Déclaration de M. Gérard Collomb, ministre de l'intérieur, sur la lutte contre la menace terroriste, le renseignement et la sécurité au quotidien assurée par une "gendarmerie de proximité", à Melun le 29 juin 2017. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de M. Gérard Collomb, ministre de l'intérieur, sur la lutte contre la menace terroriste, le renseignement et la sécurité au quotidien assurée par une "gendarmerie de proximité", à Melun le 29 juin 2017.

Personnalité, fonction : COLLOMB Gérard.

FRANCE. Ministre de l'intérieur

Circonstances : Cérémonie de sortie de la promotion "Lieutenant-Colonel Caron" de l'Ecole des officiers de la Gendarmerie nationale (EOGN), à Melun (Seine-et-Marne) le 29 juin 2017

ti : Monsieur le préfet,
Mesdames et Messieurs les parlementaires,
Monsieur le maire,
Monsieur le Directeur général de la Gendarmerie nationale, Mesdames, messieurs les officiers,
Mesdames, messieurs les élèves-officiers,
Mesdames, messieurs,


C'est un honneur de présider cet après-midi ma première cérémonie de sortie de l'École des Officiers de la Gendarmerie Nationale. Je mesure ce que ce moment revêt de solennité.

C'est d'abord un moment important pour vous, officiers issus de la 122ème promotion. Ce jour marque en effet la concrétisation de longs efforts, commencés il y a plusieurs années pour préparer un concours difficile, et poursuivis, ici, à Melun, durant deux années d'intense formation.

Cette cérémonie est aussi, j'en suis conscient, l'aboutissement de trajectoires personnelles, car on ne devient pas gendarme par hasard et que ce choix, par les contraintes qu'il implique, par les risques qu'il comporte, relève nécessairement d'un cheminement intime.

En cet instant où vous vous apprêtez à rejoindre des unités de sécurité publique, de police judiciaire, de sécurité routière, de maintien de l'ordre public ou des gendarmeries spécialises, je veux donc vous dire que vous pouvez être fiers de votre parcours.

Servir l'État, consacrer sa vie à protéger les autres, constitue en effet un choix éminemment respectable. Les Français en ont pleinement conscience. C'est pourquoi je tiens en ce jour à vous exprimer le soutien de toute la Nation.

Je veux également m'adresser aux 110 élèves de la 123ème promotion, à qui il reste encore douze mois pour parfaire leur formation.

En choisissant comme nom de baptême « général de division ARTOUS », vous avez décidé d'honorer la mémoire d'un homme qui a traversé la Seconde Guerre mondiale, a affronté la torture de la Gestapo, a survécu aux camps de la mort, avant de reprendre finalement sa charge d'officier de gendarmerie.

Ce choix marque votre volonté de vous placer sous le signe de la résistance face à la haine, à la barbarie, à l'obscurantisme. En une période où émergent dans le monde de nouvelles formes de totalitarisme, il s'agit évidemment d'un symbole fort, le symbole du rôle de sentinelle joué par les gendarmes pour garantir les valeurs de notre République.

Officiers de la 122ème promotion, élèves-officiers de la 123ème promotion, vous êtes unis par un même dessein : protéger les Français face à toutes les menaces.

Il s'agit là d'une haute mission. Car comme je l'ai évoqué dès mon discours de prise de fonctions comme ministre de l'Intérieur, la sécurité constitue la clé de voute de l'édifice républicain.

On oppose souvent sécurité et liberté. Mais en réalité, chacun voit bien que l'une ne va pas sans l'autre.

Oui, la sécurité est la première des libertés. Car sans sécurité, il n'est pas de projets, il n'est pas de progrès possible. Sans sécurité, c'est la colère qui prospère et finalement nos institutions qui vacillent.

Voilà pourquoi, Ministre de l'Intérieur, je mettrai tout en oeuvre pour vous permettre d'accomplir vos missions dans de bonnes conditions. Parce que c'est l'essentiel qui est en jeu. Parce qu'on ne transige pas avec la défense de la République.

Votre premier défi sera évidemment de lutter contre la menace terroriste.

Celle-ci, vous le savez, n'a jamais aussi été élevée. Elle frappe de manière aveugle. Elle s'attaque de plus en plus à vous, et je veux avoir une pensée particulière pour vos collègues de l'escadron 37/2 de gendarmerie de Chaumont, qui, il y a quelques jours sur les Champs-Elysées, ont échappé au pire.

Lutter contre le terrorisme nécessite une action forte à l'extérieur de notre territoire. Et j'ai toute confiance en la détermination du Président de la République et de Madame la Ministre des Armées.

Cela suppose aussi de se donner les moyens de mettre en oeuvre sur notre sol un certain nombre de dispositions pour éviter que des individus fanatisés y commettent le pire.

C'est, vous le savez, l'objet de la Loi pour le Renforcement de la Sécurité Intérieure et la Lutte Anti-terroriste que je porterai dès mardi devant le Parlement. Vous connaissez son but : il s'agit de faire en sorte, hors de l'état d'urgence, de disposer des outils adéquats pour protéger les Français. Ainsi, les préfets pourront-ils décider d'établir des périmètres de protection pour sécuriser les grands évènements. Et je sais qu'à l'approche de l'été, la gendarmerie nationale est pleinement mobilisée sur ce sujet. Ils pourront aussi prendre des mesures ciblées de surveillances, de visites et saisie. Avec une obsession : empêcher la commission d'attentats sur notre sol tout en préservant les libertés.

Mais pour que ce projet de loi puisse donner ses pleins effets, il faut aussi renforcer notre capacité à recueillir, sur le terrain, ces « signaux faibles » qui précisément permettent de déceler très tôt un individu susceptible de passer à l'acte. Pour cela, Mesdames et Messieurs, je compte sur vous, je compte sur la Gendarmerie Nationale et ses officiers.

Par son histoire, par son maillage territorial, par sa présence sur les grands axes de communication, la Gendarmerie Nationale se trouve en en première ligne pour recueillir des informations sensibles. Ce rôle de renseignement est d'ores et déjà un axe fort de votre action, puisque vous suivez plusieurs centaines d'individus radicalisés. Il faudra demain le renforcer. Et c'est un chantier que, nouveaux officiers, je vous demande de mener.

L'autre mission essentielle sur laquelle je souhaite que vous vous engagiez, c'est la sécurité du quotidien.

Là encore, il s'agit d'un enjeu majeur. Car les cambriolages, les agressions, les incivilités, c'est ce qui rend la vie de certains de nos compatriotes très difficile, c'est ce qui pousse certains d'entre-eux à désespérer de l'action publique. Une des clés pour éradiquer ce fléau est de vous permettre, de permettre à l'ensemble des forces de sécurité, de renforcer leur présence sur le terrain parce que c'est bien cette présence qui, dans un quartier, dans une commune, rassure nos concitoyens.

Pour progresser sur ce sujet, le Président de la République s'est engagé à créer 10 000 postes de policiers et gendarmes sur la durée du quinquennat.

Il faudra aussi agir pour vous libérer des trop nombreuses contraintes qui entravent votre action. Tâches administratives, missions indues, procédures trop lourdes : il est aujourd'hui trop d'obstacles à votre présence sur le terrain. C'est pourquoi, avec ma collègue Garde des Sceaux, je m'emploierai à rendre votre action quotidienne plus simple, en réfléchissant à la forfaitisation de certaines infractions, en s'appuyant sur les moyens offerts par la révolution numérique pour simplifier la procédure pénale, en rationalisant les relations entre les enquêteurs et les procédures pénales.

De la même manière, je souhaite que demain, à la tête de vos unités, vous soyez vous aussi militants du terrain et que vous privilégiez, à chaque fois que possible, une gendarmerie de proximité à une gendarmerie qui produit du papier. Cela passe par des initiatives visant à dématérialiser un certain nombre de procédures. Et je sais qu'en la matière, votre arme se situe à la pointe, elle qui a lancé le projet NEOGEND, qui permet à chaque agent de gagner en efficacité sur le terrain, elle qui a créé la brigade numérique, qui permet à chaque citoyen de faire appel, en tout point du territoire, à des gendarmes via n'importe quel terminal numérique. Cela passe également par des choix concrets. Et je vous demande, dans chacune des décisions que vous aurez à prendre comme officier de gendarmerie, de chercher à chaque fois que cela est possible à renforcer le lien de proximité entre les Français et les forces de sécurité.

Enfin, je tenais à évoquer devant vous le chantier de la modernisation de vos équipements et matériels.

Je me suis rendu, depuis ma nomination, dans plusieurs gendarmeries, dans plusieurs casernes. J'ai visité des lieux modernes, qui permettent à nos forces de sécurité de se former, d'intervenir, dans les meilleures conditions. J'ai aussi vu nombre de bâtiments vétustes, avec souvent des véhicules, ceux que vous utilisez au quotidien, affichant des centaines de milliers de kilomètres au compteur. Cette situation n'est pas acceptable. Ce n'est pas digne de votre engagement, pas digne du risque que vous prenez pour protéger nos concitoyens. Je mettrai donc tout en oeuvre pour inverser la tendance, tout pour faire de notre gendarmerie l'une des forces de sécurité les plus modernes d'Europe.

Mesdames et Messieurs les officiers et élèves-officiers,

Dans cette prestigieuse école, vous avez appris – et pour les élèves de la 123e?me promotion, vous allez apprendre - beaucoup.

Vous avez acquis des savoir-faire académiques de haut niveau, dont la maîtrise est indispensable pour servir l'État. Et je veux saluer l'action du général Isabelle GUION DE MERITENS, qui a développé des liens avec des institutions prestigieuses comme HEC, comme l'Université Paris II, pour que progresse sans cesse la qualité des enseignements qui vous sont dispensés.

Vous avez aussi éprouvé, grâce à l'expérience et le talent de vos formateurs, ce qu'est le statut de militaire, ce qu'il exige de discipline, de réactivité, de disponibilité.

Mais par-dessus tout, vous avez forgé dans cette école un sens du commandement, qui vous sera précieux dans l'exercice de vos futures fonctions.

Car commander est désormais votre vocation. Cette vocation vous donnera de grandes satisfactions, car vous aurez le sentiment légitime de faire avancer les choses.

Mais commander, c'est aussi vivre des situations dures, des épreuves difficiles, c'est être confronté à l'inévitable solitude de celui qui porte sur ses épaules le poids d'une décision.

Je ne vais pas, cet après-midi, me muer en professeur. Je voudrais simplement vous dire, fort de mon expérience, ce qu'est pour moi le sens du commandement.

Commander, c'est d'abord savoir faire les bons choix, en mobilisant bien sûr les savoirs théoriques que l'on a acquis, mais en prenant toujours en compte chaque situation dans son irréductible spécificité.

Commander, c'est écouter les avis, les conseils, mais savoir le temps venu trancher et faire appliquer ses décisions.

Commander, c'est enfin savoir être un meneur d'hommes, ce qui suppose d'associer bienveillance et autorité, sans perdre de vue la protection de celles et de ceux que l'on a sous ses ordres.

Officiers de la 122ème promotion « Lieutenant-Colonel Caron »,

Avant que vous ne rejoigniez vos territoires, je veux conclure en m'adressant à vous.

Pour vous dire que les galons que vous venez de recevoir vous obligent. Ils vous obligent parce que vous êtes les héritiers d'une grande histoire, celle d'une institution qui, au fil des siècles, a conservé ses valeurs tout en s'adaptant au monde nouveau, a associé sans cesse tradition et modernité. Ils vous obligent surtout parce que, dans un contexte lourd de défis pour notre pays, les français attendent beaucoup de vous.


Mesdames et Messieurs,

A? chacun d'entre-vous, je souhaite une longue et belle carrière, à la hauteur de vos espérances. J'ai pleinement confiance en votre capacité à protéger nos compatriotes.

La France est fière de ses forces de sécurité. La France est fière de ses gendarmes.


Vive la Gendarmerie Nationale ! Vive la République !
Vive la France !


Source https://www.interieur.gouv.fr, le 13 juillet 2017

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