Interview de M. Christophe Castaner, secrétaire d'Etat aux relations avec le Parlement, porte-parole du Gouvernement, à France Inter le 22 juin 2017, sur le remaniement ministériel. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Christophe Castaner, secrétaire d'Etat aux relations avec le Parlement, porte-parole du Gouvernement, à France Inter le 22 juin 2017, sur le remaniement ministériel.

Personnalité, fonction : CASTANER Christophe.

FRANCE. Secrétaire d'Etat aux relations avec le Parlement, porte-parole du Gouvvernement

ti : PATRICK COHEN
Bonjour Christophe CASTANER.

CHRISTOPHE CASTANER
Bonjour.

PATRICK COHEN
Ça y est, la crise politique est passée ?

CHRISTOPHE CASTANER
Quelle crise politique ? Le remaniement a eu lieu. D'abord, dimanche, une élection, une majorité forte pour le président de la République et le Premier ministre, commençons par l'essentiel.

PATRICK COHEN
Il n'y a pas de crise ? Vous ne pouvez pas convenir de l'ampleur du désordre ? Quatre ministres qui sortent, et non des moindres, après 30 jours de gouvernement, ce n'est pas de l'énergie et du temps perdu ?

CHRISTOPHE CASTANER
Mais, c'est une fragilité, fragilité qui a été traitée, donc, on peut l'appeler crise si on veut partir haut dans le vocabulaire, fragilité à un moment donné, aujourd'hui il y a un gouvernement en responsabilité, resserré, rajeuni, féminisé, il y a une majorité parlementaire, et ça c'est quand même l'essentiel, ce n'était pas acquis, il y a 2 mois on pensait même que c'était quasiment impossible. Aujourd'hui les choses sont claires, je vous dirai, maintenant : au boulot.

PATRICK COHEN
Est-ce qu'on peut, avant d'aller au boulot, est-ce qu'on peut aller plus loin dans le débat sur la justice, la morale et la transparence. Qu'est-ce qui fait sortir ces ministres, est-ce que l'avancée de la justice, est-ce que ce sont les enquêtes ou les révélations de la presse, est-ce que c'est la pression de l'opinion publique ?

CHRISTOPHE CASTANER
Je ne crois pas que ce soit les avancées de la justice, parce qu'il n'y a pas d'élément particulier, à ma connaissance, qui implique cela. On est dans une situation difficile, parce que la pression médiatique, qui est posée sur un ministre, peut l'empêcher. Est-ce que c'est juste ? Non. Mais, en même temps, c'est la responsabilité de chacun de faire les enquêtes quand elles sont nécessaires, de mettre en avant un certain nombre de sujets, et quelquefois de provoquer des enquêtes judiciaires, c'est aussi le résultat de ce qui a pu se passer ces derniers temps par le travail de la presse.

PATRICK COHEN
Donc, ce n'est pas juste, mais il faut le faire ?

CHRISTOPHE CASTANER
Mais, vous savez, déjà le principe-même posé par le Premier ministre de dire « un ministre mis en examen doit quitter le gouvernement », est par nature injuste, parce qu'on sait très bien que la mise en examen ne vaut pas condamnation, et pourtant on sait que dans notre société, médiatique, de tensions, d'attentes fortes de nos concitoyens, vous êtes en fragilité quand vous êtes mis en examen. Et aujourd'hui on constate, un ministre, garde des Sceaux, par exemple, est en fragilité quand il fait lui-même l'objet d'une enquête. Donc, à partir de là je pense qu'ils ont pris, les uns et les autres, la bonne décision, celle de se mettre en retrait, non pas de partir de la politique, mais de se mettre en retrait, pour préparer leur défense, et ils ont leur place dans la vie politique française, parce que je suis convaincu que les uns et les autres ne seront pas condamnés pour des faits, pour l'instant, sur lesquels ils ne sont pas mis en examen, et, dans la plupart des cas, même pas mis en cause.

PATRICK COHEN
La ligne du gouvernement a donc évolué, ce qu'a convenu, ce qu'a semblé dire Edouard PHILIPPE, le Premier ministre, hier soir.

CHRISTOPHE CASTANER
La ligne du gouvernement reste la même, un ministre mis en examen doit partir, par contre il y a des décisions personnelles, fortes, qui ont été prises, d'abord par…

PATRICK COHEN
Et un ministre soupçonné ?

CHRISTOPHE CASTANER
Mais, il n'y a pas de demande, il n'y a peu eu de demande, pour aucun de ces ministres, de quitter le gouvernement, ni par le président de la République, ni par le Premier ministre, mais il y a une situation qui les a amenés à penser qu'il y avait un empêchement de bien faire leur travail de ministre. Et j'ai apprécié, moi, les propos de François BAYROU hier, y compris pour préserver la loi de confiance qu'il a portée et que nous allons poursuivre, parce que nous le lui devons, je pense que ça va dans le bon sens.

PATRICK COHEN
Enfin, François BAYROU a aussi dénoncé la délation, les sycophantes, en référence à la Grèce Antique, et FINKIELKRAUT, tout à l'heure, qui était l'invité de Léa SALAME à 7h50, parlait d'une prime à la délation et à l'accusation. Vous êtes sensible à ce débat, Christophe CASTANER ?

CHRISTOPHE CASTANER
Oui, moi j'ai eu l'occasion d'échanger avec les journalistes. On a une difficulté, qui est aujourd'hui le juge de la morale et de l'étique, et où sont les curseurs, où sont les référentiels ? Moi je préfère toujours la justice, parce qu'elle a un cadre, elle a un cadre, elle a un arbitre, c'est le magistrat qui va décider ou qui va sanctionner. Mais aujourd'hui, dans notre société d'hyper communication, on sait bien que, dans nos fonctions politiques, on peut être en fragilité même de façon injuste. Mais, vous savez, l'élection elle-même est injuste. Moi je connais un grand nombre de parlementaires qui ont été battus, venant du Parti socialiste ou des Républicains, il y a une quinzaine de jours, pour lesquels ça a été injuste eu égard à leur travail, à cinq années consacrées à leur territoire ou au travail dans l'hémicycle. Mais c'est le propre de la politique aussi, nous devons nous adapter à ce temps médiatique, à cette exigence d'étique, qui est plus forte pour nous que pour d'autres citoyens, dont acte. C'est peut-être aussi les conséquences de certaines turpitudes de certains d'entre nous.

PATRICK COHEN
Et on va regarder le reste de la liste à présent, forcément, donc on va se demander jusqu'où ça va s'arrêter. Muriel PENICAUD, par exemple, peut être soupçonnée, comme ancienne dirigeante de Business France, vous savez, sur l'histoire du forum à Las Vegas ?

CHRISTOPHE CASTANER
Oui, sauf que dans le cas particulier, on ne va pas rentrer dans le détail, il y a un marché qui est passé avec une entreprise pour assurer la représentation de la France à Las Vegas dans un, pas un séminaire, un colloque international que tout le monde connaît, elle constate une anomalie, elle saisit un cabinet d'audit pour faire un travail, elle saisit ensuite l'Inspection générale du ministère, l'Inspection générale valide une décision. Moi je ne suis pas inquiet sur les suites de cette discussion, qui n'est pas une affaire.

PATRICK COHEN
On y reviendra sans doute avec les auditeurs de France Inter tout à l'heure, 01.45.24.7000. Quelques mots sur la composition du gouvernement, Christophe CASTANER, gouvernement dont on soupèse les équilibres politiques, c'est la règle. Vous n'avez pas oublié, j'imagine, que vous êtes issu du Parti socialiste, vous-même.

CHRISTOPHE CASTANER
Je n'ai pas oublié, je sais d'où je viens.

PATRICK COHEN
Et donc vous avez remarqué que les quatre ministres régaliens, COLLOMB, LE DRIAN, BELLOUBET, PARLY, ces quatre-là sont issus du Parti socialiste.

CHRISTOPHE CASTANER
Ce n'est pas grave d'être issu du Parti socialiste…

PATRICK COHEN
Non, mais je vous demande si c'est un signal ?

CHRISTOPHE CASTANER
Par contre je pense, par exemple…

PATRICK COHEN
Ou si c'est un hasard ?

CHRISTOPHE CASTANER
Que Florence PARLY, aujourd'hui, ne peut pas être considérée comme une militante du Parti socialiste, elle a été au cabinet de Lionel JOSPIN, puis ministre de Lionel JOSPIN, depuis elle a fait ses preuves dans de grandes entreprises, et donc, du coup, on n'est pas aujourd'hui dans cette histoire. Mais vous savez…

PATRICK COHEN
C'est grave ou ce n'est pas grave alors ?

CHRISTOPHE CASTANER
Non, mais… pour répondre à votre question il faudrait que j'arrive à savoir à quel moment on est marqué de l'empreinte formelle. Prenez l'exemple du Premier ministre, moi j'ai eu en tête qu'il avait été rocardien, comme moi, qu'il était aux Républicains il y a quelques semaines, et aujourd'hui il est Premier ministre d'un gouvernement qui veut dépasser les partis politiques. Donc, moi je me fiche un peu de savoir quel est le parcours des gens, mais seulement si j'arrive à travailler avec lui, pour le Premier ministre, ou avec eux, au sein du gouvernement, c'est quand même ça l'essentiel.

PATRICK COHEN
Donc les équilibres politiques n'ont pas bougé entre les deux gouvernements PHILIPPE ?

CHRISTOPHE CASTANER
Non, parce que vous avez aussi un président de Conseil départemental Les Républicains qui rentre dans le gouvernement, et vous avez des personnalités, je crois que, par exemple, pour la garde des Sceaux, on a plus regardé le fait qu'elle était professeur de droit, qu'elle était membre du Conseil Constitutionnel, ce que je trouve plutôt pas mal pour être garde des Sceaux, par rapport à son expérience, que de savoir si un jour elle a eu sa carte ou pas dans un parti politique.

PATRICK COHEN
Elle a eu sa carte au PS et elle s'est exprimée au moment de l'élection du premier secrétaire du PS, j'ai retrouvé ces archives, et elle a été pendant 5 ans élue locale à la mairie de Toulouse et au Conseil régional Midi-Pyrénées.

CHRISTOPHE CASTANER
Bien sûr, mais je ne veux pas vous laisser l'impression que je veux cacher ça, moi j'assume d'avoir été un militant socialiste, mais de l'avoir quitté, le Parti socialiste, de m'en être libéré, mais comme un acte politique. Pour la garde des Sceaux ce n'est pas le cas, c'est son évolution personnelle qui l'a amenée à s'éloigner du Parti socialiste.

PATRICK COHEN
Non, non, mais on sent bien votre envie de brouiller les clivages…

CHRISTOPHE CASTANER
De les dépasser alors, totalement…

PATRICK COHEN
De les dépasser, voilà.

CHRISTOPHE CASTANER
Parce que j'ai été prisonnier de ce système pendant trop longtemps. J'ai assumé mes responsabilités, j'ai été tête de liste aux élections régionales pour le Parti socialiste il y a un peu plus d'1 an, et je ne veux pas laisser penser que je l'oublie, je sais d'où je viens, je sais mes valeurs. Et je ne dis pas que la droite et la gauche c'est pareil et qu'il n'y a plus de valeurs, mais je pense qu'à un moment donné il faut qu'on arrête de se poser la question de savoir si celui qui parle est de droite ou de gauche pour savoir si son idée est bonne, mais plutôt de savoir si son idée est intéressante ou pas pour la France.

PATRICK COHEN
Le journal Le Monde a publié les neuf articles du projet de loi d'habilitation sur la réforme du travail, la version qui, selon le journal, a été transmise au Conseil d'Etat. C'est bien le projet du gouvernement ?

CHRISTOPHE CASTANER
Je ne veux pas me prononcer sur ce document…

PATRICK COHEN
Ah bon ?

CHRISTOPHE CASTANER
Mais on retrouve, effectivement, le cadre dans lequel la ministre du Travail veut discuter avec les partenaires sociaux. C'est un cadre, avec l'ensemble des sujets qui sont posés sur la table, ce n'est pas la loi qui aboutira ou les ordonnances et la traduction réglementaire qu'il y aura…

PATRICK COHEN
Non, pas les ordonnances, mais la loi d'habilitation qui sera discutée au Parlement.

CHRISTOPHE CASTANER
Oui, et qui pose un cadre, c'est le principe même de l'ordonnance, vous mettez le curseur bas, le curseur haut, et vous discutez au milieu. Il y a 48 réunions prévues avec les partenaires sociaux, mais c'est effectivement le cadre sur lequel les discussions vont avoir lieu avec les partenaires sociaux.

PATRICK COHEN
Et une idée – alors il y a des choses qu'on retrouve, qui ont été évoquées dans le débat, pendant la campagne présidentielle et après – une idée qui resurgit, c'est le recours au CDI de projet, c'est-à-dire l'idée d'embaucher, pour une durée indéterminée, des ouvriers sur un chantier pendant plusieurs années, pour clôturer le contrat de travail à la fin de la construction ou du chantier. C'est une idée qui vous semble intéressante, innovante ?

CHRISTOPHE CASTANER
Alors d'abord je veux replacer le cadre. C'est effectivement un sujet qui va être discuté entre la ministre du Travail et les partenaires sociaux. Ensuite, vous savez, je crois qu'on fait à peu près tout ça, quand on veut construire sa propre maison on fait appel à une entreprise et on passe un contrat sur la durée de l'objectif, c'est-à-dire la construction de la maison. Donc peut-être qu'on peut aussi raisonner comme ça, qu'une entreprise peut prendre le risque d'embaucher à un moment donné parce qu'elle sait qu'elle a une capacité de marché qui va lui permettre d'embaucher, et moi je préfère qu'elle prenne ce risque-là plutôt que de ne pas embaucher.

PATRICK COHEN
Donc le CDI de projet pourrait se retrouver dans la loi d'habilitation.

CHRISTOPHE CASTANER
Il sera discuté, et s'il y a un accord, et s'il y a une décision politique ensuite, il pourrait s'y retrouver, mais c'est une base de discussion avec les partenaires sociaux.

PATRICK COHEN
Mais non, parce que les discussions avec les partenaires sociaux elles iront au-delà du débat au Parlement, dans le calendrier.

CHRISTOPHE CASTANER
Non, dans la loi, le principe de la loi, pour préparer une ordonnance, donne un cadre, fourchette basse/ fourchette haute, vous discutez pendant ce temps-là et ensuite le gouvernement le traduit par un texte, texte qui est aussi validé par l'Assemblée nationale et le Sénat.

PATRICK COHEN
Christophe CASTANER, porte-parole du gouvernement, avec nous jusqu'à 9h00 et vos appels dans quelques minutes.


Source : Service d'information du gouvernement, le 23 juin 2017

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