Interview de M. Jean-Michel Blanquer, ministre de l'éducation nationale à France 2 le 23 juin 2017, sur le baccalauréat, le dédoublement des classes de CP et de CE1 et l'échec scolaire. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Jean-Michel Blanquer, ministre de l'éducation nationale à France 2 le 23 juin 2017, sur le baccalauréat, le dédoublement des classes de CP et de CE1 et l'échec scolaire.

Personnalité, fonction : BLANQUER Jean-michel.

FRANCE. Ministre de l'éducation nationale

ti :


WILLIAM LEYMERGIE
Les « 4 vérités », ce matin, Jeff WITTENBERG reçoit Jean-Michel BLANQUER.

JEFF WITTENBERG
Effectivement, Jean-Michel BLANQUER, le ministre de l'Education nationale, en pleine actualité. Nous avons beaucoup de questions à lui poser ce matin.

- Jingle -

JEFF WITTENBERG
Bonjour à vous Jean-Michel BLANQUER.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Bonjour.

JEFF WITTENBERG
Merci d'être présent avec nous ce matin. Les dernières épreuves du bac ont lieu ce vendredi, on l'a entendu dans le journal. Un certain nombre d'incidents a émaillé la tenue des épreuves, en 2017, donc, pour ce cru, on a notamment vu une épreuve d'espagnol qui avait été déjà proposée en 2016. A quoi attribuez-vous cette série de couacs, Monsieur le Ministre ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
A la taille du bac. Vous savez, le bac, ça concerne plus de 700 000 élèves chaque année, ce sont des centaines d'épreuves, quand vous pensez à toutes les matières, pour tous les élèves, et donc la chaine vaut ce que son maillon le plus faible vaut, et donc il y a toujours un petit maillon qui craque.

JEFF WITTENBERG
Pas plus que les autres années ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Pas plus, moins même, puisque cette année il y a eu six utilisations de sujets de secours, l'année dernière c'était 11, donc vous voyez, c'est un peu moins, mais chaque année on voit bien que c'est difficile de ne commettre aucune erreur, du fait de l'ampleur de l'épreuve. C'est une des raisons pour lesquelles évidemment on réfléchit à une réforme du baccalauréat.

JEFF WITTENBERG
Justement, Philippe TOURNIER, le secrétaire général des personnels de direction, on l'entendait dans le journal, estime que le bac aujourd'hui il est obsolète, qu'il faut le réformer. Est-ce que pour vous c'est encore une épreuve qui est, sinon sacrée, au moins utile ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Il faut toujours écouter les chefs d'établissement quand ils disent quelque chose comme ça, parce qu'ils sont en première ligne pour voir ce qu'il en est, et évidemment il a en bonne partie raison, puisqu'on a besoin, à la fois de donner tout son sens au baccalauréat, le baccalauréat c'est très important, il ne faut vraiment pas le négliger, puisque d'une certaine façon c'est la dernière institution nationale depuis la disparition du service militaire, en même temps, il faut lui donner...

JEFF WITTENBERG
Mais est-ce qu'il sert à quelque chose, encore ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Il sert à quelque chose, mais on doit lui redonner un sens. On doit lui faire vivre une sorte de nouveau souffle, et ce nouveau souffle doit consister à peut-être le reconcentrer, pour montrer l'excellence des élèves dans les domaines qu'ils se choisissent, et puis en même temps, montrer qu'il est finalement la voie d'accès à l'enseignement supérieur, ce qui est normalement sa définition initiale, et donc qu'il ait un sens pour les études supérieurs que l'on fait ensuite, et qu'il prépare aux études supérieures. Parce qu'un des grands drames de notre pays, c'est l'échec dans les premières années de l'enseignement supérieur, il faut donc, dès la seconde, et en réalité même avant, avoir un chemin plus continu, le bac étant une étape dans ce chemin continu.

JEFF WITTENBERG
Alors, dans l'enseignement, on va aller d'un bout de la chaine à un autre, et on va parler du Cours Préparatoire, du CP, on sait que c'est le gros chantier que vous a confié, en quelques sortes, Emmanuel MACRON, puisqu'il l'avait dit dans sa campagne présidentielle, il souhaite réformer le CP, avec notamment le dédoublement des classes pour aboutir à 12 élèves maximum par classe de CP. Cela va être mis en place dès la rentrée prochaine dans 2 500 classes, dans les zones dites REP+, les quartiers les plus populaires. Comment allez-vous faire, pour mettre cela en place en deux mois ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Eh bien nous avons commencé à le faire, nous sommes prêts. Nous avons travaillé beaucoup depuis un mois pour cela, et vous avez raison de dire, c'est le premier des chantiers, le premier des chantiers c'est l'école primaire en général, parce que c'est pendant les premières années de la vie que tout, que beaucoup de choses se jouent. La question du langage, en particulier, nous savons que par exemple à l'école maternelle, les enfants arrivent dans cette école avec des différences de vocabulaire, liées à leurs circonstances familiales. Donc nous travaillerons énormément au cours des prochaines années sur cette question autour de l'école maternelle comme école du langage, et puis le CP et le CE1 pour l'entrée dans les compétences fondamentales qui sont essentielles.

JEFF WITTENBERG
Bon, ce sont des objectifs fondamentaux, mais je vous parlais plus, du point de vue logistique, tout simplement, comment allez-vous trouver 2 500 enseignants d'ici la rentrée, suffisamment de locaux, pour dédoubler, encore une fois, 2 500 classes de CP, dans toute la France, ce qui parait énorme ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Eh bien nous sommes en train d'y arriver, tout simplement, parce que nous avons mobilisé toute l'Education nationale, hier encore je rencontrais les inspecteurs pour cela, et donc, même si l'objectif ne sera peut-être pas atteint à 100 % pour la rentrée, mais sans doute à 70 ou 80 %, nous avons fait ce qu'il fallait pour que, partout où c'était possible, on puisse, soit utiliser un local qui existait déjà, une classe libre, soit la créer, en lien avec les communes, puisque c'est une compétence des communes, mais ce que j'ai constaté, en parlant avec beaucoup de maires – les maires des communes – c'est que les maires des communes avaient envie d'aller vers ça, parce qu'ils savent bien que c'est pour l'intérêt des élèves...

JEFF WITTENBERG
Et les enseignants eux-mêmes, sont-ils prêts ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Bien sûr, les enseignants demandent ce type de mesure depuis longtemps.

JEFF WITTENBERG
Il n'y a aucune réticence ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
On voit bien que, bien entendu, il peut y avoir des difficultés logistiques, il peut y avoir un certain nombre de problèmes concrets, mais tout le monde voit bien qu'en faisant cela, on s'attaque à la racine de grands problèmes que nous avons en matière d'inégalités en France, puisqu'on s'attaque à ce qui se passe pendant les premières années et aux compétences fondamentales des élèves les plus défavorisés.

JEFF WITTENBERG
Et parmi les savoir fondamentaux que vous voulez réapprendre aux plus jeunes, il y a lire, écrire, compter, et vous dites, respecter autrui. Pour vous c'est le savoir qui est le plus atteint aujourd'hui ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
C'est le quatrième pilier, il faut savoir lire, écrire, compter, si on ne sait pas cela, le reste ne peut pas venir. Et puis respecter autrui, ça va ensemble aussi, si vous avez plus de vocabulaire, vous respectez plus autrui, vous utilisez votre langage plutôt que vos poings.

JEFF WITTENBERG
Mais c'est parce que c'est ce qui est le plus dégradé selon vous aujourd'hui ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Chacun voit bien que la société française a besoin de redevenir une société de confiance, une société où on se parle, où on se respecte, et les enfants peuvent apprendre ça en famille, bien sûr, et à l'école, et l'école doit contribuer à tout simplement développer ce sens moral qui commence par respecter autrui.

JEFF WITTENBERG
Alors, un autre grand chantier, monsieur BLANQUER, c'est le collège. Vous souhaitez adapter la réforme du collège mise en place par votre devancière, madame VALLAUD-BELKACEM ? Ça veut dire quoi, par exemple sur les classes bilangues, que vous souhaitez réintroduire dès la rentrée, est-ce que là encore les collèges seront prêts, est-ce que tout le monde pourra être servi ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Oui, alors c'est un engagement du président de la République, et bien évidemment nous l'avons mis en oeuvre. Comme vous le voyez, on a beaucoup travaillé depuis un mois, et donc, oui, les classes bilangues sont rétablies, il pourrait y avoir une ou deux exceptions, mais nous avons vraiment prêté une attention à chaque cas, et normalement elles sont rétablies partout, de même que nous avons fait attention au rétablissement des langues anciennes, des sections européennes, parce que cela nous apparaissait comme un aspect négatif de la réforme du collège, car en effet, chaque établissement doit pouvoir développer son identité, développer son attractivité.

JEFF WITTENBERG
Mais là, vous serez prêts ? Vous serez prêts à cette rentrée ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Oui oui, nous sommes prêts, je peux vous le dire.

JEFF WITTENBERG
Dans tous les cas.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Oui.

JEFF WITTENBERG
Alors, il y a une question que se posent beaucoup de collégiens, vous le savez, quand Emmanuel MACRON avait proposé son programme en février, il y a une mesure qui avait retenu l'attention, c'est : l'interdiction des téléphones portables au collège. Est-ce que finalement vous tiendrez la promesse du candidat, et à quelle échéance ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Alors, évidemment, il y a un grand fondement à cette affirmation, les professeurs en témoignent souvent, c'est-à-dire que le téléphone portable peut nuire à la concentration, nuire à beaucoup de choses. Parfois il peut être un outil pédagogique, il faut aussi s'en rendre compte, mais il y a un problème, et il faut donc le regarder en face, comme à chaque fois qu'il y a un problème. Et donc...

JEFF WITTENBERG
Et il faut l'interdire, comme l'avait dit Emmanuel MACRON ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Et donc on doit prendre des mesures pratiques. Vous voyez par exemple, en Conseil des ministres, avant d'entrer en Conseil des ministres, il y a un casier et on met son téléphone portable, et ensuite on rentre en conseil des ministres, de sorte que l'on ne soit pas interrompu. Ce qui est possible en Conseil des ministres doit être possible en classe, il faut évidemment y travailler d'un point de vue assez pratique, et donc nous allons évidemment avancer...

JEFF WITTENBERG
C'est votre objectif, en tout cas, qui sera tenu.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Bien sûr. Vous savez, tout ce qui a été dit doit être accompli, ça fait partie des choses auxquelles nous sommes attachés.

JEFF WITTENBERG
Alors, vous m'avez fourni ma transition. Vous avez parlé du Conseil des ministres, vous êtes on peut le dire maintenant, un ancien du gouvernement, puisque vous, vous n'avez pas fait partie du remaniement, vous êtes là depuis le premier jour. Comment était l'ambiance hier avec 11 nouveaux visages de ce gouvernement, qui finalement ne compte plus tellement de poids lourds politiques, on dit que c'est un gouvernement de « techniciens », ce qui est un peu péjoratif, d'experts. Vous êtes d'accord avec cette définition ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Pas totalement, je pense que c'est surtout une équipe, une équipe avec des complémentarités. Ce qui nous caractérise tous, c'est que nous aimons l'action, nous aimons les choses concrètes, nous voulons faire avancer les domaines qui sont les nôtres, et puis nous avons le sens de l'équipe, c'est-à-dire nous travaillons ensemble. Vous savez, moi j'ai beaucoup de sujets avec les autres ministres, j'ai des sujets avec la santé, j'ai des sujets avec le handicap, j'ai des sujets avec la culture, j'ai des sujets avec le sport. A chaque fois c'est des ministres dont je vois bien qu'elles sont prêtes – c'est des femmes – à chaque fois d'ailleurs, qu'elles sont prêtes à travailler pour que nous avancions.

JEFF WITTENBERG
Mais ce qui vous caractérise aussi, c'est que vous n'avez pas fait carrière, vous n'êtes pas des apparatchiks, est-ce que c'est plutôt un bonus aujourd'hui de ne pas avoir été dans les partis politiques ? C'était ça ma question.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Ecoutez, je respecte aussi ceux qui ont fait des carrières politiques, c'est justement ça l'intérêt de la... il ne faut pas d'un seul coup diaboliser les carrières politiques, je pense qu'il faut montrer que ce qui est important, quand on forme un gouvernement, c'est la diversité des expériences et d'avoir des personnes qui connaissent le domaine dans lequel ils travaillent. Ça me parait finalement un principe de base.

JEFF WITTENBERG
Eh bien merci pour toutes ces réponses. Je précise que le ministère de l'Education nationale, vous êtes là depuis un mois, mais vous faites déjà un cadeau à certains élèves, en classe de CM2, on va le voir à l'écran, 150 000 élèves, je crois, vont recevoir « Les fables de La Fontaine », pour travailler un petit peu encore pendant l'été, mais de façon ludique, c'est ça ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Oui, et puis c'est surtout une incitation à la lecture. On veut, vous savez, justement, avec la ministre de la Culture, on veut travailler beaucoup à la question du livre, la lecture c'est fondamental, donc on va promouvoir la lecture. Ça c'est un premier pas, mais il y aura d'autres choses que nous ferons, pour promouvoir le livre, c'est très important, et puis deuxièmement la musique, par exemple, on en a beaucoup parlé au moment de la fête de la musique, et vous le savez, on fera la rentrée en musique.

JEFF WITTENBERG
Bon, eh bien vous nous en parlerez la prochaine fois que vous viendrez dans cette émission. Merci beaucoup Monsieur Jean-Michel BLANQUER.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Merci à vous.

JEFF WITTENBERG
C'est à vous William, et très bonne journée.

WILLIAM LEYMERGIE
Merci messieurs.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 23 juin 2017

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