Interview de M. Edouard Philippe, Premier ministre, à Europe 1 le 9 juin 2017, sur les contours du projet de loi anti-terroriste, la réforme du droit du travail et les élections législatives des 11 et 18 juin. | vie-publique.fr | Discours publics

[ Publicité ]

Interview de M. Edouard Philippe, Premier ministre, à Europe 1 le 9 juin 2017, sur les contours du projet de loi anti-terroriste, la réforme du droit du travail et les élections législatives des 11 et 18 juin.

Personnalité, fonction : PHILIPPE Edouard.

FRANCE. Premier ministre

ti : THOMAS SOTTO
L'interview politique d'Europe 1 ; Fabien NAMIAS, vous recevez ce matin le Premier ministre et boxeur passionné Edouard PHILIPPE.

FABIEN NAMIAS
Bonjour monsieur le Premier ministre.

EDOUARD PHILIPPE
Bonjour Fabien NAMIAS.

FABIEN NAMIAS
Les conservateurs emmenés par Theresa MAY perdent donc la majorité absolue en Grande-Bretagne. Le travailliste Jeremy CORBYN l'appelle à démissionner. La Première ministre britannique est-elle, au lendemain de ces élections, une interlocutrice crédible ?

EDOUARD PHILIPPE
Ce qui est certain, c'est que les Britanniques se sont exprimés. Ils ont voté, ils ont donné une majorité au parti conservateur.

FABIEN NAMIAS
Relative.

EDOUARD PHILIPPE
Mais cette majorité est relative, ce qui constitue à bien des égards une forme de surprise. Quel que soit le gouvernement qui sort des urnes, ce sera l'interlocuteur légitime du gouvernement français et nous discuterons avec les Britanniques dans le cadre européen des conditions du Brexit et, dans le cadre bilatéral, des coopérations en matière de sécurité, en matière de défense, en matière de lutte contre le terrorisme, parce que le Royaume-Uni est un allié extrêmement important et décisif pour la France.

FABIEN NAMIAS
Il y a quelques instants dans ce studio, le commissaire européen Pierre MOSCOVICI disait que les conditions de négociation du Brexit ne seraient pas sans impact suite à ce scrutin. Est-ce que pour la France ce matin, le Brexit ou en tout cas les discussions autour du Brexit se compliquent ?

EDOUARD PHILIPPE
D'abord, je n'ai jamais eu le sentiment qu'elles seraient simples. Donc je ne sais pas si elles se compliquent mais, de toute façon, ce sont des discussions qui seront longues et qui seront complexes. Ne nous racontons pas d'histoires, ce sera long et ce sera compliqué.

FABIEN NAMIAS
Mais complexifiées encore par la situation politique qui émerge des urnes ce matin en Grande-Bretagne ?

EDOUARD PHILIPPE
Je me garderai bien de jugement définitif, mais je ne crois pas qu'il faille lire dans les résultats de ce scrutin, qui a d'ailleurs assez peu porté sur le Brexit et beaucoup plus sur des considérations de politique intérieure liées, par exemple, à la sécurité pour des raisons évidentes qu'on comprend très bien. Je ne suis pas sûr qu'il faille lire les résultats de ce scrutin comme remettant en cause en quoi que ce soit la position exprimée souverainement par les Britanniques sur le Brexit. Peut-être que la tonalité des discussions s'en trouvera affectée, peut-être que les interlocuteurs s'en trouveront modifiés, mais je ne crois pas qu'il faille lire dans ce scrutin autre chose que la volonté exprimée par les Britanniques de choisir majoritairement le parti conservateur mais avec une moindre intensité que ce qu'on pensait.

FABIEN NAMIAS
La sécurité précisément. Evidemment, vous faisiez allusion aux attentats de Londres le week-end dernier. Ce matin, la ministre des Armées explique que la sécurité des Français est la priorité du gouvernement. Un projet de loi de lutte contre le terrorisme sera bientôt examiné en conseil des ministres, il aura été transmis au Conseil d'Etat. L'état d'urgence en vigueur en France depuis novembre 2015 est-il en passe de devenir un état permanent ?

EDOUARD PHILIPPE
Non, et il ne faut pas qu'il le devienne.

FABIEN NAMIAS
Pourtant, c'est ce que semble indiquer la transposition dans le texte de loi que vous préparez.

EDOUARD PHILIPPE
Pas du tout. Je vais vous répondre, je vais essayer de vous répondre de façon la plus précise possible parce que sur ces sujets comme sur tous les autres, mais peut-être encore plus sur ces sujets, il y a un besoin de clarté et de précision. La priorité du président de la République, la priorité de ce gouvernement, c'est de garantir la sécurité des Français. Permettez-moi de dire de façon à la fois très solennelle mais en même temps très claire que le niveau de menace auquel nous sommes confrontés est incroyablement élevé.

FABIEN NAMIAS
Quand vous dites qu'il est élevé, c'est dû à une situation particulière sur les jours actuels ou vous faites référence à la situation qu'on connaît depuis deux ans ?

EDOUARD PHILIPPE
Il l'est depuis 2015, c'est l'évidence, et il l'est encore au jour où je vous parle, à l'heure où je vous parle, à un niveau élevé. Ce qui s'est passé au Royaume-Uni qui est tout proche de nous, plusieurs fois, à Londres, à Manchester puis à nouveau à Londres, montre bien que nos démocraties occidentales, nos démocraties européennes sont des cibles. Donc le niveau est élevé. Il faut garantir la sécurité des Français. Le président de la République s'est fixé deux objectifs clairs. Améliorer la coordination des services de renseignement : elle existe, elle est bonne, elle est même – je pense pouvoir le dire – meilleure qu'elle n'a été, mais elle peut encore s'améliorer.

FABIEN NAMIAS
Et ça, ç'a donné lieu à la création cette semaine – ç'a été annoncé – de la task force autour du président.

EDOUARD PHILIPPE
C'est ce qui justifie la création de la coordination nationale de lutte contre le terrorisme et la nomination annoncée qui sera effective à la fin du mois de juin, une fois que les procédures auront été… mais la nomination d'un nouveau directeur à la DGSE, d'un nouveau directeur à la DGSI et d'un coordinateur du renseignement et de la lutte contre le terrorisme.
Sur ce projet de loi, et c'est le deuxième volet de la réponse que nous formulons, nous devons garantir la sécurité des Français dans une perspective de sortie de l'état d'urgence. Depuis novembre 2015, la France vit dans l'état d'urgence. L'état d'urgence, c'est un ensemble de dispositions juridiques prévu par une loi de 1955, qui a été modifié depuis, avec un champ d'application très large - c'est-à-dire que ça concerne à la fois la lutte contre le terrorisme mais ça peut concerner l'ordre public ou les calamités naturelles - qui prévoit des mesures extrêmement dérogatoires du droit commun. Extrêmement dérogatoires du droit commun.
On ne peut pas vivre de façon permanente en France dans un système d'état d'urgence et donc parce que nous sommes conscients de cela, nous allons prendre deux initiatives. Première initiative, nous prorogeons cet état d'urgence – enfin, nous proposons au parlement la prorogation de cet état d'urgence jusqu'au 1er novembre. Et dans le même temps, jusqu'au 1er novembre, nous complétons l'arsenal juridique à la disposition des pouvoirs publics français dans le respect de la constitution, dans le respect des principes constitutionnels.

FABIEN NAMIAS
Ce que contestent déjà un certain nombre d'associations, la Ligue des droits de l'homme, le Parti socialiste qui dénonce un autoritarisme d'Etat, une atteinte à l'Etat de droit, justement parce que certaines mesures – et vous allez ou non nous le confirmer – l'assignation à résidence, le port du bracelet électronique pour toute personne dont le comportement présenterait une menace, la fermeture temporaire de lieux de culte, autant de mesures qui étaient dans l'état d'urgence, seraient retranscrites dans la loi.

EDOUARD PHILIPPE
Nous voulons faire en sorte que les forces de l'ordre, sous le contrôle du juge – entendez-moi bien, monsieur NAMIAS – sous le contrôle permanent et vigilant du juge soient en mesure de prendre des dispositions exclusivement en matière de lutte contre le terrorisme, pas pour un autre objet : exclusivement en matière de lutte contre le terrorisme, dans des conditions bien définies par la loi et strictement limitatives mais qui permettent…

FABIEN NAMIAS
Mais quand vous dites.

EDOUARD PHILIPPE
Pardon, vous avez dit vous-même que c'était un sujet important.

FABIEN NAMIAS
Bien sûr, mais justement on va aller au fond de ce sujet.

EDOUARD PHILIPPE
Permettez-moi d'essayer d'y répondre le plus clairement possible. Dans des conditions limitatives, strictement définies par la loi, sous le contrôle du juge, des mesures qui nous permettent de savoir que des individus ne sont pas laissés dans la nature alors même que les informations nous sont connues et nous laissent à penser qu'ils pourraient, le cas échéant, passer à l'acte. Donc nous sommes résolus à pouvoir agir dans toutes les situations dans le respect de la loi, dans le respect de la constitution, sous le contrôle du juge. J'insiste sur les mots, ils sont importants.

FABIEN NAMIAS
Vous dites sous le contrôle du juge, Edouard PHILIPPE.

EDOUARD PHILIPPE
Bien sûr.

FABIEN NAMIAS
C'est intéressant parce que quand on regarde l'avant-projet de loi qui a été publié hier par le journal Le Monde, mais vous nous le confirmez ou non, dans son article 3 - je parlais de l'assignation à résidence, je parlais du port du bracelet électronique, de la fermeture temporaire des lieux de culte -, le procureur de la République est juste informé. C'est le mot qui figure dans cet avant-projet de loi, c'est « informé ». On ne peut pas parler de contrôle de la justice.

EDOUARD PHILIPPE
D'abord, vous me permettrez de ne pas commenter les documents qui sortent avant qu'ils soient présentés au conseil des ministres, donc vous verrez bien la rédaction exacte de la disposition telle qu'elle sera présentée au conseil des ministres puis soumise à l'examen du parlement. Pardon là aussi, on a fait l'éloge de la démocratie britannique il y a quelques minutes ; on peut faire peut-être, si vous le voulez bien, l'éloge de la démocratie française qui prévoit des process, une discussion au conseil des ministres, une présentation au Conseil d'Etat, ensuite une discussion par le parlement. Donc les dispositions que nous proposerons au parlement sont inspirées par un double souci, je le dis encore très fermement. Permettre à l'ensemble des acteurs de la chaîne de la sécurité française d'être en mesure de prendre les décisions qui s'imposent pour garantir la sécurité des Français dans le strict respect de la constitution et sous le contrôle du juge.

FABIEN NAMIAS
Sous le contrôle du juge, vous nous le dites ce matin. C'est important puisque c'est ce qui commençait à être contesté déjà par un certain nombre de responsables politiques ou associatifs. Un mot tout de même encore sur la sécurité. Les Français votent après-demain pour les élections législatives. On va revenir tout à l'heure sur le contenu politique, mais y a-t-il à votre connaissance une menace particulière sur ces élections et sur ce jour de vote ?

EDOUARD PHILIPPE
Mais vous savez que c'est une des raisons qui a justifié la dernière prolongation de l'état d'urgence puisque le gouvernement précédent, le parlement précédent, souhaitait que l'on puisse organiser les élections présidentielles puis législatives dans des conditions de sécurité satisfaisantes et optimales pour les Français. Donc il y aura, comme pour les élections présidentielles, un dispositif mis en place pour garantir la sécurité de ceux qui vont faire leur devoir citoyen et que j'appelle à faire leur devoir citoyen. Parce que, et je le dis aussi, les terroristes veulent détruire ou affecter ce que nous sommes, et nous sommes une démocratie. Nous sommes une République où les gens expriment leurs opinions et où ils décident des sujets, et c'est ça qu'ils veulent détruire. Donc ce moment de participation citoyenne à l'élection, il n'a rien d'anecdotique. Il est absolument essentiel, y compris dans cette lutte contre le terrorisme. C'est ma conviction profonde.

FABIEN NAMIAS
Edouard PHILIPPE, vous avez défini cette semaine la méthode du gouvernement sur la réforme du code du travail. « Il faut que le gouvernement sorte du flou actuel » demande ce matin l'ancien ministre socialiste du Travail François REBSAMEN, sur ce qui pourra être négocié en entreprise. Tout cela est alimenté par un certain nombre de fuites dans la presse. Question très simple : y a-t-il autre chose que ce que vous avez présenté cette semaine en conférence de presse ? Est-ce qu'il y a un plan caché du gouvernement ?

EDOUARD PHILIPPE
La réponse est non.

FABIEN NAMIAS
Il n'y a rien ? Il n'y aura pas d'autre mesure que celles que vous avez évoquées ?

EDOUARD PHILIPPE
Je vais vous dire, là aussi, les choses le plus clairement possible. Je crois à la discussion et je crois au respect des partenaires, organisations syndicales et organisations patronales. Ça ne veut pas dire que je suis systématiquement d'accord avec elles et ça ne veut pas dire qu'elles seront systématiquement d'accord avec moi, mais je crois au respect dû à des interlocuteurs légitimes. Et donc, j'ai indiqué à l'ensemble des organisations syndicales et patronales qu'elles allaient être traitées sur le même pied toutes - il n'y a pas d'organisation plus légitime et moins légitime – et que nous allions rentrer dans une discussion sérieuse, approfondie, intense.
Nous nous sommes donné le temps de l'été pour discuter. Il y a 48 réunions techniques qui sont prévues avec la ministre du Travail. 48 réunions techniques avec la ministre du Travail. Nous allons discuter de beaucoup de sujets que nous avons mis sur la table sans aucune volonté de cacher quoi que ce soit. Le président de la République a parlé pendant sa campagne des sujets que nous évoquons et nous avons parlé avec les organisations syndicales et patronales des sujets qui seraient quoi qu'il arrive sur la table.
En matière de droit du travail, en matière de bon niveau de la négociation – est-ce que c'est plutôt dans la branche, est-ce que c'est plutôt dans l'entreprise. Tous ces sujets-là, nous les avons évoqués, ils sont sur la table et ils vont être discutés. Et, monsieur NAMIAS, vous ne pouvez pas vous lancer dans une discussion sérieuse, respectueuse de vos interlocuteurs, en ayant déjà idée de l'ensemble des points d'arrivée, sinon ce n'est pas une discussion. Tous les documents, monsieur NAMIAS, qui paraissent le lundi, le mardi, le mercredi, qui viennent de je ne sais où et qui ont été préparés par je ne sais qui, n'engagent en rien, monsieur NAMIAS, ni la position de la ministre du Travail, ni la mienne. Ce qui compte, c'est ce qu'elle dit, c'est ce que je dis, et c'est ce que nous signons.

FABIEN NAMIAS
Est-ce que le contrat de travail, qui n'avait pas été abordé pendant la campagne présidentielle, est-ce que le contrat de travail pourrait, à l'issue en tout cas de vos discussions et négociations, être un point qui ferait l'objet d'accords d'entreprise ? C'est une question qui fait beaucoup discuter.

EDOUARD PHILIPPE
Absolument, j'ai entendu ça, et derrière cette question-là, là encore je vais vous répondre, derrière cette question-là il y a une question qui est extrêmement intéressante, de savoir où est-ce… Il faut favoriser la discussion et la négociation, j'en suis convaincu, la question c'est où est-ce qu'elle est le plus adapté, est-ce que c'est dans la branche ou est-ce que c'est dans l'entreprise ? il y a des sujets qu'il vaut mieux discuter dans la branche, d'autres qu'il vaut mieux discuter dans l'entreprise. Et, aucun de ces accords collectifs, qu'ils soient dans la branche ou dans l'entreprise, n'ont vocation à dire le contraire de la loi. Quand j'entends parler de bouleversement de la hiérarchie des normes, j'écarte ça du plat de la main. S'agissant du contrat…

FABIEN NAMIAS
Mais la question spécifique que vous avez posée, contrat de travail.

EDOUARD PHILIPPE
Je suis tout à fait en mesure de vous dire qu'il n'est pas question de faire en sorte, par exemple, que la discussion sur le nombre de renouvellement du contrat à durée déterminée, ou la durée maximale du contrat à durée déterminée, ait lieu dans l'entreprise, ça ne marcherait pas. Encore une fois, ce n'est pas parce que ce n'est pas un bon endroit pour discuter l'entreprise, mais ce n'est pas un bon endroit pour discuter de ça.

FABIEN NAMIAS
En tout cas ça ne sera pas le lieu pour discuter de la nature du contrat de travail ou, par exemple, d'un assouplissement des recours aux CDD, c'est ce que vous nous dites ce matin, c'est une précision importante. Un autre point concentre les critiques de vos oppositions, qu'elles soient de droite ou de gauche, c'est votre projet d'augmenter la CSG, compensée par la suppression des cotisations chômage et maladie, mais pas pour les retraités, et 60 % des retraités seront concernés par l'impact de la hausse de la CSG sans aucune compensation. Qu'est-ce que vous pouvez leur apporter comme réponse ? Ils s'inquiètent, on l'a entendu ce matin sur Europe 1.

EDOUARD PHILIPPE
Il y a beaucoup de choses dans ce que vous dites. Il y a d'abord le fait que nous voulons baisser massivement les cotisations salariales…

FABIEN NAMIAS
Ça on l'a beaucoup expliqué sur Europe 1, là je parle de la CSG.

EDOUARD PHILIPPE
Non mais attendez, vous faites bien de l'expliquer parce que notre objectif c'est de redonner du pouvoir d'achat pour tous les actifs, les salariés, bien entendu, mais aussi les fonctionnaires grâce à des mesures compensatoires qui seront travaillées par le ministre de l'Action et des Comptes publics, et les indépendants. Nous voulons baisser les cotisations sociales. Pourquoi ? Parce que nous voulons faire en sorte que les grands risques sociaux, et que la Sécurité sociale, soient financés pas simplement par le travail et les actifs, mais par l'ensemble des revenus de la collectivité nationale, puisque c'est une oeuvre de solidarité. C'est la première chose.

FABIEN NAMIAS
Oui, mais là, en l'occurrence, vous avez expliqué que ça créerait du pouvoir d'achat pour les salariés, mais, en revanche, on voit, on l'a entendu, que pour plus de la moitié des retraités c'est une amputation de ce pouvoir d'achat, pour tous ceux dont les retraites sont supérieures à 1200 euros par mois. Qu'est-ce que vous répondez à leurs inquiétudes ?

EDOUARD PHILIPPE
D'abord je vous remercie de préciser que l'ensemble des retraités qui bénéficient de petite retraite ne verront pas d'augmentation de la CSG puisqu'ils seront écartés de cette augmentation de la CSG.

FABIEN NAMIAS
Oui, mais ça fait 8 millions qui, en revanche, seront impactés.

EDOUARD PHILIPPE
Ça fait 40 % de retraités qui ne sont pas concernés par la mesure. Pour les autres, nous avons indiqué, j'ai indiqué, et je le répète aujourd'hui, que nous allons faire en sorte de mettre en place la mesure de diminution et de suppression de la taxe d'habitation au rythme où nous augmenterons la CSG. Ce qui veut dire…

FABIEN NAMIAS
Ça c'est prévu, je crois, sur 3 ans, la suppression de la taxe d'habitation, et la hausse de la CSG c'est janvier 2018.

EDOUARD PHILIPPE
Ce qui veut dire que nous allons rapidement arriver à une situation dans laquelle il y aura, d'un côté une augmentation de la CSG, c'est vrai, de l'autre côté une diminution, voire une suppression, de la taxe d'habitation.

FABIEN NAMIAS
Ça sera fait en parallèle.

EDOUARD PHILIPPE
Et, Monsieur NAMIAS, je sais comment on peut être populaire, 3 jours, 1 semaine, 2 mois, avant une élection, vous dites, « vous savez, on va baisser les impôts et on va les baisser pour tout le monde », je ne suis pas venu vous dire ça. La vérité c'est que notre pays il est confronté à des situations financières qui ne sont pas faciles, donc je ne suis pas venu sur le plateau d'Europe 1 pour dire « vous allez voir, avec moi on rase gratis. » Et, je me permets de vous indiquer, Monsieur NAMIAS, qu'un certain nombre de mes amis ont fait campagne, il y a quelques mois, en indiquant qu'il fallait des mesures courageuses, dont notamment…

FABIEN NAMIAS
Là vous parlez de vos amis de droite…

EDOUARD PHILIPPE
C'est vrai ; dont notamment l'augmentation de 2 points de la TVA…

FABIEN NAMIAS
Ceux auprès de qui vous étiez.

EDOUARD PHILIPPE
Dont notamment une augmentation de 2 points de la TVA, dont il n'avait échappé à personne qu'elle allait concerner tout le monde. Donc, un peu de cohérence ne nuit pas, j'ai même tendance à penser que c'est même indispensable, nous allons faire en sorte de redonner du pouvoir d'achat aux actifs, parce qu'il faut que le travail paye…

FABIEN NAMIAS
On vous a entendu là-dessus.

EDOUARD PHILIPPE
Et nous allons faire en sorte de neutraliser l'augmentation pour les retraités dont les pensions sont les plus modestes, ou sont modestes.

FABIEN NAMIAS
Un mot rapide d'économie avant de parler des élections législatives. Le ministre du Budget, Gérald DARMANIN, indiquait hier dans Le Monde que le déficit serait probablement supérieur à ce qui avait été prévu par le gouvernement précédent, le gouvernement précédent disait moins de 3 % de déficit pour l'année 2017. Vous nous confirmez cette tendance ?

EDOUARD PHILIPPE
Le gouvernement précédent avait affiché 2,8 %, nous avons chargé la Cour des comptes de faire un audit complet et de vérifier si, dans les six derniers mois, il n'y aurait pas eu des décisions, annoncées, mais pas complètement budgétées. Je ne suis pas complètement rassuré, et j'exprime aujourd'hui une légère inquiétude, parce que je crains…

FABIEN NAMIAS
Sur la possibilité de maintenir cet objectif.

EDOUARD PHILIPPE
Je crains que le gouvernement précédent, comme, d'ailleurs, il a pu arriver à d'autres gouvernements, ait utilisé les six derniers mois pour annoncer d'excellentes nouvelles sur le plan électoral, mais pas totalement budgétisées sur le plan financier. Et donc nous allons attendre que la Cour des comptes nous dise est-ce que c'est 2,8, est-ce que c'est 3, est-ce que c'est 3,2, est-ce que c'est plus. Permettez-moi d'attendre le 1er juillet, date à laquelle la Cour des comptes rendra son audit complet, pour pouvoir vous répondre. Mais, avoir des comptes publics sains, et maîtrisés, ça reste un objectif essentiel à mes yeux.

FABIEN NAMIAS
Edouard PHILIPPE, on parlait des élections législatives, les Français votent après-demain, vous attendez-vous, comme tous les sondages semblent l'indiquer, à un raz-de-marée pour les candidats En Marche ?

EDOUARD PHILIPPE
Oh, je suis prudent, oh je suis prudent. Je suis prudent parce que l'exemple britannique de cette nuit, mon expérience personnelle, avec Alain JUPPE, m'ont conduit à penser que tous ceux qui, avant les élections, tiraient des plans sur la comète, étaient parfois surpris après les élections.

FABIEN NAMIAS
Donc vous ne croyez pas aux projections de 380, 400, 420 parlementaires En Marche ?

EDOUARD PHILIPPE
Je suis prudent. J'observe – et là encore, vous vous en souvenez parfaitement – qu'il y a 3 mois les commentateurs nous interrogeaient en nous disant « mais si Emmanuel MACRON est élu président de la République, il ne pourra pas disposer d'une majorité », et aujourd'hui, Monsieur NAMIAS, vous me dites l'inverse, sa majorité serait trop nombreuse. On verra bien. Ce que je sais…

FABIEN NAMIAS
Je ne vous dis pas qu'elle sera trop nombreuse, je vous demande si vous pensez que les sondages ont raison ou non.

EDOUARD PHILIPPE
Ce que je sais c'est que la question que les Français doivent trancher dimanche, et puis dimanche prochain, c'est est-ce qu'ils veulent donner au président de la République, et au gouvernement qu'il a nommé, une majorité le mettant en mesure de lancer cette opération de redressement du pays. C'est ça la question qui est posée. Est-ce qu'ils veulent une espèce de cohabitation, ou des combinaisons entre partis après les élections législatives, ou est-ce qu'ils veulent donner au président et au gouvernement une majorité stable et puissante.

FABIEN NAMIAS
Alors, une question politique qui se pose, et vous en êtes une incarnation puisque vous venez des rangs de la droite, c'est, au lendemain des élections législatives, si toutefois vous obtenez la majorité, est-ce qu'il peut y avoir de nouveaux ministres de droite dans votre gouvernement ? Oui, non, simple.

EDOUARD PHILIPPE
Le gouvernement il doit être équilibré, il doit être resserré, c'est sa marque de fabrique. Il est composé à parité, avec des gens qui viennent de la société civile et des gens qui viennent du monde politique, il est composé à parité entre des hommes et des femmes, il est composé avec des équilibres, des gens qui viennent de la gauche, du centre, de la droite…

FABIEN NAMIAS
Est-ce qu'il peut y avoir d'autres ministres de droite, la question est simple Monsieur le Premier ministre.

EDOUARD PHILIPPE
Et je vais y répondre simplement, il y aura peut-être des nouveaux ministres. Ce que j'aimerais c'est que, nous cessions de raisonner comme avant, et que nous nous posions la question, pas tellement de savoir si tel ou tel doit être ministre parce qu'il vient de la droite ou parce qu'il vient de la gauche, mais simplement si tel ou tel doit devenir ministre parce qu'il apporte quelque chose à l'action du gouvernement.

FABIEN NAMIAS
Donc il peut y en avoir d'autres ?

EDOUARD PHILIPPE
Je vous ai répondu très clairement. La question n'est pas tellement de savoir d'où ils viennent, la question c'est de savoir ce qu'ils apportent.

FABIEN NAMIAS
Il y a plusieurs ministres dans le gouvernement actuel, en tout cas dans le vôtre, qui viennent du MoDem. Les révélations, hier, sur les pratiques du MoDem dont les salariés auraient été, en partie, payés par le Parlement européen, fragilisent-elles, dans votre équipe, la position de François BAYROU qui, je le rappelle, est garde des Sceaux et en charge du projet de loi sur la confiance dans la vie démocratique ?

EDOUARD PHILIPPE
Je ne vais pas commenter les révélations et les lettres de dénonciation formulées ici et là. Je ne vais pas les commenter.

FABIEN NAMIAS
Non, mais une loi de la moralisation de la vie politique, dans votre trajectoire politique, ça appelle quand même un commentaire ou une réponse de votre part.

EDOUARD PHILIPPE
Justement, je suis en plein dedans. Je suis en train de vous dire que, primo, j'ai fixé les règles s'agissant de la participation des ministres au gouvernement. Deuxio, nous nous sommes engagés sur un texte extrêmement ambitieux de rétablissement de la confiance dans l'action publique. C'est le texte qui est porté par le garde des Sceaux et c'est le texte qui va profondément changer la donne et c'est ça qui m'intéresse.

FABIEN NAMIAS
Mais est-ce que sa position est fragilisée aujourd'hui par ces révélations ? La question est simple, monsieur le Premier ministre.

EDOUARD PHILIPPE
Je ne crois pas que sa position soit fragilisée. Je pense que nous serons d'autant plus forts collectivement que nous respecterons ce que nous avons dit, ce sur quoi nous nous sommes engagés. C'est-à-dire que nous réussirons à transformer le droit pour faire en sorte que toute une série de pratiques passées soient rendues impossibles dans l'avenir.

FABIEN NAMIAS
Donc lui comme Richard FERRAND peuvent rester au gouvernement au lendemain des élections législatives.

EDOUARD PHILIPPE
J'ai dit deux fois, trois fois, je pourrais dire cinq ou dix fois quelle est ma règle en la matière. Un ministre qui serait mis en examen, il démissionne. Voilà.

THOMAS SOTTO
Merci, Edouard PHILIPPE, d'être venu ce matin en direct sur Europe 1.


source : Service d'information du Gouvernement, le 12 juin 2017

Rechercher