Interview de M. Gérard Collomb, ministre de l'intérieur, à France Info le 19 juin 2017, sur la victoire de La République en Marche ! (LREM) au 2ème tour des élections législatives, l'introduction d'une dose de proportionnelle, la prolongation de l'état d'urgence et la sécurité des événements sportifs. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Gérard Collomb, ministre de l'intérieur, à France Info le 19 juin 2017, sur la victoire de La République en Marche ! (LREM) au 2ème tour des élections législatives, l'introduction d'une dose de proportionnelle, la prolongation de l'état d'urgence et la sécurité des événements sportifs.

Personnalité, fonction : COLLOMB Gérard.

FRANCE. Ministre de l'intérieur

ti : FABIENNE SINTES
L'édition spéciale de Franceinfo continue avec des invités, avec des réactions aussi et avec des reporters ici et là pour vous faire vivre ce lundi après le deuxième tour des élections législatives. Bonjour Jean-Michel APHATIE, Gilles BORNSTEIN est là également et Guy BIRENBAUM. Notre invité ce matin est le ministre de l'Intérieur.

JEAN-MICHEL APHATIE
Bonjour Gérard COLLOMB.

GERARD COLLOMB
Bonjour.

JEAN-MICHEL APHATIE
Victoire du parti d'Emmanuel MACRON au second tour des élections législatives. Elle était attendue. Le mouvement La République En Marche aura seul la majorité. C'est une bonne chose ?

GERARD COLLOMB
Oui, bien évidemment que c'est une bonne chose. Je me souviens par exemple du temps où, dans le deuxième septennat de François MITTERRAND, il n'y avait pas de majorité et où le ministre chargé des relations avec le parlement était obligé d'aller faire le tour des députés pour essayer de compléter la majorité sur quelques lois. C'était quand même quelque chose de difficile et ça ne donnait pas forcément de bons résultats.

JEAN-MICHEL APHATIE
Vous n'aurez plus d'excuses.

GERARD COLLOMB
Là, je crois que nous sommes devant le défi. Nous avons la majorité, nous avons tout pour transformer la société. On ne pourra pas dire : « C'est la faute de l'un, c'est la faute de l'autre. » Non. Nous sommes en responsabilité et nous sommes aujourd'hui comptables devant les Français.

JEAN-MICHEL APHATIE
L'abstention est importante, 57 % d'abstention constaté hier soir, ce qui a incité Marine LE PEN et Jean-Luc MELENCHON, chacun à leur façon, à faire un constat identique. Cette Assemblée nationale est-elle vraiment légitime ? On les écoute.

MARINE LE PEN, DEPUTEE DU NORD-PAS-DE-CALAIS POUR LE FRONT NATIONAL
L'abstention massive fragilise considérablement la légitimité de la nouvelle Assemblée nationale et ce quinquennat débute sur de biens mauvaises bases.

JEAN-LUC MELENCHON, DEPUTE DES BOUCHES-DU-RHONE POUR LA FRANCE INSOUMISE
Cette majorité boursouflée qui est constituée à l'Assemblée nationale n'a pas la légitimité pour perpétrer le coup d'Etat social qui était en prévision.

JEAN-MICHEL APHATIE
Le problème de la légitimité de l'Assemblée nationale est-il posé, Gérard COLLOMB ?

GERARD COLLOMB
Si vous voulez, ils feraient bien de se poser le problème parce que Marine LE PEN, par exemple, on lui donnait pour le premier tour de la présidentielle quelques fois 30, 35 voire plus, et puis on voit combien elle fait pour les législatives. Ça veut dire qu'une partie de son électorat s'est évaporée. Il en va de la même manière pour monsieur MELENCHON. Je faisais les débats pour le premier tour et il contestait le résultat de l'élection parce qu'il disait : « On est à touche-touche et c'est moi finalement qui va être au deuxième tour. » On voit bien que depuis, ça s'est un peu érodé.

GILLES BORNSTEIN
Ce qu'ils veulent dire, c'est que les projets que vous portez, parfois en rupture, parfois durs, n'ont été validés finalement que par très peu des Français inscrits sur les listes électorales, qu'il n'y a pas de véritable majorité dans le pays.

GERARD COLLOMB
Oui. Je le comprends d'ailleurs. Si vous voulez, ça fait dix ans qu'on promet aux Français tout et n'importe quoi et qu'on leur dit : « Demain sera meilleur. » Aujourd'hui, ils veulent juger sur les preuves. Nous savons que ce n'est pas simplement sur les discours, sur ce qu'on va annoncer dans les prochaines semaines, c'est sur la réalisation et le changement de la vie quotidienne des Français. Soit nous réussissons en l'espace de deux ans à faire que pour les Français la vie s'améliore, soit nous serons renvoyés dans l'Histoire comme nos prédécesseurs, mais je pense que nous allons réussir.

FABIENNE SINTES
Deux ans, c'est le premier deadline, si je puis dire, que vous vous êtes fixés ? Vous faites le premier grand bilan à deux ans ?

GERARD COLLOMB
Oui. Je pense qu'il faut aller très vite. C'est pour cela d'ailleurs qu'Emmanuel MACRON a parlé d'ordonnance parce qu'il sait que si on laisse se réaliser le temps normal d'une loi, il faut à peu près deux ans. Ça veut dire que pendant deux ans, les Français ne voient rien venir et eux, ils veulent voir venir le plus rapidement possible.

JEAN-MICHEL APHATIE
On va rester sur le résultat d'hier soir. Evidemment, la victoire de La République En Marche est amplifiée par le mode de scrutin, le scrutin majoritaire. Est-ce que pendant cette législature vous allez modifier le mode de scrutin et introduire, comme Emmanuel MACRON l'a évoqué, une dose de proportionnelle ?

GERARD COLLOMB
Oui, oui. Emmanuel MACRON veut à la fois diminuer le nombre de représentants à l'Assemblée nationale et, en même temps, mettre une dose de proportionnelle.

JEAN-MICHEL APHATIE
C'est le ministre de l'Intérieur, c'est-à-dire vous Gérard COLLOMB, qui en serez chargé ?

GERARD COLLOMB
Oui, bien sûr.

JEAN-MICHEL APHATIE
Et il y a déjà quelque chose qui, dans votre tête, est fixé ? Quelle dose de proportionnelle ? Comment modifier les choses ? Le nombre de députés ?

GERARD COLLOMB
Non, non. On est en train de faire travailler les équipes, parce que cela demande toute une série de révisions. Par exemple dans les petits départements, est-ce qu'il faut qu'il n'y ait plus de députés ? C'est impossible. Il s'agit de repenser l'ensemble du système pour pouvoir aboutir à ce résultat.

JEAN-MICHEL APHATIE
Le nombre de députés pourrait diminuer de manière importante ?

GERARD COLLOMB
Oui, il pourrait diminuer de manière importante. Ce n'est pas encore fixé.

GUY BIRENBAUM
Plus d'une centaine.

GERARD COLLOMB
L'idée, c'est quand même d'aller plutôt vers un système de type chambre américaine où on est moins nombreux mais où on a plus de moyens pour travailler, pour contrôler. Il y a un vrai rapport qui se forge entre l'exécutif et puis les législatifs.

GILLES BORNSTEIN
300, 400 députés en tout. Vous pouvez nous donner un ordre de grandeur ?

GERARD COLLOMB
Non, aujourd'hui non. Cela n'a pas été défini.

GILLES BORNSTEIN
Cette loi pourrait-elle être ratifiée par référendum ?

GERARD COLLOMB
Je n'en suis pas sûr.

GILLES BORNSTEIN
Mais vous ne l'excluez pas.

GERARD COLLOMB
Dans un premier temps, on va chercher d'avoir une majorité dans cette assemblée, d'en avoir une au sénat. Evidemment si on ne pouvait pas progresser, peut-être y aurait-il référendum. L'essentiel, c'est qu'effectivement on y parvienne.

JEAN-MICHEL APHATIE
En tout cas, beaucoup avant vous ont promis l'introduction de la proportionnelle pour désigner les députés et vous nous dites ce matin, Gérard COLLOMB, que ça sera fait.

GERARD COLLOMB
Nous, nous allons le faire. C'est comme sur beaucoup d'autres points. Beaucoup d'autres points avaient été promis par nos prédécesseurs, nous allons essayer de les réaliser.

JEAN-MICHEL APHATIE
Il court une rumeur d'un rallongement du mandat municipal auquel vous réfléchiriez pour regrouper des élections intermédiaires. Est-ce que vous avez une réflexion dans ce sens ?

GERARD COLLOMB
Non. Ça serait bien évidemment que les élections intermédiaires soient effectivement regroupées, qu'on puisse avoir les municipales et les régionales ensemble mais il n'y a pas de réflexion pour le moment.

JEAN-MICHEL APHATIE
C'est juste un point de vue personnel pour l'instant. Ça n'est pas un projet politique.

GERARD COLLOMB
C'est un point de vue personnel. C'est le point de vue de beaucoup de politologues qui disent : « Mais tout cela fait beaucoup d'élections en même temps. Pourquoi n'essaierait-on pas de les regrouper ? »

FABIENNE SINTES
Est-ce que c'est pour lutter contre l'abstention tout simplement qu'il faut regrouper ? C'est juste ça ?

GERARD COLLOMB
Bien sûr, bien sûr. Quand vous avez évidemment des enjeux qui sont capitaux, que vous avez à la fois l'enjeu de votre ville et l'enjeu de votre région, c'est vrai que ça vous donne davantage envie d'aller voter.

GILLES BORNSTEIN
Alors, question de légitimité pour le pouvoir, on en a parlé. Quelqu'un hier, c'est Jean-Christophe CAMBADELIS, a abordé un autre aspect, celui de la verticalité du pouvoir. On écoute celui qui est votre premier, pour quelques jours encore, votre Premier secrétaire.

JEAN-CHRISTOPHE CAMBADELIS – HIER A PARIS
Chacun devine que cette imposante majorité ne correspond pas à la réalité sociale et politique de notre pays. Le pouvoir absolu est concentré, exercé en toute verticalité, se heurtera à cette contradiction.

GILLES BORNSTEIN
« Pouvoir absolu, concentré et vertical ».

GERARD COLLOMB
Je crois que Jean-Christophe CAMBADELIS, mais ça ne m'étonne pas, n'a pas compris quelle était la démarche que nous voulions créer. Voyez, ce que nous voudrions réaliser avec la République En Marche !, ce n'est pas simplement faire un parti vertical, comme l'était le Parti socialiste, nous voulons essayer de pouvoir faire converger tous les créateurs dans ce parti, tous les innovateurs, à la fois les start-upers, les entrepreneurs, les culturels, etc., de manière à ce que ça soit un mouvement qui bouillonne et qui alimente l'exécutif.

GILLES BORNSTEIN
Vous avez très bien compris ce qu'il veut vous dire, c'est qu'aujourd'hui Emmanuel MACRON a tous les pouvoirs, on a vu, il se décrète lui-même jupitérien, tout procède de lui, c'est un monarque républicain, fidèle à la Vème République, est-ce que c'est sain ?

GERARD COLLOMB
On a vu que les meilleures époques, peut-être dans notre vie politique, étaient celles où finalement il y avait un pouvoir fort, et celles où il y avait un pouvoir faible, ce n'était pas celles qui ont connu le plus grand développement de la France et le plus grand bonheur des Français. Finalement, lorsque de GAULLE a installé un pouvoir fort, il a permis effectivement à une république d'avancer pendant quelques temps, là il y a une véritable refondation de la vie politique, qui est en train de s'exercer, et on en avait bien besoin, parce que finalement, sous les formes diverses, on était revenu à des formes de IVème République...

GILLES BORNSTEIN
MACRON – de GAULLE, même combat.

GERARD COLLOMB
Comment ?

GILLES BORNSTEIN
MACRON – de GAULLE, même combat, même méthode.

GERARD COLLOMB
Il l'a dit lui-même, de manière totalement...

GILLES BORNSTEIN
Ça ne suffit pas.

GERARD COLLOMB
... différente, vous avez à un moment donné des refondations de la vie politique, nous sommes dans celle-là, non pas dans simplement l'alternance d'une mandature sur l'autre, mais une rupture profonde dans l'histoire politique.

JEAN-MICHEL APHATIE
Comme quoi les temps changent, puisqu'au début de votre engagement, votre combat c'était le combat contre la présidence du Général de GAULLE, eh bien les temps changent.

GERARD COLLOMB
Comme quoi on est bien obligé de regarder les grands faits de l'histoire, et je ne sais pas si j'étais pour les grandes figures de l'histoire de France, mais je suis bien obligé de constater qu'elles étaient les grandes figures.

JEAN-MICHEL APHATIE
Quelquefois, certains disent, ce qui menace aussi Emmanuel MACRON, parce que décidément derrière la victoire, il y a peut-être beaucoup de menaces...

GERARD COLLOMB
Oh, il y a toujours beaucoup de menaces.

JEAN-MICHEL APHATIE
C'est le culte de la personnalité, et nous avons noté, Gérard COLLOMB, votre intervention, c'était le 7 juin dernier à Villeurbanne, qui a suscité quelques commentaires. On vous écoute.

GERARD COLLOMB – LE 7 JUIN A VILLEURBANNE
39 ans, est-ce que ce n'est pas un peu jeune, pour affronter le monde ? Eh bien, mes amis, vous avez pu le constater, non seulement il a affronté le monde, mais il a étonné le monde, il a révolutionné le monde.

JEAN-MICHEL APHATIE
Est-ce que vous n'en faites pas trop ?

GERARD COLLOMB
Eh bien là on est en meeting, donc il faut chauffer la salle.

JEAN-MICHEL APHATIE
Ah, oui, d'accord !

GERARD COLLOMB
Mais, d'une certaine manière, ce que je dis est totalement vrai, parce que c'est vrai que dans la séquence diplomatique, beaucoup l'attendaient au tournant, et que vous aviez un certain nombre de dirigeants, qui se disaient « le petit MACRON, il arrive sur la scène politique, on ne va en faire qu'une bouchée ».

GUY BIRENBAUM
Non mais ce n'est pas ça. Vous dites : « Il a révolutionné...

GERARD COLLOMB
Et ce qu'on s'est aperçu...

GUY BIRENBAUM
Monsieur le Ministre, il a révolutionné le monde, il a été élu le 7 mai, le 7 juin il a révolutionné le monde. Je suis très admiratif et très respectueux d'Emmanuel MACRON, mais franchement, ce n'est pas... c'est étrange.

GERARD COLLOMB
Je vais vous expliquer pourquoi.

GUY BIRENBAUM
Volontiers.

GERARD COLLOMB
L'Europe est en train de se défaire, on voit bien qu'il est en train de refaire un couple franco-allemand fort, qui permet de relancer un certain nombre d'initiatives européennes.

GUY BIRENBAUM
Sur la COP21, ça a moins bien marché.

GERARD COLLOMB
Sur le Brexit, il est en train de reprendre les choses en main, moi j'ai assisté à la rencontre avec Theresa MAY, et je peux vous dire que les choses changent, dans la façon dont les Anglais, aujourd'hui, conçoivent le Brexit. Avec POUTINE et avec...

FABIENNE SINTES
Vous pensez que c'est Emmanuel MACRON qui fait changer...

GERARD COLLOMB
... je crois qu'il a affirmé des options extrêmement fortes, qui, vous allez le voir dans quelques temps, évidemment ce n'est pas à l'instant T, vont faire changer la face d'un certain nombre d'évènements, du côté du levant, par exemple.

FABIENNE SINTES
Là, par exemple on va commencer à discuter Brexit de l'autre côté de la Manche, vous pensez vraiment que la présidence d'Emmanuel MACRON fait qu'on en discute différemment aujourd'hui de ce Brexit ?

GERARD COLLOMB
Oui, je pense. Il y avait, d'un côté, l'affirmation d'un pouvoir fort, qui était celui de la Grande-Bretagne, sans finalement que l'on voit une Europe qui soit unie par rapport à ce Brexit. Et aujourd'hui, je pense que cette Europe est plus forte. Moi j'ai rencontré par exemple Michel BARNIER, qui est le négociateur pour l'Union européenne, et pour lui, le fait qu'il y ait quelqu'un comme Emmanuel MACRON qui apparaisse et qui soit un homme fort, lui permet de mieux négocier les accords.

GILLES BORNSTEIN
Vous avez parlé d'initiative du côté du levant, à quoi faites-vous allusion ? Une initiative de paix au Proche Orient, qu'est-ce que vous vouliez dire ?

GERARD COLLOMB
Je voulais dire, simplement, si vous voulez, que l'on voit bien que la politique française tâtonnait au levant, elle sera aujourd'hui beaucoup plus forte, beaucoup plus précisé, en essayant de cerner les objectifs, qui sont les objectifs français...

GILLES BORNSTEIN
Militaires.

GERARD COLLOMB
Les objectifs français, plus généralement, parce que si vous voulez, on voit bien que cette région du monde est une région extrêmement difficile, avec chacun qui sert ses intérêts : les Russes servent les intérêts russes, les Trucs les intérêts turcs, les Iraniens les intérêts iraniens, et nous, on ne voit pas trop quel intérêts on servait dans ce conflit, où pourtant on est extrêmement engagé. Donc, lui, se pose cette question et dit « il faudrait peut-être que l'on regarde les intérêts de la France ».

JEAN-MICHEL APHATIE
Deux résultats lors de ces élections législatives ont retenu notre attention. D'abord, Manuel VALLS dont on ne sait pas exactement s'il est élu ou pas à Evry. On écoute l'ancien Premier ministre hier soir.

MANUEL VALLS – HIER A EVRY
Ce soir, je suis élu, avec 50,3 % des voix, et pour être prévis, avec 139 voix d'avance.

JEAN-MICHEL APHATIE
Vous avez connaissance, au ministère de l'Intérieur, d'irrégularités qui auraient entaché cette élection législative à Evry ?

GERARD COLLOMB
Pour le moment, non, mais moi je me félicite que Manuel VALLS ait été élu, j'étais de ceux qui...

JEAN-MICHEL APHATIE
S'il a été élu, il y a une contestation.

GERARD COLLOMB
... prônaient qu'il n'y ait pas de candidat En Marche ! contre lui, on voit que s'il y avait eu un candidat En Marche !, évidemment il aurait été battu, et je pense qu'il appartient à cette famille socialiste réformiste, avec laquelle on veut travailler dans l'avenir.

JEAN-MICHEL APHATIE
Vous pensez qu'il peut encore vous apporter quelque chose ?

GERARD COLLOMB
Je pense qu'il peut représenter demain quelque chose, et donc en particulier, si vous voulez, dans la majorité qui est en train de se former, je pense qu'il viendra des gens du centre-gauche, des gens socio-réformistes, des gens de la droite républicaine, et que c'est tout cela qu'il faut faire converger.

JEAN-MICHEL APHATIE
Et vous recommandez de l'accepter dans le groupe La République En Marche ! ?

GERARD COLLOMB
S'il le demande, pourquoi pas ?

GILLES BORNSTEIN
On a parlé, j'ai lu un papier, en faisant un éventuel président de l'Assemblée nationale. Est-ce que ça vous paraitrait une bonne idée ?

GERARD COLLOMB
Je n'en ai jamais entendu parler que dans ce papier, mais pour le reste, c'est à Emmanuel MACRON de voir. Je ne suis pas sûr qu'il ait forcément cette idée-là.

GUY BIRENBAUM
Et la défaite de Najat VALLAUD-BELKACEM, dans votre région, elle vous inspire quoi ?

GERARD COLLOMB
Eh bien c'est une défaite normale, à partir du moment où elle avait choisi une autre voie. Voyez, dans un premier temps, est allée choisir, donc, le camp d'une primaire incertaine, ensuite elle a soutenu HAMON, elle était très anti-Emmanuel MACRON, et donc elle s'est fourvoyée dans une voie, qui était une voie finalement très à gauche, alors que pour pouvoir gagner à Villeurbanne, il fallait savoir rassembler et à l'évidence, elle n'a pas su rassembler.

JEAN-MICHEL APHATIE
Vous avez dit d'une phrase, Gérard COLLOMB, qu'Emmanuel MACRON allait s'occuper bien sûr, parce que c'est important, de voir qui parmi les députés qui entrent aujourd'hui à l'Assemblée nationale, pouvaient en devenir le président. Quel est le profil-type du président de l'Assemblée nationale pour représenter la majorité qui a gagné hier ? Ça vous arrache un petit sourire en coin.

GERARD COLLOMB
Je peux vous dire malheureusement, il ne m'a pas fait de confidences.

JEAN-MICHEL APHATIE
Si, si. Si, si, il a dû vous en faire et vous ne pouvez rien nous dire.

GILLES BORNSTEIN
La façon dont vous avez dit : « Il ne pense pas à VALLS. »

JEAN-MICHEL APHATIE
Non, pour ceux qui n'ont pas l'image, le petit sourire dément un peu vos propos. C'est évidemment une question importante, vous en convenez.

GERARD COLLOMB
C'est clair qu'aujourd'hui pouvoir être le chef du groupe du groupe majoritaire est quelque chose de tout à fait fondamental. On l'a vu par le passé et il faut donc quelqu'un qui ait du leadership et qui sache mener les troupes.

FABIENNE SINTES
Chef de groupe c'est une chose ; président de l'Assemblée nationale, c'est autre chose.

GERARD COLLOMB
C'est deux qualités totalement différentes. Il y en a une où il faut avoir un peu de doigté et l'autre, au contraire, où il faut montrer de la fermeté. Je conseillerais deux profils assez différents.

JEAN-MICHEL APHATIE
Puisqu'on évoquait la présidence ou la manière dont Emmanuel MACRON va présider la République, évidemment c'est un peu lui qui s'occupe de savoir quelles sont les personnalités qui doivent accéder à ces postes importants.

GERARD COLLOMB
Dire qu'il ne s'en occupe pas serait mentir. Je pense qu'il s'en occupe un peu mais on le consulte très largement pour pouvoir décider.

FABIENNE SINTES
Mais sa voix compte double, triple, voire un peu plus.

JEAN-MICHEL APHATIE
Sa voix compte double, c'est pas mal.

GILLES BORNSTEIN
Vous êtes ministre de l'Intérieur. La menace terroriste continue à planer sur la France, vous l'avez souvent dit. Comment sécuriser par exemple un événement comme le Tour de France ?

GERARD COLLOMB
Nous avons, comme vous le savez, à la fois prorogé l'état d'urgence et nous nous apprêtons à présenter une loi qui nous permette justement de sécuriser des événements comme le Tour de France.

GILLES BORNSTEIN
En quoi cette loi va vous aider ?

GERARD COLLOMB
En quoi ? Tout simplement parce que nous allons pouvoir continuer à faire un certain nombre de perquisitions, un certain nombre d'assignations à résidence qui nous permettront de pouvoir sécuriser de tels événements.

GILLES BORNSTEIN
Le Tour de France, c'est 21 ou 22 étapes avec des longs parcours d'accès libre. Comment on fait pour s'assurer qu'il n'y a pas de problèmes ?

GERARD COLLOMB
Bien sûr. Les endroits les plus dangereux, ce n'est pas les endroits où vous passez parce que vous avez vu le Tour de France déjà de nombreuses fois, vous avez vu qu'on passe extrêmement vite. Non, c'est le Village qui peut être dangereux parce qu'autour du Village se rassemblent beaucoup de gens. C'est donc là où nous allons pouvoir sécuriser les grands événements.

JEAN-MICHEL APHATIE
Le projet de loi que vous allez présenter va reprendre les éléments de l'état d'urgence pour les mettre dans la loi et certains disent qu'il y a là quelque chose de problématique au regard des libertés publiques.

GERARD COLLOMB
Ce que nous essayerons de faire, et je crois que nous y sommes assez bien parvenus, mais j'en dirai plus dans quelques jours, c'est de trouver un équilibre entre protection et en même temps capacité à faire en sorte que les libertés individuelles soient totalement protégées. Toutes les lois que nous passerons en matière de sécurité pour le ministère de l'Intérieur seront des lois balancées, où on essaye de préserver la liberté individuelle mais, en même temps, où on prend en compte la réalité du moment qui est une réalité évidemment d'intense menace terroriste.

JEAN-MICHEL APHATIE
Les arbitrages budgétaires vont être difficiles à rendre, tout le monde le dit. Boucler le budget pour 2017 puis prévoir un budget 2018 risque d'être problématique. Quels sont les besoins du ministère de l'Intérieur en matière budgétaire ?

GERARD COLLOMB
Ils sont relativement importants. J'ai découvert que le précédent ministère avait passé un accord sur le temps de travail avec les organisations syndicales très consommateur de postes. Ce que nous voulons – vous savez qu'Emmanuel MACRON a dit qu'il créerait 10 000 postes dans la police et la gendarmerie – c'est que ça se voit dans les villes et dans les villages, qu'on voit effectivement avec la police de sécurité quotidienne des gens qui soient dans les quartiers. Du coup, on change le mode qualitatif de manière à ce qu'on n'ait plus une police simplement qui intervienne puis qui reparte, mais une police qui maille un territoire. C'est très consommateur d'effectifs et donc le changement va être profond.

JEAN-MICHEL APHATIE
Vous allez remettre en cause l'accord trouvé sur le temps de travail ?

GERARD COLLOMB
Non, on ne va pas le remettre en cause mais on va essayer de faire en sorte de l'appliquer pour qu'il n'enlève pas sur le terrain un certain nombre de forces.

GILLES BORNSTEIN
Autre sujet dans votre besace de ministre de l'Intérieur, le retour des djihadistes, souvent des jeunes Français qui sont partis en Syrie. Faut-il leur interdire de revenir sur le territoire français alors qu'ils sont Français ? Si oui, comment ? Quelle est votre position sur ce sujet ?

GERARD COLLOMB
De toute façon, certains vont revenir ou sont déjà revenus. Ce problème se pose donc. Je pense qu'il faut effectivement faire oeuvre de pédagogie. Moi, j'ai demandé à un certain nombre de grands intellectuels spécialistes de la question de pouvoir former un groupe de travail sur ces problématiques de, si je puis dire, « dédjihadisation » de manière à ce que l'on puisse ramener ces gens-là dans une vie normale. C'est une problématique extrêmement difficile, mais c'est une problématique à laquelle d'autres pays ont eu à faire face et qu'ils ont résolu à mener à bien.

GILLES BORNSTEIN
J'ai l'impression qu'il y a eu une inflexion dans le discours gouvernemental. Le précédent gouvernement était plus dur vis-à-vis de ces gens-là.

JEAN-MICHEL APHATIE
On évoquait la déradicalisation des expériences qui existaient.

GERARD COLLOMB
Oui, on va déradicaliser. On va déradicaliser mais il faut donner un autre idéal. J'ai toujours pensé que les batailles se gagnaient évidemment sur le terrain mais qu'elles se gagnaient intellectuellement à un moment donné. Il ne faut pas gagner simplement la bataille sur le terrain. Il faut bien sûr gagner la bataille du renseignement sur le territoire mais il faut essayer de faire passer d'autres idées dans la tête de ces jeunes.

JEAN-MICHEL APHATIE
Merci Gérard COLLOMB d'avoir accepté l'invitation de Franceinfo.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 20 juin 2017

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