Interview de M. Nicolas Hulot, ministre de la transition écologique et solidaire, à RTL le 10 juillet 2017, sur la relance de la diplomatie climatique, le projet d'interdiction de commercialisation de la voiture avec des carburants essence et diesel en 2040 et l'objectif de 50% de la part du nucléaire dans la production d'électricité. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Nicolas Hulot, ministre de la transition écologique et solidaire, à RTL le 10 juillet 2017, sur la relance de la diplomatie climatique, le projet d'interdiction de commercialisation de la voiture avec des carburants essence et diesel en 2040 et l'objectif de 50% de la part du nucléaire dans la production d'électricité.

Personnalité, fonction : HULOT Nicolas, MARTICHOUX Elizabeth .

FRANCE. Ministre de la transition écologique et solidaire;

ti : ELIZABETH MARTICHOUX
Merci beaucoup d'être ce matin dans le studio de RTL. Bonjour Nicolas HULOT.

NICOLAS HULOT
Bonjour.

ELIZABETH MARTICHOUX
Alors, c'était une surprise au G20, Emmanuel MACRON a annoncé un sommet climatique en France le 12 décembre, c'est sa décision. C'est votre idée ?

NICOLAS HULOT
C'est une idée qui a été évoquée au Conseil des ministres…

ELIZABETH MARTICHOUX
Quand ? Dès mercredi dernier ?

NICOLAS HULOT
Le dernier, si je me souviens bien. L'idée, c'est de réunir, sur ces sujets-là, les pays progressistes, de relancer la diplomatie climatique, de renforcer le groupe de pays amis sur le prix du carbone, de supporter l'initiative de Laurent FABIUS pour adapter le droit international aux enjeux du long terme. Donc voilà, il y a besoin, notamment au moment où les Fidji vont organiser la nouvelle COP23, ces pays insulaires, de leur montrer notre soutien indéfectible, parce que pendant que certains hésitent sur ces sujets-là, d'autres ont déjà des difficultés sur leur propre avenir d'une autre dimension.

ELIZABETH MARTICHOUX
Alors, vous êtes peut-être trop modeste pour le dire, mais on a bien compris que c'était quand même votre idée, est-ce que les Etats-Unis seront présents ?

NICOLAS HULOT
Eh bien, on va le voir, je pense que l'invitation… vous savez, le format est en train de se décider, puisque cette décision, elle est toute nouvelle, donc je pense qu'on va lancer un certain nombre d'invitations…

ELIZABETH MARTICHOUX
Vous allez les inviter, vous verrez s'ils viendraient… non, je vous demande ça, parce que, évidemment, Donald TRUMP a fait sensation dans le mauvais sens du terme, en se retirant et en faisant un bras d'honneur à la COP21. D'ailleurs, Emmanuel MACRON a dit qu'il espérait le faire changer d'avis. Alors, sauf le respect qu'on lui doit, il se prend pour Superman ou, effectivement, l'hypothèse est sur la table d'une volte-face du président américain ?

NICOLAS HULOT
Mais vous savez, les choses ne sont jamais définitives, il ne faut pas sous-estimer le mouvement de fond aux Etats-Unis, y compris chez des acteurs financiers qui parfois sont proches de Donald TRUMP, qui considèrent que c'est une stupidité de s'entêter sur une transition qui est en marche, et sur un nouveau monde qui est en train de pousser et dont d'autres vont économiquement profiter. Moi, je fais confiance à l'habileté d'Emmanuel MACRON, parce que, c'est vrai que, on dit : mais pourquoi l'a-t-il invité au 14 juillet ? La logique aurait voulu que…

ELIZABETH MARTICHOUX
Ça ne vous a pas chatouillé, vous, après qu'il l'ait envoyé patre pour la COP21 ?

NICOLAS HULOT
Mais, dans un premier temps, oui, mais je me dis que ma réaction, elle est peut-être purement primaire, c'est-à-dire, se dire effectivement : eh bien, essayons plutôt de tendre la main et de continuer le dialogue avec ceux avec lesquels on a quelques divergences, donc pour finir, c'est peut-être beaucoup plus habile qu'une réaction réflexe.

ELIZABETH MARTICHOUX
Oui, finalement, c'est plus… c'est bienvenue, dites-vous, alors que dans un premier temps…

NICOLAS HULOT
Et puis, encore une fois, si on ne parle qu'avec ceux avec lesquels on est d'accord…

ELIZABETH MARTICHOUX
Qu'à ses amis…

NICOLAS HULOT
On ne va pas faire avancer les choses. Je pense qu'à force, il ne faut pas désespérer, peut-être qu'il va comprendre que l'enjeu climatique conditionne tout ce qui a de l'importance au 21ème siècle.

ELIZABETH MARTICHOUX
Donc vous irez aux Champs-Elysées, vous lui serrerez la main, malgré tout ?

NICOLAS HULOT
On va déjà y aller, après, ne m'en demandez pas trop non plus.

ELIZABETH MARTICHOUX
Avec ce sommet, en tout cas, de Paris bis, en décembre, la France prend le leadership de la lutte contre le réchauffement en Europe, c'est ce que vous vouliez ?

NICOLAS HULOT
Oui, enfin, elle prend le leadership, il y a des pays qui sont avec nous, l'Allemagne, elle est très en pointe, les pays scandinaves sont très en pointe, l'Europe n'a pas pour l'instant une voix de mon point de vue suffisamment forte et suffisamment ferme, mais vous savez, il en est du climat comme de l'écologie en général, tout le monde est pour, mais tout le monde n'est pas forcément pour ce que ça implique. Et c'est bien ce petit gap qu'il va falloir résoudre, c'est-à-dire qu'il ne faut pas tricher, quand on dit : neutralité carbone en 2050, eh bien, c'est un modèle énergétique qu'il va falloir profondément changer, c'est un modèle marchand qu'il va falloir changer, c'est un modèle économique qu'il va falloir changer. Et moi, mon job, c'est de dire la vérité, mais ce changement profond, il peut se faire à partir du moment où il se fait progressivement, mais d'une manière irréversible, avec des règles intangibles.

ELIZABETH MARTICHOUX
On va y venir. Il faut une volonté politique, évidemment, le candidat MACRON n'était pas franchement très écolo, la lutte contre le réchauffement, ce n'était pas l'alpha et l'oméga de son discours. Il a progressé, vous l'avez convaincu, c'est…

NICOLAS HULOT
Il s'est convaincu lui-même, à l'aune, je dirais, d'informations, d'arguments, d'interpellations, que les uns et les autres lui avons fait valoir pendant la campagne publiquement, et parfois, dans des discussions privées. Et j'observe que sa mutation dans ce domaine-là ou sa conversion, elle va quand même très vite. Ce n'est pas moi qui lui ai suggéré de réagir si vivement à l'attitude de Donald TRUMP et de se positionner en pleine nuit. Donc ça prouve que je pense que petit à petit, Emmanuel MACRON a compris que cet enjeu, c'était un enjeu…

ELIZABETH MARTICHOUX
Ce n'était pas de la com…

NICOLAS HULOT
Non, non, on ne peut plus faire de la com, parce que vous êtes pris en défaut dans la seconde, et vous savez, le plan climat que j'ai annoncé, ce n'est pas un plan homéopathique, c'est quand même un traitement lourd.

ELIZABETH MARTICHOUX
Et alors, vous avez frappe fort en effet en le présentant, jeudi dernier, avec en particulier cette interdiction de commercialisation de la voiture avec des carburants essence et diesel en 2040. Pourquoi 2040 ?

NICOLAS HULOT
Oh, certains…

ELIZABETH MARTICHOUX
Certains ont dit, après avoir dit : c'est formidable, c'est spectaculaire, on ne l'avait jamais entendu, après, on a dit : ah ben non, l'Allemagne, c'est 2030, la Norvège, c'est 2025…

NICOLAS HULOT
Oui, alors, écoutez, et l'Inde, c'est mi-2030. C'est bien de se fixer des horizons, et vous verrez que, une fois que ces horizons sont fixés, les choses peuvent aller beaucoup plus vite à partir du moment où on sait qu'il n'y aura pas dérogation et qu'on ne revient pas en arrière. Donc ça revient à ce que je viens de vous dire, progressivité, mais irréversibilité. Regardez aux industries à l'automobile, moi, j'ai été très étonné de voir leurs réactions, ça a été de dire : chiche, regardez VOLVO, qui vient d'annoncer qu'à partir de 2019…

ELIZABETH MARTICHOUX
Au matin même de votre annonce d'ailleurs…

NICOLAS HULOT
Oui, coïncidence absolument magnifique, donc 2040, ça laisse un peu de temps, mais vous verrez qu'une fois, encore une fois, que tous les paramètres s'alignent, eh bien, que, probablement, cette échéance sera globalement ou partiellement réalisée avant. Vous savez, vous aurez un mix dans le transport, vous aurez des véhicules électriques, un temps, vous aurez des véhicules hybrides, mais on a aussi totalement sous-estimé la part de l'hydrogène dans la mobilité douce pour les automobiles, mais également pour les camions, pour les navires, et probablement, à terme, également, pour le transport aérien. Il y a une révolution, honnêtement, je ne vais pas forcer le trait qui est en marche, il faut maintenant l'accélérer.

ELIZABETH MARTICHOUX
Justement, au-delà, pour aller au-delà du discours, au-delà de l'incantation, ce qui a déjà été fait avant, il faut des mesures concrètes, qui rendent ça irréversible. Et les Français qui n'entendent plus de voiture essence, diesel en 2040, comment on va faire ? Vous annoncez une prime de transition notamment pour les ménages les plus modestes, pour remplacer un diesel d'avant 1997 ou essence d'avant 2001, on pourra regarder ça dans les textes, par une voiture plus propre, neuve ou d'occasion. Alors, d'abord, soyons clairs, il y a déjà une prime qui va jusqu'à 10.000 euros. Ça va se substituer ou ça va s'ajouter ? Une prime pour acheter une voiture électrique aujourd'hui ?

NICOLAS HULOT
D'abord, ce n'est pas 10.000 euros, pour l'instant, c'est…

ELIZABETH MARTICHOUX
C'est 6.000 et 4.000.

NICOLAS HULOT
Voilà, bon. Mais ce qui est important, c'est que, on va donner aussi la possibilité aux gens de pouvoir acheter un véhicule également d'occasion, voilà. Parce que tout le monde n'aura pas dans l'immédiat la possibilité de s'acheter un véhicule neuf, donc on élargit…

ELIZABETH MARTICHOUX
Donc en occasion propre, plus propre…

NICOLAS HULOT
Plus propre, pour faire en sorte qu'ils rentrent dans ce qu'on appelle les pastilles Crit'Air, c'est-à-dire que notamment, ils ne soient pas exclus de l'entrée dans les centres villes dont ils sont exclus maintenant, définitivement ou parfois dans les périodes de circulation alternée. Simplement, ce que je veux dire…

ELIZABETH MARTICHOUX
Donc les plus propres, des voitures qui circulent à essence, et même diesel ?

NICOLAS HULOT
Oui, mais tout ça, encore une fois, pour faire en sorte…

ELIZABETH MARTICHOUX
D'occasion…

NICOLAS HULOT
Vous savez, la durée de vie d'une voiture, les gens gardent en moyenne leur voiture maximum 15 ans, donc ce qu'il faut, c'est que dans 15 ans, eh bien, le parc soit totalement rénové, et comprenez bien derrière, c'est que ce n'est pas simplement un enjeu… comment dire, c'est un enjeu de santé publique, moi, ce qui doit primer dans nos décisions, parce que ça nous reviendra en pleine figure, parce que maintenant, on sait les relations de cause à effet entre la pollution de l'air et un certain nombre de pathologies. Donc le critère qui prime sur toute décision, c'est le critère de santé. Une fois qu'on a pris des décisions, il faut identifier ceux qu'on a mis dans une forme d'impasse, et regarder comment on peut socialement et économiquement…

ELIZABETH MARTICHOUX
Ceux qui ne peuvent pas changer de voiture, parce que c'est trop cher à l'achat par exemple…

NICOLAS HULOT
Voilà, et donc on va mettre en place un nombre de dispositifs, et puis, au fur et à mesure, on va corriger, quand on va s'apercevoir effectivement que parfois, on en a oublié qu'ils ne bénéficient pas de ces dispositifs, donc cette dimension solidaire que j'ai rajoutée dans l'intitulé de mon ministère, j'espère que j'en serai à la hauteur.

ELIZABETH MARTICHOUX
Il regarde Jérôme CHAPUIS, qui, tout à l'heure, effectivement. Mais pour être encore très concret, par exemple, cette prime, elle sera différente dans son montant, selon qu'on rachète une voiture neuve ou d'occasion, par exemple ?

NICOLAS HULOT
Non, elle sera la même…

ELIZABETH MARTICHOUX
Non, elle sera la même ?

NICOLAS HULOT
Elle sera la même. Donc ça permet…

ELIZABETH MARTICHOUX
Qu'on achète une voiture neuve, électrique ou une voiture d'occasion essence propre, ça sera la même ?

NICOLAS HULOT
Ce qui est important, encore une fois, c'est que petit à petit…

ELIZABETH MARTICHOUX
On change…

NICOLAS HULOT
La flotte devienne de plus en plus propre.

ELIZABETH MARTICHOUX
A partir de quand, cette prime ?

NICOLAS HULOT
On est en train de regarder ça, vous imaginez bien que dans le prochain projet loi de Finances, tout ça sera explicité.

ELIZABETH MARTICHOUX
Donc on peut s'engager sur l'année 2018, elle verra le jour après que vous ayez les arbitrages budgétaires ?

NICOLAS HULOT
Eh bien, on ne va pas attendre non plus 107 ans, donc ça serait bien que 2018 puisse commencer à mettre en place ces dispositifs.

ELIZABETH MARTICHOUX
Alors petite question pratique, quand on essaie de visualiser ce changement de paradigme, comme on dit maintenant, la question des bornes de recharge, c'est facile d'imaginer, par exemple, en Californie, qu'on trouve des bornes de recharge partout, parce qu'il y a plein de maisons individuelles, comment on fait dans les zones très urbanisées, Paris, Lyon, Centre ou même au pied d'une barre d'immeubles à Montreuil, où il y a 2.000 logements ? Comment on fait, on met des prises électriques partout ? Comment ça se passe ?

NICOLAS HULOT
Mais à partir du moment, comprenez-bien, à partir du moment où le marché maintenant est bien identifié, où on sait que la voiture électrique, à terme, va devenir la norme, tout va s'organiser, alors peut-être pas du jour au lendemain, mais vous voyez déjà, moi, j'habite dans une commune rurale, ma commune rurale, à l'entrée, il y a 2.000 habitants, elle a une borne électrique. Quand vous allez…

ELIZABETH MARTICHOUX
Et d'ailleurs, c'est facile dans les zones rurales, mais….

NICOLAS HULOT
Non, non…

ELIZABETH MARTICHOUX
Encore une fois, dans les zones très urbanisées, on se demande comment ça va se passer ?

NICOLAS HULOT
Eh bien, ça va se mettre en place…

ELIZABETH MARTICHOUX
Vous pensez, vous avez confiance, oui…

NICOLAS HULOT
Non, non, mais vous savez, le propre d'une révolution, c'est qu'il y a une période de transition, c'est la période la plus délicate, la période de transition, donc, et c'est pour ça que, comment dire, mon objectif, dans le domaine de la transition énergétique, dans le domaine de la mobilité douce, dans le domaine de l'alimentation, c'est d'engager une transition, mais encore une fois en profondeur, et de faire en sorte que le peu d'argent qu'on a, on le met prioritairement sur ces sujets-là, sur ces investissements-là, et sur ces équipements-là pour ne mettre personne dans une impasse.

ELIZABETH MARTICHOUX
On a bien compris. Un tout petit mot sur les antinucléaires qui sont assez frustrés après l'annonce du plan climat. Vous avez annoncé, confirmé la réduction de 50 % d'électricité produite par le nucléaire en 2025, combien de réacteurs seront fermés dans 5 ans pour tenir l'objectif ? Est-ce que vous pouvez être clair ?

NICOLAS HULOT
Je ne sais pas pourquoi…

ELIZABETH MARTICHOUX
Parce que ce n'est pas clair.

NICOLAS HULOT
Ce n'est pas clair parce que, d'abord, on n'a pas tout développé dans le plan climat, à partir du moment où déjà, on a confirmé qu'effectivement, la part du nucléaire sera dans la production d'électricité de 50 %, chacun peut comprendre que pour tenir cet objectif, on va fermer un certain nombre de réacteurs et pas un seul réacteur, qui, d'ailleurs, au passage, n'a pas encore été fermé. Donc laissez-moi planifier les choses, ce sera peut-être jusqu'à 17 réacteurs, il faut qu'on regarde.

ELIZABETH MARTICHOUX
Eux, ils disent une quinzaine, il faut une quinzaine.

NICOLAS HULOT
Mais ça sera cela, mais je vais le faire, moi, d'une manière, non pas symbolique…

ELIZABETH MARTICHOUX
Pas symbolique, c'est pour Ségolène ROYAL, ça ?

NICOLAS HULOT
Et pas d'une manière dogmatique, c'est que derrière ces réacteurs, il y a des hommes et des femmes qui travaillent, chaque réacteur a une situation économique, sociale ou même de sécurité très différente, et moi, je vais planifier cette transition, et si nous voulons atteindre cet objectif, mécaniquement, à mesure que nous allons baisser notre consommation, diversifier notre production, on va fermer un certain nombre de réacteurs.

ELIZABETH MARTICHOUX
Et pourquoi pas, ce sera 17. Vous vous sentez bien dans ce gouvernement… ?

NICOLAS HULOT
Honnêtement, oui, d'abord, parce que, il y a des ministres de la société civile, on partage nos désarrois, nos angoisses et nos inquiétudes, et puis, il y a des poids-lourds de la politique qui nous réconforte un peu sur la rudesse de la fonction.

ELIZABETH MARTICHOUX
Merci beaucoup Nicolas HULOT d'avoir été avec nous ce matin sur RTL.

NICOLAS HULOT
Merci.

JEROME CHAPUIS
Merci à tous les deux. On retient donc le passage à l'interdiction de commercialiser des véhicules essence et diesel, progressif, mais irréversible, la subvention à l'achat de véhicules moins polluants, y compris pour les voituras d'occasion, ça fait partie des messages que nous a délivrés ce matin Nicolas HULOT, ministre de la Transition écologique et solidaire, on l'a bien compris, et ce matin, il était votre invité, Elizabeth MARTICHOUX.


Source : Service d'information du gouvernement, le 11 juillet 2017

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