Interview de M. Jacques Mézard, ministre de la cohésion des territoires, à CNews le 22 juin 2017, sur sa carrière politique, notamment en tant que président de l'agglomération d'Aurillac. | vie-publique.fr | Discours publics

[ Publicité ]

Interview de M. Jacques Mézard, ministre de la cohésion des territoires, à CNews le 22 juin 2017, sur sa carrière politique, notamment en tant que président de l'agglomération d'Aurillac.

Personnalité, fonction : MEZARD Jacques.

FRANCE. Ministre de la cohésion des territoires

ti : ROMAIN DESARBRE
Tout de suite, Jean-Pierre ELKABBACH, vous recevez Jacques MEZARD, qui est le nouveau ministre de la Cohésion des territoires.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Je voudrais dire que l'on peut être mal-connu ou méconnu, et être un poids lourd politique et intellectuel. Jacques MEZARD, bienvenu.

JACQUES MEZARD
Bonjour.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Merci d'être avec nous. Vous étiez bien installé au ministère de l'Agriculture, et vous allez passer vos pouvoirs, et hier, dans la nuit, presque, vers 21h00, tout de suite après l'annonce de la formation du gouvernement, c'est Richard FERRAND qui vous a passé les pouvoirs. Pourquoi la nuit, pourquoi si vite ? Il y a des trucs à cacher ?

JACQUES MEZARD
Il n'y avait rien à cacher, simplement Richard FERRAND est aujourd'hui au Conseil régional de Bretagne, où il y a l'élection du successeur de monsieur LE DRIAN, et donc nous ne pouvions faire cette passation de pouvoirs qu'hier soir.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Tous les deux, vous vous connaissez bien, lui il était député, vous étiez sénateur. Qu''est-ce qu'il vous a recommandé ?

JACQUES MEZARD
Ce qu'il m'a recommandé, c'est de continuer le travail qu'il avait préparé depuis un mois, car en dépit de toutes les difficultés qu'il a pu connaitre, il y a beaucoup travaillé pendant ce mois dernier, pour établir une feuille de route sur ce ministère important, qui est celui de la Cohésion des territoires.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Vous, vous n'appréciez ni le bruit, ni la fureur, ni les mouvements médiatiques, vous préférez la discrétion, et vous préférez l'ombre à la lumière, mais est-ce qu'on peut dire quelques mots de Jacques MEZARD ? Vous êtes avocat, ou vous étiez avocat.

JACQUES MEZARD
J'étais avocat, j'ai démissionné quand j'ai été élu au Sénat en 2008.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Vous avez été maire d'Aurillac.

JACQUES MEZARD
Non, président de l'agglomération d'Aurillac.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Aurillac, c'est-à-dire, un endroit qui est plutôt, je ne dirais pas abandonné, mais enclavé.

JACQUES MEZARD
Enclavé, c'est certain, nous sommes la préfecture peut-être la plus enclavée de France, et nous sommes au coeur d'un département très rural, qui a besoin d'être aidé, dans lequel il y a beaucoup de gens qui travaillent bien, et qui méritent d'être soutenus.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Quand on dit enclavé, quand vous étiez sénateur, combien de temps il vous fallait pour aller chez vous, pour revenir à Paris ?

JACQUES MEZARD
Le train était devenu inabordable, il faut presque 14 heures aller-retour, la route pour aller à Paris il faut presque 12 heures aller-retour, et nous avons un avion par jour, matin et soir, pas le samedi et pas au mois d'août, c'est ça aussi la réalité des territoires ruraux.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Oui, c'est ça, contre ces inégalités-là qu'il faut lutter, et il faut bien du mérite pour être un élu. Et vous avez été conseiller spécial, politique, d'Emmanuel MACRON, pendant la campagne présidentielle...

JACQUES MEZARD
J'ai été un proche.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Comment vous l'avez connu ?

JACQUES MEZARD
Ecoutez, je l'ai connu parce que je l'ai rejoint l'été dernier, j'ai considéré qu'Emmanuel MACRON c'était une chance pour la France. A l'âge que j'ai, il est important de pouvoir donner un coup de main à une nouvelle génération. Nous avons...

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Et pourquoi lui ?

JACQUES MEZARD
Pourquoi lui ? Parce que j'ai considéré que c'était le meilleur, qu'il incarnait vraiment un dynamisme, une capacité de transformer ce pays, de le faire avancer, de lui donner une nouvelle image, ce qu'il a démontré d'ailleurs depuis ces dernières semaines, et en particulier au niveau international.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Mais il y a en même temps une crise politique, dont on va peut-être parler tout à l'heure, si on a le temps, parce qu'on sait que l'on va retransmettre la passation de pouvoir entre François BAYROU et madame BELLOUBET. Comment donner de la cohésion aux territoires qui sont justement victimes d'un certain abandon, d'inégalités ?

JACQUES MEZARD
Les territoires sont différents, il ne vaut pas opposer les territoires urbains et les territoires ruraux. Dans chacun, il y a des territoires qui vont bien, d'autres qui vont plus mal. Dans le milieu urbain, on connait les difficultés des banlieues, la nécessité d'une politique de la ville, efficace, et qui est certainement à revoir, et dans nos territoires ruraux, là aussi il y a des différences considérables. Mais ce que l'on appelle la fracture territoriale, s'est amplifiée ces dernières années, avec des départements qui perdent de la démographie, d'autres dans lesquels il y a une crise du logement. Nous devons revoir ça, avec la volonté de rétablir un équilibre et aussi de moderniser ces territoires.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Beaucoup l'ont dit, et beaucoup se sont cassés les dents. Mais pourquoi on met le logement dans la Cohésion des territoires ? Pourquoi ?

JACQUES MEZARD
Ecoutez, la répartition entre les ministères, pu, dans certains cas, dans les décennies précédentes, évoluer, mais je crois que le logement...

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Ça fait partie des inégalités.

JACQUES MEZARD
Bien sûr, bien sûr. Nous savons que nous avons une crise du logement, nous savons aujourd'hui qu'il est nécessaire de construire davantage, de mieux construire, d'être dans la transition écologique, au point de vue des économies d'énergie, et de faire en sorte justement que dans les zones dites tendues, on arrive rapidement à construire davantage.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Avec une vision de la France du XXIème siècle, avec la mondialisation numérisée, on a l'impression qu'il y a des campagnes complètement désertées et une ruralité malheureuse.

JACQUES MEZARD
Une partie de la ruralité malheureuse, parce qu'il y a aussi beaucoup d'innovations dans les territoires ruraux. Ce qui est indispensable, c'est de donner, pas forcément les mêmes chances, mais en tout cas des atouts à tous les territoires, et c'est la volonté que nous avons, et que c'est ce que nous avons dit d'ailleurs pendant la campagne présidentielle, nous allons le faire.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Un peu de politique. Jean-Christophe CAMBADELIS a déclaré hier que votre gouvernement PHILIPPE confirme le caractère énarchique et droitier du quinquennat. Est-ce que vous vous reconnaissez dans ce portrait, Jacques MEZARD ?

JACQUES MEZARD
Ecoutez, avec moi, monsieur CAMBADELIS tombe mal, parce que je ne suis ni un technocrate, ni un homme de droite, donc je suis la démonstration de ce que le président de la République a voulu, c'est-à-dire différentes sensibilités, des gens de la société civile, et arriver à rassembler au maximum ceux qui ont envie de faire bouger ce pays.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Oui, on a vu qu'il y a une trentaine de personnes dans le gouvernement, avec la marque de l'équilibre, la parité hommes/femmes, etc. et l'addition des, et de droite, et de gauche, et du centre, et de la société civile, on a l'impression que, comme disait BAUDELAIRE, l'Albatros, les ailes de géant vont l'empêcher de marcher, non ?

JACQUES MEZARD
Non. Non non, je crois qu'Emmanuel MACRON, le président de la République, a constitué un gouvernement où justement l'équilibre est un atout. Et puis il y a une volonté de travailler ensemble. Nous avons tous conscience du fait que nous n'avons pas le droit d'échouer, que la situation de ce pays, ces dernières années, était telle qu'il fallait ce renouveau, il fallait cette volonté, à la fois de rassemblement, de dynamisme et de transformer le pays sans le brutaliser. Certes, c'est difficile à réaliser, mais nous avons le devoir...

JEAN-PIERRE ELKABBACH
C'est-à-dire, ne pas le brutaliser, ce n'est pas lui donner des réformes qui lui tombent dessus ?

JACQUES MEZARD
C'est en tout cas d'utiliser au maximum la concertation et d'essayer de démontrer par le dialogue, par la concertation à nos concitoyens, que certaines réformes, qui seront difficiles à faire, nous avons l'impérative nécessité de les réaliser.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Mais, est-ce qu'on ne dépolitise pas, en mettant tellement de technocrates, je ne vais pas dire des technos, et des experts ?

JACQUES MEZARD
Non, vous savez, la politique c'est l'avis de la cité. Avoir l'avis de personnalités qui ont des compétences, qui ont une carrière avec vraiment la volonté d'avancer, dans cette volonté aussi de concertation, je crois que c'est un atout. Et puis, dans ce gouvernement, il n'y a pas que la société civile, il y a un certain nombre de politiques, dont je fais partie, même si je n'ai jamais été un apparatchik, et si j'ai exercé professionnellement mon métier d'avocat pendant 38 ans, il y a des femmes et des hommes qui ont l'expérience de la politique. C'est cette symbiose, cette synergie, qui a nous permettre d'avancer.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Et on peut dire qu'on va politiser des experts et des technocrates à partir du moment où ils ont des fonctions importantes. François BAYROU, est-ce qu'il n'est pas tombé avec le MoDem, dans un piège ?

JACQUES MEZARD
Ecoutez, je ne sais pas s'il est tombé dans un piège, ce que je sais, c'est que, aujourd'hui, la décision qui a été prise, qu'il a prise, de démissionner du gouvernement, est une décision courageuse. Il s'est exprimé avec clarté là-dessus, je crois surtout maintenant qu'il faut que l'on permette au gouvernement de travailler. Il faut sortir de toutes ces affaires, de tous ces dossiers. Moi je suis un juriste de formation, un avocat, je crois qu'il est aussi indispensable de laisser sereinement la justice faire son travail, quand elle considère qu'elle a du travail à faire.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
C'est ce qu'elle va faire, mais Edouard PHILIPPE a donné raison à François BAYROU, il y avait trop de dénonciateurs, inquisiteurs. On les écoute, ils sont en train de passer les pouvoirs. Merci d'être venu pour ce premier contact avec nous à CNews. Merci.

JACQUES MEZARD
Merci Jean-Pierre ELKABBACH. Merci.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Merci. On écoute François BAYROU.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 23 juin 2017

Rechercher