, si vous vous souvenez justement, Nicolas SARKOZY avait démantelé cette police de proximité en disant : nous, nous allons faire de la police d'intervention. Vous vous souvenez de la fameuse phrase « les policiers ne sont pas là pour jouer au football avec les délinquants des quartiers »…

ELIZABETH MARTICHOUX
…Faire du baby-sitting…

GERARD COLLOMB
Sauf que lorsque vous quittez le quartier, vous n'avez plus le renseignement sur le quartier. Or aujourd'hui ce qui importe à la fois sur les phénomènes de délinquance, mais sur les phénomènes également de radicalisation, c'est le pouvoir justement écouter ce qui se dit dans le quartier, connaître l'ambiance de ce quartier, voir les signes éventuellement de radicalisation.

ELIZABETH MARTICHOUX
Mais vous allez puiser dans les forces actuelles, alors on sait qu'il y aura un renforcement des effectifs…

GERARD COLLOMB
C'est remettre effectivement un certain nombre…

ELIZABETH MARTICHOUX
Remettre physiquement dans des quartiers de non-droit, comme on dit ?

GERARD COLLOMB
Physiquement dans un certain nombre de quartiers. Vous voyez, par exemple je discutais avec les gendarmes, ils me disaient qu'il y avait eu une suppression de 10 % des gendarmeries, ça veut dire qu'il y a des endroits du territoire où on n'est plus forcément. Et donc il va falloir remettre les choses en place.

ELIZABETH MARTICHOUX
Reconstituer le maillage, reconstituer le maillage.

GERARD COLLOMB
Absolument.

ELIZABETH MARTICHOUX
Mais ça ne se décrète pas…

GERARD COLLOMB
Ça ne se fait pas en un jour, ça c'est clair. Mais si vous voulez, toutes les mesures que nous allons prendre, ce sont des mesures qui vont forcément s'étaler dans le temps. Refaire en sorte que les commissariats redeviennent modernes, faire en sorte que le stock de voitures qui, aujourd'hui, sont extrêmement âgées puisse se reconstituer, ça ne se fait pas en un jour…

ELIZABETH MARTICHOUX
Et ça ne se fait pas sans argent.

GERARD COLLOMB
Je vais donc rencontrer les organisations syndicales pour leur dire : voilà le plan que nous allons mettre en place, mais cela se fera dans le temps.

ELIZABETH MARTICHOUX
Avec… donc sur le quinquennat, on le comprend, vous allez faire des économies budgétaires sur votre fonctionnement ministériel pour pouvoir financer cette modernisation ?

GERARD COLLOMB
Aujourd'hui, vous avez vu que le président de la République et le Premier ministre ont annoncé une baisse de moyens drastique sur tout ce qui est cabinet. Il y a aujourd'hui une volonté effectivement de faire des économies partout. Donc nous allons faire ces économies, nous allons préparer bientôt la loi de… le projet de loi de finance. Et donc vous verrez effectivement que nous avons cette volonté de procéder partout à des économies.

ELIZABETH MARTICHOUX
Un délit d'incivilité avait proposé aussi Emmanuel MACRON pendant la campagne, d'abord c'est pour sanctionner quoi ?

GERARD COLLOMB
Alors si vous voulez ce qui aujourd'hui fait que nos habitants sont quelques fois à cran, c'est que par exemple quelqu'un commet un délit contre vous. On vous incite en tant que citoyen à aller déposer plainte. Vous êtes un bon citoyen, vous allez au commissariat de police, vous déposez votre plainte, vous dites « il va être arrêté » et le lendemain, il est devant chez vous à vous narguer. Il faut que cela, on ne le fasse plus…

ELIZABETH MARTICHOUX
Un certain laxisme des magistrats, un défaut…

GERARD COLLOMB
Ce n'est pas si vous voulez… oui, un défaut en tout cas dans la liaison entre l'action de la police, de la gendarmerie et celle de la justice. Un de mes principaux travaux avec mon collègue ministre de la Justice, avec François BAYROU et nous en avons parlé, c'est justement de faire en sorte qu'il y ait une continuité dans la chaine depuis l'action de la police jusqu'à celle de la justice.

ELIZABETH MARTICHOUX
Il va falloir le convaincre en effet parce que…

GERARD COLLOMB
Ah non, non…

ELIZABETH MARTICHOUX
Ce n'est pas complètement de votre ressort…

GERARD COLLOMB
Je crois si vous voulez – et nous en avons déjà parlé ensemble – qu'il y a une volonté étroite de travailler en commun. Et je crois que pour la première fois peut-être depuis longtemps, entre le ministre de l'Intérieur et le ministre de la Justice, il y aura une volonté forte de travail en commun. Vous savez…

ELIZABETH MARTICHOUX
Ce n'est pas le couple TAUBIRA-VALLS, c'est ça que vous voulez dire !

GERARD COLLOMB
Que dans les mois qui viennent de se passer, on va dire qu'on a eu des rapports assez proches entre François BAYROU et moi-même. Et donc, on va continuer à essayer de les avoir.

ELIZABETH MARTICHOUX
C'est vrai que vous avez contribué au rapprochement François BAYROU et Emmanuel MACRON. Notre-Dame-des-Landes, un médiateur va être nommé, ça a été confirmé hier par Edouard PHILIPPE. Si le projet est enterré dans les 6 mois, vous êtes prêt à faire évacuer la zone, vous avez mesuré les risques ?

GERARD COLLOMB
Si vous voulez, d'abord on va essayer de travailler sur la médiation. Et donc nous, nous ne voulons pas de mesure qui soit…

ELIZABETH MARTICHOUX
Médiation avec les zadistes ?

GERARD COLLOMB
Des mesures brutales, avec l'ensemble de la population, y compris avec des représentants de ceux qui occupent les lieux. Parce que vous avez absolument de tout, vous avez des écologistes qui peuvent être plus modérés et je pense que Nicolas HULOT saura leur parler ; et puis évidemment, vous avez des gens qui sont totalement radicalisés. Je mets d'ailleurs en garde contre une certaine radicalisation. Il faut faire attention dans le langage de celles et ceux qui encadrent, parce que…

ELIZABETH MARTICHOUX
Qui encadrent…

GERARD COLLOMB
Dans ma génération, on a connu par exemple les dérives qui ont pu avoir lieu en Allemagne, qui ont pu avoir lieu en Italie. Et attention que la violence du langage d'un certain nombre de femmes et d'hommes politiques ne finisse pas dans la violence des actes…

ELIZABETH MARTICHOUX
Vous faites allusion à quoi, vous faites allusion à qui ?

GERARD COLLOMB
Si vous voulez, on voit bien qu'il y a des mots quelques fois dans le débat politique français, du côté d'une extrême gauche mais quelques fois aussi d'une extrême droite, sont extrêmement violents et, donc, peuvent pousser des gens à la radicalisation. La radicalisation n'est pas simplement islamiste.

ELIZABETH MARTICHOUX
Donc vous allez faire une médiation, mener une médiation pour préparer le terrain à quoi, à l'évacuation de la zone ?

GERARD COLLOMB
On verra si vous voulez, on verra, on n'a pas… si vous aviez la réponse à l'avance, vous n'avez pas de médiation par définition.

ELIZABETH MARTICHOUX
D'accord. Et vous travaillez avec la gendarmerie pour éventuellement limiter au maximum les risques d'une opération ultra-délicate ?

GERARD COLLOMB
Mais bien sûr que ce serait extrêmement délicat avec des gens qui, aujourd'hui, sont prêts à aller jusqu'au bout.

ELIZABETH MARTICHOUX
Il n'y a pas… alors je vais dire un mot de l'équipe ministérielle, il n'y a pas de ministre socialiste au gouvernement, vous savez qui a dit ça hier ?

GERARD COLLOMB
Non.

ELIZABETH MARTICHOUX
Jean-Christophe CAMBADELIS, le patron du PS.

GERARD COLLOMB
Oui, enfin pour le moment moi, je suis encore au Parti socialiste, donc je n‘ai pas été exclu…

ELIZABETH MARTICHOUX
Jean-Yves Le DRIAN aussi.

GERARD COLLOMB
Et en même temps, il est clair qu'on recompose la vie politique, c'est ce que veulent les Français. Vous voyez, je crois qu'on voit bien qu'aujourd'hui les différences, les vrais clivages sur l'avenir de la France, ils ne passent pas entre les partis, ils passent à l'intérieur des partis. Et donc il fallait recomposer la vie politique, c'est ce que nous avons fait.

ELIZABETH MARTICHOUX
Oui, avec un couple qui inquiète à gauche, Bruno LE MAIRE Gérald DARMANIN à Bercy, ils ont les clés du coffre comme on dit, c'est eux qui vont incarner une politique économique… la politique économique du gouvernement ?

GERARD COLLOMB
Vous savez, peut-être qu'il y a des gens qui disent du côté plus conservateur : il y en a qui nous inquiètent, Gérard COLLOMB, Jean-Yves Le DRIAN. Non, je crois que personne n'a à être inquiété…

ELIZABETH MARTICHOUX
Non mais Bruno LE MAIRE, il voulait…

GERARD COLLOMB
Nous avons une équipe unie qui, effectivement, va aller de l'avant.

ELIZABETH MARTICHOUX
Il voulait supprimer 500.000 postes de fonctionnaires Bruno LE MAIRE pendant sa campagne des primaires ; Emmanuel MACRON disait 120.000 postes de fonctionnaires. Qui aura raison au bout du compte ?

GERARD COLLOMB
Vous savez, je pense que le président de la République est quelqu'un d'assez déterminé. Il a dit, il l'a répété sur tous les tons depuis quelques temps que c'était le projet qu'il avait proposé aux Français qui s'appliquerait.

ELIZABETH MARTICHOUX
La photo de vous en larmes le jour de la passation de pouvoir, à quoi pensiez-vous à ce moment-là ?

GERARD COLLOMB
Simplement à l'aventure qu'on avait vécue avec Emmanuel MACRON. Je repensais aux premières rencontres que nous avions eues ensemble. Et nous ne pensions pas arriver forcément jusqu'à l'Elysée. Donc c'était la consécration d'une action qui s'était menée dans une amitié forte, c'était aussi une rencontre entre deux hommes.

ELIZABETH MARTICHOUX
Et qui fait qu'aujourd'hui, vous êtes ministre de l'Intérieur au gouvernement français. Merci Gérard COLLOMB d'avoir été avec nous ce matin sur RTL.

GERARD COLLOMB
Merci à vous, merci.

YVES CALVI
Le projet du président MACRON est de rétablir la confiance des Français dans leur sécurité. Le ministre de l'Intérieur annonce une réflexion sur la sortie de l'état d'urgence ; et le retour de la police de proximité ainsi qu'un plan quinquennal de modernisation des commissariats et des véhicules de police. Merci à tous les deux.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 22 mai 2017

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