Interview de M. Gérard Collomb, ministre de l'intérieur, à RMC / BFMTV le 24 mai 2017, sur la coopération policière entre la France et la Grande-Bretagne, la sécurité des événements sportifs et culturels, la création d'un dispositif centralisé de lutte antiterroriste, l'état d'urgence et l'armement des polices municipales. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Gérard Collomb, ministre de l'intérieur, à RMC / BFMTV le 24 mai 2017, sur la coopération policière entre la France et la Grande-Bretagne, la sécurité des événements sportifs et culturels, la création d'un dispositif centralisé de lutte antiterroriste, l'état d'urgence et l'armement des polices municipales.

Personnalité, fonction : COLLOMB Gérard, BOURDIN Jean-Jacques.

FRANCE. Ministre de l'intérieur;

ti : JEAN-JACQUES BOURDIN
Notre invité ce matin, le ministre de l'Intérieur Gérard COLLOMB, bonjour.

GERARD COLLOMB
Bonjour.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Merci d'être avec nous. Manchester, cet attentat commis par un homme de 22 ans, né en Grande-Bretagne, Salman ABEDI, que savez-vous, est-ce qu'il avait des complices, que sait-on ce matin ?

GERARD COLLOMB
Aujourd'hui nous ne savons que ce que les enquêteurs britanniques nous ont appris, effectivement quelqu'un de nationalité britannique, d'origine libyenne, mais qui avait grandi en Grande-Bretagne et qui tout d'un coup, après un voyage en Libye, puis sans doute en Syrie, se radicalise et décide de commettre cet attentat. Donc, voilà des gens qui sont nés dans un pays et puis qui, en même temps, se radicalisent sous la propagande de Daesh.

JEAN-JACQUES BOURDIN
L'appui d'un réseau ou pas ?

GERARD COLLOMB
On ne sait pas encore aujourd'hui, mais peut-être, oui.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Peut-être oui ?

GERARD COLLOMB
Oui, en tout cas des liens avec Daesh qui sont avérés.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Pas de victimes françaises dans cet attentat ?

GERARD COLLOMB
Non, pas de victimes français, mais je dirais le nombre de victimes, de jeunes…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Des enfants.

GERARD COLLOMB
Quand on voit, aujourd'hui, apparaître le visage de la petite Saffie, on se dit que c'est quelque chose de terrible, et chacun se sent concerné, se dit que ça pourrait être en France, que ça pourrait être son enfant qui soit allé à un spectacle et qui soit mort de cette manière atroce.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous avez eu au téléphone le maire de Manchester, qui est un ami personnel je crois savoir.

GERARD COLLOMB
Oui, j'ai eu à la fois le maire de Manchester, le ministre de l'Intérieur avec qui nous avons discuté, nous nous sommes entretenus de ces problèmes. Nous avons réaffirmé que, malgré le Brexit, les liens entre les forces de sécurité britanniques et françaises devaient rester extrêmement forts.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Est-il vrai que les terroristes qui ont tué à Paris le 13 novembre 2015, notamment au Bataclan, avaient fait des repérages à Manchester ? Vous êtes au courant de cette information ?

GERARD COLLOMB
Ce que l'on dit c'est qu'ils avaient hésité à frapper la France ou bien la Grande-Bretagne, et qu'à l'époque la cible de Daesh n'était pas totalement encore déterminée, et donc, effectivement, ça aurait pu se passer, à l'époque, en Grande-Bretagne.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous allez vous rendre en Grande-Bretagne ?

GERARD COLLOMB
Je vais m'y rendre pour rencontrer le ministre de l'Intérieur, comme vous le savez ils ont des élections dans deux semaines, donc elle m'a dit « après les élections nous nous rencontrerons, je veux que vous veniez de manière que nous évoquions les liens que nous avons ensemble. » Nous avons évidemment le terrorisme, mais nous avons les problèmes des migrants, et donc il faut que nous travaillions sur ces dossiers.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Drapeaux en berne dans toute la France…

GERARD COLLOMB
Bien sûr.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Je vais vous poser une question plus personnelle. Est-ce que vous vous rendriez à un concert, un spectacle populaire, de masse, en France, sans appréhension aujourd'hui ?

GERARD COLLOMB
Oui, je crois qu'on peut le faire, nous avons renforcé beaucoup la sécurité. Voyez, samedi dernier, je suis retourné à Lyon pour aller voir un match Olympique Lyonnais-Nice, et vous vous souvenez peut-être qu'il y avait eu de graves difficultés lors d'un match entre Lyon et un club turc, qu'il y avait eu des débordements, et donc nous avions demandé, à l'époque, que les mesures soient renforcées. Et donc, en allant à ce match, j'ai surtout voulu aller inspecter comment fonctionnait notre dispositif de sécurité.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, vous dites des consignes ont été données aux organisateurs d'événements culturels et sportifs…

GERARD COLLOMB
Absolument.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Quelles consignes, par exemple ?

GERARD COLLOMB
Si vous voulez, de mobiliser toutes les forces, d'être totalement en phase entre ce que font les stadiers, donc les professionnels de la sécurité embauchés par les organisateurs de spectacles, et puis en même temps les forces de police, les forces de renseignement, les forces de sécurité en général, de manière à ce qu'il y ait une vraie liaison entre les deux. Je vous disais, par exemple à l'Olympique Lyonnais, maintenant vous avez trois rangs qui permettent de cribler les spectateurs, d'abord les stadiers, ensuite la police, et à nouveau les stadiers, donc les mesures de sécurité sont renforcées.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Et le coût, le coût, ça coûte aussi plus cher, est-ce que l'Etat va aider justement les organisateurs de grandes manifestations, culturelles ou autres ?

GERARD COLLOMB
Alors, si vous voulez, je crois qu'il faut discerner entre deux éléments. Vous avez à la fois les grands clubs, ou les grands spectacles, sur lesquels il est possible que les organisateurs payent, et puis, par contre, il va falloir aider les autres. On arrive dans la période estivale, et par exemple, dans le Midi de la France, mais ailleurs aussi, il y a beaucoup de festivals qui sont organisés et qui ne peuvent pas, effectivement, payer…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Tout est maintenu ?

GERARD COLLOMB
Tout est maintenu ; qui ne peuvent pas payer les forces de police qui viendront.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous les aiderez ?

GERARD COLLOMB
Nous les aiderons, oui.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous les aiderez financièrement ?

GERARD COLLOMB
Nous les aiderons, pas financièrement, mais surtout par la présence des forces de sécurité.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Tous les concerts, toutes les manifestations, tous les événements sur la voie publique, seront maintenus en France ?

GERARD COLLOMB
Absolument, et nous prenons des mesures spéciales partout. Vous savez qu'en ce moment il y a le Festival de Cannes, donc, évidemment, la protection a été renforcée sur ce festival.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Conseil de sécurité à l'Elysée, autour du président de la République, dans quelques minutes, à 9h00 précise, il est 8h39, Gérard COLLOMB. Combattre le terrorisme, comment - c'est la question – comment mieux encore le combattre, c'est la question, évidemment, que vous vous posez tous, et vous particulièrement les responsables politiques. Alors, le président de la République avait parlé de la constitution d'une task force contre l'Etat islamique. En quoi consiste cette task force ?

GERARD COLLOMB
Ce qu'il veut c'est que le président de la République puisse être informé en temps réel, donc pouvoir avoir communication, toutes les semaines, de l'état effectivement du danger dans notre pays, de l'organisation, aussi, des services, de manière à ce qu'il n'y ait pas de bug comme on a pu en avoir par le passé. Mais, en même temps, ce qu'il dit : chaque ministre est responsable et ce n'est pas moi qui va être le commandant suprême, c'est à vous, effectivement, d'organiser, de pouvoir agir sur le terrain.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, mais il y aura cette force, donc, créée autour du président de la République ?

GERARD COLLOMB
Ce n'est pas une force spéciale, c'est une coordination qui permet d'agir mieux sur le terrain.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Parce qu'il y a déjà plusieurs strates aujourd'hui, de commandement.

GERARD COLLOMB
Oui, bien sûr, mais peut-être, si vous voulez, le problème, c'est d'essayer de faire converger un certain nombre de forces qui existent sur le territoire…

JEAN-JACQUES BOURDIN
De supprimer ?

GERARD COLLOMB
Pas supprimer, mais faire converger, faire en sorte que l'on puisse agir ensemble. Si vous voulez, théoriquement, tout est aujourd'hui disposé, c'est-à-dire que c'est la force sur le terrain qui est la plus proche qui doit agir et prendre le commandement, mais ce qui est vrai en théorie ne l'est pas toujours dans la réalité…

JEAN-JACQUES BOURDIN
C'est-à-dire ? Qu'est-ce qui pèche aujourd'hui Gérard COLLOMB ?

GERARD COLLOMB
Si vous voulez, vous le savez bien, c'est que, quelquefois, on a une organisation qui est une organisation en silo et donc ça supprime un peu de la fluidité entre les différentes forces, il va falloir voir comment on peut travailler pour faire en sorte que l'on soit en coordination, pas simplement au sommet, mais à tous les échelons, ce qui, honnêtement, je dois dire, commence à être fait aujourd'hui.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, mais bien souvent, sur le terrain, on voit intervenir plusieurs forces de police ou de gendarmerie.

GERARD COLLOMB
Mais ça ce n'est pas contradictoire, c'est-à-dire qu'il y en a un qui doit avoir le commandement de l'opération, et les autres doivent venir en renfort.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc le commandement sera à l'Elysée alors ?

GERARD COLLOMB
Non, non, le commandement suprême, non, c'est l'information qui est à l'Elysée, l'information globale sur la France, mais après, évidemment, suivant les opérations c'est sous le commandement du ministre de l'Intérieur, et ensuite les troupes qui sont sur le terrain et, évidemment, avec l'action des préfets ou des préfets de police.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Alors, le ministre de l'Intérieur est-il favorable à une fusion de la BRI, du RAID et du GIGN ?

GERARD COLLOMB
C'est des questions qu'on va étudier dans les prochains temps, en tout cas on doit…

JEAN-JACQUES BOURDIN
C'est sur la table ?

GERARD COLLOMB
Tout est sur la table. Si vous voulez, je pense qu'on a un problème de sécurité, aujourd'hui, qui est maximal, et tous les pays se posent le problème de leur organisation. Ce que nous connaissons aujourd'hui, ce que connaît la Grande-Bretagne, mais ce qu'a connu l'Allemagne il y a quelques temps, ce que nous nous avons connu, c'est quelque chose de nouveau, de nouveau, mais qui ne va pas s'éradiquer dans les prochains mois, nous allons vivre avec cet état. Donc, regarder notre organisation, essayer de la transformer pour qu'elle soit plus efficace, évidemment que c'est un problème qui se pose à tous les pays.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc vous mettez sur la table une éventuelle fusion des…

GERARD COLLOMB
Tout est sur la table, ce qu'il faut c'est de l'efficacité.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc, tout est sur la table. Pourquoi, d'ailleurs, ne pas fusionner la BRI, le RAID et le GIGN, pourquoi ?

GERARD COLLOMB
Mais je vous dis, nous allons examiner cela avec l'ensemble des responsables, de manière à avoir la force…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous y est favorable ?

GERARD COLLOMB
De manière à avoir la force la plus importante.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais vous y êtes favorable ?

GERARD COLLOMB
Vous savez, il y a des traditions historiques, comme vous le savez, l'organisation de la police dans notre pays elle date d'un ou deux siècles, de la IIIe République…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, mais on peut changer tout.

GERARD COLLOMB
On peut changer tout, et nous sommes dans une période de changements, donc rien n'est interdit.

JEAN-JACQUES BOURDIN
D'ailleurs, pourquoi ne pas rapprocher police et gendarmerie ? Pourquoi ne pas fusionner la police et la gendarmerie ?

GERARD COLLOMB
Je dirais que, si vous voulez, sur la police et la gendarmerie, on a beaucoup progressé au cours des dernières années, et moi je vois, sur le terrain, il y a une complémentarité qui est parfaite.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Il faut aller plus loin ?

GERARD COLLOMB
Je pense que chacun peut garder ses propres traditions parce que l'organisation est totalement différente, mais, en même temps, il faut qu'il y ait une coordination qui soit totale.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc on peut aller plus loin.

GERARD COLLOMB
Ça veut dire que…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Pas aller jusqu'à la fusion, peut-être, mais aller plus loin.

GERARD COLLOMB
Non, parce que chacun a ses traditions, vous connaissez l'organisation, les uns dans leurs gendarmeries, les autres dans leurs commissariats. Mais en même temps, faire que, sur une agglomération, par exemple, où vous avez une partie de l'agglomération qui relève de la police, l'autre partie de la gendarmerie, évidemment, les délinquants ils voyagent à travers le territoire, et donc il faut qu'il y ait une continuité entre l'action de la gendarmerie et l'action de la police.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Continuité entre l'action de la gendarmerie et l'action de la police, mais en matière de lutte contre le terrorisme pourquoi pas fusion entre les différents…

GERARD COLLOMB
Je vois que c'est votre proposition, vous feriez un bon ministre de l'Intérieur !

JEAN-JACQUES BOURDIN
Non, mais je sais que c'est peut-être la vôtre aussi.

GERARD COLLOMB
Je ne dirai rien.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Peut-être celle du président de la République.

GERARD COLLOMB
Je ne dirai rien Monsieur BOURDIN.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Nous verrons tout à l'heure, il y aura des annonces tout à l'heure.

GERARD COLLOMB
Vous verrez tout à l'heure, je ne suis pas sûr que ce soit ce sujet-là qui soit à l'ordre du jour, mais par exemple…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Quels sujets, par exemple ?

GERARD COLLOMB
Le problème de l'état d'urgence, est-ce que, effectivement, on le maintient et comment ?

JEAN-JACQUES BOURDIN
Est-ce que vous êtes favorable à la prolongation, une sixième fois, de l'état d'urgence ?

GERARD COLLOMB
En tout cas, l'événement qui a surgi hier, montre évidemment que le niveau d'alerte est grand dans tous nos pays, et donc on ne peut pas, comme cela, s'arrêter de manière brutale…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Le 15 juillet c'était prévu, l'arrêt.

GERARD COLLOMB
Peut-être, effectivement, faut-il prolonger l'état d'urgence, et en même temps voir les conditions pour en sortir, avec peut-être quelques propositions, quelques projets de loi, qui aujourd'hui font qu'un certain nombre de choses nous manquent pour vraiment assurer…

JEAN-JACQUES BOURDIN
C'est-à-dire, qu'est-ce qui vous manque ?

GERARD COLLOMB
Vous parliez tout à l'heure des spectacles, des organisations, des manifestations, faire peut-être que dans ces cas-là on puisse effectivement continuer à avoir recours à des mesures administratives et pas des mesures normales.

JEAN-JACQUES BOURDIN
C'est-à-dire ?

GERARD COLLOMB
Aujourd'hui, comme vous le savez, l'état d'urgence permet de faire que ce soit les préfets qui se substituent directement aux maires, et donc maintenir cela pour des cas particuliers.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc, prolongation de l'état d'urgence ?

GERARD COLLOMB
Prolongation de l'état d'urgence, oui, pas de manière indéfinie, et en même temps, je vous dis, essayer…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais là, prolongation, au-delà du 15 juillet ?

GERARD COLLOMB
C'est la décision qui doit être prise, moi je ne veux pas l'anticiper, mais en tout cas c'est ce qui sera sur le tapis tout à l'heure.

JEAN-JACQUES BOURDIN
L'opération Sentinelle, maintenue au même niveau ou pas ?

GERARD COLLOMB
L'opération Sentinelle sera maintenue parce que, je crois, elle a été efficace, et qu'en même temps, si vous voulez, elle est très complémentaire de ce que font nos forces de police. Je crois que sur le terrain, aujourd'hui, il y a une complémentarité parfaite. Vous savez, moi je ne regarde pas simplement les choses de haut, je regarde comment ça marche dans une grande agglomération comme Lyon, et donc ça marche bien sur le terrain, et je crois que nos concitoyens sont très heureux de voir un certain nombre de militaires patrouiller dans les rues.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Est-il vrai que de nombreux attentats ont été déjoués en France depuis le début de l'année ?

GERARD COLLOMB
C'est vrai qu'un certain nombre d'attentats ont été déjoués parce que nous avons des forces de renseignement qui sont extrêmement efficaces.

JEAN-JACQUES BOURDIN
J'ai une autre question. La Grande-Bretagne va quitter l'Union européenne, on sait que la Grande-Bretagne n'est pas dans l'espace Schengen, qu'elle maîtrise ses frontières, mais est-ce que ça va être un risque supplémentaire, le départ de la Grande-Bretagne de l'Union européenne, en matière de lutte contre le terrorisme ?

GERARD COLLOMB
C'est justement ce dont nous avons discuté hier avec la ministre de l'Intérieur de Grande-Bretagne, en se disant que dans la coopération en matière de sécurité, en matière de terrorisme, nous devions continuer à travailler ensemble. Evidemment, il y a un certain nombre de problèmes qui peuvent être mis sur la table, par exemple les Accords du Touquet sont l'objet de discussions…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous allez les mettre sur la table là ?

GERARD COLLOMB
Oui, parce que, si vous voulez, moi une des premières mesures que j'ai eu à prendre c'est d'essayer de faire en sorte que le camp de Grande-Synthe ne se reconstitue pas. Un certain nombre de gens arrivaient, on pouvait se retrouver avec une « jungle » nouvelle qui se constitue et donc moi j'ai demandé à ce que l'on prenne toutes les mesures en envoyant des forces mobiles pour faire en sorte que cela n'ait pas lieu.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Bien, je voulais revenir sur ce que vous disiez tout à l'heure à propos de l'attentat de Manchester, vous avez parlé de liens avec Daesh avérés, c'est avéré, parce que Daesh a revendiqué, mais est-ce que les liens sont avérés ?

GERARD COLLOMB
Eh bien, si vous voulez, lorsque vous allez par exemple en Libye qui, comme vous le savez, est devenue une zone non-droit, avec une espèce de partage du territoire entre les différentes forces, vous êtes en relation avec des forces qui, effectivement, sont proches de Daesh, et veulent s'installer dans une région de la Libye.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Et le déplacement de Salman ABEDI en Syrie, c'est une information ?

GERARD COLLOMB
C'est en tout cas ce qui était, hier, aux mains des services.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Des services français.

GERARD COLLOMB
Oui.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Et britanniques.

GERARD COLLOMB
Et britanniques.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Et britanniques. Création de 10.000 postes de policiers et gendarmes, c'est ce qu'a annoncé Emmanuel MACRON pendant sa campagne, quand ?

GERARD COLLOMB
Oui, alors cela se fera évidemment chaque année…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Sur les cinq ans ?

GERARD COLLOMB
Parce que vous ne pouvez pas tout d'un coup avoir des policiers qui arrivent de la formation des écoles de police. Mais ce qui est intéressant, c'est le mouvement qui a été amorcé, après les suppressions brutales de postes qui avaient été celles de la RGPP, aujourd'hui, vous avez une volonté, depuis quelques années, qui produit ses effets d'ailleurs maintenant, de remettre les forces de l'ordre, et donc nous allons encore accélérer le mouvement.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous allez accélérer le mouvement, donc d'ici – 10.000 policiers et gendarmes – d'ici la fin du quinquennat.

GERARD COLLOMB
Absolument, absolument.

JEAN-JACQUES BOURDIN
C'est bien cela. Est-ce que vous êtes favorable à ce que toutes les polices municipales de France soient armées ?

GERARD COLLOMB
En tout cas, moi, j'ai armé la mienne.

JEAN-JACQUES BOURDIN
C'est pour ça que je vous posais la question…

GERARD COLLOMB
Pendant très longtemps, si vous voulez, j'avais refusé de l'armer, et après les attentats de novembre, j'avais décidé de l'armer, parce que, évidemment, le degré de la menace avait augmenté ; en tout cas, ce que je veux faire, c'est discuter avec mes collègues maires de France, de manière à voir comment nous pouvons organiser une meilleure coopération entre la police nationale, les forces de sécurité, et puis, leur police municipale. Voyez, au cours de…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais vous êtes favorable à l'armement de toutes les polices municipales de France ?

GERARD COLLOMB
A une condition, c'est qu'elles soient formées. Ça veut dire qu'il faut commencer par les grandes villes, là où effectivement on peut consacrer des sommes importantes à la formation de ces polices municipales. J'ai eu hier au téléphone Christian ESTROSI, je vais parler avec mon ami Jean-Luc MOUDENC, qui est le président de France Urbaine, je veux qu'un des premiers sujets…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Le maire de Toulouse, oui…

GERARD COLLOMB
Maire de Toulouse, qu'un des premiers sujets qui soit en discussion à France Urbaine, ce soit un rapprochement, une meilleure coopération entre police municipale des grandes villes, et puis nos forces de l'ordre nationales.

JEAN-JACQUES BOURDIN
J'ai encore une question sur le trafic de stupéfiants, parce que certains réseaux terroristes se nourrissent, se nourrissent de ces trafics. Alors, j'ai vu qu'Emmanuel MACRON proposait une contravention pour les usagers.

GERARD COLLOMB
Ce que vous dites est vrai, c'est-à-dire qu'on voit de plus en plus qu'il y a une articulation très forte entre, à la fois trafics de stupéfiants, trafics divers d'ailleurs, et puis, en même temps, terrorisme. Ce que dit Emmanuel MACRON, ce sont deux choses principalement, la première, c'est que, effectivement, on peut dresser contravention tout de suite, parce que le problème aujourd'hui, c'est : quelqu'un est arrêté pour un trafic de stups, et puis, il ne se passe rien. Deux jours après, il revient dans son quartier…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Exactement. Exactement…

GERARD COLLOMB
Et il fait exactement le même trafic…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc contravention tout de suite !

GERARD COLLOMB
Contravention tout de suite, soit, il paie…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Quand ce sera en place ?

GERARD COLLOMB
Soit, il peut payer…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui ?

GERARD COLLOMB
Ça, je pense que dans les trois, quatre mois qui viennent, nous aurons mis en place…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Trois, quatre mois qui viennent, vous aurez mis en place…

GERARD COLLOMB
Deuxième chose, éloigner les gens du quartier, c'est-à-dire, leur interdire de reparaître dans le quartier pour que, effectivement, ils ne viennent pas narguer la victime qui a porté plainte et qui s'aperçoit que sa plainte est nulle.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, dites-moi, j'ai une question plus personnelle à vous poser, vous êtes ministre de l'Intérieur, c'est vous qui l'avez demandé ?

GERARD COLLOMB
Non, c'est le président de la République…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Qui vous l'a proposé…

GERARD COLLOMB
Qui a proposé, qui a choisi, tout simplement parce qu'il voulait, je pense, avoir quelqu'un de confiance à la tête de ce ministère, qui est un ministère extrêmement important. Vous voyez, je crois qu'il y a deux problèmes pour les Français, 1°) : il faut que nous puissions relancer la croissance dans notre pays, et donc faire en sorte qu'il n'y ait plus de millions de Français qui désespèrent. Et deuxièmement, il faut assurer la sécurité dans ce pays, c'est une des causes du désarroi de nos populations.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Et puis, j'ai une dernière question politique, Christophe CASTANER vient de déclarer : nous souhaitons d'autres personnalités de droite au gouvernement, après les législatives, vous aussi ?

GERARD COLLOMB
Oui, je pense que…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Il y aura d'autres secrétaires d'Etat par exemple nommés ?

GERARD COLLOMB
Si vous voulez, je pense que, aujourd'hui, un grand mouvement est en train de se produire dans notre pays, et une recomposition de la vie politique est en train de se faire. Et il y a beaucoup de gens à droite et à gauche qui se disaient : finalement, par rapport aux enjeux qui sont les nôtres, ceux effectivement des trois millions et demi de chômeurs, ceux dont nous avons parlé, la sécurité, le terrorisme, il faut se rassembler et montrer qu'on est capable de dépasser les petites guéguerres partisanes pour pouvoir se rassembler…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc, d'autres personnalités de droite au gouvernement ?

GERARD COLLOMB
Et sans doute aussi de gauche qui voudront soutenir le président de la République.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Merci d'être venu nous voir, ce matin, Gérard COLLOMB…

GERARD COLLOMB
Merci à vous.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Bon Conseil de défense.

GERARD COLLOMB
Merci.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 29 mai 2017

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