Interview de M. Christophe Castaner, secrétaire d'Etat aux relations avec le Parlement, porte-parole du Gouvernement, à BFM TV le 14 juin 2017, sur les obligations de réserve et de confidentialité, la réforme du Code du travail et la CSG. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Christophe Castaner, secrétaire d'Etat aux relations avec le Parlement, porte-parole du Gouvernement, à BFM TV le 14 juin 2017, sur les obligations de réserve et de confidentialité, la réforme du Code du travail et la CSG.

Personnalité, fonction : CASTANER Christophe, BOURDIN Jean-Jacques.

FRANCE. Secrétaire d'Etat aux relations avec le Parlement, porte-parole du Gouvvernement;

ti : JEAN-JACQUES BOURDIN
Christophe CASTANER est avec nous, porte-parole du gouvernement. Christophe CASTANER, bonjour.

CHRISTOPHE CASTANER
Bonjour.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous n'êtes pas encore ministre des relations avec le Parlement, ça va venir, vous l'êtes sans l'être, il n'y a pas de… si, il y a le Sénat…

CHRISTOPHE CASTANER
Oui, et puis il faut préparer l'ordre du jour de la session qui débutera à la fin du mois de juin et tout juillet, peut-être même une partie du mois d'août, donc il y a déjà du travail.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous allez être le ministre de l'ordre, maître dans ce parlement, parlons d'ordre tiens, dans ce gouvernement, parce que vous avez un ministre de la Justice qui parle beaucoup, j'ai remarqué, qui parle beaucoup. Qu'a-t-il dit encore ce matin ? Je le cite, il était sur RTL, « Je ne peux pas vivre avec un boeuf sur la langue, je ne sais pas vivre sans liberté de parole, nous vivons dans le temps de la dénonciation, je ne défie personne, je suis trop détendu pour cela » et il ajoute « Je ne vois pas de contradiction entre mes propos et ceux du Premier ministre hier matin ». Vous voyez une contradiction entre ces propos et ceux du Premier ministre ?

CHRISTOPHE CASTANER
Je crois qu'il faut apaiser, il n'y a pas de tension à avoir, le Premier ministre a rappelé une règle simple, c'est que quand on devient ministre, notre parole nous oblige beaucoup plus que quand on est citoyen, et donc il a rappelé ce principe là et il a dit, qu'effectivement ma parole, à l'instant où je vous parle n'est pas celle de Christophe CASTANER qui… elle est celle du porte-parole du gouvernement et donc elle m'engage et elle engage le gouvernement. Ca vaut pour le Garde des Sceaux comme pour chacun des ministres.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc il doit se taire ?

CHRISTOPHE CASTANER
Non, il doit parler chaque fois que c'est nécessaire et je parle chaque fois que c'est nécessaire, ça c'est légitime, mais en même temps nous devons savoir que notre parole engage, elle a plus de poids parce que c'est la parole du ministre.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Je dirais ce que je pense répond François BAYROU et je continuerai à le dire.

CHRISTOPHE CASTANER
Mais personne ne lui reprochera, ni pour lui, ni pour aucun ministre de dire ce qu'il pense, mais si on a le sentiment, vous la presse, nous ses collègues, qu'à un moment donné il vient sur les platebandes de tel ou tel ministre, eh bien tel ou tel ministre le lui rappellera. Tout ça est légitime et normal. Le Premier ministre a rappelé un principe, le principe c'est celui du fait que notre parole engage forcément tout notre champ ministériel et souvent le gouvernement et donc en cela on doit solidarité et respect.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Quand on est ministre, on ne peut plus réagir comme quand on est simple citoyen, voilà ce que déclare Edouard PHILIPPE.

CHRISTOPHE CASTANER
Pour moi c'est une évidence.

JEAN-JACQUES BOURDIN
C'est une évidence pour vous, oui mais François BAYROU dit qu'il réagit comme un simple citoyen lorsqu'il appelle une rédaction par exemple, lorsqu'il appelle un responsable de Radio France.

CHRISTOPHE CASTANER
Non, il a lui-même depuis les propos du Premier ministre apaisé cela, on peut reconnaitre une maladresse si on donne le sentiment qu'il y a une menace dans le propos, ce n'était pas le cas pour François BAYROU…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Il a appelé pour se plaindre.

CHRISTOPHE CASTANER
Non, vous savez que c'est cette culture qu'on a un peu dans le milieu politique de faire du off et quelquefois le off peut être mal interprété. Ce fut le cas, maintenant passons à autre chose, à l'essentiel.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Il a appelé ?

CHRISTOPHE CASTANER
Bien sûr, il le reconnait lui-même.

JEAN-JACQUES BOURDIN
D'accord, il a appelé pour se plaindre, on est bien d'accord ?

CHRISTOPHE CASTANER
Il a appelé pour se plaindre d'une enquête sur des collaboratrices qu'il connaissait…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Très bien il a appelé pour se plaindre.

CHRISTOPHE CASTANER
Je vous confirme ses propos puisque c'est lui qui les a confirmés.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Et vous savez ce qu'il a dit, « J'ai appelé en tant que simple citoyen ».

CHRISTOPHE CASTANER
Et le Premier ministre lui a rappelé qu'aujourd'hui il n'était plus un simple citoyen.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Il ne peut pas prétendre être un simple citoyen ?

CHRISTOPHE CASTANER
Moi je ne pense pas, je pense que quand votre parole et notamment vis-à-vis de la presse de fait, elle est publique, à ce moment là vous êtes engagé par cela. Tout ce que je vous dis ici ou que je dis à d'autres journalistes à l'extérieur m'engage.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Est-ce que vous avez un problème avec la liberté de la presse ?

CHRISTOPHE CASTANER
Pas de problème, des fois des inquiétudes quand je suis face à vous par exemple.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Non, non, mais avec moi il n'y a pas de problème.

CHRISTOPHE CASTANER
Bien sûr que non et au contraire, il faut la réaffirmer, il faut la défendre absolument et il ne faut pas penser qu'elle doit nous gêner, elle est un contre pouvoir dans notre démocratie, elle peut dénoncer les choses et les Français en ont besoin, vos auditeurs en ont besoin et moi je fais confiance à cette liberté là parce qu'elle est fondamentale, mais elle vous oblige aussi, vous les journalistes…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Bien sûr.

CHRISTOPHE CASTANER
… dans le contrôle de vos sources, dans l'anticipation des conséquences de la dénonciation…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Quand vous avez un ministre du Travail qui dépose plainte contre un journal, Libération, parce que Libération a publié des documents sur la réforme du droit du travail, pardon, mais on peut se poser des questions, non ?

CHRISTOPHE CASTANER
Sauf qu'elle n'a pas porté plainte contre Libération, elle a porté plainte contre une fuite dans ses services de documents qui sont identifiés comme un projet de loi alors que ce n'est pas le cas. Aujourd'hui on veut créer la confiance avec l'administration, le président de la République a posé le principe de ce qu'on appelle le « spoils system », il a diminué la place des cabinets ministériels pour que les ministres travaillent en direct avec leur administration. Si l'administration ne respecte pas cette règle du jeu et ne respecte pas sa propre règle qui est celle de la confidentialité, elle commet une faute. Et l'administration comme les politiques doit être exemplaire.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui. Et dimanche dernier quand Richard FERRAND commentant le résultat du premier tour de la législative a ironiquement parlé d'efforts méritoires des journalistes contre lui ?

CHRISTOPHE CASTANER
Son propos n'engageait que lui, ça n'était pas une menace pour la presse. Il y avait l'ironie dans son propos…

JEAN-JACQUES BOURDIN
C'est marrant parce que les propos n'engagent que ceux qui les tiennent.

CHRISTOPHE CASTANER
Mais bien sûr parce que je ne vais pas vous dire qu'il a eu raison dans l'ironie, par contre on peut comprendre que dans sa situation, il ait un sentiment de satisfaction que les habitants lui aient confirmé leur confiance et à ce moment là il vous met un tacle, ça fait partie du sport, il faut le respecter.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Bon et nous quand on met un tacle, vous le respectez ?

CHRISTOPHE CASTANER
Ca nous fait râler, mais on le respecte évidemment.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ah bon.

CHRISTOPHE CASTANER
En ce qui me concerne…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ne vous inquiétez pas de temps en temps on en remettra…

CHRISTOPHE CASTANER
Depuis cinq minutes déjà l'exercice n'est pas facile, Jean-Jacques BOURDIN.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Non, non pas du tout Christophe CASTANER, moi je pose des questions, quand on est ministre, je reprends l'expression d'Edouard PHILIPPE, quand on est ministre, on ne peut plus réagir comme quand on est simple citoyen. Est-ce que François BAYROU est un, pardonnez-moi l'expression, elle est un peu familière, est un boulet pour Emmanuel MACRON, est devenu un boulet ?

CHRISTOPHE CASTANER
Ce n'est pas un boulet, il a contribué à sa place à la victoire d'Emmanuel MACRON, il est un partenaire politique, il représente un spectre dans l'espace politique qui est différent de celui que je représente, je viens du Parti socialiste. Donc ce qu'il représente est important. Ensuite il doit jouer collectif, le président de la République a rappelé ses règles, jeu collectif des ministres sous l'autorité et seulement sous l'autorité du Premier ministre.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais est-ce que vous n'avez pas le sentiment que François BAYROU a l'impression d'avoir fabriqué Emmanuel MACRON ? Que François BAYROU se dit, « sans moi Mac ne serait jamais devenu président » ?

CHRISTOPHE CASTANER
Vous savez la modestie n'est pas la règle la plus partagée chez tous les politiques.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Chez lui on plus ?

CHRISTOPHE CASTANER
J'ai moi-même souvent, je ne peux vous parler que de moi…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Non, non, mais attendez Christophe CASTANER, alors là c'est de la langue de bois. Chez lui non plus, ce n'est pas un grand modeste François BAYROU ?

CHRISTOPHE CASTANER
Il est comme la plupart des politiques, la modestie est nécessaire, il faut peut-être la rappeler.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Egocentrique ?

CHRISTOPHE CASTANER
Je ne suis pas là pour…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Non, mais je vous pose la question parce qu'on a l'impression à l'entendre parler que sans BAYROU, MACRON ne serait rien.

CHRISTOPHE CASTANER
Mais chacun peut avoir cette impression, moi je sais que MACRON…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous l'avez aussi ?

CHRISTOPHE CASTANER
En ce qui me concerne non, par rapport à Emmanuel MACRON, ce que je sais c'est qu'Emmanuel MACRON …

JEAN-JACQUES BOURDIN
Pas Emmanuel MACRON mais, par rapport à François BAYROU ?

CHRISTOPHE CASTANER
Mais je vais quand même vous dire un truc, c'est qu'Emmanuel MACRON, il est là parce qu'il l'a voulu et parce qu'il a tout fait pour l'avoir. Et les députés qui vont rentrer à l'Assemblée nationale cette semaine pour quelques-uns et la semaine prochaine, ils doivent l'essentiel de leur score à Emmanuel MACRON. Voilà la seule chose que je sais.

JEAN-JACQUES BOURDIN
C'est lui le patron.

CHRISTOPHE CASTANER
C'est clair.

JEAN-JACQUES BOURDIN
C'est clair, donc quand Edouard PHILIPPE intervient hier matin pour recadrer François BAYROU, c'est parce qu'Emmanuel MACRON le souhaite ?

CHRISTOPHE CASTANER
Non, il a posé des principes Emmanuel MACRON, il a dit je fixe une règle, parmi ses règles, il y a celle selon laquelle dans le gouvernement, nous sommes sous l'autorité du Premier ministre Edouard PHILIPPE. Et c'est normal que ce soit le Premier ministre qui fasse l'arbitre quand c'est nécessaire, c'est lui qui fera l'arbitrage sur les dossiers, ce n'est pas le président de la République. Par contre le président de la République fixe un cap, il fixe un calendrier. La semaine dernière, il l'a fixé à Nicolas HULOT sur les engagements de la France contre le réchauffement climatique. Il lui a dit, je veux que sous 15 jours, en conseil des ministres, on arrête un calendrier, et dans un mois qu'on soit sur des propositions concrètes. Voilà la responsabilité du président et le message du président, derrière c'est le Premier ministre et les ministres compétents qui doivent préparer cette feuille de route qu'on verra dans un mois.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Je vais revenir sur le projet de loi sur la moralisation de la vie publique, sur l'idée de redonner confiance en la vie publique, mais Christophe CASTANER, dimanche soir vous étiez avec Emmanuel MACRON, vous êtes passé le voir, c'est vrai ?

CHRISTOPHE CASTANER
Je suis passé effectivement en fin d'après-midi.

JEAN-JACQUES BOURDIN
En fin d'après-midi, qu'a-t-il dit du premier tour des législatives ?

CHRISTOPHE CASTANER
Il était satisfait, en même temps ce n'est pas un expressif, ce n'est pas quelqu'un qui va sauter au plafond, et donc il était satisfait d'avoir la confirmation que nous aurons une majorité pour mener à bien la politique sur laquelle il a été élue, pour mettre en oeuvre ce contrat qu'il a signé avec les Français le 7 mai au soir à 20H00.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Pas d'autre commentaire sur les résultats, non ?

CHRISTOPHE CASTANER
Non, il était sobre et dans la responsabilité. Mais je vais vous faire une confidence.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Allez-y.

CHRISTOPHE CASTANER
Je pense qu'il a changé, non pas l'homme, mais de comportement même avec moi depuis qu'il est président de la République.

JEAN-JACQUES BOURDIN
C'est-à-dire ?

CHRISTOPHE CASTANER
Il est devenu président de la République et donc il y a de fait une autorité, une distance…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Il continue à vous tutoyer quand même, vous continuez à avoir des relations amicales ?

CHRISTOPHE CASTANER
Oui, bien sûr, mais il est le président de la République. Moi, je l'interpelle moins par texto que je le faisais précédemment parce que je respecte le fait qu'il soit rentré totalement dans la fonction du président de la République et que le conseiller que j'étais quand il était en campagne, aujourd'hui est différent, je suis un ministre exécutant d'une politique.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Une femme président de l'Assemblée nationale…

CHRISTOPHE CASTANER
Pourquoi pas.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Christophe CASTANER, vous y êtes favorable ?

CHRISTOPHE CASTANER
Une femme, un homme…

JEAN-JACQUES BOURDIN
D'accord mais bon parce que ça n'a jamais existé.

CHRISTOPHE CASTANER
Non, je n'ai pas à me prononcer mais ce que je veux dire c'est qu'en plus comme ministre en charge des Relations avec le Parlement, je dois respecter l'autonomie des chambres. Et donc ce n'est pas le ministre des Relations avec le Parlement qui doit dire voilà le bon choix.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Qui choisira, oui. Qui choisira.

CHRISTOPHE CASTANER
On les réunira. Là, je prendrai l'initiative d'être présent, de faciliter leur travail mais ensuite ce sont les nouveaux parlementaires qui travailleront sur leur président du groupe, sur le ou la présidente de l'Assemblée nationale.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais que direz-vous à ces nouveaux députés ?

CHRISTOPHE CASTANER
Bon courage d'abord. Je commencerai par les féliciter et ensuite, je leur donnerai quelques clés. Quelques clés sur comment marche l'Assemblée nationale, quel est le rôle d'un parlementaire en faisant attention à ne pas se précipiter. Je crois qu'il faut toujours respecter les temps. Les temps d'apprentissage sont nécessaires aussi, même pour un député. Je suis passé par-là.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, mais que direz-vous à l'un de vos députés si ce député choisit de voter contre une loi du gouvernement par exemple ?

CHRISTOPHE CASTANER
Si je pense que la loi est bonne, et je crois que si je la défends au conseil des ministres, je le ferai, je plaiderai et j'expliquerai pourquoi cette loi est bonne. Si le parlementaire, qui est parfaitement libre de voter contre un texte - parce qu'il n'y a pas de mandat impératif en France – le fait, je tenterai de le convaincre. Si je ne le convaincs pas, je le laisserai voter parce que je n'ai pas à l'interdire de voter. Mais je lui rappellerai quand même ce que je vous ai précédemment. L'essentiel des parlementaires qui sont élus doivent leur score, moi y compris, à Emmanuel MACRON et à la dynamique politique qu'il a mise en oeuvre.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Il ne faut pas qu'il l'oublie si j'ai bien compris. C'est clair.

CHRISTOPHE CASTANER
Je le rappellerai sans cesse. Je le rappellerai sans cesse parce qu'il faut toujours savoir d'où l'on vient. Ça aide toujours à savoir où l'on va.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais c'est bon, un tel culte de la personnalité envers Emmanuel MACRON ? J'écoutais Jean-Luc MELENCHON le dire. « Je suis inquiet. Il y a un tel culte de la personnalité » dit Jean-Luc MELENCHON.

CHRISTOPHE CASTANER
Connaissant Jean-Luc MELENCHON et son rapport à la personnalité, je doute qu'il soit parfaitement libre arbitre et bon juge sur ce sujet. Mais ce que je vous dis était vrai aussi pour François HOLLANDE. En 2012, je n'aurais pas été élu si Nicolas SARKOZY avait été réélu parce qu'il y a des mouvements politiques. Celui-ci est amplifié. Il est amplifié par la personnalité, par les premiers pas du président, par la composition du gouvernement, autant de messages que les Français ont trouvés extraordinaires. Le dépassement politique et le renouvellement politique. Ils ont marqué la volonté du renouvellement.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous avez voté toutes les lois présentées par les gouvernements de François HOLLANDE ?

CHRISTOPHE CASTANER
Non. Pas toutes pour ce qui me concerne.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Pas toutes ?

CHRISTOPHE CASTANER
Non, pas toutes parce qu'il y a des moments où je n'étais pas d'accord, parce que mon expérience d'élu local me faisait penser, par exemple, que le transfert de l'eau aux communautés de communes pouvait présenter un risque sur la gestion publique de l'eau. J'ai eu l'occasion de m'exprimer mais je n'ai jamais été frondeur et je n'ai jamais utilisé ma fronde pour me faire une image médiatique.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ça explique la situation du Parti socialiste aujourd'hui ?

CHRISTOPHE CASTANER
Je pense que l'immobilisme dans lequel a été le Parti socialiste et le groupe socialiste à l'Assemblée du fait des frondeurs est une des causes de choix qui ont toujours été des choix mous, à mi-chemin.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ce parti est mort ? Ça vous fait un peu mal au coeur de voir ça ? Enfin, « mort » : en train de mourir.

CHRISTOPHE CASTANER
J'ai de la vraie tristesse pour un certain nombre de mes collègues, y compris des Républicains d'ailleurs, qui ont été emportés par la vague et qui pendant cinq ans avaient fait leur boulot le mieux possible, ont été sur le terrain quasiment toutes les semaines.

JEAN-JACQUES BOURDIN
On a entendu des témoignages.

CHRISTOPHE CASTANER
C'est d'une violence absolue, la politique. Vous pouvez monter très, très vite et vous pouvez redescendre.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, c'est une injustice totale.

CHRISTOPHE CASTANER
L'injustice, je l'ai connue aussi quand j'étais tête de liste aux élections régionales et où j'ai fait le choix en Provence-Alpes-Côte d'Azur de retirer ma liste le soir du premier tour, après neuf mois d'une campagne où j'ai dormi trois heures, après des engagements totaux de mon équipe et où je prends la décision de dire : « Stop, on arrête » pour empêcher que ma région bascule au Front national. Je peux vous dire que le sentiment d'injustice, je sais ce que c'est. Et je sais qu'on peut reconstruire par le travail, c'est mon cas.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous dites, et j'aime ça : « Les électeurs et les Français veulent savoir. » Vous savez, j'adore ça. Christophe CASTANER, moi je veux savoir. Première question sur le sujet qui nous occupe aujourd'hui, puisque le projet de loi sera présenté en conseil des ministres tout à l'heure : est-ce que François BAYROU est aujourd'hui le mieux placé franchement pour défendre ce texte de loi ? Pour défendre cette loi ?

CHRISTOPHE CASTANER
Oui, parce qu'il l'a écrit. Il a contribué à l'écrire, il l'a porté, il l'incarne pendant la campagne présidentielle.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais est-ce que dans l'esprit des citoyens c'est le mieux placé, selon vous ?

CHRISTOPHE CASTANER
Je crois que oui, parce que les citoyens ce qu'ils veulent, c'est que la justice s'applique à tous.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, donc à lui un jour. Lui garde des Sceaux.

CHRISTOPHE CASTANER
Le jour où le garde des Sceaux serait mis en examen s'il devait être mis en examen, comme moi, il démissionnera immédiatement. C'est la règle qu'a fixé Edouard PHILIPPE et nous la tiendrons. Ensuite, nos concitoyens veulent que s'il y a une mise en cause, elle soit établie par la justice.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Bien. Réforme du code du travail bientôt, dans les semaines qui viennent. Primauté ou pas des accords d'entreprise sur les accords de branche ?

CHRISTOPHE CASTANER
C'est la priorité. La priorité effectivement qu'on puisse travailler, discuter, échanger dans l'entreprise.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc primauté des accords d'entreprise sur les accords de branche.

CHRISTOPHE CASTANER
Ça fait partie des engagements du président de la République, enfin du candidat devenu président de la République.

JEAN-JACQUES BOURDIN
C'est très important ce que vous dites. Primauté des accords d'entreprise sur les accords de branche.

CHRISTOPHE CASTANER
Partout où il y aura un accord d'entreprise, il primera sur l'accord de branche. Là où il n'y aura pas d'accord entre le salarié et le patron dans l'entreprise, c'est l'accord de branche qui va primer.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Même le contrat de travail ?

CHRISTOPHE CASTANER
Sur le contenu, c'est autre chose. Sur le contenu, il y a un socle et sur le contrat de travail, la ministre l'a rappelé, le CDI reste la règle.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Le CDI restera la règle.

CHRISTOPHE CASTANER
Dans l'entreprise, on peut discuter au niveau de l'entreprise. Comme au niveau de la branche, il y a un socle.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Si au niveau de la branche c'est la règle, l'accord d'entreprise…

CHRISTOPHE CASTANER
N'inventera pas un contrat de travail. Il y a des principes de base.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Pas de contrat de mission par exemple comme ça peut exister dans le bâtiment.

CHRISTOPHE CASTANER
Le CDI, le SMIC, les 35 heures, l'égalité femme-homme sont des sujets sur lesquels l'accord d'entreprise n'a pas vocation à déroger.

JEAN-JACQUES BOURDIN
J'ai besoin d'autres précisions.

CHRISTOPHE CASTANER
Je vais tenter.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Début 2018, la CSG augmentera, on est bien d'accord : 1,7. C'est bien cela ?

CHRISTOPHE CASTANER
C'est le solde net qui sera de 1,7, en particulier pour les retraités. J'anticipe votre question.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Non, non, d'accord. Parce que pour les salariés, ça représente plus, à peu près 500 euros par an.

CHRISTOPHE CASTANER
Un peu plus avec la prime pour l'emploi.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Puisque les cotisations salariales, maladie et chômage vont disparaître. On est bien d'accord ?

CHRISTOPHE CASTANER
Oui.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui mais pour les retraités alors, qui va payer cette hausse de la CSG ?

CHRISTOPHE CASTANER
On transfère effectivement, on donne du pouvoir d'achat à tous les salariés de France. Tous, quel que soit leur revenu. Et avec la prime pour l'emploi pour les plus petits salaires, on va leur donner un treizième mois. On ne va pas leur donner, ils vont gagner un treizième mois pour augmenter le pouvoir d'achat. On transfère cela - parce qu'il n'y a pas d'argent qui apparaît comme ça, ça représente vingt milliards d'euros – on le transfère sur une hausse de CSG qui va toucher les revenus du capital et qui va toucher 60 % des retraités qui aujourd'hui sont au-delà d'un seuil entre 1 400 et 1 500 euros par mois de retraite.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui. C'est une petite retraite, 1 500 euros par mois. Pardon, Christophe CASTANER.

CHRISTOPHE CASTANER
Ceux qui sont à 3 000 ou ceux qui sont à 4 000 vont contribuer aussi. Par contre en parallèle, et c'est une demande du président de la République que ça se fasse en même temps, on va supprimer la taxe d'habitation pour 80 %. Donc il nous restera 10-15 % des retraités les plus aisés, et pas ceux à 1 500, plutôt ceux qui seront à 3 000 ou 4 000 euros par mois, qui effectivement verront une augmentation de CSG de 1,7 %.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Avec un taux qui va passer à 8,3.

CHRISTOPHE CASTANER
Une augmentation de 1,7 %, donc chacun peut faire le calcul, mais pour seulement les 20 % de retraités les plus aisés. Et en parallèle, je peux vous dire que quand ils n'auront plus à payer les prothèses auditives, quand ils n'auront plus à payer un certain nombre de soins dentaires, les couronnes qui coûtent 1 500 euros pour ne citer qu'un exemple, ils verront qu'au bout du compte ils auront fait beaucoup d'économies.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Nous avons le calendrier des premières réformes, nombreuses d'ailleurs. Sur la dose de proportionnelle et sur la diminution du nombre de parlementaires, ça attendra un petit peu si j'ai bien compris, Christophe CASTANER. Remarquez, tous les pouvoirs en place ont retardé, ont retardé et finalement ça n'a jamais été voté.

CHRISTOPHE CASTANER
Mais vous savez, quand on vote une loi, elle ne s'applique pas rétroactivement. On ne peut pas dire : « On tombe à 300 députés, on supprime pour la prochaine. » Regardez, on avait dit : « Mais c'est tard pour la loi sur le non-cumul des mandats pour les parlementaires », elle s'applique. La semaine prochaine, vous n'aurez plus un parlementaire cumulard. Mais c'est vrai qu'on l'a votée il y a trois ans et que certains disaient : « Mais pourquoi attendre trois ans ? » Tout simplement parce que vous n'appliquez pas rétroactivement une loi.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Il y a une mesure importante dans le programme d'Emmanuel MACRON : c'est le service national universel et obligatoire. C'est pour quand ?

CHRISTOPHE CASTANER
Il faut un peu de temps pour le mettre en oeuvre. Vous savez qu'il faut préparer les infrastructures, c'est un projet d'investissement lourd.

JEAN-JACQUES BOURDIN
30 milliards d'euros sur cinq ans.

CHRISTOPHE CASTANER
Dans la durée peut-être un peu moins. Ce chiffrage avait été contesté à l'époque mais affinons cela. De toute façon, la question n'est pas seulement celle du coût, c'est la question de l'ambition. L'ambition est une ambition citoyenne ; ramener des jeunes à la citoyenneté, retrouver ce mois qui correspondait au mois de classe quand on avait ce service militaire.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Les jeunes qui ne sont pas allés voter d'ailleurs dimanche dernier.

CHRISTOPHE CASTANER
Oui, pour la plupart. Et donc c'est un sujet sur lequel travaille déjà la ministre en charge des Armées et avec un objectif de mise en oeuvre dans la mandature. Mais c'est suffisamment lourd…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Dans la mandature, c'est-à-dire dans les cinq ans.

CHRISTOPHE CASTANER
Dans les cinq ans. C'est suffisamment lourd pour que je ne puisse pas vous dire : « Voilà, c'est prévu pour dans un an. » Aujourd'hui, on est, je vous rappelle quand même, dans nos fonctions depuis trois semaines seulement.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, oui, mais on vous demande des calendriers, on vous demande de l'action. C'est légitime. Comment trois semaines ? Ça fait un mois, plus d'un mois qu'Emmanuel MACRON est élu.

CHRISTOPHE CASTANER
Je parlais du Premier ministre, mais le temps passe très vite.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ça, vous allez vous en apercevoir, Christophe CASTANER. Vous aimez ce rôle de porte-parole ?

CHRISTOPHE CASTANER
Il y a deux choses. Oui, je l'aime parce que c'est passionnant, parce que ça vous oblige à vous informer sur…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui. Ce n'est pas ce que vous espériez, mais bon.

CHRISTOPHE CASTANER
Non, non.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Si, si. Si, si.

CHRISTOPHE CASTANER
Je l'ai demandé ce ministère-là.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ah bon, vous l'avez demandé ?

CHRISTOPHE CASTANER
Et je fais partie de ceux qui ont pu faire cette suggestion et qui a abouti. Après, il y a plein d'autres ministères qui m'auraient passionné. Mais pour répondre à votre question, c'est avec celui du Premier ministre – je voulais être immodeste mais je suis sous son autorité – le seul qui vous donne accès à la transversalité de l'action publique. Mais en même temps, je l'aime mais je peux vous dire qu'il m'angoisse quelques fois. Parce que se retrouver face à vous ce matin…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous allez être obligé de pratiquer la langue de bois, dites-moi, Christophe CASTANER.

CHRISTOPHE CASTANER
J'espère ne pas l'avoir fait ce matin.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Non, mais vous allez être obligé.

CHRISTOPHE CASTANER
Je vous remercie de me le confirmer. Bien sûr qu'il le faut de temps en temps. Sur les sujets internationaux par exemple, le porte-parole doit évidemment trouver les mots neutres parce qu'on sait bien qu'un mot de travers peut déclencher des conséquences trop graves pour notre pays.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Merci Christophe CASTANER d'être venu nous voir.

CHRISTOPHE CASTANER
Merci à vous.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 15 juin 2017

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