Interview de M. Gérard Collomb, ministre de l'intérieur, à Europe 1 le 22 juin 2017, sur les contours du projet de loi renforçant la sécurité intérieure et la lutte contre le terrorisme, les camps de migrants et le remaniement ministériel. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Gérard Collomb, ministre de l'intérieur, à Europe 1 le 22 juin 2017, sur les contours du projet de loi renforçant la sécurité intérieure et la lutte contre le terrorisme, les camps de migrants et le remaniement ministériel.

Personnalité, fonction : COLLOMB Gérard.

FRANCE. Ministre de l'intérieur

ti : THOMAS SOTTO
Il va présenter le premier grand projet de loi du gouvernement PHILIPPE 2 ce matin en Conseil des ministres, mais avant cela, il est votre invité, Fabien NAMIAS. C'est Gérard COLLOMB, le ministre de l'Intérieur.

FABIEN NAMIAS
Bonjour Gérard COLLOMB.

GERARD COLLOMB
Bonjour.

FABIEN NAMIAS
La menace est extrêmement élevée, disiez-vous hier, est-ce cette menace qui justifie d'examiner ce matin en Conseil des ministres, dans une heure et demie exactement, un texte qui instaure l'état d'urgence permanent ?

GERARD COLLOMB
Ce n'est pas – comme vous le savez – l'état d'urgence permanent, c'est un texte…

FABIEN NAMIAS
Ça y ressemble furieusement…

GERARD COLLOMB
C'est un texte qui, justement, vise à sortir de l'état d'urgence pour introduire un certain nombre de dispositifs dans la loi, qui permettent de protéger nos concitoyens. Evidemment, on voit bien que ce besoin est très impérieux, lorsque l'on regarde ce qui s'est passé en Angleterre, à Londres, à Manchester, ce qui s'est passé sur les Champs-Elysées, chez nous…

FABIEN NAMIAS
Encore avant-hier…

GERARD COLLOMB
Nous voyons bien que la menace reste élevée. Il faut y faire face et y répondre.

FABIEN NAMIAS
Mais n'est-ce pas une fin d'une certaine conception de l'état de droit à la française, où finalement, la police prend le pas sur la justice, puisque, à l'exception des perquisitions, la justice dans ce texte de loi n'est qu'informée, je dis bien informée, des décisions des préfets ?

GERARD COLLOMB
Non, si vous comparez ce qu'est l'état d'urgence aujourd'hui et les différents articles de notre texte, vous verrez qu'il y a de grandes différences, et que chaque fois, on essaie de prendre un certain nombre de précautions pour que les libertés individuelles soient respectées, mais en même temps, il faut permettre à nos services d'agir, peut-être tout à l'heure, me poserez-vous des questions sur quelques failles, lorsque l'on voit qu'il y a des dysfonctionnements, on pointe tout de suite, donc cela veut dire qu'il faut prendre les mesures pour garantir la protection des Françaises et des Français.

FABIEN NAMIAS
Il y a des failles malheureusement, et on va y venir. Les mesures clefs de l'état d'urgence, qui est en vigueur, je le rappelle, depuis novembre 2015, et qui va être également prolongé par une décision ce matin en Conseil des ministres, sont reprises donc dans le texte que vous présentez ce matin, atténuées, certes, sur certains points, les perquisitions administratives, qui seront soumises à l'autorisation du juge, le bracelet électronique qui sera non-obligatoire, mais cet état d'urgence, il n'empêche malheureusement pas les attentats d'être commis sur notre territoire. Il y a encore eu une tentative avec ce kamikaze sur les Champs-Elysées lundi. Donc, soit, c'est totalement inutile, soit, au contraire, il faudrait aller beaucoup plus loin !

GERARD COLLOMB
Non, je crois, si vous voulez, que, malheureusement, il n'existe pas de risque zéro. On ne peut pas garantir qu'il n'y ait pas quelqu'un qui puisse se glisser à travers les mailles du filet. Mais il faut que celles-ci soient les plus serrées possibles, et c'est ce que nous essayons de faire. Voyez, lorsque l'on regarde les mesures que nous allons prendre, nous prenons des mesures pour les grands rassemblements, faire qu'ils soient sécurisés. Nous prenons des mesures…

FABIEN NAMIAS
Comme, par exemple, le Tour de France, dans quelques semaines…

GERARD COLLOMB
Absolument.

FABIEN NAMIAS
Qui vous permettrait des mesures…

GERARD COLLOMB
Pour nous, c'est un défi sur lequel nous travaillons d'ores et déjà…

FABIEN NAMIAS
… De sécurité…

GERARD COLLOMB
On voit bien que, autour de la caravane, il y a des lieux où peuvent se commettre un certain nombre d'attentats, et donc nous travaillons à sécuriser des événements comme celui-là. Deuxièmement, les lieux de culte, où un certain nombre de prédicateurs pourraient inciter au passage à l'acte, nous prenons un certain nombre de dispositions, ensuite, effectivement, la possibilité de perquisitions, d'assignations à résidence, mais sous le contrôle du juge, et nous avons voulu mettre le juge des libertés pour qu'il y ait garantie des libertés individuelles.

FABIEN NAMIAS
Il y a aussi une mesure dans ce texte dont je souhaiterais que vous nous la précisiez, sur les mesures individuelles de surveillance, est-ce que, concrètement, les autorités auront accès à nos identifiants informatiques, vous savez, les identifiants qu'on rentre dans l'ordinateur, dans le téléphone, pour se connecter ?

GERARD COLLOMB
Alors, vous avez effectivement la nécessité de donner, je rappelle que c'est pour ceux qui s'apprêtent à commettre des actes de terrorisme ou dont on soupçonne donc…

FABIEN NAMIAS
Voilà, c'est uniquement dans le cadre du terrorisme, ça ne peut pas s'appliquer à n'importe quel citoyen dans n'importe quelle circonstance…

GERARD COLLOMB
C'est uniquement, et la loi le précise à tous les paragraphes, c'est uniquement pour les actes de terrorisme, même pas pour des troubles à l'ordre public qui, par le passé, pouvaient être effectivement pris en compte par l'état d'urgence. Eh bien, là, on aura votre numéro de téléphone, mais ce à quoi on n'aura pas accès, c'est votre numéro de passe, d'entrée. Et donc on ne pourra pas écouter vos conversations.

FABIEN NAMIAS
Ni écouter ni donc connaître les mots de passe que l'on rentre pour débloquer nos téléphones ou nos ordinateurs.

GERARD COLLOMB
Absolument.

FABIEN NAMIAS
Vous parliez tout à l'heure, Monsieur le Ministre de l'Intérieur, de failles, et malheureusement, il y en a des failles, au sujet par exemple des fichés S, nous avons été stupéfaits, il y a quelques jours, d'apprendre que le kamikaze des Champs-Elysées avait une autorisation de port d'arme ; Concrètement, comment est-ce que vous pouvez remédier à cette situation ?

GERARD COLLOMB
Alors, si vous voulez, il faut bien voir que les fichés S sont des fichiers extrêmement larges, puisqu'il y a à peu près 15.000 personnes qui sont aujourd'hui dans les fichés S. Et à quoi servent…

FABIEN NAMIAS
Dont une petite dizaine de milliers en réalité concernées par les procédures de terrorisme, le reste, ça peut être des hooligans, des zadistes, ça concerne un peu tout le monde…

GERARD COLLOMB
Absolument.

FABIEN NAMIAS
Si j'ai bien compris.

GERARD COLLOMB
Ces fichiers sont faits pour quoi ? Ils sont faits pour signaler aux services de police, français ou étrangers, quand par exemple, on passe une frontière, que cet individu peut être effectivement dangereux et qu'il faut avoir un oeil spécial sur lui. Mais après, vous avez d'autres fichiers, qui concernent, là, directement, la radicalisation, et c'est ces fichiers-là, évidemment, qu'il faut utiliser pour contrôler, peut-être davantage qu'on le fait aujourd'hui, la détention d'un port d'arme, et moi, je viens d'envoyer hier une lettre aux préfets en disant qu'il faut qu'ils soient d'une particulière vigilance, et d'ailleurs, nous allons, nous sommes en train de leur donner les moyens de contrôler davantage effectivement l'obtention de port d'arme, pour un certain nombre de gens, qui, effectivement, seraient connus de nos services, et dont les préfets pourraient avoir eux-mêmes connaissance.

FABIEN NAMIAS
Mais pour être parfaitement en transparence et en clarté sur ce sujet, il pourrait y avoir la création d'un fichier uniquement concernant les personnes radicalisées, un fichier R, comme le disait un ancien conseiller d'un ancien ministre de l'Intérieur, hier, dans Le Figaro, Hugues MOUTOUH.

GERARD COLLOMB
Nous avons tout à l'heure un Conseil de Défense…

FABIEN NAMIAS
Juste avant le Conseil des ministres…

GERARD COLLOMB
Et donc cette question va être examinée. Nous ne nous interdisons rien, nous voulons les mesures qui soient les plus efficaces, comme vous le voyez sur ce problème du terrorisme, nous sommes en train de tout réexaminer, puisque, à la fois, vous allez avoir des changements à la DGSI, que vous avez la création de la Task Force, et donc que nous remettons tout à plat pour que la sécurité maximale soit assurée.

FABIEN NAMIAS
En tout cas, on vous a entendu, la question des fichiers S examinée dans quarante minutes maintenant à l'Elysée, autour du Conseil de Défense. Un autre sujet, il y en a beaucoup au ministère de l'Intérieur, s'annonce particulièrement sensible, à l'aube de l'été qui commence, c'est la question des migrants. Anne HIDALGO, la maire de Paris, vous a adressé un courrier au sujet de ceux qui s'entassent dans des conditions déplorables, dans des camps de fortune autour du centre d'accueil humanitaire de la porte de Chapelle à Paris. Il faut absolument éviter la création de nouveaux abcès de fixation que sont les camps de migrants. Je cite le président de la République dans une interview accordée ce matin au Figaro. Comment allez-vous régler cette question ?

GERARD COLLOMB
Alors, je crois que le président de la République a totalement raison, vous voyez, lorsque l'on regarde par exemple le passé de Calais, on s'aperçoit que Sangatte, au début, c'est un hangar qui est fait pour 4, 500 personnes. Et puis, on arrive à 2.000, que la jungle, au début, c'est quelque chose comme à peu près 600, 700 personnes. Et on finit à 7.000. Ça veut dire que si on ne prend pas des dispositions pour éviter que progressivement, il y ait une concentration de personnes, alors, on est facilement débordé. Le véritable problème, c'est le problème amont, c'est-à-dire que, aujourd'hui, par exemple, par des routes qui passent par l'Afrique occidentale, donc passent par le Niger, par le Mali, qui arrivent sur la Libye, et ensuite, qui arrivent sur l'Italie, depuis le début de l'année, vous avez 65.000 personnes qui sont arrivées en Italie. Le vrai problème, c'est d'essayer de faire en sorte que ces routes de passeurs puissent être coupées, et qu'on n'ait pas effectivement en Europe des flux d'immigration qui ne plus des demandeurs d'asile, mais de l'immigration économique, que l'on n'arrive plus à gérer.

FABIEN NAMIAS
Mais est-ce qu'il faut traiter le problème en amont, c'est une certitude, mais pour l'aval, est-ce qu'il faut d'autres centres d'accueil humanitaire en France, comme le réclame Anne HIDALGO ?

GERARD COLLOMB
Mais si vous voulez, un certain nombre d'autres pays l'ont fait, par exemple, à un moment donné, l'Espagne avait des problèmes extrêmement importants, parce que, arrivaient aux Canaries toute une série de migrants. Ils ont passé des accords avec une série de pays africains, la Mauritanie, par exemple, et ils ont fait cesser ce flux de migrants, c'est ce que nous allons faire, moi, j'ai rencontré la semaine dernière un de mes collègues africains pour commencer à discuter de cette question. Et je me rendrai en Afrique pour discuter avec l'ensemble des ministres de l'Intérieur concernés de manière à faire en sorte qu'il n'y ait plus une route des passeurs qui, d'ailleurs, très souvent, se confond avec la route des armes, et avec la route de la drogue.

FABIEN NAMIAS
Mais pas de nouveau camp, si on vous entend bien, avant d'aller en Afrique, est-ce que vous irez à Calais ?

GERARD COLLOMB
J'y vais demain.

FABIEN NAMIAS
Demain ?

GERARD COLLOMB
Demain, je me rendrai à Calais, je verrai à la fois l'ensemble des élus, l'ensemble des responsables économiques, et le monde associatif, qui, évidemment, ont des points de vue qui sont assez opposés…

FABIEN NAMIAS
Qui est très remonté, vous savez qu'ils ont saisi le tribunal administratif de Lille…

GERARD COLLOMB
Et donc je vais essayer de pouvoir concilier les points de vue, de manière à ce que Calais ne soit plus cet abcès de fixation, voyez, quand aujourd'hui, dans le Pas-de-Calais, on s'aperçoit que beaucoup de députés sont au Front national, cela veut dire quand même qu'il y a un vrai problème, et que c'est ressenti très fortement par la population. Moi, je veux que cela cesse, et donc c'est pour cela que dès demain, je serai à Calais, et que je discuterai avec l'ensemble des acteurs.

FABIEN NAMIAS
Le gouvernement a été remanié hier, vous avez conservé votre place première dans l'ordre protocolaire d'ailleurs du gouvernement. L'exfiltration de François BAYROU de ce gouvernement est-elle un soulagement ?

GERARD COLLOMB
Je crois que, si vous voulez, François BAYROU a fait preuve de responsabilité, il a vu qu'il était en difficulté, s'il n'avait pas été…

FABIEN NAMIAS
Là, il vous rend bien service, là, en partant…

GERARD COLLOMB
S'il n'avait pas été Garde des sceaux, évidemment, le problème aurait pu se poser de manière différente, mais la Garde des sceaux, qui intronisait…

FABIEN NAMIAS
Mais il pouvait aussi changer d'affectation ministérielle…

GERARD COLLOMB
Une loi de moralisation de la vie politique, il a fait ce qui lui a semblé le plus simple, c'est-à-dire le retrait du gouvernement.

FABIEN NAMIAS
Et c'est une mesure de compensation d'avoir nommé l'une de ces fidèles parmi les fidèle, Jacqueline GOURAULT, au gouvernement, pas n'importe où, elle sera votre secrétaire d'Etat, c'est un lot de compensation ou elle va vous servir à quelque chose ?

GERARD COLLOMB
Alors, moi, j'aime beaucoup, oui, oui…

FABIEN NAMIAS
A quoi ?

GERARD COLLOMB
Moi, j'aime beaucoup Jacqueline GOURAULT, qui est une sénatrice que je connais bien, avec qui j'ai fait par exemple toutes les lois sur la réforme des territoires, et en particulier, la création de la métropole de Lyon. Donc c'est quelqu'un avec qui j'ai beaucoup travaillé…

FABIEN NAMIAS
Oui, mais qu'est-ce que vous allez lui confier, parce que secrétaire d'Etat auprès du ministre de l'Intérieur sans délégation ou sans enveloppe particulière on se demande à quoi ça sert, pardon…

GERARD COLLOMB
Non, vous savez, c'est un grand ministère, vous avez des problèmes…

FABIEN NAMIAS
Oui, ça, je sais, mais…

GERARD COLLOMB
Vous avez des problmes dont vous venez de parler, mais en même temps, vous avez toute l'administration, et vous avez toute la réforme territoriale qui est encore à venir.

THOMAS SOTTO
Merci beaucoup Gérard COLLOMB.

FABIEN NAMIAS
Merci…

THOMAS SOTTO
J'ai une toute petite dernière question, je ne sais pas si vous avez entendu à 07h30 Sophie PARRA, qui témoignait dans le journal de 07h30, donc elle a été blessée au Bataclan, et comme beaucoup d'autres, elle ne comprend pas du tout la disparition du secrétariat d'Etat en charge de l'aide aux victimes, des victimes qui se sentent oubliées. Pourquoi les laisser seules, ces victimes, face à leur désarroi et à leurs problèmes ?

GERARD COLLOMB
Si vous voulez, je pense que, un ministre aura en charge cette problématique, évidemment, une problématique extrêmement importante…

THOMAS SOTTO
Et c'est qui ce matin, qui est ce ministre ce matin, qui s'occupe de l'aide aux victimes ?

GERARD COLLOMB
C'est le président qui définit les attributions, et moi, je ne sais pas à qui il confiera ce poste-là…

THOMAS SOTTO
Donc il n'y en a pas ?

GERARD COLLOMB
Mais on ne peut pas en même temps, vous comprenez, demander au président de la République et au Premier ministre d'avoir un gouvernement très resserré, ce que nous faisons, et puis, en même temps, de traiter l'ensemble des sujets, il y a d'autres thématiques qui, aujourd'hui, par exemple, ne sont pas traitées, et dont les attributions devront être réalisées dans les prochains jours.

FABIEN NAMIAS
Peut-être pour Jacqueline GOURAULT, auprès de vous, pourquoi pas.

THOMAS SOTTO
Merci beaucoup, Gérard COLLOMB.

GÉRARD COLLOMB
Il y en a déjà beaucoup.

THOMAS SOTTO
Merci Gérard COLLOMB


Source : Service d'information du Gouvernement, le 23 juin 2017

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