Interview de Mme Marlène Schiappa, secrétaire d'Etat à l'égalité entre les femmes et les hommes, à France Inter le 5 juillet 2017, sur la contribution de Simone Veil à l'avancée des droits des femmes, l'extension du délit d'entrave à l'interruption volontaire de grossesse, l'égalité professionnelle et salariale entre femmes et hommes et le partage des tâches ménagères. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de Mme Marlène Schiappa, secrétaire d'Etat à l'égalité entre les femmes et les hommes, à France Inter le 5 juillet 2017, sur la contribution de Simone Veil à l'avancée des droits des femmes, l'extension du délit d'entrave à l'interruption volontaire de grossesse, l'égalité professionnelle et salariale entre femmes et hommes et le partage des tâches ménagères.

Personnalité, fonction : SCHIAPPA Marlène, FAUVELLE Marc .

FRANCE. Secrétaire d'Etat à l'égalité entre les femmes et les hommes;

ti : On va poursuivre cet hommage à Simone VEIL après la revue de presse avec Marlène SCHIAPPA, la secrétaire d'Etat chargée de l'égalité entre les femmes et les hommes. […]
- Marlène SCHIAPPA, secrétaire d'Etat chargée de l'Egalité entre les femmes et les hommes, est avec nous dans ce studio. En quoi Simone VEIL a été, pour vous d'une autre génération, une source d'inspiration dans vos combats et dans votre engagement en politique ?

MARLENE SCHIAPPA
Je pense que Simone VEIL a été une source d'inspiration à tout niveau. D'abord comme femme, comme être humain, pour ce qu'elle incarnait. La survivante de la shoah, qui était un des témoins les plus actifs de l'horreur qu'a été la shoah. Elle a été un témoin et un relais de ces combats. Ensuite en tant que personnalité politique bien sûr pour ce qu'elle a apporté pour l'IVG. Moi, j'appartiens à la génération qui n'a pas suivi en direct les débats sur l'IVG mais néanmoins je reste marquée par les images de l'INA.
Je me souviens d'avoir vu plusieurs fois ces images terribles où elle est une femme – elle le dit elle-même – parmi cette Assemblée exclusivement composée d'hommes en train de combattre et de défendre un droit qui deviendra, des années après, un droit fondamental. Elle le fait avec un courage et avec une dignité qui sont absolument sans pareil puisqu'elle ne cède pas d'un millimètre aux insultes, aux injures et aux bassesses des provocations qui lui sont faites dans l'hémicycle lorsqu'elle défend sa loi.
Elle reste droite et très digne et elle défend ses valeurs. Ensuite, c'est quelqu'un qui n'a jamais cessé de combattre pour la paix, pour l'Europe, pour la construction européenne. Je pense que c'est un modèle à la fois humainement de résilience, et politiquement de courage, de dignité et de volontarisme politique.

MARC FAUVELLE
Il y a un mot qui est beaucoup revenu sur cette antenne depuis l'annonce de son décès la semaine dernière dans les femmes qui ont témoigné à l'antenne. Ce mot est tout simple, c'est merci à Simone VEIL.

MARLENE SCHIAPPA
Absolument, complètement.

MARC FAUVELLE
Merci pour quoi ? Pour l'IVG évidemment ?

MARLENE SCHIAPPA
Bien sûr. Merci pour tout ça. Merci sur le fond bien sûr pour cette loi de légalisation de l'avortement qu'elle a défendue et qui est encore une loi précieuse des années après. Mais aussi je pense peut-être merci sur la forme puisque c'était l'une des premières femmes politiques, l'une des premières personnalités femmes politiques en France. A cet égard, elle a été une pionnière. Elle a ouvert la voie à bien des femmes et ç'a été jusqu'aux derniers instants de sa vie une grande voix, une voix qui résonne et qui fait sens dans le débat public sur la question de l'égalité entre les femmes et les hommes, mais pas uniquement.

MARC FAUVELLE
Oui. Quand Simone VEIL prend la parole en 74 pour défendre l'IVG, elles sont 9 femmes face à elle dans l'hémicycle. Elles sont aujourd'hui un peu plus de 230 je crois, on est presqu'à 40 %. A l'époque, c'était 2 % de femmes députées. Bonjour Leila SLIMANI, écrivaine, Prix Goncourt 2016. Vous publiez dans le dernier magazine Le 1 qui sort ce matin un très beau texte hommage à Simone VEIL intitulé « Mon héroïne ».

[Interview de Leila SLIMANI]

MARC FAUVELLE
Marlène SCHIAPPA, un mot sur ce que vous venez d'entendre ?

MARLENE SCHIAPPA
Oui, absolument. D'abord Leila SLIMANI a décrit très justement comme souvent ce qu'était la réalité de cette situation sur l'IVG. Je pense que si les femmes aussi, comme vous l'avez souligné, remercient Simone VEIL, c'est aussi parce qu'on sait à quel point le droit à l'avortement est menacé encore en 2017 dans le monde – Leila SLIMANI l'a dit – mais en France également il l'a été. Là, le vote sur l'extension du délit d'entrave à l'IVG sur la sphère numérique, c'est un vote qui a été très récent, qui date de l'année dernière, et on a vu là dans le débat de l'élection présidentielle qu'un certain nombre de candidats qui ont fait des scores réels et qui sont représentés aujourd'hui à l'Assemblée nationale proposaient soit de revenir sur cette extension du délit d'entrave à l'IVG, soit carrément attaquent l'IVG en parlant notamment – je pense évidemment au Front national – en parlant d'IVG de confort en invitant à ce qu'on ne rembourse plus l'IVG et cætera. Je pense que ce sont des attaques très fortes et très violentes, et que c'est justement important de rappeler que le droit à l'IVG existe, qu'il est dans la loi française et que la République protège les femmes dans leur accès à l'avortement.

MARC FAUVELLE
Michel est au standard de France Inter. Il nous appelle des Pavillons-sous-Bois. Bonjour Michel.

MICHEL, AUDITEUR DES PAVILLONS-SOUS-BOIS, SEINE-SAINT-DENIS
Bonjour, bonjour madame.

MARLENE SCHIAPPA
Bonjour.

MICHEL
Je voudrais vous demander, comment analysez-vous le fait que de nombreuses femmes puissent encore combattre contre l'IVG ?

MARLENE SCHIAPPA
C'est une très bonne question et au-delà de la question de l'IVG, c'est une question quasiment philosophique en fait que vous posez, à savoir est-ce que les femmes combattent forcément pour les droits des femmes. La réponse est non, dans la mesure où les deux personnes que je citais et qui ont été les plus virulentes contre justement le droit à l'avortement sont des femmes. Je pense qu'il y a des femmes qui véhiculent l'idéologie d'extrême droite ou une idéologie réactionnaire, de la même façon qu'il y a des hommes féministes et profondément engagés pour la défense des droits des femmes et heureusement. De tout temps il y a toujours eu des femmes qui luttaient contre les droits des femmes, hélas.

MARC FAUVELLE
Le prochain gros chantier à régler concernant l'égalité entre les femmes et les hommes, quel est-il, Marlène SCHIAPPA ? Est-ce qu'il faut d'abord s'attaquer aux tâches domestiques à la maison qui restent une inégalité criante entre les deux sexes ou au salaire ? La dernière étude de l'Insee publiée hier soir montre un écart je crois encore de 10 %. Il se réduit mais à ce train-là, il faudra encore un siècle avant que les femmes gagnent autant que les hommes.

MARLENE SCHIAPPA
A 27 %. Oui, oui, absolument. Le prochain chantier, je pense que d'abord ce qu'on constate, c'est que la loi a changé. On parle de Simone VEIL, évidemment c'est une loi complètement emblématique et très forte. Depuis Yvette ROUDY, il y a aussi une quinzaine de lois pour l'égalité professionnelle et l'égalité salariale entre les femmes et les hommes. Il est aujourd'hui interdit de ne pas payer à poste équivalent, avec le même salaire, une femme et un homme.

MARC FAUVELLE
Visiblement ça ne marche pas.

MARLENE SCHIAPPA
Ça ne fonctionne pas et justement c'est là que je viens. La loi a changé, maintenant c'est la vie qui doit changer. Donc notre combat maintenant, c'est moins un combat législatif qu'on combat culturel. En réalité, on doit passer de l'égalité dans les textes théoriques à l'égalité réelle. Pour cela, je pense que nous devons arrêter de morceler les sujets d'égalité entre les femmes et les hommes. Vous avez mentionné la question du partage des tâches ménagères. 80 % des tâches ménagères sont accomplies encore par les femmes en moyenne. La question de l'égalité salariale, il y a également la question des violences sexistes et sexuelles et toutes ces questions sont liées. Jusqu'à présent, on était avec une règle qu'on appelle la règle des 20 %, 20 % d'écart de salaire en moyenne, 20 % de tâches ménagères accomplies par les hommes et 20 % de femmes parlementaires. Alors on a réussi à faire changer le dernier chiffre.

MARC FAUVELLE
40 % de femmes parlementaires.

MARLENE SCHIAPPA
Maintenant, il faut qu'on arrive à attaquer ce cercle vicieux et en faire un cercle vertueux de l'égalité entre les femmes et les hommes.

HELENE JOUAN
Certains évoquent l'idée pour obliger les entreprises en fait à respecter l'égalité salariale entre les femmes et les hommes de sanctions. Qu'est-ce que vous en pensez ?

MARLENE SCHIAPPA
Moi, je suis absolument favorable à tout, à tout ce qui peut permettre d'aller vers plus d'égalité entre les femmes et les hommes. Je pense qu'il faut aller évidemment vers des sanctions mais elles sont déjà d'ailleurs prévues par la loi.

HELENE JOUAN
Mais pas appliquées.

MARLENE SCHIAPPA
Elles ne sont pas appliquées.

HELENE JOUAN
Ça se fait en politique quand les partis effectivement ne proposent pas assez de candidates mais pas dans les entreprises aujourd'hui.

MARLENE SCHIAPPA
Complètement. On a un travail à mener sur l'effectivité des sanctions et je pense qu'en plus de la loi, puisque manifestement la loi seule ne suffit pas, il faut qu'on aille vers d'autres process. Là par exemple, on a lancé une action qui faisait partie du programme du président de la République, qui était le name and shame. On a demandé à Ethics & Boards qui réalise chaque année un baromètre de l'égalité professionnelle entre les femmes et les hommes de nous indiquer quelles étaient les dix dernières entreprises de ce baromètre. Et ces dix dernières entreprises, nous les avons contactées et nous leur avons dit : « Vous faites partie des dix dernières entreprises de ce baromètre, vous ne respectez pas l'égalité entre les femmes et les hommes. »

MARC FAUVELLE
On peut avoir la liste ?

HELENE JOUAN
Oui, maintenant il faut donner les noms.

MARLENE SCHIAPPA
Donc on les invite à une journée de formation au secrétariat d'Etat à l'Egalité entre les femmes et les hommes que nous prenons en charge et nous faisons le pari que nous allons pouvoir les transformer en actrices et en acteurs de l'égalité professionnelle.

HELENE JOUAN
Avant de les dénoncer.

MARLENE SCHIAPPA
Mais celles et ceux qui ne viendraient pas seraient bien évidemment dénoncés puisqu'ils n'auraient pas saisi cette forme de dernière chance de l'égalité.

MARC FAUVELLE
Je voudrais qu'on aborde, Marlène SCHIAPPA, la question de la PMA. Le Conseil national d'éthique s'est prononcé il y a quelques jours pour son ouverture à toutes les femmes. Elle est aujourd'hui réservée aux couples hétérosexuels qui ne parviennent pas à avoir des enfants. Allez-vous l'étendre à toutes les femmes ?

MARLENE SCHIAPPA
Absolument.

MARC FAUVELLE
Quand ?

MARLENE SCHIAPPA
C'est un engagement du président de la République que d'ouvrir la PMA à toutes les femmes. La question du quand elle est très importante, elle est en cours d'arbitrage.

MARC FAUVELLE
Oui. Parce que des promesses sur la PMA, on en a connu quelques-unes ces dernières années.

MARLENE SCHIAPPA
Absolument, je le comprends, depuis plus de cinq ans effectivement. Là, c'est un sujet, la PMA, qui sera porté par Agnès BUZYN, la ministre des Solidarités et de la santé. Je l'accompagnerai, bien sûr, puisque je suis en charge de la lutte contre l'homophobie en plus de l'égalité entre les femmes et les hommes. J'ai reçu déjà un certain nombre d'associations à ce sujet : SOS Homophobie, l'Inter-LGBT et d'autres.

MARC FAUVELLE
Elle sera ouverte à toutes les femmes, qu'elles soient seules ou en couple homosexuel ?

MARLENE SCHIAPPA
L'engagement du président de la République c'était qu'elle soit ouverte à toutes les femmes, et l'avis du Conseil d'éthique dont vous avez parlé...

MARC FAUVELLE
Mais vous avez remarqué qu'il n'en a pas été question hier dans le discours d'Edouard PHILIPPE.

MARLENE SCHIAPPA
Le discours d'Edouard PHILIPPE n'a pas été exhaustif, et lui-même l'a précisé à plusieurs reprises, il ne pouvait pas, dans le temps qui lui était imparti, faire la liste de toutes les mesures individuellement, mais c'est un engagement qui a été pris par le président, qui a été réaffirmé...

MARC FAUVELLE
Ça n'a pas l'air d'être une priorité, puisque ce n'était pas dans le discours, et on sait que dans le groupe parlementaire de la République En Marche !, il peut y avoir des discussions, il y a plusieurs personnalités qui se...

MARLENE SCHIAPPA
Non, je ne partage pas votre analyse.

MARC FAUVELLE
Ah bon ?

MARLENE SCHIAPPA
Moi c'est un sujet dont j'ai parlé très longuement et profondément avec le Premier ministre Edouard PHILIPPE, il est tout à fait favorable à l'ouverture de la PMA, c'est un engagement de campagne du président, et l'immense majorité de parlementaires, ceux en tout cas avec qui j'ai échangé, m'ont semblé aussi très favorables...

MARC FAUVELLE
Vous avez une date ou pas ?

MARLENE SCHIAPPA
Alors, il y a un sujet qui est en cours d'arbitrage, avec Agnès BUZYN et avec le Premier ministre, surtout, Edouard PHILIPPE. Il y a deux possibilités, très franchement : ou on fait une loi à part sur la PMA, ou alors on considère que ça s'insère dans la révision bioéthique, en 2018, et on fait une loi plus globale. Ce sont les deux possibilités, elles sont en cours d'arbitrage.

MARC FAUVELLE
Avec une toute petite question, qui n'est pas que technique mais financière : est-ce que la Sécu remboursera ?

MARLENE SCHIAPPA
Ça fait partie des questions, là, qui relèvent d'Agnès BUZYN...

MARC FAUVELLE
Ah !

MARLENE SCHIAPPA
... puisque c'est elle qui s'occupe du lancement...

MARC FAUVELLE
Eh bien on lance l'invitation...

MARLENE SCHIAPPA
... et de la Sécurité sociale.

MARC FAUVELLE
... à votre collègue de la Santé.

MARLENE SCHIAPPA
Elle en sera très heureuse.

MARC FAUVELLE
Merci Marlène SCHIAPPA.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 19 juillet 2017

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