Interview de M. Christophe Castaner, secrétaire d'Etat aux relations avec le Parlement, porte-parole du Gouvernement, à CNews le 27 juin 2017, sur la nouvelle majorité présidentielle et l'audit par la Cour des comptes du précédent quinquennat. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Christophe Castaner, secrétaire d'Etat aux relations avec le Parlement, porte-parole du Gouvernement, à CNews le 27 juin 2017, sur la nouvelle majorité présidentielle et l'audit par la Cour des comptes du précédent quinquennat.

Personnalité, fonction : CASTANER Christophe, ELKABBACH Jean-Pierre.

FRANCE. Secrétaire d'Etat aux relations avec le Parlement, porte-parole du Gouvvernement;

Circonstances : Ouverture de la XVe législature, à l'Assemblée nationale le 28 juin 2017

ti : JEAN-PIERRE ELKABBACH
Bienvenue Christophe CASTANER, merci d'être avec nous.

CHRISTOPHE CASTANER
Bonjour.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Plus de 420 nouveaux visages vont entrer aujourd'hui à l'Assemblée nationale, c'est un événement, et au même moment il y a un historique qui se retire de la vie politique élective, Jean-Pierre RAFFARIN, c'est RAFFARIN panache ?

CHRISTOPHE CASTANER
Oui, il y a un certain panache, mais il y a un panache dans toute la carrière de Jean-Pierre RAFFARIN. C'est un homme politique atypique, qui a manqué l'action, quand il était Premier ministre notamment, qui a marqué le Sénat, et qui a marqué la France. Mais il n'arrête pas, il n'arrête pas son engagement, il poursuit, de façon différente, un engagement dans une fondation.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Oui, pour s'occuper de tout ce qui concerne l'international et en même temps alerter sur les risques de guerre. Est-ce que le président de la République pourrait lui confier une mission internationale ? Ce serait pas mal ça.

CHRISTOPHE CASTANER
Vous savez qu'il a déjà des responsabilités pour le gouvernement, il représente la France, d'un point de vue économique, dans de grands pays, notamment en Chine, en Algérie aussi, je l'avais accompagné, et c'est quelqu'un qui sait ouvrir les portes.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Et on voit qu'il encourage la jeune génération à soutenir le président Emmanuel MACRON, est-ce que vous ne pensez pas qu'il est découragé par l'état des droites et qu'il n'a pas envie de s'en occuper, qu'il n'a plus envie de s'en occuper ?

CHRISTOPHE CASTANER
Je ne vais pas me prononcer pour lui sur ce sujet, mais un observateur comme lui, de la vie politique, voit bien la fin d'un système, la fin de la système qui lui l'a porté sur la droite, moi au Parti socialiste, et aujourd'hui on voit bien que ce système nous a amené dans une impasse et a fragilisé la France, donc il faut en sortir. A sa place il nous dit qu'il faut en sortir, à la mienne je tente de le faire.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Fin d'un système. Manuel VALLS vient d'annoncer qu'il quitte le Parti socialiste, ça vous surprend ça ?

CHRISTOPHE CASTANER
Non, ça ne me surprend pas. Je trouve qu'il y a quelque chose de très violent dans la situation de Manuel VALLS, il y a des critiques qu'on peut exprimer contre lui, mais aujourd'hui j'ai l'impression qu'il y a une opprobre sur cet homme, qui me paraît injuste dans son engagement, mais par contre lui aussi est un observateur. Il sait, et d'ailleurs comme moi il était rocardien, j'étais avec lui, à l'époque où Michel ROCARD était Premier ministre, dans les jeunes rocardiens, vous voyez, on se connaît depuis longtemps, il sait qu'au fond le Parti socialiste n'a jamais tranché sur la ligne qui le sépare, entre celle qu'incarnaient les frondeurs, une ligne qui n'aime pas l'Europe et qui est un peu nostalgique d'un passé qui n'existe pas, et puis une ligne progressiste. Moi j'ai rejoins Emmanuel MACRON, non pas en pensant qu'il serait président de la République, mais, au moment où je me suis engagé, en pensant qu'il était nécessaire de séparer ce Parti socialiste, entre les réalistes, ceux qui croient à la possibilité de transformer le pays, et puis ceux qui continuent à être dans une nostalgie d'un passé qui n'existe pas.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Et Manuel VALLS aurait-il sa place dans la majorité présidentielle, puisqu'il a été élu sans avoir d'adversaire d'En Marche ?

CHRISTOPHE CASTANER
C'est à lui de le dire, c'est à lui de dire s'il veut s'engager à soutenir cette politique. Je sais qu'il n'aura pas un rôle éminent, il ne l'a pas souhaité, et aujourd'hui, d'ailleurs, la nouvelle génération de la République En Marche ne l'accueillerait pas, c'est aussi pour cela que je parle de cette forme d'injustice.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
C'est ça son drame, entre les deux. Vous citez votre propre cas, le cas de VALLS, le cas de Jean-Pierre RAFFARIN, combien de temps il faut pour qu'un élu docile devienne un rebelle et un frondeur ?

CHRISTOPHE CASTANER
Certains sont rebelles avant même de rentrer, et nous le savions avec François HOLLANDE. La différence c'est que sous François HOLLANDE il n'y avait pas une ligne politique qui avait été validée, avec Emmanuel MACRON il y a une ligne politique qui a été validée, et celles et ceux…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Mais je parle des… qui rentrent

CHRISTOPHE CASTANER
Et celles et ceux qui rentrent…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Ceux qui rentrent là, en combien de temps ils deviendront un peu rebelles, s'ils en ont la possibilité ?

CHRISTOPHE CASTANER
Mais vous en aurez qui seront rebelles sur les 400, c'est la nature humaine, mais je crois qu'ils savent tous qu'ils ont été élus, non pas sur leur nom, quand on est député on peut ne pas être modeste mais il faut être réaliste, ils ont été élus sur le projet politique, sur ce contrat passé par Emmanuel MACRON le 7 mai à 20h00 avec les Français.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Les députés de la génération MACRON se retrouvent tout à l'heure, ils vont choisir entre un homme, François de RUGY, qui est un « marcheur » de la première heure si je puis dire, après avoir été écolo, et deux femmes, le ou la présidente de l'Assemblée nationale. Est-ce que leur vote est libre, totalement libre ?

CHRISTOPHE CASTANER
Totalement libre. Je peux vous dire, beaucoup me posaient la question en disant « mais que pense le président, que pense le Premier ministre ? », je suis incapable de leur répondre et je leur dis tout simplement que…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Il n'y a pas de préférence.

CHRISTOPHE CASTANER
Voilà, dans tous les cas il n'y a pas eu de décision de dire ce poste est réservé à une femme, ce poste est réservé à un écolo, parce que sinon ça permettrait de cibler, la réalité c'est, il y a quatre candidats en fait, il y a monsieur FILLIOT aussi qui est candidat, et les parlementaires du groupe majoritaire se prononceront ce matin.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
La solidarité féminine, on va voir si elle fait ses preuves aujourd'hui…

CHRISTOPHE CASTANER
Elle peut jouer, mais même du côté des hommes.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Il y a 40 % de femmes députées. Une autre question…

CHRISTOPHE CASTANER
Vous avez raison, c'est un chiffre historique, c'est la première fois qu'un groupe a autant de femmes, 40 % à l'Assemblée, et 48 % dans notre groupe, c'est plutôt une bonne nouvelle, c'est aussi un signe de modernité.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Est-ce que vous allez accorder, comme vos prédécesseurs, une des huit commissions permanentes à l'opposition ?

CHRISTOPHE CASTANER
Oui, et la commission essentielle, la commission des Finances, pour garantir ce contrôle, Gilles CARREZ en était président précédemment, et il a su faire entendre sa voix.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Là il y a Eric WOERTH qui est candidat aussi, mais c'est aux Républicains de se débrouiller, si je puis dire, et de choisir.

CHRISTOPHE CASTANER
Exactement.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Jusqu'à quand va durer la session parlementaire ?

CHRISTOPHE CASTANER
Première semaine, peut-être deuxième semaine d'août. Nous avons un travail chargé, tout dépendra du déroulé du travail, de l'obstruction ou pas, de la facilitation dans nos échanges avec le Sénat, je ne suis pas inquiet sur ce sujet, donc objectif 4 août, peut-être 10 août.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
4 août, la nuit du 4 août.

CHRISTOPHE CASTANER
On essaiera de finir le soir.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
C'est peut-être le jour où le président de la République pourrait donner son message, le message qu'il a promis de faire.

CHRISTOPHE CASTANER
Ce serait un symbole pour la nuit du 4 août, mais je ne suis pas sûr que ce soit celui qui soit retenu.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Donc il le fera avant ?

CHRISTOPHE CASTANER
Ecoutez, ce que je sais c'est que le président de la République s'est engagé à réunir le Congrès, c'est-à-dire les deux Chambres, chaque année…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Chaque année, c'est-à-dire…

CHRISTOPHE CASTANER
Et il souhaite le faire.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Cinq fois en un quinquennat et 10 s'il y a deux quinquennats.

CHRISTOPHE CASTANER
Voilà, je suis d'accord avec vous, mais je ne peux pas m'engager sur les 10 ans.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Donc, réunir les deux Assemblées en Congrès à Versailles. Vous, qui êtes le porte-parole du gouvernement, vous ne connaissez pas encore la date ?

CHRISTOPHE CASTANER
Non.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
C'est un secret ?

CHRISTOPHE CASTANER
Non, il y a un échange qui n'est pas tranché encore, entre le Premier ministre, le président, pour choisir la meilleure date…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Pourquoi il hésite ?

CHRISTOPHE CASTANER
Il y a quelques contraintes toutes bêtes, comme par exemple le fait qu'il faut que Versailles soit fermé, donc ça contraint sur un lundi, et puis d'autres contraintes de diplomatie internationale, donc l'échange se poursuit…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Mais on dit que Versailles est en train de préparer toute la logistique pour accueillir le Congrès.

CHRISTOPHE CASTANER
Vous savez, là on a des gens qui savent faire. La dernière fois que le Congrès s'est réuni, c'était après les attentats de Paris, l'organisation s'est faite en 3 jours et elle a été parfaite, donc ça je ne suis pas inquiet, quand le président de la République appuiera sur le bouton en donnant la date, nous saurons faire.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
D'accord, mais vous dites qu'il parlera dans les prochains jours.

CHRISTOPHE CASTANER
Je vous le confirme, il doit s'exprimer bientôt, mais à quelle échéance, quel jour, je ne le sais pas, sinon je vous le dirai volontiers.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Beaucoup sont choqués, mais si le président de la République parle à Versailles et que le lendemain son Premier ministre, Edouard PHILIPPE, parle à l'Assemblée nationale, ça fait deux discours, est-ce qu'ils sont, ou il est, le président, dans la ligne gaullo-mitterrandienne de la Ve République ? Est-ce que ça doit surprendre ou là il y a le risque de piéger le Premier ministre, ou l'humilier, comme disait Olivier FAURE ici ?

CHRISTOPHE CASTANER
Moi je reviens sur votre première approche, celle de la tradition gaullo-mitterrandienne de la Ve République, Emmanuel MACRON s'inscrit dans cette tradition-là et il l'a dit quand il a installé le premier gouvernement et le second, il est là pour fixer le cap, les grandes orientations, donner la couleur politique de ce que nous faisons, et le Premier ministre est là pour arbitrer, pour mettre en oeuvre. Il ne s'agit pas d'un exécutant, et je trouve que les propos d'Olivier FAURE étaient à la fois méprisants et inutiles, la réalité c'est quoi ? C'est qu'on a un chef d'orchestre, qui est le Premier ministre, qui est en responsabilité, et le président veille à nous le rappeler, y compris aux proches, dont je fais partie, dans le combat ancien avec lui…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
C'est donc le président de la République qui va dessiner sa conception de la fonction présidentielle et donc…

CHRISTOPHE CASTANER
Bien sûr, il s'inscrit dans cette tradition-là.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Et vous qui avez été un des premiers apôtres du macronisme, avec votre intuition, il parlera le 3 juillet ?

CHRISTOPHE CASTANER
Je ne sais pas encore, il y a eu des échanges…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Mais l'intuition ?

CHRISTOPHE CASTANER
Franchement je n'en sais rien, cette date est tombée dimanche…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Ce serait la première fois que vous ne savez pas.

CHRISTOPHE CASTANER
Non, ce ne serait pas la première fois, parce que le président de la République sait aussi garder des secrets, il nous questionne, il nous demande notre avis, il tranche, il est dans son rôle.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Et votre avis serait le 3 juillet ?

CHRISTOPHE CASTANER
Oui, mon avis est qu'il faut qu'il s'exprime assez vite, après la séquence politique. Vous avez remarqué, par exemple, qu'il ne s'est pas exprimé pendant la séquence politique des élections législatives, certains l'avaient poussé. Traditionnellement le président s'exprime en disant « j'ai besoin d'une majorité », là il a voulu faire confiance aux Français. Maintenant il faudra que dans les jours ou les semaines qui viennent il s'exprime.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Quand on dispose, comme lui, de tous les pouvoirs, certes obtenus de manière démocratique, où est le contrepouvoir ?

CHRISTOPHE CASTANER
On ne dispose pas de tous les pouvoirs. D'abord il y a le Sénat, la seconde Chambre, qui n'est pas dans notre majorité…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Pas encore.

CHRISTOPHE CASTANER
Il y a toutes les collectivités… non, je crois que même en septembre, si on est optimiste, on aura du mal à penser que ça va basculer – il y a toutes les collectivités locales, il y a aussi des contrepouvoirs, ceux de la presse, ceux de la justice, et, évidemment, heureusement qu'ils sont là. Donc, vous savez, on est dans un schéma classique d'un président avec une majorité, c'est assez classique. On nous avait dit que ce ne serait pas possible, on a fait la démonstration que ça l'était.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Est-ce que ce matin vous êtes sûr que les abeilles peuvent butiner tranquillement ?

CHRISTOPHE CASTANER
Oui.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Pour longtemps ?

CHRISTOPHE CASTANER
Et pour longtemps, j'en suis convaincu, et vous vous adressez à quelqu'un qui, comme maire de sa petite commune de Forcalquier, a été maire de la première commune de France qui a interdit à l'époque le Gaucho et le Régent, quelqu'un qui a porté l'amendement parlementaire qui interdit les néonicotinoïdes, à l'Assemblée…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
C'est-à-dire que vous avez fait ce que celui qui est devenu Premier ministre n'avait pas fait.

CHRISTOPHE CASTANER
Non. Effectivement, l'opposition à l'époque avait voté contre…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Mais apprend tous les jours, même quand on est Premier ministre.

CHRISTOPHE CASTANER
Il y a des réflexes d'opposition, on commençait notre propos sur le besoin de se libérer des logiques de parti, si vous regardez tous les votes de Jean-Pierre RAFFARIN, à qui on vient de rendre hommage, on s'apercevrait qu'il a commis quelques erreurs. Et si vous regardez tous mes votes, vous vous apercevrez que j'en ai commis pas mal aussi.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Qui n'a pas commis d'erreurs, quelle que soit sa place. Donc, pas de pesticides qui assassinent les abeilles, et pas seulement elles. Mais comment un tel incident a-t-il pu se produire entre Nicolas HULOT et Stéphane TRAVERT, le nouveau ministre de l'Agriculture, qui apparemment n'est pas un Bleu ?

CHRISTOPHE CASTANER
Non, mais Stéphane TRAVERT est arrivé il y a 5 jours, il n'avait pas en tête l'arbitrage qui avait été rendu déjà le 21 juin sur ce sujet, il n'était pas encore en fonction…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Vous n'étiez pas là non plus.

CHRISTOPHE CASTANER
Si, le 21 juin, j'avais 1 mois d'avance sur Stéphane…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Non, mais…

CHRISTOPHE CASTANER
Non, pas à la réunion interministérielle…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Pas à la réunion, donc vous avez appris ça hier ou avant-hier.

CHRISTOPHE CASTANER
Voilà, et donc il n'avait pas cette information, et en fait il a eu une approche assez technique et juste. Parce que, on a un problème juridique et économique, juridique vis-à-vis de la législation européenne, et économique pour les agriculteurs, et on a un problème de principe, celui porté par Nicolas HULOT, et c'est le principe qui doit l'emporter : non aux néonicotinoïdes.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
C'est-à-dire oui à des préférences nationales, non à l'Europe, alors qu'on est Européen, ou alors c'est l'Europe qui se trompe ?

CHRISTOPHE CASTANER
Si l'Europe ne va pas assez loin sur un sujet de santé publique, et sur un sujet de biodiversité aussi essentiel, notre responsabilité c'est d'aller plus loin, il faut des fois être exemplaire.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Christophe CASTANER, hier soir je vous ai entendu dire que Nicolas HULOT avait agi trop vite. Ah oui ?

CHRISTOPHE CASTANER
Il avait réagi trop vite…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
C'est-à-dire ?

CHRISTOPHE CASTANER
Tout simplement parce que je pense…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Agit trop vite ?

CHRISTOPHE CASTANER
Oui, agit ou réagit, dans son expression agir c'était par le tweet, parce que je pense que c'est au Premier ministre de rappeler les arbitrages, et qu'il l'a fait en fin de matinée, et qu'il aurait été…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
C'est un tempérament quoi !

CHRISTOPHE CASTANER
Oui, mais peut-être que, là encore, moi-même il peut m'arriver de faire des tweets qui partent un peu trop vite.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Vous dites aussi qu'il est un pragmatique.

CHRISTOPHE CASTANER
Oui.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Est-ce que ça veut dire qu'il apprendra vite les réalités, ou c'est vous qui apprendrez les réalités de Nicolas HULOT ?

CHRISTOPHE CASTANER
On va le faire ensemble, mais c'est quelqu'un que je connaissais peu, si ce n'est la personne qu'il était, avec lequel j'apprends à travailler depuis quelques semaines, et je peux vous dire qu'il demande conseil sur la meilleure façon d'aller à l'objectif. Parce que, soit on se dit c'est comme ça et pas autrement, et on oublie l'essentiel, c'est d'aller à l'objectif, soit on sait, et je crois qu'en cela il est pragmatique, que l'essentiel c'est la transformation de la société, notamment sur la question énergétique, et il sait que le chemin n'est pas aussi brutal que certains voudraient lui imposer.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
C'est-à-dire qu'il a lui un projet de société global, précis, qu'il a transmis d'ailleurs, paraît-il, à Matignon, et un projet qui transcende tous les secteurs de l'économie et tous les ministères.

CHRISTOPHE CASTANER
Ce qui est logique pour l'écologie.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Est-ce que la priorité c'est la prime aux intégristes de l'écologie ?

CHRISTOPHE CASTANER
Je ne crois pas que Nicolas HULOT soit un intégriste de l'écologie et je crois que les intégristes de l'écologie ont perdu les élections législatives.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Est-ce que là ça va être le symbole de la nouvelle gouvernance politique, ces petits… je ne dis pas couacs, vous ne dites pas incident, mais c'est un incident quand même ?

CHRISTOPHE CASTANER
Non, non, mais il y aura des incidents et il y aura des couacs, appelons un chat un chat. Quand la communication s'emballe, et qu'elle est comme hier, qu'elle donne un mauvais message sur quelque chose qui pourtant avait été… ça veut dire qu'il y a une erreur et ce n'est pas la faute des journalistes, c'est nous qui n'avons pas été clairs en émettant le message.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Pour les nouveaux ministres, vous ne croyez pas qu'il aurait fallu un séminaire aussi ?

CHRISTOPHE CASTANER
Vous savez, d'abord on a un Conseil des ministres qui est très différent de ce qu'on avait avant, c'est-à-dire qu'il y a vraiment une partie D où on prend le temps de discuter, il y a deux Conseils des ministres, il a duré 3 heures, la presse était très inquiète, pensait qu'on était en train de s'étriper dans la salle de l'Elysée, non, on était en train de bosser.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Le président de la République avait prévu pour juillet, la mi-juillet, des états généraux de l'agriculture et de l'alimentation, est-ce que vous les reportez un peu ou vous les faites quand même ?

CHRISTOPHE CASTANER
Non, non, je crois que ce sera pendant l'été, il y a une date qui est en discussion, sous l'autorité de Stéphane TRAVERT qui a en charge cela, avec Nicolas HULOT…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
En même temps, les deux ?

CHRISTOPHE CASTANER
Oui, oui, ensemble, les deux sont liés sur ce sujet-là, et donc ils sont en train d'affiner une date, mais qui est dans l'été.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Parlons d'un sujet, parce que ça « turbule » déjà. Après-demain Didier MIGAUD va présenter l'audit des comptes publics du précédent quinquennat, il va le faire au nom de la Cour des comptes. Les 2,8 % qui étaient prévus par vos prédécesseurs seraient insincères et dépassées, pour 2017 entre 3,1, 3,3. A partir de quel chiffre ça devient grave ?

CHRISTOPHE CASTANER
Tout dépassement est grave, le déficit même est grave, et donc je crois qu'il était important qu'on fasse cette opération transparence, la Cour des comptes va nous y aider, et qu'ensuite on fasse une sorte d'opération performance, parce que l'objectif ce n'est pas de baisser le déficit pour baisser le déficit…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Performance, transparence…

CHRISTOPHE CASTANER
Ce sont des mots importants vous savez, Jean-Pierre ELKABBACH, transparence c'est essentiel, il faut dire la vérité aux Français.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Justement, transparence et performance, ce déficit va être entre, combien, 4 et 6 milliards ?

CHRISTOPHE CASTANER
Moi j'attends vendredi d'avoir les chiffres, je n'ai aucune indication, peut-être que le Premier ministre en a quelques-unes, j'avoue que le porte-parole ne les a pas.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Le rapport a dû lui être remis déjà, avant d'être remis officiellement.

CHRISTOPHE CASTANER
Non, mais il y a des échanges en amont, il sera remis officiellement vendredi.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Et est-ce que vous pouvez dire - s'il manque 4 ou 5 milliards, bon on le verra – quel est le montant actuel de la réserve budgétaire de Bercy ? Il y en a toujours une.

CHRISTOPHE CASTANER
Oui, elle est de plusieurs jours de budget, elle est de plusieurs milliards, mais c'est le principe…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
C'est-à-dire 6, 8 milliards ?

CHRISTOPHE CASTANER
Je n'ai pas le chiffre exact à l'heure qu'il est parce qu'elle varie, mais c'est le principe, dès qu'on vote le budget on fait des gels de crédit, voire des sur-gels de crédit, qui permettent d'avoir quelques marges de manoeuvre. Mais il faudra faire des efforts, ça ne suffira pas, ça je peux vous le dire, il faudra que dans chaque ministère on puisse peigner les dépenses programmées d'ici à la fin de l'année, pour rattraper une partie de ce qui aurait glissé en début d'année.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Vous avez dit tout récemment « nous ne voulons pas d'augmentation d'impôts », oui, vous ne voulez pas, mais est-ce que vous ne serez pas contraints d'augmenter, à un moment ou un autre, les impôts, ou c'est un engagement, pour le quinquennat, ferme ?

CHRISTOPHE CASTANER
Les engagements qui ont été pris…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Qui engagement même le président de la République, parce qu'il a déjà…

CHRISTOPHE CASTANER
Oui. Voilà, les engagements qui ont été pris c'est la suppression de la taxe d'habitation, c'est le glissement de taxes sur le travail, 20 milliards, vers la CSG, et donc ce n'est pas une augmentation, vu qu'on est à somme neutre, et les 10 milliards sur la taxe d'habitation doivent être financés non pas par des hausses d'impôts mais par des baisses de dépense publique, voilà le cadre sur lequel nous travaillons.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Le ministre de l'Economie, Bruno LE MAIRE, a recommencé hier, il a expliqué pour lui l'enjeu et l'ampleur des problèmes, c'est sur TF1, écoutons-le.

BRUNO LE MAIRE
La France est droguée à la dépense publique, et la dépense publique ce n'est pas une liberté pour les Français, c'est une prison qui va peser ensuite sur les générations futures. Donc oui, il faut réduire les déficits publics, réduire la dépense publique, parce que c'est une question de souveraineté nationale et c'est une question de liberté pour les Français. Si nous ne faisons rien d'ici la fin de l'année 2017, eh bien nous ne tiendrons pas nos engagements européens.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Vous lui avez fait des remarques, là il récidive.

CHRISTOPHE CASTANER
Non, mais là, rien de ce qu'il dit ne me choque, et pour vous dire, j'avais échangé avec Bruno LE MAIRE dimanche matin, parce qu'il y a une vision plus complète que la mienne, sur la question financière, et comme je savais que je pouvais être interrogé…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Sur les chiffres…

CHRISTOPHE CASTANER
Donc rien ne me choque. Vous savez, en France, on a tendance, pour les politiques, de penser qu'on est un bon politique quand on dépense plus, on a tendance à penser qu'on est un bon ministre quand on obtient plus pour dépenser plus, ce temps-là est terminé, les Français ne supportent plus la dépense publique si elle n'est pas juste, si elle n'est pas efficace.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Très bien. Vous avez dit, Christophe CASTANER, transparence, vous dites en plus qu'il y aura des corrections ministère par ministère, lesquels, quels sont les ministères dépensiers ?

CHRISTOPHE CASTANER
Je n'ai pas ces éléments, ça c'est vraiment, à la fois, Gérald DARMANIN…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Non mais qui, parce que vous dites il va falloir des économies, qui va les faire ?

CHRISTOPHE CASTANER
Vous savez, le porte-parole du gouvernement n'a pas la vision sur l'état de consommation des dépenses de chaque budget.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Oui, mais pourtant vous le dites.

CHRISTOPHE CASTANER
Oui, mais moi ma parole est une parole de principe.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Est-ce qu'on va toucher à l'Intérieur, à la sécurité ?

CHRISTOPHE CASTANER
Alors, on a prévu, là-dessus, des recrutements, donc… il y a des ministères – alors, je vais vous dire globalement – il y a des ministères prioritaires, la sécurité est effectivement prioritaire, la justice est un ministère prioritaire, l'Education nationale est un ministère prioritaire, les autres non. Et donc, quand on a donné ce cadre, de dire on peut réduire de 120.000 le nombre de fonctionnaires en France, sur les 570.000 qui vont partir à la retraite dans les 5 ans, on sait qu'effectivement ce n'est pas sur l'Education nationale qu'on va diminuer, que c'est peut-être plutôt sur les services du ministère de l'Economie et des Finances, ceux de monsieur LE MAIRE par exemple, parce que la numérisation, par exemple, des déclarations d'impôts, cette société nouvelle, peut permettre de faire des économies d'emplois.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
D'accord, ça peut concerner toute l'Administration…

CHRISTOPHE CASTANER
Et donc ça peut permettre de maintenir le service.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Là vous ressemblez à ce que disaient vos prédécesseurs.

CHRISTOPHE CASTANER
Mais je n'ai pas vocation à dire l'inverse par nature.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Très bien, mais vous avez dit on ne touche pas à l'Intérieur, à la sécurité… mais on peut toucher, donc, à la Santé et aux Affaires sociales alors ?

CHRISTOPHE CASTANER
Alors l'objectif est de faire 15 milliards d'économie dans la dépense publique, ça ne veut pas dire moins de services dans les hôpitaux, mais c'est changer notre approche sur la dépense publique dans le service de la santé, Emmanuel MACRON avait annoncé l'objectif de faire 15 milliards d'économie sur ces sujets.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Par exemple l'AME, l'aide aux étrangers, l'aide médicale aux étrangers, vous la poursuivez, elle coûte à peu près 1 milliard ?

CHRISTOPHE CASTANER
Alors moi je ne vais pas me prononcer là-dessus, mais à titre personnel je pense que c'est une aide de prévention médicale qui est nécessaire, parce que sinon, si vous ne soignez pas les gens, ensuite vous devez intervenir dans l'urgence et ça vous coûte généralement beaucoup plus cher, plus les risques de contagion.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Et puis il y a des risques de contagion beaucoup plus graves, mais ça c'est la droite qui veut le supprimer. Et avec, vous n'avez pas dit, l'armée, donc l'armée n'est pas protégée, elle n'est pas sanctuarisée.

CHRISTOPHE CASTANER
Si, l'armée, non mais je ne vous ai pas cité tous les ministères, je n'ai cité que quelques exemples. L'objectif...

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Ah. Donc, est-ce qu'elle doit elle aussi faire preuve d'orthodoxie budgétaire ?

CHRISTOPHE CASTANER
Bien sûr, c'est une règle, mais l'orthodoxie budgétaire ça ne veut pas dire donner moins de services, moins de sécurité, notamment sur l'armée, et là l'objectif est de porter à 2 % du PIB...

JEAN-PIERRE ELKABBACH
En 2025.

CHRISTOPHE CASTANER
... notre budget, voilà, notre budget pour notre défense nationale et internationale.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Mais vous savez que madame GOULARD, quand elle était ministre des armées, avait dit le contraire au chef des armées, que ça n'atteindrait jamais les 2 % en 2025. Mais c'est vrai qu'elle est partie.

CHRISTOPHE CASTANER
Non, mais ce n'est pas pour ça qu'elle est partie, vous le savez bien, mais ça doit rester notre objectif. Ensuite, vous savez que, notamment sur l'équipement militaire, il faut un temps pour la commande d'un matériel militaire et la livraison, qui est long.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Donc, je budget de l'armée peut être un peu contrôlé ou maitrisé.

CHRISTOPHE CASTANER
Je suis convaincu qu'il sera en croissance, parce qu'on a besoin de sécurité. L'armée a un rôle à jouer, sur la question du terrorisme, vous savez comme moi qu'on lutte contre le terrorisme partout, mais aussi au Sahel et au Levant.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Le nouveau garde des Sceaux, Nicole BELLOUBET, prépare donc la loi de moralisation de la vie publique. Quand sera-t-elle prête et est-ce qu'elle reste une priorité ?

CHRISTOPHE CASTANER
Elle reste une priorité, la ministre sera cet après midi devant la Commission des lois au Sénat pour débattre de ce sujet.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
En combien de temps, sur le plan de l'économie et de l'emploi, on verra ou on verrait l'effet MACRON – PHILIPPE ? Parce qu'on a vu les chiffres du chômage hier, etc., il faut les voir à l'échelle du trimestre ou peut-être même de l'année, mais quand on verra, après la réforme du Code du travail, etc. l'effet ?

CHRISTOPHE CASTANER
Vous savez, certains se sont aventurés à donner un rendez-vous sur l'inversion de la courbe du chômage, et ils se sont trompés, donc je ne prendrai pas ce risque-là, surtout que je ne suis pas en charge de ce portefeuille. Mais, il faut que dans ce quinquennat nous inversions totalement la logique, et que nous allions vers ce qu'on appelle le plein-emploi, c'est-à-dire 7 % de chômage, ce qui reste beaucoup, mais si vous avez un turn-over sur ces 7 %...

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Pourquoi ce serait une performance ?

CHRISTOPHE CASTANER
C'est l'objectif, c'est sur 5 ans et c'est pour ça que la première des priorités, c'est d'investir sur le travail, c'est de libérer le travail et de protéger les salariés, c'est de réformer la formation professionnelle, parce que c'est indispensable pour ce pays.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Il y a des économies à faire. Merci d'être venu.

CHRISTOPHE CASTANER
Merci à vous Jean-Pierre ELKABBACH.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
A la prochaine, Christophe CASTANER. Pour nous, à demain.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 12 juillet 2017

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