Interview de M. Jean-Michel Blanquer, ministre de l'éducation nationale à RMC le 22 mai 2017, sur les effectifs d'éléves en CP et CE1 dans l'éducation prioritaire et les rythmes scolaires. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Jean-Michel Blanquer, ministre de l'éducation nationale à RMC le 22 mai 2017, sur les effectifs d'éléves en CP et CE1 dans l'éducation prioritaire et les rythmes scolaires.

Personnalité, fonction : BLANQUER Jean-michel, BOURDIN Jean-Jacques.

FRANCE. Ministre de l'éducation nationale;

ti :

JEAN-JACQUES BOURDIN
Il est 8 h 35, notre invité ce matin Jean-Michel BLANQUER, nouveau ministre de l'Education nationale, bonjour.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Bonjour.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Merci d'être avec nous, merci d'honorer ce rendez-vous. Jamais élu, jamais élu, vous venez de la société dite « civile », même si vous avez travaillé au sein de l'Education nationale. Candidat à rien politiquement, pas de législatives, rien…

JEAN-MICHEL BLANQUER
Non.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Pas de carrière politique en vue ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Non plus.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Non plus, non ! Vous êtes là uniquement pour l'Education nationale ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Ben oui ! C'est le thème de toute ma vie, de ma naissance jusqu'à ma mort, certainement.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Missionnaire de l'Education, ce n'est pas moi qui le dis, c'est votre ami François BAROIN.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Oui, il a souvent des paroles très aimables pour moi, on se connait depuis qu'on a 8 ans, donc…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Il parait que vous étiez dans la même classe !

JEAN-MICHEL BLANQUER
C'est vrai, on s'est connu en CM² en classe de neige pour tout vous dire.

JEAN-JACQUES BOURDIN
En classe de neige en CM², en CM². Et il paraît que vous auriez pu être ministre de l'Education nationale de Nicolas SARKOZY.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Non, ça je crois que c'est moins exact…

JEAN-JACQUES BOURDIN
C'est moins exact. Bon ! Vous avez travaillé au ministère de l'Education nationale, vous avez dirigé l'ESSEC depuis 2013, l'ESSEC c'est une très grande école de commerce, je rappelle que c'est l'une des plus prestigieuses du monde avec aujourd'hui des développements à Singapour, au Maroc dans le futur, etc. Mais vous voilà à la tête de ce très grand, très gros, très important ministère, une nomination qui a provoqué la moue de Najat VALLAUD-BELKACEM. Vous avez vu l'image ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Oui, je l'ai vue.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Et ça vous a inspiré quoi ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Ça m'inspire le fait que l'exemplarité doit venir de ce ministère, c'est ce que j'essaierai de faire, c'est-à-dire j'essaierai d'être toujours constructif, d'avoir un esprit positif, de montrer…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Elle ne l'a pas eu là ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Justement, je ne veux pas commenter ça si vous voulez, ça n'est pas très…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, il faut être exemplaire.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Ça n'est pas très grave, je pense qu'il faut qu'on soit surtout dans un esprit constructif. Je la critiquerai très peu et ce que je veux, c'est qu'on soit tous constructifs.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Est-ce que vous avez vu, concernant Najat VALLAUD-BELKACEM, ce qui s'est passé sur France 2 samedi soir… vous avez entendu parler…

JEAN-MICHEL BLANQUER
J'en ai entendu parler mais je ne l'ai pas vu, non.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous ne l'avez pas vu, d'accord. C'est Emmanuel MACRON qui vous a contacté ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Oui, absolument, il m'a appelé un jour.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Un jour pendant la campagne ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Oui, absolument.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Qu'est-ce qu'il vous a dit ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Il m'a dit « j'aimerais vous rencontrer ».

JEAN-JACQUES BOURDIN
Pour parler de l'éducation ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Oui, donc on a…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Et alors, vous avez été surpris j'imagine ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Oui, j'ai été surpris un peu mais pas complètement, parce que je sais que c'est quelqu'un qui est très ouvert intellectuellement. Ce que j'appréciais déjà chez lui, c'était son côté intellectuel justement, c'est quelqu'un qui réfléchit beaucoup et qui relie les aspects théoriques aux aspects pratique, c'est un homme qui a beaucoup de sens pratique en même temps. Donc je savais qu'on avait des intérêts communs sur le plan intellectuel, philosophique. Et puis je savais qu'il préparait sa campagne évidemment, qu'il préparait ses… et j'étais assez séduit déjà par sa volonté de dépasser le clivage gauche-droite, le fait d'arriver un peu à une nouvelle donne dans la société français. C'est finalement ce qui s'est passé de manière à certains égards parfois incroyable. Et aujourd'hui, je pense qu'on est très nombreux à sentir cet optimisme lié à ce dépassement.

JEAN-JACQUES BOURDIN
On va parler d'Education nationale évidemment, on va parler concrètement Jean-Michel BLANQUER parce que vous aimez cela. Mais vous avez finalement une ligne de conduite, vous dites « il faut former l'enfant », vous êtes là quand même pour nos enfants Jean-Michel BLANQUER, vous le savez…

JEAN-MICHEL BLANQUER
Oui.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Former l'enfant aux valeurs humanistes, ça, ça guide je crois toute votre philosophie !

JEAN-MICHEL BLANQUER
Oui, oui, je pense qu'évidemment… d'abord l'être humain se définit par l'éducation, l'être humain… nous évoluons tous grâce à notre éducation et l'environnement de l'enfant pendant les premiers âges de la vie, dès la naissance et notamment jusqu'à 7, 8 ans jusqu'à cet âge décisif de l'entrée dans la lecture, dans le calcul, dans l'écriture. Ce qui se passe dans ces âges-là est absolument fondamental, c'est démontré par les sciences et c'est donc une clé de la vie de la société et de ce qui va se passer dans la société. Ce que nous faisons donc au début de la vie et puis pendant l'enfance et l'adolescence avec nos élèves, avec les enfants dont nous avons la responsabilité, en tant que père ou mère de famille ou en tant que professeur est absolument fondamental. C'est donc à mes yeux le sujet principal pour nous tous et…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc le sujet principal des premières années… le premier contact, les premiers contacts avec l'Education nationale !

JEAN-MICHEL BLANQUER
Oui et même avant le langage, le langage. Vous savez que quand un enfant de 3 ans arrive à l'école, il est déjà en situation d'inégalité avec ses petits camarades, parce que certains maitrisent beaucoup de vocabulaire et d'autres non, en raison de leur environnement familial. Donc ce qui se passe en famille, je le dis aux auditeurs aussi, ce qui se passe en famille, le fait de lire des histoires le soir à ses enfants, le fait de baigner dans le langage c'est absolument fondamental. Ça détermine la suite, le vocabulaire qu'on a, l'amplitude de vocabulaire que l'on a, ça détermine le fait d'être non-violent, ça détermine le fait d'être à l'aise en société. Donc c'est une clé avant même d'entrer à l'école et évidemment, l'école maternelle doit permettre cela, elle doit être l'école du langage et on va beaucoup travailler ça.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Et est-ce que vous voulez favoriser l'accueil des enfants de moins de 3 ans ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Oui, bien sûr, c'est quelque chose de… quand c'est possible c'est très… il faut le faire évidemment au cas par cas…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui mais…

JEAN-MICHEL BLANQUER
Mais ça peut avoir du sens d'accueillir les enfants à 2 ans.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Bien. Alors l'apprentissage de la lecture, l'apprentissage de l'écriture, les premiers apprentissages sont faits en CP et ensuite dans les classes suivantes. Mais en CP, il y a des endroits où les élèves sont très nombreux et où ils apprennent avec de grandes difficultés. Ce sont les endroits… ce qu'on appelle « les réseaux d'éducation prioritaire », ce sont ces écoles où il y a un public qui souffre déjà, des enfants qui souffrent déjà, qui n'apprennent pas comme il faudrait et là, Emmanuel MACRON et vous-même vous avez cette idée de diviser les classes par deux, ces classes de CP par deux, CE1 aussi ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Oui, oui, CE1 ce sera…

JEAN-JACQUES BOURDIN
La même chose. Diviser le nombre d'enfants par deux, c'est-à-dire on passerait à 12 élèves par classe. Dans combien de classes à partir de la rentrée prochaine ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Ca concerne à peu près plus de 2.000 classes, environ 2.200 classes, nous sommes en train de faire…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Dès la rentrée 2.200 classes ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Tout à fait, pour le cours préparatoire. Nous sommes donc en train en ce moment même de faire nos calculs pour réaliser cela. Et nous le ferons de façon très pragmatique dans toutes les classes, donc réseau d'éducation prioritaire plus comme vous l'avez dit, de façon à ce que ce soit une réalité à la rentrée…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Alors 2.200 classes, ça veut dire 2.200 enseignants ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Oui, c'est ça, légèrement plus parce qu'il faut compter le remplacement.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Et vous allez les trouver où ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Nous les avons, ils existent tout à fait, vous savez on sait faire cela au ministère de l'Education nationale. J'ai entendu – parce que je vous écoutais auparavant – les craintes qui existaient…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Des syndicats oui.

JEAN-MICHEL BLANQUER
De certains syndicats, parce qu'il y a une crainte autour du dispositif qui s'appelle aujourd'hui « plus de maitres que de classes », et qui a été déployé ces dernières années pour ajouter un enseignant dans une école primaire, et permettre de la co-intervention dans les classes. Ce dispositif…

JEAN-JACQUES BOURDIN
C'est très efficace d'ailleurs !

JEAN-MICHEL BLANQUER
Ca reste à démontrer, je ne dis ni oui ni non à ce que vous venez de dire. D'ailleurs quelqu'un le disait à votre antenne il y a un instant, laissons le temps d'évaluer ce dispositif. C'est donc ce que l'on va faire, on va l'évaluer progressivement et on tirera les conséquences. Ce que je sais au moment où je vous parle, c'est que toute mon action – et notamment celle-ci – sera toujours basée sur la preuve, sur le fait de regarder ce que les sciences nous disent, ce que l'expérimentation nous dit. Et nous avons des études qui nous montrent que le dédoublement dans les petites classes est quelque chose d'efficace. Il y a des études scientifiques, on fait cela dans des classes et on compare à des classes comparables qui ne le font pas, et on voit que les enfants avancent. C'est donc sur cette base-là, ce n'est pas simplement parce que c'est une idée qui serait tombée de notre chapeau, c'est parce que nous savons que ça marche que nous allons faire cela. Mais nous n'allons pas pour autant abîmer l'autre dispositif, nous allons…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Le conserver donc, vous allez le conserver là pour l'instant, continuer à l'évaluer !

JEAN-MICHEL BLANQUER
L'opération « plus de maitres que de classes » est une opération qui avait pour but d'aller aussi vers le CP et le CE1, puisqu'évidemment il faut aller au début. Et donc il était déjà dit dans les textes qui allaient avec « plus de maitres que de classes » qu'on devait mettre ces maitres concernés en CP et CE1 prioritairement. Et donc c'est ce que nous ferons.

JEAN-JACQUES BOURDIN
2.200 enseignants, vous les avez dites-vous, mais les locaux, est-ce qu'on les a les locaux ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Autre maitre-mot Jean-Jacques BOURDIN, pragmatisme, nous serons pragmatiques et c'est le travail que nous sommes en train de faire, nous allons voir avec les collectivités. D'abord, n'oublions pas que tout ce que je suis en train de dire, c'est une bonne nouvelle, ne retombons pas dans ce mauvais génie consistant à transformer les bonnes nouvelles en mauvaises nouvelles, c'est-à-dire que bon sang ! Sapristi ! Nous sommes en train de dire qu'au lieu d'avoir 24 élèves, il y en aura 12. J'ai toujours entendu dans ma carrière à l'Education nationale des gens souhaiter ce genre de chose. Donc le jour où ça arrive, il ne faut tout de même pas insulter la bonne chose qui arrive. Cette bonne chose qui arrive, on va le faire pragmatiquement, c'est-à-dire il ne faut pas que ce soit comme ça quelque chose qui arrive d'en haut sans avoir été traité avant. Donc nous allons en parler sur le terrain, notamment avec les maires et quand il y a une difficulté pour dédoubler sur le plan physique, on aura une année de transition, par exemple on aura plus de maitres que de classes en CP dans une classe de 24, vous voyez. Donc du pragmatisme, du désir aussi, il faut qu'on réussisse à créer du désir des acteurs, que ce soit les professeurs, les maires, les familles autour de ça…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, donner plus d'autonomie aux chefs d'établissement, ça je vais y revenir mais restons dans le primaire, ensuite je vais passer aux collèges et lycées. Le primaire, quels sont les autres efforts nécessaires, peut-être pas pour cette rentrée mais pour les rentrées suivantes ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
C'est une…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Quelle est votre action pour le primaire ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Merci pour cette question, c'est absolument fondamental. D'abord Emmanuel MACRON l'a dit pendant la campagne, Edouard PHILIPPE l'a rappelé, la priorité est à l'école primaire parce que c'est la mère de toutes les batailles pour des raisons logiques. Il faut avoir cranté si je puis dire les compétences des enfants le plus tôt possible, et non pas laisser trainer les difficultés puisque c'est toujours à peu près les mêmes 20 % d'élèves en difficulté qui vont sortir de CM² sans savoir lire, écrire, compter. Donc nous, notre objectif est très clair, c'est sortir de l'école primaire en ayant les compétences fondamentales.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Comment ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
D'abord la concentration sur la maternelle et le cours préparatoire, donc la maternelle…

JEAN-JACQUES BOURDIN
D'accord, on vient de le dire.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Attention particulière, cours préparatoire, nous avons parlé de REP plus, ce n'est pas toute la France, mais pour les à peu près 800.000 élèves de CP, dès l'année prochaine nous allons avoir du travail pédagogique pour concentrer l'énergie de ce ministère sur le fait que les élèves ne sortent pas de CP sans avoir déjà les fondamentaux pour lire, écrire, compter…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais comment faire pour améliorer, comment faire ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
C'est tout un travail, c'est mon métier de savoir comment s'y prendre, mais c'est la formation des enseignants et, notamment, la formation continue, la documentation pédagogique, s'attacher à faire ce qui marche. Nous savons qu'il y a des méthodes qui fonctionnent, d'autres qui ne fonctionnent pas, il y a des manières de faire…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Quelle est la méthode qui ne fonctionne pas ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Alors ce qui est très connu dans le passé, tout le monde le sait, c'est l'erreur de la méthode globale…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, c'est fini ça.

JEAN-MICHEL BLANQUER
C'est fini et ça doit l'être totalement, mais nous allons travailler aussi sur d'autres aspects. Je vous ai parlé du vocabulaire tout à l'heure par exemple, si on a fait un travail pour que les enfants arrivent avec plus de vocabulaire lorsqu'ils entrent en CP, donc un travail en maternelle, on aura de l'efficacité à court et moyen termes parce que les enfants donneront plus de sens à ce qu'ils lisent et à ce qu'ils écrivent. Nous allons avoir une attention de tous les jours sur ce sujet, mon engagement, je voudrais le faire…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Des évaluations ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Il y aura de toute façon… notre système en général doit être évalué, donc…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous allez renforcer les évaluations régulièrement ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Sur ce sujet-là pas spécifiquement, mais on va avoir du soutien aux professeurs. Ce qui va se passer, c'est que… c'est mon message aux professeurs de France, ils ne vont pas être contrôlés, ils vont être soutenus, c'est tout à fait une logique différente dans laquelle on rentre. Et soutenus pour quoi ? C'est tout ça, il ne faut jamais oublier… vous savez on parle souvent des moyens, c'est souvent autour de ça que tournent les débats, mais ce qu'il ne faut pas oublier c'est les fins, les finalités, qu'est-ce que nous voulons. Nous voulons que nos enfants, sur le sujet que nous traitons-là, sortent de l'école primaire en sachant lire, écrire, compter, respecter autrui…

JEAN-JACQUES BOURDIN
On est d'accord.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Respecter autrui, j'y tiens aussi beaucoup, ça fait partie de cette vie collective que nous construisons au travers de l'éducation.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Comment va-t-on leur apprendre à respecter autrui ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
C'est d'abord le résultat de tout ce qui s'y passe, je pense que par exemple la culture générale que nous donnons à nos enfants à l'école primaire fait partie de ce respect d'autrui. Mais l'empathie, vous savez l'empathie c'est quelque chose qui se développe très jeune, quand on est petit, c'est le…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais concrètement, concrètement…

JEAN-MICHEL BLANQUER
Ce n'est pas que des mots, c'est des pratiques pédagogiques de la part des maitres, c'est des expériences que l'on peut faire avec les enfants. Par exemple, vous savez quand deux enfants se disputent, un troisième peut jouer un rôle de médiation, il y a des expériences très intéressantes, ça vous apprend à vous responsabiliser. Il y a aussi bien entendu les cours d'éducation civique qui existent très jeunes, les préceptes qu'un maitre doit donner à ses élèves…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Cours de morale presque ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Si on veut appeler ça… alors quand on le dit comme vous venez de le dire, on a l'impression d'être passéiste. Mais moi vous savez, je suis pour prendre le meilleur de la tradition et le meilleur de la modernité…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ça ne vous fait pas peur de parler de cours de morale ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Ce qui ne me fait pas peur, c'est de dire « respectez autrui », je pense que c'est éternel, nous vivons bien si nous nous respectons les uns les autres. Tout le monde peut être garanti que moi en tant que ministre, je respecterai chacun…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Est-ce que vous allez…

JEAN-MICHEL BLANQUER
Et tout le monde doit se respecter.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous voulez revaloriser le métier d'enseignant, est-ce que vous allez les augmenter ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Alors pas demain matin, il y a de toute façon tout un chemin d'évolution sur lequel d'ailleurs nous travaillons…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais sur la durée du quinquennat, est-ce que vous pouvez garantir que les professeurs vont gagner beaucoup plus, seront revalorisés comme il le faut ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Mon intention est celle-là bien entendu, c'est-à-dire qu'il est évident que nous devons valoriser la fonction professorale à l'enfance, c'est évident. Ça passe par des enjeux pratiques et matériels, ça passe aussi par des enjeux immatériels. Mon discours de ministre, c'est : respectons tous les professeurs de France, ce sera très important, avec toutes les conséquences que cela… c'est la fonction la plus noble de la société, cela passe aussi par des évolutions de rémunérations. Je suis arrivé depuis mercredi, donc vous pouvez me laisser un petit peu de temps pour travailler ce point.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Les AVS, auxiliaires de vie scolaire ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Donc les auxiliaires de vie scolaire pour les élèves handicapés, c'est un sujet clé. Je rencontre cet après-midi la ministre du Handicap, vous voyez nous sommes déjà un gouvernement très en marche, si je puis dire.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Tous les enfants seront accueillis ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Oui, bien sûr, l'objectif c'est celui-là, après il faut justement travailler, je sais très bien qu'il y a beaucoup de dysfonctionnements…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Beaucoup, énormément.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Je le sais, j'en suis conscient. C'est un chemin, je ne ferai pas de promesses que je ne peux pas tenir aujourd'hui. Je peux simplement dire que ça va être aussi une préoccupation…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Une des priorités.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Et je vous le dis, cet après-midi nous y travaillons déjà.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Les rythmes scolaires, 4 jours ou 4 jours et demi, qui décidera ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Pragmatisme, c'est ça la réponse, c'est-à-dire que… encore un sujet sur lequel il n'y a rien de prouvé, vous n'avez pas une étude qui vous montre que 4 jours et demi c'est mieux que 4 jours ou l'inverse, peut-être même certainement que c'est légèrement mieux 4 jours, mais je ne rentrerai pas dans ce débat. Ce qui compte, c'est que tout simplement sur le terrain, les acteurs définissent…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Qui va décider alors ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
In fine, il faut un arbitrage de la part du responsable de l'Education nationale, c'est l'inspecteur d'Académie localement. Et donc il faut garder ça parce que c'est ce qui garantit de façon absolue l'intérêt de l'enfant. Mais par contre, il faut évidemment qu'on commence à libérer les acteurs et leur faire définir eux-mêmes, sur le terrain, ce qui est bon. Et donc ce sera quelque chose pour la rentrée 2018, dès 2017-2018 avec des maires volontaires, nous et bien entendu les équipes de professeurs nous travaillerons à ce qui est bon pour l'enfant, tout simplement avec un très grand pragmatisme. Et puis vous savez, j'ai aussi la jeunesse dans ma compétence, et donc on va évidemment beaucoup travailler autour du périscolaire et de tout ce qui fait l'épanouissement de l'enfant.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Jean-Michel BLANQUER autre chose, l'autonomie accordée aux chefs d'établissements, collèges lycées, quelle autonomie allez-vous leur accorder ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
D'abord, l'autonomie c'est un mot très important, ça va de paire avec le mot responsabilité. Je disais tout à l'heure « on doit tous se respecter, on doit tous être responsable », il n'y a pas un ministre qui arrive avec une baguette magique, qui fait une loi magique et d'un seul coup l'Education nationale qui se transforme, ça ne marche pas comme ça. Ce qui marche, c'est si la communauté que nous représentons d'un million de personnes plus tous les pères et mères de famille plus (je dirai) l'ensemble du pays soit uni autour de leurs écoles et travaillent sur ces sujets… l'autonomie ça veut dire ça, ça veut dire qu'on est des communautés éducatives, ça veut dire qu'on a un chef d'établissement, qu'on a des équipes de professeurs, de personnels non enseignants qui font une communauté. Je peux vous dire parce que je connais très bien le terrain, vous avez des établissements qui vont très bien déjà aujourd'hui…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais le principal de collège ou le proviseur de lycée pourra choisir ses enseignants ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Ça existe déjà…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui mais…

JEAN-MICHEL BLANQUER
Postes à profil…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous allez renforcer ça ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Nous allons de manière très pragmatique, sans brusquer personne pour arriver à constituer des équipes, travailler pour qu'en effet ce soit possible…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Faire des équipes au niveau du rectorat par exemple et chacun choisira, comment ça va se passer ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Là encore, je vous dirai que je suis arrivé mercredi, je ne vais pas rentrer dans le détail. Le principe en tout cas, c'est l'autonomie des établissements, c'est déjà en partie une réalité, simplement…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Et vous voulez renforcer cela ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Au service des élèves, c'est-à-dire que… encore une fois, il y a… des sous-entendus de votre question, c'est qu'il y aurait quelque chose de grave derrière ça…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Non, non, pas grave mais moi je pose la question…

JEAN-MICHEL BLANQUER
Parfois certains ont peur de l'autonomie…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Une interprétation.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Il ne faut jamais avoir peur de la liberté ni de la responsabilité.

JEAN-JACQUES BOURDIN
J'ai trois questions concrètes, alors vraiment, l'apprentissage de l'histoire, l'enseignement de l'histoire, c'est quoi la priorité, c'est cultiver l'amour de la France ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
La priorité c'est de structurer ce qu'il y a dans l'esprit de l'enfant, c'est-à-dire…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Garder la dimension chronologique ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Bien sûr, la chronologie mais enfin vous, quand vous étiez enfant, vous avez tout simplement appris une chronologie, ça vous a structuré votre vision de l'histoire de France, vous avez appris Jeanne d'Arc, vous avez appris la Saint-Barthélemy, vous avez appris François 1er, Marignan, etc. Après, vous avez compris que Marignan ce n'était pas si simple que ça, que Jeanne d'Arc et ainsi de suite, mais ça arrive ensuite. Il est très important de commencer sa scolarité, sa vie tout simplement avec des points de repère et, donc, très bien connaitre son pays. Alors évidemment que ça a une relation avec aimer son pays, c'est la conséquence.

JEAN-JACQUES BOURDIN
La réforme du bac, il paraît que vous voulez garder quelques épreuves clés et le reste en contrôle continu, c'est vrai ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Le président de la République lors de la campagne avait en effet pris cet engagement, cette orientation. Et donc…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Que vous tiendrez ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Nous allons y travailler, bien entendu, nous allons y travailler.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous êtes favorable ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Je suis favorable à un bac musclé, à un bac…

JEAN-JACQUES BOURDIN
C'est quoi un bac musclé ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Un bac musclé, c'est d'éviter qu'il soit trop épais si je puis dire, ce qui est le cas aujourd'hui, et que par contre on puisse se concentrer sur les matières…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc on passerait quoi, 3-4 épreuves et puis le reste ce serait en contrôle continu !

JEAN-MICHEL BLANQUER
Peut-être mais c'est là aussi beaucoup trop tôt pour le dire. En tout cas, le baccalauréat à mes yeux est très important, il y a beaucoup de critiques du baccalauréat, certaines sont justes, certaines sont injustes. C'est la dernière institution nationale depuis la suppression du service militaire, il faut le maintenir, c'est un point de repère très important. Et il faut que pour les jeunes, ce ne soit pas… que ce soit un pont d'une certaine façon. Ça signifie que tous nos raisonnements vont beaucoup être des raisonnements de continuité, de continuum de bac -3, c'est-à-dire la classe de seconde jusqu'à bac +3, c'est-à-dire les licences, les licences pro mais aussi bac +2, les BTS, etc…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Que ce soit une suite logique.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Que ce soit une suite logique, qu'on n'ait pas des déperditions. Aujourd'hui, un des grands drames…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc 4 grandes épreuves au bac, 3 ou 4 grandes épreuves, les matières principales et le reste en contrôle continu, ce qui assure un continu, une continuité !

JEAN-MICHEL BLANQUER
Ecoutez ! Réinvitez-moi si vous voulez dans quelques mois si vous voulez et je vous en parlerai, parce que je ne vais pas aujourd'hui rentrer dans le détail…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Alors j'ai une dernière question, sur le calendrier scolaire parce que… le rythme des enfants, trop d'heures de classe en France, vous êtes bien d'accord avec moi ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Non, pas forcément non.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ah ! Pas forcément.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Non, non…

JEAN-JACQUES BOURDIN
…Ne sont pas trop chargées ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Ah ! Non, c'est deux affirmations différentes. Il n'y a pas trop d'heures de classe en France, mais il y a un nombre convenable…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Des journées trop chargées !

JEAN-MICHEL BLANQUER
Mais les journées sont trop chargées parce que…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Il faut raccourcir les vacances d'été !

JEAN-MICHEL BLANQUER
Alors là aussi vaste chantier sur lequel je ne commencerai certainement pas aujourd'hui, mais là aussi on peut avoir du pragmatisme. Regardez, il y a quelque chose qu'on montrait toujours en modèle, notamment dans les médias il y a encore 7-8 ans, c'était ce qu'on appelait… on appelait ça la semaine de 4 jours et à l'époque quand on disait ça, ça faisait moderne, c'était les gens qui commençaient la classe le 20 août. Quand ils le font sur la base du volontariat, tout le monde est content, la communauté éducative locale l'adopte, l'a désiré, le fait et après en effet, ça permet d'avoir autant d'heures de cours dans l'année mais de l'avoir mieux étalées. C'est ce genre de formule qu'il faut, non pas tout, la même chose pour tout le monde parce que le ministre l'a décidé, mais une libération des énergies pour que chacun définisse ce qu'il y a de mieux pour lui. Et moi mon rôle en tant que ministre, c'est de m'assurer des résultats, de m'assurer que tous nos enfants aient une bonne formation et, donc, d'être beaucoup plus sur les finalités et de laisser ensuite aux acteurs, aux professeurs, aux parents, à toute la communauté éducative le soin de définir le chemin, c'est évident.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Dernière question, les écrans est-ce qu'ils sont dangereux pour nos enfants ? Je dis ça parce que vous allez être confronté à cela !

JEAN-MICHEL BLANQUER
Bien sûr mais c'est une question philosophique que vous posez. Nous sommes dans un monde de plus en plus technologique, c'est de toute façon ce qui arrivera, ce qui arrive et ce qui arrivera encore plus. Donc à mes yeux la grande question du 21ème siècle, c'est comment est-ce qu'un monde de plus en plus technologique pourra être quand même un monde de plus en plus humain. Comment nous faisons que ces réalités technologiques… nous réussissions dès la plus tendre enfance à les dompter, à les circonscrire, à savoir…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Le rôle de l'Education nationale est essentiel.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Il est absolument essentiel, c'est pourquoi plus on est dans un monde technologique plus on a besoin d'avoir des racines et des ailes, de savoir qui on est, de savoir où on est, où on habite comme on dit dans le langage courant. Autrement dit, ça renvoie à ce que vous disiez sur l'histoire tout à l'heure, ça renvoie à la culture générale, ça renvoie au langage, nous devons être de plus en plus humains et humanistes. Et dans le même temps, nous devons évidemment travailler avec la technologie, à mes yeux c'est quelque chose qui est surtout important au collège et au lycée ; et à l'école primaire on doit utiliser de manière ciblée cela pour que les enfants apprennent justement le fait que la technologie c'est bien, mais de manière définie…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Et on interdit certains écrans…

JEAN-MICHEL BLANQUER
A certains moments bien sûr et puis bien entendu, comme l'a dit le président de la République, on va être très attentif à la question du téléphone portable et à ses usages dans les établissements…

JEAN-JACQUES BOURDIN
C'est-à-dire comment attentif ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
On va travailler avec les chefs d'établissement pour que ce soit une réalité, qu'on ne soit pas distrait dans la classe…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Interdiction ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Alors oui mais après les modalités pratiques, il va falloir évidemment que je discute avec les acteurs, j'essaie d'être cohérent avec moi-même.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Jean-Michel BLANQUER merci, nouveau ministre de l'Education nationale.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 23 mai 2017

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