Interview de M. Nicolas Hulot, ministre de la transition écologique et solidaire, à BFM/RMC le 23 juin 2017, sur l'étendue des attributions de son ministère et ses priorités, notamment en matière de santé et d'environnement. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Nicolas Hulot, ministre de la transition écologique et solidaire, à BFM/RMC le 23 juin 2017, sur l'étendue des attributions de son ministère et ses priorités, notamment en matière de santé et d'environnement.

Personnalité, fonction : HULOT Nicolas, BOURDIN Jean-Jacques.

FRANCE. Ministre de la transition écologique et solidaire;

ti : JEAN-JACQUES BOURDIN
Notre invité ce matin est Nicolas HULOT. Bonjour.

NICOLAS HULOT
Bonjour.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Nicolas HULOT, première grande interview sur votre domaine si large. Vous êtes ministre d'Etat, ministre de la Transition écologique et solidaire. A vos côtés, deux secrétaires d'Etat nouvellement nommés avant-hier : Brune POIRSON, élue dimanche dernier députée du Vaucluse, ancienne circonscription de Marion MARECHAL-LE PEN. Quel sera son rôle ?

NICOLAS HULOT
Au passage, n'oubliez pas non plus qu'à mes côtés il y a Elisabeth BORNE qui est la ministre des Transports et de la mobilité durable.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Elisabeth BORNE aussi, voilà. Alors, Brune POIRSON que fera-t-elle ?

NICOLAS HULOT
Il en est de Brune comme de Sébastien LECORNU qui sont à mes côtés. On est en train de définir en fonction d'abord de leurs sensibilités, de leurs compétences, de leurs attributions qui seront de toute façon transverses. Comme vous l'avez dit, le sujet qu'on porte c'est un sujet presque sociétal. C'est une transformation de société. Moi, je voudrais placer l'enjeu écologique à ce niveau-là. Ce n'est pas un sujet vertical, c'est un changement de paradigme. Une fois qu'on a dit cela, la tâche est évidemment excessivement lourde. J'ai le sentiment que pour ce qui concerne Brune POIRSON, la mer, la biodiversité, les océans sont des sujets qui vont lui être spontanément rapidement familiers. Quant à notre camarade Sébastien LECORNU, sa connaissance des territoires est très importante parce que la transformation écologique, énergétique, agricole, elle est conditionnée à la dynamique des territoires. Il y a sur ce sujet-là comme dans beaucoup, beaucoup de pédagogie mais surtout beaucoup de concertation et beaucoup de dialogue.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc Brune POIRSON, secrétaire d'Etat chargée particulièrement de la mer.

NICOLAS HULOT
Oui, de la mer. Mais par exemple là, elle va aller au Luxembourg, au Conseil européen de l'énergie. Elle va aussi m'aider sur ces sujets-là parce que je ne peux pas faire comme Jean-Luc MELENCHON et avoir des hologrammes partout, donc il est important aussi que la France dans tous les processus européens, les processus de négociations internationales soit là pour affirmer et prolonger un certain nombre de leaderships ou de positions de la France.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Et Sébastien LECORNU donc, une forme d'aménagement du territoire.

NICOLAS HULOT
D'aménagement du territoire. Enfin, il y a énormément de sujets parfois de concertation, parfois d'opposition sur le territoire. L'idée, encore une fois, c'est que sans les élus, sans les régions, sans les territoires, sans les départements, on n'arrivera pas à la transition écologique. Je pense que ça peut être l'homme du dialogue et de la concertation.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Bien. Canicule, pollution de l'air, sécheresse, besoin en eau, réchauffement climatique, il y a urgence. Qu'avez-vous envie de dire ce matin ?

NICOLAS HULOT
D'abord ce que j'ai envie de dire, c'est que moi j'arrive dans une situation que j'aurais préféré éviter pour ne pas me retrouver dans une situation aussi critique. On a laissé pendant des années – et du côté des ONG, nous avons tiré la sonnette d'alarme – les situations dégénérer, des tendances lourdes se mettre en place et donc nous sommes dans des situations parfois où, pour pouvoir les résoudre, il va falloir bâtir des stratégies.
La santé et l'environnement qui est un sujet évidemment que nos concitoyens perçoivent maintenant malheureusement d'une manière assez flagrante et probante, c'est une des priorités de mon ministère en association avec deux ministres, la ministre de la Santé et la ministre de la Recherche. On va bâtir ensemble des stratégies longues et durables.
Il y a des situations d'urgence qu'il faut traiter, bien entendu, et la santé doit primer sur toute autre considération, même si je comprends que parfois des décisions…Par exemple quand on fait la circulation différenciée en Ile-de-France ou à Paris, j'ai immédiatement conscience de la triple peine que cela inflige.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Enfin, la circulation qu'on fait souvent trop tard.

NICOLAS HULOT
J'entends bien. Croyez-moi, sur ce sujet-là j'ai bien entendu et j'ai bien compris que parfois il y a un temps de latence et donc on va y remédier. J'en ai parlé avec Agnès BUZYN hier.

JEAN-JACQUES BOURDIN
C'est-à-dire ?

NICOLAS HULOT
On va faire en sorte qu'on n'attende pas si longtemps pour prendre un certain nombre de dispositifs. Mais je suis obligé évidemment, et seule la parole de la science et de nos agences comptera dans la rationalité de nos décisions pour ne pas les prendre non plus à la légère, simplement parce que j'ai bien conscience que la personne ou la famille qui a été éloignée des centres urbains parce que les prix du marché dans l'immobilier font que les gens se sont mis dans des zones où le marché de l'immobilier était moins cher, ils n'ont pas souvent accès à des transports doux à des transports collectifs et on les a incités pendant des années avec la fiscalité notamment du diesel à acheter des véhicules polluants. Ce qui est très important aussi, c'est si mon ministère s'appelle Transition écologique et solidaire, c'est que sur le moyen terme, je dois aussi penser dans les décisions que nous prenons à ces hommes ou à ces femmes que l'on a mis dans une impasse.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Justement, fiscalité essence-diesel, vous en parlez, bientôt la même. Quand ?

NICOLAS HULOT
La même quoi ?

JEAN-JACQUES BOURDIN
Fiscalité essence-diesel.

NICOLAS HULOT
On va faire un rattrapage. Laissez-nous dans la loi de programmation.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Dans combien de temps ?

NICOLAS HULOT
On va le faire assez rapidement.

JEAN-JACQUES BOURDIN
C'est-à-dire que la fiscalité sera la même.

NICOLAS HULOT
A terme, oui. Laissez-moi avec le…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Pour tous les véhicules professionnels ou particuliers ?

NICOLAS HULOT
La fiscalité sur le diesel, en tout cas à la pompe, sera la même dans un horizon assez proche.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Même fiscalité que sur l'essence.

NICOLAS HULOT
Absolument. Mais Jean-Jacques BOURDIN, comprenez simplement une chose. C'est que là, on prend un point de la fiscalité. Ce qui m'intéresse dans ce domaine comme dans d'autres, c'est que ce n'est pas un détail, c'est très important, mais moi je veux avoir une vision globale de la fiscalité. Parce que jusqu'à présent, la fiscalité écologique était d'abord systématiquement punitive et elle était additionnelle. Si on veut que la fiscalité nous aide à structurer les modes de consommation et les modes de production et nous emmène vers des comportements vertueux, il faut que tout cela se fasse dans une vision globale de la fiscalité et que ce soit, pour beaucoup de nos concitoyens, de nos petites entreprises ou de nos moyennes entreprises à pression fiscale égale. Donc ce qui est important, c'est ce déplacement de la fiscalité qui pénalise le travail pour aller encore une fois se déplacer sur la régulation des flux énergétiques, des prélèvements des ressources naturelles, des impacts environnementaux. Moi je voudrais, dans ce domaine-là, et je vais discuter évidemment notamment avec Gérald DARMANIN et avec Bruno LE MAIRE, qu'on essaye d'avoir une vision globale.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Justement vision globale. L'Etat ne délivrera plus de permis d'exploration d'hydrocarbure. On est bien d'accord.

NICOLAS HULOT
Laissez-moi sur ce sujet-là aussi y apporter une petite nuance. Là aussi j'hérite d'une situation. Il y a un certain nombre de permis qui ont été autorisés. Il y a ce qu'on appelle des droits acquis. Si je reviens dessus brutalement, on aura évidemment des contentieux et des astreintes excessivement lourdes. Croyez-moi, le budget de la France n'en a pas besoin.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc pas de nouveaux permis.

NICOLAS HULOT
Pour qu'il n'y ait pas de nouveaux permis, on doit changer par la loi, le code minier.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous allez changer par la loi.

NICOLAS HULOT
Et on va le faire dans un délai très court bien entendu.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Nouvelle loi, nouveau code minier.

NICOLAS HULOT
Oui. En tout cas, pour faire en sorte que nous ayons les latitudes que nous n'avons pas dans le code minier actuel pour pouvoir dorénavant interdire toute nouvelle exploration d'hydrocarbure sur les territoires métropolitains et nos territoires d'Outre-Mer. C'est une des priorités…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Pas de pétrole de schiste, pas d'exploration.

NICOLAS HULOT
Là pour l'instant, je suis en train de vous dire qu'il n'y aura aucun permis d'exploration parce qu'un permis d'exploration ce n'est pas tacitement. C'est que juridiquement il y a un droit de suite et après, il y a un permis d'exploitation.

JEAN-JACQUES BOURDIN
La loi quand ? Quand la loi ?

NICOLAS HULOT
On va la préparer cet été et on la fera voter à l'automne. Mais juste pour que chacun comprenne, il y a en métropole et dans certains territoires des droits qui ont déjà été donnés. On va quand même essayer de négocier bien entendu, mais nous avons évidemment une forme de contrainte juridique. Je dis ça parce que dans beaucoup de sujets, moi j'arrive à un moment très précis où je reçois en héritage des décisions qui ont été déjà juridiquement dérouillées.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Autre sujet, je change complètement, les loups.

NICOLAS HULOT
Ça ne m'a pas échappé.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ça ne vous a pas échappé. Les loups sont de plus en plus nombreux. Ils étendent leur territoire évidemment. Il y a chaque année un nombre défini de loups que l'on peut abattre. On est bien d'accord ? C'était 38. Pour l'année qui vient, c'est-à-dire du 1er juillet au 30 juin prochain, ce seront 40 loups.

NICOLAS HULOT
Non. La réponse est non. D'abord, ce n'est pas décidé. Là, vous évoquez la situation d'avant. Pour l'instant, ce qui m'intéresse c'est que j'ai géré d'abord une situation très particulière et j'ai donné la possibilité dans des circonstances très précises et sous l'autorité d'un préfet coordinateur à deux tirs de défense qu'on appelle encadrés...

JEAN-JACQUES BOURDIN
De plus.

NICOLAS HULOT
C'est une forme de légitime défense. Non, non. C'est dans des situations très précises. Peut-être que ces deux autorisations éventuelles ne seront pas utilisées. Mais moi ce qui m'intéresse, ça c'est très important, là aussi comme dans beaucoup de domaines, c'est de remettre tout le monde autour de la table. Et on va engager, c'est déjà parti mais moi je vais m'y impliquer à partir du mois de septembre, une remise à plat du dispositif. Et on va co-définir ensemble avec les éleveurs d'un côté et avec les ONG de l'autre, un schéma pour les quatre prochaines années qui démarrera à partir du 1er janvier de l'année 2018. Et donc je remets tout à plat mais avec un préalable. C'est qu'il faut que chacun accepte que le pastoralisme et le loup doivent trouver une solution. C'est-à-dire ceux qui me disent : « On ne touche à aucun loup », ce n'est pas recevable », et ceux qui disent qu'il ne faut plus de loup du tout, ce n'est pas recevable non plus. Donc à partir de là, on va faire l'évaluation de ce qui a fonctionné parce qu'il y a des systèmes qui ont fonctionné mais pas suffisamment, et on va regarder foyer d'attaque par foyer d'attaque.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc tout le monde autour de la table en septembre.

NICOLAS HULOT
Et on bâtit une stratégie sur les quatre prochaines années. Parce que moi de dire…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous, vous êtes en porte-à-faux là.

NICOLAS HULOT
Ce n'est pas que je suis en porte-à-faux. Est-ce que je peux faire abstraction, même si une fibre évidemment écologiste et naturaliste – croyez-moi, on peut la remettre en cause – et de signer un éventuel abattage de deux loups, je pense que c'est ce qu'on peut faire de plus dur dans ma fonction. Mais est-ce que je peux ignorer ces éleveurs qui, depuis le début de l'année, ont vu près de dix mille brebis égorgées, des charniers quand ils arrivent le matin sur leurs troupeaux ? Est-ce que je peux ignorer leur détresse psychologique et est-ce que, pardon mais le sort d'une brebis et le sort d'un loup on doit les opposer ou au contraire les additionner ? C'est un sujet où j'aimerais bien encore une fois que chacun comprenne qu'on ne peut pas être en tension permanente et que je suis sûr qu'on peut trouver là comme dans d'autres sujets une intelligence collective.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Un mot sur les animaux. La corrida, vous êtes favorable à son interdiction ?

NICOLAS HULOT
Moi je ne vais pas changer d'avis parce que je suis ministre.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Non, justement.

NICOLAS HULOT
Donc je ne suis pas pour la corrida mais en même temps…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Faut-il aller jusqu'à l'interdire ?

NICOLAS HULOT
Ecoutez, ça fait partie des débats de société parce que c'est un débat culturel.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous le mettrez sur la table ?

NICOLAS HULOT
En tout cas, je pense qu'il ne faut pas l'esquiver.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Il ne faut pas esquiver ce débat ?

NICOLAS HULOT
Il ne faut pas esquiver ce débat.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Il faut l'ouvrir donc.

NICOLAS HULOT
Oui, voilà. Mais moi, chacun connaît ma position et donc est-ce que ma position doit primer sur un débat de société ? C'est un débat culturel, c'est un débat régional, c'est un débat identitaire, voilà. Je ne vais pas tamiser mon point de vue parce que je suis ministre.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Un mot puisque vous parliez de région. Votre région, la baie de Lannion. Est-ce que vous allez interdire l'extraction du sable ?

NICOLAS HULOT
Il ne vous a pas échappé d'abord que c'est dans le domaine de compétences du ministère de l'Industrie mais que le ministère de l'Industrie l'a déjà suspendue. En l'état actuel, cette extraction du sable dans des zones quand même qui sont proches de zones de Natura 2000 sont suspendues. Je vais discuter, probablement d'ailleurs dès cet après-midi, avec Bruno LE MAIRE dont c'est la compétence. Je ne vais pas là non plus changer d'avis. Je pense très sincèrement que ça n'est pas une bonne pratique et qu'il y a aussi à un moment où il faut peut-être qu'on écoute les citoyens dans les régions concernées par ce type de difficulté. Parce que sinon, que veut dire le mot démocratie participative si, quand il y a une forme d'unanimité sur une pratique comme cela qui est assez justifiée, me semble-t-il sur un plan environnemental ? Une fois que j'ai dit cela, là aussi il y a eu des autorisations qui ont été délivrées. Et donc si on revient en arrière, forcément il va y avoir un contentieux. Je suis donc obligé de prendre l'ensemble des paramètres et j'espère qu'on va trouver un point de médiation.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Même chose pour le rejet des boues rouges en Méditerranée. Même chose ?

NICOLAS HULOT
Ça, ça fait partie des sujets sur lesquels je vais vraiment me poser parce qu'évidemment je connais ce dossier et là aussi la légitimité de l'indignation – et encore, le pire a été derrière nous parce qu'on a laissé faire pendant des années. Encore une fois, je récupère une forme de laxisme qui s'est fait pendant des années et des années et maintenant on se retrouve dans des situations où si on prend une décision ferme, on met un certain nombre de centaines ou de milliers de personnes au chômage, donc on va essayer de regarder si on peut combiner cet impératif écologique, parce que franchement la Méditerranée qui est une mer qui est au carrefour de toutes les difficultés et de toutes les agressions, elle n'a vraiment pas besoin de ça.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Bien, elle n'a pas besoin de ça, on est bien d'accord. Elle n'a pas besoin de ces boues rouges.

NICOLAS HULOT
Non. Même si la compagnie en question ou l'entreprise en question a déjà sous la pression des ONG, et je veux saluer leur travail ici, fait beaucoup d'efforts mais je vais maintenant évaluer si on peut aller plus loin et plus vite.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Une grande idée : les états généraux de l'alimentation.

NICOLAS HULOT
Et il faut que ça reste une grande idée.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui. Ils vont commencer quand ?

NICOLAS HULOT
Ecoutez, vous avez vu qu'il y a un changement de ministre à l'Agriculture, monsieur TRAVERT que j'ai juste croisé au conseil des ministres aujourd'hui nous avons pris acte de nous voir dès la semaine prochaine, on va remettre ça à plat. Mon souhait c'est... Un mot quand même, quelle est cette idée qui a été captée par le président quand il était candidat ? J'en suis avec, mon ex fondation, l'auteur...

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, je sais, c'est pour ça.

NICOLAS HULOT
L'idée pour moi d'abord c'est de s'inspirer de l'état d'esprit du Grenelle, c'est-à-dire de mettre l'ensemble des acteurs durablement autour d'une table pour définir ensemble une vision et un nouvel horizon agricole sur notre mode d'alimentation dans lequel on traite tous les sujets, avec un préalable c'est que chacun acte que la condition paysanne et les agriculteurs aujourd'hui est tragique. Mais une fois qu'on a dit ça nous sommes convaincus que d'autres modes de production, d'autres modes de consommation, un nouveau modèle économique avec un horizon que la France ait sa souveraineté alimentaire, qu'on cesse d'importer des protéines végétales d'Amazonie, du Brésil, des Etats-Unis pour nourrir notre bétail ; mais en même temps que l'on revalorise aussi la profession, qu'on redonne de la dignité aux agriculteurs qui peuvent aussi produire de l'énergie, qui peuvent nous aider à lutter contre les changements climatiques...

JEAN-JACQUES BOURDIN
Et qui seront récompensés s'ils rendent des services environnementaux ?

NICOLAS HULOT
Et qui seront récompensés. Le bio aujourd'hui, les coopératives bio, 33 % de croissance, la plupart des produits viennent de l'étranger, est-ce qu'on n'est pas dans une forme de schizophrénie ? Il faut mettre tous les acteurs entre le producteur et le consommateur ! Parce qu'entre les deux il me semble qu'il y a beaucoup d'intermédiaires qui se paient sur la bête.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Et ces états généraux donc commenceront quand, en juillet ?

NICOLAS HULOT
Non, non, je pense que le ministre – mais je n'ai pas à me substituer à ses compétences et je ne voudrais pas lui faire l'injure de décider à sa place – moi je souhaiterais qu'il y ait des situations un peu d'urgence, notamment avec les producteurs laitiers, qu'en dehors de cette longue discussion le ministre puisse apaiser, traiter un certain nombre de sujets et qu‘après on puisse d'une manière encore une fois rationnelle engager ce processus et, s'il doit prendre plusieurs mois, mais si on sort avec une feuille de route qui soit un nouveau virage de ce mode de production et ce mode de consommation et qui aura réconcilié le monde urbain, le monde rural, donner de la dignité et de la sécurité à nos paysans, je me dis dit que si rien que ça on arrive... parce que c'est un sujet là aussi culturel.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Bien sûr. J'ai trois questions à vous poser, des réponses précises. Nicolas HULOT, les perturbateurs endocriniens est-ce que la France à Bruxelles va garder la même position ferme ?

NICOLAS HULOT
Pour être très sincère avec vous et la réponse va être immédiate quand je suis arrivé il y avait un texte qui devait être voté, la première chose que j'ai demandé c'est le report de ce texte - donc déjà le texte en l'état qui me semble insuffisant j'ai fait en sorte qu'il soit reporté - et c'était à quelques heures près ; là maintenant nous avons sur ce sujet une discussion engagée depuis hier, parce que j'ai eu mon homologue Allemand madame Barbara HENDRICKS et nos services et nos cabinets sont en négociation, donc je ne peux pas...

JEAN-JACQUES BOURDIN
La France va rester ferme ?

NICOLAS HULOT
La France va rester ferme parce que la santé... mon rôle c'est d'aider à protéger les Français sur ces empoisonnements que nous distillons depuis des années et des années, donc il y a d'un côté ne pas perdre un certain nombre d'acquits – la commission a quand même évidemment fait des progrès – mais il y a des exonérations dans le texte de définition des perturbateurs endocriniens qui en l'état sont inacceptables et, donc, j'espère que nous allons pouvoir trouver une position commune avec l'Allemagne, je m'y emploie, j'ai jusqu'au 4 juillet.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Bien. L'EPR de Flamanville, avec ses inquiétudes autour de la cuve, aujourd'hui est-ce que vous donneriez l'autorisation ?

NICOLAS HULOT
Ce n'est pas à moi de me prononcer...

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, enfin si vous avez quand même votre avis à donner à un moment donné ou un autre ?

NICOLAS HULOT
Non, non, j'attends d'avoir de notamment l'ASN - que je vais recevoir bientôt - un éclairage sur lequel je me ferai une opinion, mais là aussi ce qui est important il y a l'urgence : est-ce qu'on donne l'autorisation ? On va regarder ça très vite ! Mais ce que je voudrais aussi avoir c'est avoir une vision très claire sur où est-ce qu'on va dans notre modèle énergétique ? Voilà ! Et moi il y a d'abord la loi sur la Transition énergétique – et pour moi elle n'est pas négociable – et la première chose moi qui m'importe ça va être évidemment de réduire notre consommation énergétique, l'efficacité énergétique parce que c'est un facteur de compétitivité et cette efficacité énergétique elle vaut aussi pour les foyers si on leur donne la possibilité de réduire à confort égal leur consommation...

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous allez aider d'ailleurs les foyers les plus modestes.

NICOLAS HULOT
Evidemment, parce que si mon ministère s'appelle Transition écologique et solidaire c'est que c'est ma priorité. On va réduire la part du nucléaire, quoi qu'il en soit, parce que je veux redonner le choix aux Français à terme de choisir quel modèle ils veulent et, donc, laissez-moi simplement – et dans les temps très proches – annoncer quelle sera ma feuille de route sur la transition énergétique.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Sur la transition. Dernier mot, est-ce que vous allez limiter l'installation des éoliennes, parce que j'ai vu vos réticences à propos des éoliennes ?

NICOLAS HULOT
Non, ce n'est pas des réticences, c'est que je veux là aussi de la rationalité et... Non, non, je ne vais pas limiter...

JEAN-JACQUES BOURDIN
Parce que je vois par exemple sur le haut plateau ardchois les protestations de tous les habitants...

NICOLAS HULOT
Oui, c'est là aussi... Vous savez on est à la croisée d'injonctions totalement paradoxales, c'est-à-dire qu'on est souvent contre tout et il y a un moment ou à un autre il va falloir qu'on choisisse, on dans un système assez schizophrène, quand on fait un appel d'offres pour mettre par exemple des éoliennes en mer entre le moment où on fait l'appel d'offres et le moment où on va pouvoir planter, installer la première éolienne en mer il peut se passer entre 12 et 15 ans et la situation actuelle c'est que quand on va installer la première le modèle sur lequel a été fait l'appel d'offres est totalement obsolète, entre temps on a doublé la capacité, donc on pourra en mettre deux fois moins. Donc il faut qu'à un moment ou à un autre on voit dans ces procédures, sans enlever un certain nombre de possibilités de recours...

JEAN-JACQUES BOURDIN
Accélérer la procédure !

NICOLAS HULOT
Mais il faut savoir si la France a envie d‘aller vers son autonomie énergétique ou pas, donc on va essayer d'avoir un schéma d'ensemble - et il en est de ce domaine comme dans d'autres – et monsieur CASTANER, non pas monsieur CASTANER, monsieur LECORNU va m'aider sur les territoires...

JEAN-JACQUES BOURDIN
Il va travailler là-dessus.

NICOLAS HULOT
A rationaliser évidemment ce développement.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Merci Nicolas HULOT d'être venu nous voir, merci.

NICOLAS HULOT
Merci beaucoup.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 23 juin 2017

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