Interview de M. Christophe Castaner, secrétaire d'Etat chargé des relations avec le Parlement, porte-parole du Gouvernement, à France Info le 26 mai 2017, notamment sur les premiers pas du président Macron sur la scène internationale. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Christophe Castaner, secrétaire d'Etat chargé des relations avec le Parlement, porte-parole du Gouvernement, à France Info le 26 mai 2017, notamment sur les premiers pas du président Macron sur la scène internationale.

Personnalité, fonction : CASTANER Christophe.

FRANCE. Secrétaire d'Etat aux relations avec le Parlement, porte-parole du Gouvvernement

ti : NICOLAS TEILLARD
Une demi-heure de politique sur France info, c'est 8 h 30 APATHIE, bonjour Jean-Michel.

JEAN-MICHEL APHATIE
Bonjour Nicolas.

NICOLAS TEILLARD
Daïc AUDUIT avec vous pour interroger notre invité, l'un des nouveaux visages du gouvernement, visage orné d'une barbe parfaitement taillée, dans laquelle certains ont cru déceler le triomphe du cadre supérieur dynamique qui assume sa virilité, une puissance d'interprétation que nous allons laisser de côté Jean-Michel en précisant simplement que notre invité est porte-parole du gouvernement.

JEAN-MICHEL APHATIE
Ce n'est pas tous les jours qu'un invité a droit à un édito comme ça, bonjour Christophe CASTANER...

CHRISTOPHE CASTANER
Bonjour, j'en reste sans voix.

JEAN-MICHEL APHATIE
Emmanuel MACRON a fait ses premiers pas sur la scène internationale au sommet du G7 aujourd'hui en Sicile, hier il a rencontré Donald TRUMP – on a beaucoup parlé de leur poignée de main – on écoute après la poignée de main Emmanuel MACRON.

EMMANUEL MACRON, À BRUXELLES HIER
On a un agenda extrêmement large à discuter, j'ai dit la lutte contre le terrorisme, l'économie, les sujets climatiques et énergétiques et l'occasion de ce sommet de l'OTAN est pour nous aussi l'occasion d'une première rencontre dont je suis très heureux de pouvoir ensemble changer beaucoup de choses.

JEAN-MICHEL APHATIE
Voilà ! Donald TRUMP qui broie la main de ses interlocuteurs. Première rencontre réussie, il en reste quelque chose, vous avez eu Emmanuel MACRON au téléphone qui vous a fait un compte-rendu ?

CHRISTOPHE CASTANER
D'abord c'est la séquence globale internationale qui est intéressante, la rencontre avec JUNGER, qui d'ailleurs fait cette déclaration - c'est-à-dire que c'est la première fois que je vois un chef d'État qui lors de sa première venue me parle de social - et puis ensuite une séquence qui se complète on le voit bien par le président TRUMP qui choisit Emmanuel MACRON comme interlocuteur européen et puis Vladimir POUTINE qui dans quelques heures sera aux côtés du président français en France...

JEAN-MICHEL APHATIE
Oui, à Versailles.

CHRISTOPHE CASTANER
A Versailles.

DAÏC AUDUIT
Quelques heures, c'est lundi.

CHRISTOPHE CASTANER
Oui, oui, et donc on voit bien la réalité d'un fait, Emmanuel MACRON se pose sur la scène internationale et la France du coup gagne des galons sur la scène internationale, c'est d‘autant plus important qu'on suspectait ce jeune homme de ne pas avoir la carrure d'un président de la République et de ne pas être en mesure d'incarner et de défendre la France - je me souviens des propos de Marine LE PEN qui elle attend encore au pied de l'ascenseur dans la Tour Trump son rendez-vous avec le président TRUMP - et donc on voit aujourd'hui un président de la République française qui s'installe mais qui installe la France dans le concert international.

DAÏC AUDUIT
Qui ne s'attache peut être pas trop à l'image, donc on a vu il a résisté à la poignée de main de Donald TRUMP, il parle anglais couramment, c'est un garçon poli, il a l'air à l'aise, il dit bonjour. Mais est-ce que ce n'est pas un peu court quand même pour juger sur le fond ? Est-ce que ce sera un bon chef de la diplomatie française, il faut quand même attendre un petit peu ?

CHRISTOPHE CASTANER
Ah ! Mais vous avez raison, je ne suis pas en train d'affirmer que c'est déjà un bon chef de la diplomatie et que tout est acquis, mais les premiers pas du président de la République vous savez sont tout un symbole et donc, si vous trébuchez, c'est un quinquennat que vous trainez derrière en difficulté, là on voit que les premiers pas du président sont ceux d'un président de la République qui s'inscrit dans une dimension gaullienne et un peu mitterrandienne ; et peut-être que c'est aussi un clin d'oeil à MITTERRAND que d'accueillir le président POUTINE à Versailles, la dernière fois qu'il y a eu un niveau de cet échange-là c'était en 1992.

NICOLAS TEILLARD
Vous n'en faites pas un peu trop dans la promotion quand même, parce que la France gagne des galons, il y a eu déjà eu des rencontres entre chefs d'Etat français, américains et russes auparavant, ce n'est pas trop dangereux de vendre le produit avant qu'il ne se passe quoi que ce soit ?

CHRISTOPHE CASTANER
Non, non, parce que je suis acteur attentif de la presse et donc j'ai toute confiance dans la presse, j'ai lu ce matin toute la presse - Le Figaro par exemple - et tous les observateurs de la scène internationale ont remarqué qu'il y avait un choix international qui était fait pour la France, il se trouve que c'est Emmanuel MACRON qui l'incarne et que si ça avait été Marine LE PEN je ne suis pas sûr que ce soit le même choix.

JEAN-MICHEL APHATIE
Donc aujourd'hui au sommet du G7 l'enjeu c'est de garder les Américains dans les accords de Paris sur l‘environnement ?

CHRISTOPHE CASTANER
C'est un enjeu, on sait que le président TRUMP les a mis en cause et donc il faut avec son rythme à lui aussi – parce que c'est cela aussi la diplomatie – faire en sorte qu'il reste dans le dispositif parce que c'est un enjeu majeur.

JEAN-MICHEL APHATIE
Il y a une autre question sur les traités internationaux qui se posent, c'est le CETA, un accord de libres échanges entre le Canada et l'Europe qui doit entrer partiellement en vigueur le 1er juin, pendant la campagne électorale plusieurs fois questionné là-dessus Emmanuel MACRON a semblé hésitant sur la conduite à suivre, le 1er juin c'est dans quelques heures comme vous dites et le 1er mai dernier , lors d'un meeting de l'entre-deux tours à Paris, Emmanuel MACRON avait pris cet engagement, on écoute Emmanuel MACRON.

EMMANUEL MACRON, PARIS LE 1ER MAI 2017
Ce que je déciderai sur ce point c‘est de nommer une commission d'experts, de scientifiques irréprochables pour dire ce qu'il en est exactement des conséquences environnementales, sur la santé, de cet accord.

JEAN-MICHEL APHATIE
Plusieurs fondations aujourd'hui, notamment la fondation créée par Nicolas HULOT, demandent à ce que cette commission soit mise en place et que surtout le président de la République décrète une espèce de moratoire sur le CETA, qu'en est-il Christophe CASTANER ?

CHRISTOPHE CASTANER
Évidemment cette commission va être mise en place, il nous faut examiner cela. Mais il ne faut pas se contenter de rejeter les accords...

JEAN-MICHEL APHATIE
Elle va être mise en place quand ?

CHRISTOPHE CASTANER
Dans les jours qui viennent, parce qu'il est important aussi de travailler à l'échelle de l'Europe, il ne faut pas faire une commission qui soit seulement franco-française...

JEAN-MICHEL APHATIE
C'est une information ou là vous répondez juste à la question parce que cette commission on n'en parle plus du tout ?

DAÏC AUDUIT
Non, non, on va en parler, mais ça fait à peu près une semaine que le gouvernement est constitué et donc il faut laisser un tout petit peu de temps pour mettre en place tous les dispositifs. Mais vous pouvez faire confiance à Nicolas HULOT – et on ne l'a pas choisi pour être posé le mercredi matin en face du président de la République et ne rien faire le reste de la semaine - donc on peut lui faire confiance pour travailler sur ces sujets. Mais ce que je voudrais dire...

JEAN-MICHEL APHATIE
Et donc une commission va être mise en place rapidement, avant le 1er juin, c'est mercredi le 1er juin ?

CHRISTOPHE CASTANER
Non, elle ne sera pas institutionnellement mise en place avant le 1er juin, l'accord doit être évalué – c'est ce qu'a dit le président de la République alors candidat – et donc nous allons l'évaluer. Mais je voudrais insister sur un point, on peut se contenter de dénoncer les accords internationaux et penser qu'on va se protéger en ne faisant rien, moi je crois qu'un accord comme le CETA porte un certain nombre d'éléments positifs, notamment pour nos exportations agricoles, nos exportations fromagères, j'ai été il y a quelques jours à la Fête du fromage de Banon, la plus petite AOC fromagère de France, eh bien aujourd'hui vous aurez la capacité d'exporter ce que vous n'avez pas avec le Canada aujourd'hui.

DAÏC AUDUIT
43 produits !

CHRISTOPHE CASTANER
Alors, ça, c'est les IPP protégés, mais c'est sur l'exportation plus globale.

JEAN-MICHEL APHATIE
Oh là, on a du mal à suivre-là.

NICOLAS TEILLARD
Sans forcément dénoncer d'ailleurs ces accords, est-ce qu'il n'y a pas un petit problème démocratique si ces accords entrent en application avant que les parlements nationaux les aient validés et avant que des commissions chargées de dire s'ils sont bons ou pas ne soient mises en place ?

CHRISTOPHE CASTANER
Sauf que pour le CETA le débat parlementaire a eu lieu au sein de la commission en charge de l'Europe pour l'Assemblée nationale et qu'on n'est pas du tout comme dans le TAFTA quelque chose qui avait été très secret sur le CETA, il y a eu plus de transparence – et c'est une transparence exigée à l'époque par monsieur FEKHL qui était le ministre en charge de cela – donc il ne faut pas non plus jeter le bébé avec l'eau du bain et tous les accords internationaux. Je vais vous prendre un autre exemple, la directive travailleurs détachés, on sort d'une campagne électorale où certains disaient : « il faut revenir sur la directive, il faut revenir sur la directive », il y en a un qui va le faire c'est Emmanuel MACRON et ça été le premier sujet qu'il a abordé dans la négociation...

JEAN-MICHEL APHATIE
Oh ! Il ne va pas y revenir tout seul.

CHRISTOPHE CASTANER
Pas tout seul, c'est pour ça dans la négociation européenne, mais il a fixé cela en priorité.

JEAN-MICHEL APHATIE
Juste pour en terminer avec la politique internationale, vous avez cité la venue de Vladimir POUTINE lundi à Versailles, c'est en 1982 je crois que François MITTERRAND avait tenu un G7 là-bas, c‘est à ça que vous faisiez référence tout à l'heure...

CHRISTOPHE CASTANER
Oui.

JEAN-MICHEL APHATIE
Vous n'avez pas peur de la complaisance que pourrait donner cette image, parce que Vladimir POUTINE est quand même un dirigeant dont on peut dire pour le moins qu'il est controversé, ce n'est pas un peu complaisant de l'amener à Versailles ?

CHRISTOPHE CASTANER
Déjà j'ai le souvenir de deux candidats à la Présidentielle qui étaient plutôt alignés sur Vladimir POUTINE et Emmanuel MACRON qui ne l'était pas...

JEAN-MICHEL APHATIE
Mais, pour le coup, on a un président de la République maintenant.

CHRISTOPHE CASTANER
Mais justement, et on a un président de la République qui non pas fait venir mais qui va accueillir Vladimir POUTINE qui choisit de venir.

JEAN-MICHEL APHATIE
Il s'est invité Vladimir POUTINE.

CHRISTOPHE CASTANER
Non, il était aussi invité par la France et donc il y avait un prétexte - une exposition culturelle - et donc nous fait une bonne raison ; Ensuite, le fait de dialoguer ça n'est pas s'aligner et je crois que, au contraire, c'est un signe de voir le président POUTINE venir en France, demander à rencontrer Emmanuel MACRON et de travailler avec lui et je peux faire confiance dans le président de la République pour avoir une position ferme de défense des intérêts de la France sur ce sujet, toute la difficulté c'est qu'on peut dénoncer et ne pas les voir.

JEAN-MICHEL APHATIE
La pompe de Versailles pour un dictateur c'est quand même curieux ?

CHRISTOPHE CASTANER
Mais c'est un chef d'Etat étranger d'une puissance importante.

JEAN-MICHEL APHATIE
Dictateur, du moins un président autoritaire disons, son opposition elle est plus en prison qu'à la Douma.

CHRISTOPHE CASTANER
Je vous laisse le soin de le qualifier...

JEAN-MICHEL APHATIE
Oui, le mot est un peu fort président autoritaire.

CHRISTOPHE CASTANER
Et je ne suis pas le porte-parole de Vladimir POUTINE et je préfère – je vais aller dans votre sens – être le porte-parole d'Emmanuel MACRON.

DAÏC AUDOUIT
On va parler de politique intérieure. Est-ce que l'affaire FERRAND pollue la campagne des candidats de La République En Marche ce week-end sur les marchés ?

CHRISTOPHE CASTANER
Il y a un débat FERRAND, il n'y a pas une affaire FERRAND. Parce qu'une affaire FERRAND elle devrait avoir une base légale et une problématique pénale, ce n'est pas le cas. Ce qui concerne la transaction entre La Mutuelle de Bretagne, dont Richard FERRAND était directeur, et la SCI dont la femme de Richard FERRAND était propriétaire, ne relève absolument pas d'une inégalité quelconque ; le président de la Mutuelle l'a encore rappelé hier. Je crois qu'il est important de remettre les choses à leur place. Richard FERRAND n'était pas député, il n'était pas en politique, et le contrat passé entre la Mutuelle et la société de son épouse était légal, a fait l'objet d'une consultation sur trois offres et ils ont choisi la moins chère.

DAÏC AUDOUIT
Ca c'est sur le fond. Sur l'impact sur l'opinion, est-ce que vous pensez que ça peut avoir un impact, non pas sur la question de la légalité, mais sur la question de l'exemplarité, en sachant que monsieur MACRON a fait campagne sur le renouvellement, a fait campagne aussi, c'est le projet de loi de moralisation de la vie publique, politique, interdiction d'employer sa famille comme assistant parlementaire, or ça a été le cas de monsieur FERRAND, que pour cinq mois et d'une valeur de 6000 euros, mais il l'a fait avec son fils.

CHRISTOPHE CASTANER
Je rebondissais sur le mot « affaire », je pense qu'il faut faire attention aux mots. Ensuite, oui je crois qu'aujourd'hui il nous faut être totalement transparent. Moi ce qui m'intéresse c'est l'avenir, et c'est effectivement ce projet de loi sur lequel François BAYROU, le président, le Premier ministre lui ont demandé d'aller très vite sur ce sujet, travaille et que nous puissions - et nous l'espérons - avant le premier tour des élections législatives présenter aux Français quelque chose qui nous permette de rentrer dans ce nouveau monde, de la transparence totale. C'est une exigence. Et on veut rétablir le lien avec nos concitoyens et je crois qu'il nous faut sur ce sujet aller vite et loin.

JEAN-MICHEL APHATIE
Lors de votre premier compte-rendu du Conseil des ministres, puisque vous en êtes le porte-parole, vous mentionniez la volonté du président de la République de voir les ministres solidaires entre eux. On note qu'autour de Richard FERRAND la solidarité est un peu défaillante et c'est Jean-Christophe CAMBADELIS qui pointe le silence de François BAYROU.

(…) Extrait Jean-Christophe CAMBADELIS.

JEAN-MICHEL APHATIE
« Remarquablement silencieux François BAYROU » sur le dossier FERRAND. Ca vous inquiète ?

CHRISTOPHE CASTANER
Non, parce que je pense que CAMBADELIS n'est pas le meilleur observateur de l'activité et de l'actualité gouvernementale. Je peux vous dire, on a participé à un déjeuner avec les deux hommes cette semaine et qu'il n'y a pas de tension particulière et qu'on continue à travailler sur tous les sujets tous ensembles.

JEAN-MICHEL APHATIE
François BAYROU soutient Richard FERRAND. Il ne le dit pas mais il le soutient ?

CHRISTOPHE CASTANER
François BAYROU il a une mission, celle d'élaborer le texte le plus exemplaire possible sur la transparence de la vie politique et la moralisation. Et aujourd'hui il est totalement consacré à ce sujet. Il y avait hier après midi, jour férié, une réunion interministérielle qui a duré plusieurs heures. Aujourd'hui, voilà ce à quoi nous sommes tournés.

JEAN-MICHEL APHATIE
Sur ce sujet, vous confirmez que la loi va être présentée le 7 juin en conseil des Ministres ?

CHRISTOPHE CASTANER
C'est la l'objectif qu'ont fixé le président de la République et le Premier ministre. Ensuite, vous savez, c'est une loi qui aura trois volets dont le volet constitutionnel donc c'est assez techniquement lourd, il faudra qu'elle soit présentée, nous verrons, au meilleur, conseil des Ministres, et ce sera le plus rapidement possible. Il faut que ce soit surtout le premier texte qui soit examiné par le Parlement.

JEAN-MICHEL APHATIE
Richard FERRAND, toujours, certains se disent pourquoi la justice ne se saisit pas du dossier, pour essayer de voir ce qu'il en est exactement. Alors on a compris que le Parquet national financier s'étant déclaré incompétent ne le ferait pas, mais d'autres disent pourquoi le Parquet de Brest n'ouvre t-il pas une information au motif notamment qu'il pourrait y avoir de l'argent public concerné par cette affaire, c'est ce que disait au micro de France Info hier Luc CARVOUNAS, porte parole du Parti socialiste pour les élections législative.

(…) Extrait Luc CARVOUNAS

JEAN-MICHEL APHATIE
Est-ce que le Parquet de Brest aurait regardé un peu ce qui s'est passé ?

CHRISTOPHE CASTANER
Moi je ne donne pas d'instruction au Parquet. Si le Parquet juge utile d'intervenir il a toute la liberté de le faire ; et je pense que le Parquet de Brest n'est pas comme Luc CARVOUNAS un homme politique qui cherche à refaire la cerise sur des débats journalistes qui concernent les Français mais très clairement je pense que l'enjeu c'est quoi ? C'est de rappeler qu'il n'y a pas de base pénale, qu'il n'y a pas d'infraction dans cette affaire et c'est tout simplement la raison pour laquelle les juges ne s'en saisissent pas, mais si les juges décidaient de s'en saisir ils auraient toute liberté de le faire, j'en prends l'engagement.

DAÏC AUDOUIT
Je voudrais revenir sur l'impact sur l'opinion, on a vu les images hier, Richard FERRAND qui était en campagne en Bretagne, tous les journalistes qui lui posaient la question, lui qui esquivait, ça nous a rappelé les images de la campagne de François FILLON. Est-ce qu'il est inaudible dans sa campagne, c'est compliqué pour lui.

CHRISTOPHE CASTANER
Même dans votre question vous donnez la réponse. Vous me parlez des journalistes qui interpellent Richard FERRAND, mais Richard FERRAND il était en campagne sur son terrain, et ça s'est plutôt bien passé d'après ce qu'il m'a dit.

DAÏC AUDOUIT
Il était plus souriant que François FILLON, on le voit sur les images, mais n'empêche…

CHRISTOPHE CASTANER
Non mais je parle des gens, je parle des gens. Et moi je peux témoigner que toutes les remontées que j'ai sur le terrain c'est que ça n'est pas un sujet d'actualité principal qui occupe nos campagnes électorales et que les gens sont plus tournées vers l'avenir. Je pense que l'importance de la loi transparence, moralisation de la vie publique, retrouver la confiance avec les politique a beaucoup plus de sens que ces débats-là.

JEAN-MICHEL APHATIE
L'argument deux poids-deux mesures après l'affaire FILLON, c'est un argument qui porte d'après vous ? Parce que François FILLON ça avait été vite la justice !!

CHRISTOPHE CASTANER
Oui mais enfin de mémoire quand même on est sur un système organisé de récupération d'argent public dans un intérêt familial qui n'a strictement rien à voir, mais alors vraiment rien à voir avec ce dont on parle.

JEAN-MICHEL APHATIE
Puisque porte-parole du gouvernement vous devez être au courant de tout cela, on a mal compris, c'est un peu Philippe MARTINEZ qui a introduit un doute, quel serait le calendrier du gouvernement pour mener la réforme du code du travail. On avait compris que tout devait être fini avant l'été, et après son entrevue mardi avec le chef de l'Etat Philippe MARTINEZ a laissé penser, on va l'entendre, que les choses seraient peut-être différentes.

(…) Extrait Philippe MARTINEZ

JEAN-MICHEL APHATIE
« Le calendrier a l'air d'avoir bougé », vous confirmez ?

CHRISTOPHE CASTANER
Permettez-moi de rebondir, la question n'est pas de savoir quand les salariés sont en congé, mais de savoir pourquoi il y a autant de chômeurs dans ce pays ! Et qu'aujourd'hui ce qui compte c'est d'aller vers le marché du travail et donner du travail. Notre objectif de retrouver 7 % de chômage, qui est une référence sur le plein emploi, à la fin de ce mandat est quand même la première priorité. Donc il faut aller vite, et pour aller vite c'est le président de la République qui a réuni tous les partenaires sociaux dès cette semaine. Le Premier ministre et la Ministre du Travail en ont reçus trois avant-hier, qui poursuivront leurs échanges jusqu'à lundi ; et après cet échange le calendrier sera arrêté.

NICOLAS TEILLARD
Ce sera le juge de paix du quinquennat, la baisse du chômage ? On sait que François HOLLANDE a échoué là-dessus.

CHRISTOPHE CASTANER
Je ne crois pas que ce soit le seul sujet, mais c'est une ambition majeure. On ne peut pas aujourd'hui accepter que dans certains quartiers un jeune sur deux n'ait aucune espérance d'emploi.

DAÏC AUDOUIT
Et vous ne promettez pas l'inversion des courbes ?

CHRISTOPHE CASTANER
Ecoutez, moi je ne veux pas rentrer dans ce comparatif, parce que dans votre question il y a un comparatif entre HOLLANDE, MACRON, et nos ministres du Travail. Je pense que de toute façon la seule ambition que nous devons avoir c'est d'améliorer le marché du travail. Faire en sorte que ces femmes et ces hommes qui n'ont pas d'espérance puissent en retrouver une. Et donc il faut pour cela libérer le travail. Non pas pour faire des cadeaux aux patrons, parce que n'oublions pas que 93 % des patrons dans ce pays ont moins de 10 salariés, et la plupart ont un ou deux salariés ; mais souvent ils sont confrontés au fait de se dire « eh bien non je ne vais pas embaucher parce que c'est trop compliqué ». Vous savez que c'est ça qu'on entend partout chez l'artisan, à Sisteron comme à Manosque, dans ma circonscription. Et donc c'est à eux moi que j'ai envie de parler pour qu'ils puissent embaucher un apprenti et que demain j'ai deux artisans là où j'en n'ai qu'un seul.

JEAN-MICHEL APHATIE
Le calendrier, les ordonnances seront prises au mois d'aout ?

CHRISTOPHE CASTANER
Notre objectif est qu'à l'automne, nous soyons opérationnels.

JEAN-MICHEL APHATIE
A l'automne ?

CHRISTOPHE CASTANER
Opérationnels, c'est-à-dire que tout soit mis en oeuvre pour que mon artisan de Sisteron puisse à l'automne… et ne me demandez pas la date spéciale de l'automne, je ne pourrais que vous répondre…

JEAN-MICHEL APHATIE
L'automne ça va du 21 septembre au 21 décembre.

CHRISTOPHE CASTANER
Voilà, je ne pourrais que vous répondre 21 septembre…..

JEAN-MICHEL APHATIE
A l'automne.

CHRISTOPHE CASTANER
On veut être opérationnels à l'automne. La question n'est pas de savoir si c'est le 21 ou le 1er octobre, il faut aller vite. Je pense que les Français ont besoin qu'on aille vite sur ces sujets.
(…)

NICOLAS TEILLARD
Un projet de loi de moralisation de la vie publique présenté le 7 juin en Conseil des ministres, objectif de Christophe CASTANER. Une réforme du Code du travail qui devra être opérationnelle à l'automne, voilà ce que vous nous donnez en termes de calendrier. Daïc AUDOUIT, autre annonce dès ce matin !

DAÏC AUDOUIT
Oui, il y a d'autres projets dans le programme du gouvernement. Gérard COLLOMB, le ministre de l'Intérieur, a confirmé hier que la consommation de cannabis pourrait être désormais réprimée moins durement et de façon différente. Il était chez Jean-Jacques BOURDIN, on l'écoute.

(…) Extrait Gérard COLLOMB

JEAN-MICHEL APHATIE
Alors vous allez adoucir les peines pour la consommation de cannabis ?

CHRISTOPHE CASTANER
Non, on va le rendre efficace. L'année dernière, 180.000 personnes ont été constatées pour usage… en infraction pour usage de stupéfiants. In fine en moyenne, c'est 6 h 00 de procédure pour le policier ou le gendarme, c'est autant pour le magistrat qui est chargé du dossier. In fine, il y a eu 20.000 rappels à la loi injonctions thérapeutiques. Est-ce que le système est efficace ? Non. Et donc Emmanuel MACRON candidat et aujourd'hui le ministre de l'Intérieur met en place… met le projet politique sur lequel Emmanuel MACRON a été élu. Et donc Emmanuel MACRON candidat avait annoncé qu'on voulait des mesures efficaces, la possibilité de donner une contravention d'une centaine d'euros avec paiement le plus rapide possible, instantané dans certains cas. Et puis ensuite, des mesures coercitives qui peuvent aller jusqu'à la prison, si la personne ne paie pas son amende et ne rentre pas dans le rang. Je pense que ce qui compte aujourd'hui, c'est d'être efficace et surtout de désengager du temps de travail de nos policiers, de nos gendarmes pour qu'ils soient plus présents sur des affaires essentielles.

JEAN-MICHEL APHATIE
La dépénalisation peut être une question ?

CHRISTOPHE CASTANER
Ce n'est pas la dépénalisation, c'est de la contraventionnalisation, c'est-à-dire qu'on reste dans du pénal. Emmanuel MACRON n'a pas souhaité ouvrir ce débat-là parce que consommer des stupéfiants reste grave et dangereux pour la santé, en particulier pour les plus jeunes.

DAÏC AUDOUIT
Mais symboliquement une contravention, ça le met presque au même niveau que quand on ne paie pas son parking, quand on fraude dans les transports, vous voyez, symboliquement on a l'impression que c'est la même chose et que c'est peut-être moins important la répression !

CHRISTOPHE CASTANER
Oui mais on met des contraventions pour empêcher que les voitures se garent mal. Moi ce qui m'intéresse, c'est d'empêcher que les gens trouvent classique et facile de consommer des stupéfiants.

DAÏC AUDOUIT
Vous êtes d'accord que ça n'a pas la même importance symboliquement !

CHRISTOPHE CASTANER
Oui mais on pourrait se dire que comme c'est très symbolique, on ne fait rien et on continue à avoir 160.000 – si je reprends mon chiffre que je donnais tout à l'heure – personnes qui passent au travers chaque année ; et puis mobiliser du temps de travail de nos fonctionnaires sur le terrain, de police et aussi de magistrats. Soyons efficaces et pragmatiques.

JEAN-MICHEL APHATIE
Un autre débat est peut-être en train de s'installer, toujours sur un fait de société, il concerne Gérald DARMANIN qui est ministre des Comptes publics aujourd'hui et qui vient du parti Les Républicains, au plus fort du débat sur le mariage d'homosexuels, Gérald DARMANIN avait fait un tweet que l'on va voir à l'écran et que je lis : si je suis maire de Tourcoing, c'était en juin 2013, avant l'élection municipale qu'il a remportée en 2014, je ne célèbrerai pas un mariage entre deux hommes ou deux femmes. Et aujourd'hui dans Libération, une longue tribune revient sur ses propos qui cite notamment… cette tribune cite des propos attribués à Caroline DE HAAS, candidate aux élections législatives à Paris pour le compte de la France insoumise ou peut-être pas d'ailleurs…

NICOLAS TEILLARD
Des écologistes.

JEAN-MICHEL APHATIE
Des écologistes, voilà ! Je savais que la France insoumise ne lui avait pas donné l'investiture, mais Caroline DE HASS qui s'était fait connaitre lors du débat sur la loi travail de Myriam El KHOMRI dit : ce qu'a dit Gérald DARMANIN s'appelle de la discrimination, de l'homophobie, on peut être homophobe et ministre. Quand quelqu'un dit… les ministres aujourd'hui « je ne marierai pas un couple d'homosexuel », vous réagissez comment Christophe CASTANER ?

CHRISTOPHE CASTANER
Il se trouve que depuis, Gérald DARMANIN – avant même de rentrer au gouvernement – avait célébré des mariages ; et que j'ai échangés avec lui et que…

JEAN-MICHEL APHATIE
Ah ! Il a célébré des mariages !

CHRISTOPHE CASTANER
Et j'ai échangé avec lui et en gros, il reconnait que dans ce débat parlementaire – qui était un débat un peu hystérisé, vous vous en souvenez – on a tous dit des bêtises. Et j'utilise un mot…

JEAN-MICHEL APHATIE
Tous, vous aussi ?

CHRISTOPHE CASTANER
Mais moi aussi certainement dans le débat…

DAÏC AUDOUIT
Mais quel type de bêtise vous avez dit...

JEAN-MICHEL APHATIE
Lui, c'était une bêtise…

CHRISTOPHE CASTANER
Mais bien sûr que de dire ce genre de chose, notamment parce que c'est un Républicain – et je ne parle pas du parti des Républicains – qu'il applique la loi et qu'il a toujours appliqué la loi ; et que nous avons voté la loi. Et je suis fier d'avoir voté cette loi et qu'aujourd'hui, on peut avoir des différences avec celles et ceux qui sont autour du président et du Premier ministre au Conseil des ministres. Le président ne nous a pas demandé l'uniformité, il nous a demandé la collégialité, il nous a demandé le respect de la décision collective. Donc dans nos parcours autour de la table…

NICOLAS TEILLARD
Ça avait humilié une partie de la population ces propos, Gérald DARMANIN ?

CHRISTOPHE CASTANER
Il y a des femmes et des hommes d'origines différentes autour de la table. Et donc oui, il nous faut apprendre à travailler ensemble. Et donc l'essentiel, c'est de savoir s'il sera demain un bon ministre des Comptes publics et s'il contribuera au redressement de nos comptes publics, c'est cela qui m'intéresse. Mais je n'esquive pas, on a et j'ai utilisé des punchlines a minima désagréables et quelques fois inutiles, Gérald DARMANIN aussi. C'est un temps politique qui est derrière nous.

JEAN-MICHEL APHATIE
Est-ce que ça ne montre pas qu'entre droite et gauche, il y a des différences importantes, parce que : je ne célèbrerai pas un mariage entre deux hommes ou deux femmes, c'est quand même une prise de position, ce n'est pas une déclaration, c'est quelque chose d'assez fort. Est-ce qu'il n'y a pas la preuve là que mélanger droite et gauche, c'est quand même plus difficile que ce que vous semblez dire parfois ?

CHRISTOPHE CASTANER
Alors je viens de la gauche, je crois que Caroline DE HAAS aussi et par exemple, sa dernière remarque qui évoquait que pour éviter les conflits entre les femmes et les hommes, il fallait agrandir les trottoirs, ça ne partage pas non plus…

NICOLAS TEILLARD
C'était pris à l'intérieur d'un reportage beaucoup plus large et c'est l'une des méthodes qui était évoquée, tout simplement, pour ne pas…

CHRISTOPHE CASTANER
Vous auriez pu défendre Gérald DARMANIN tout à l'heure, je suis sûr que la petite phrase en question, elle était…

NICOLAS TEILLARD
Je connais ce dossier, donc je vous en parle…

CHRISTOPHE CASTANER
Non, ce que je veux vous dire c'est qu'à un moment donné, il faut sortir de ce référentiel-là. Et moi, il y a plein de sujets sur lesquels pour moi, le gauche droite il est totalement dépassé.

JEAN-MICHEL APHATIE
D'accord. Puisque nous sommes sur ce sujet de l'homophobie, en tant que porte-parole du gouvernement vous devez suivre la polémique qui concerne Cyril HANOUNA, l'animateur de télévision, qui est aujourd'hui dans une polémique pour avoir fait un sketch réputé homophobe. Vous souhaitez que Cyril HANOUNA soit sanctionné Christophe CASTANER ?

CHRISTOPHE CASTANER
Moi, je n'ai pas à me prononcer sur les décisions que le CSA sera amené à prendre, qui doit être indépendant. Par contre, j'ai été choqué et j'ai apprécié qu'il s'en excuse.

NICOLAS TEILLARD
Vous trouvez que les procédures sont trop longues par rapport à la loi, c'est ce que dit le CSA notamment !

CHRISTOPHE CASTANER
Oui, je pense que sur ces sujets, les journalistes comme les politiques doivent être exemplaires, ils doivent être plus prudents encore, il ne l'a pas été, donc acte. En même temps, ça n'enlève rien du talent d'animateur et je ne suis pas là pour juger ou évaluer de Cyril HANOUNA.

JEAN-MICHEL APHATIE
Merci Christophe CASTANER d'avoir accepté l'invitation de France Info.

CHRISTOPHE CASTANER
Merci à vous.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 30 mai 2017

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