Interview de Mme Agnès Buzyn, ministre des solidarités et de la santé à RTL le 6 juillet 2017, sur l'obligation de vaccination, la hausse du prix du tabac et le décès de Simone Veil. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de Mme Agnès Buzyn, ministre des solidarités et de la santé à RTL le 6 juillet 2017, sur l'obligation de vaccination, la hausse du prix du tabac et le décès de Simone Veil.

Personnalité, fonction : BUZYN Agnès, MARTICHOUX Elizabeth .

FRANCE. Ministre des solidarités et de la santé;

ti :


ELIZABETH MARTICHOUX
Bonjour Agnès BUZYN.

AGNES BUZYN
Bonjour.

ELIZABETH MARTICHOUX
Merci beaucoup d'être avec nous dans ce studio de RTL. On n'a pas encore eu l'occasion de vous entendre, vous, la nouvelle ministre de la Santé, on vous connaît peu, vous êtes médecin. Vous avez longtemps exercé à l'hôpital, et puis, présidé des grands organismes de santé publique, et dernièrement, l'INCA, l'Institut National du Cancer, on y reviendra. Mais si vous voulez bien, on va s'attaquer tout de suite au premier acte fort que vous posez au ministère de la Santé, c'est l'obligation des huit vaccins en plus des trois, qui le sont déjà, ça fait onze en tout. C'est par l'obligation que vous allez combattre la défiance à l'égard de ces vaccins, combattre la peur qu'ils inspirent auprès des Français ?

AGNES BUZYN
Je pense que l'obligation doit rassurer les Français, si les pouvoirs publics prennent leur responsabilité en disant aux Français qu'il y a des morts inutiles aujourd'hui, que ça n'est pas admissible que des enfants, des jeunes de moins de 25 ans meurent de méningite ou meurent de rougeole dans notre pays, c'est que nous sommes tranquilles sur la sécurité de ces vaccins. Je pense que personne n'est inquiet quand il fait du DT-Polio, parce que c'est un vaccin obligatoire, utilisé depuis des dizaines d'années, et de la même façon, si nous rendons obligatoires les autres vaccins, les Français comprendront que ces vaccins sont complètement sûrs.

ELIZABETH MARTICHOUX
C'est un peu paradoxal, parce que vous, je crois savoir que, un peu par nature, par conviction, vous êtes contre le principe même de la coercition, de l'obligation, d'une façon générale, et là, vous dites : eh bien, non, pour éviter qu'on meure aujourd'hui de la rougeole, il faut en passer par-là.

AGNES BUZYN
Absolument, je crois que je suis comme tous les Français, je suis assez rebelle aux obligations, mais là, nous avons un vrai problème de santé publique, 25.000 cas de rougeole depuis 2008. 1.500 infections pulmonaires graves. Dix décès…

ELIZABETH MARTICHOUX
Et on ne peut pas faire autrement ?

AGNES BUZYN
Dix décès, et des enfants qui ont des séquelles neurologiques. Je crois que ça n'est absolument pas admissible.

ELIZABETH MARTICHOUX
Ce sera à partir de janvier prochain l'obligation, ça sera voté à l'automne à l'Assemblée ?

AGNES BUZYN
Voilà, nous avons travaillé à un texte qui permette de régler les problèmes pratiques, la mise en oeuvre pratique de cette obligation, et normalement, à partir de janvier, nous rendrons ces vaccins obligatoires.

ELIZABETH MARTICHOUX
Alors, Agnès BUZYN, si un parent refuse, que se passera-t-il ? Vous ferez appliquer les sanctions qui sont prévues dans le code de la santé publique ?

AGNES BUZYN
Aujourd'hui, aucune sanction n'est appliquée, même lorsque les parents ne font pas faire le diphtérie-tétanos-polio, le vaccin obligatoire actuellement. Donc nous allons réfléchir aux sanctions, mais ça n'est pas, à mon avis, la meilleure façon d'avancer.

ELIZABETH MARTICHOUX
Donc, vous préfèreriez ne pas avoir à aller jusque-là ?

AGNES BUZYN
Nous travaillons sur une clause d'exemption, c'est-à-dire que si vraiment des familles s'opposent absolument, nous essayerons de leur permettre d'éviter la vaccination, c'est compliqué juridiquement.

ELIZABETH MARTICHOUX
Donc, vous travaillez en tout cas sur ce sujet, parce qu'on sait par exemple qu'en Allemagne, il y a un projet effectivement d'instaurer une amende de 2.500 euros si on refuse justement le vaccin contre la rougeole, en Italie aussi, c'est sur le bureau du gouvernement…

AGNES BUZYN
En Allemagne, c'est 7.500 euros.

ELIZABETH MARTICHOUX
7.500 euros !

AGNES BUZYN
7.500 euros d'amende en Allemagne, et aujourd'hui, l'Italie travaille sur le même projet de loi avec douze vaccinations obligatoires qui sont en cours de discussion.

ELIZABETH MARTICHOUX
Mais vous, vous voudriez éviter d'avoir à menacer les Français de ce type d'amendes considérables ! Considérables !

AGNES BUZYN
Evidemment, l'objectif n'est pas d'avoir des amendes, l'objectif, c'est de faire de la pédagogie, et je souhaite que cette vaccination obligatoire rassure les Français. Je pense aux familles, je pense aux parents dont les enfants sont décédés parce que les vaccins n'ont pas été faits, les rappels n'ont pas été faits, soit par négligence, soit par défiance. Je pense à ces quelques parents dont l'enfant est mort de méningite en 24h alors qu'un vaccin existe et qu'on aurait pu les protéger ; c'est à eux que je m'adresse aujourd'hui.

ELIZABETH MARTICHOUX
Marine LE PEN affirme, ça va coûter, et on fait un cadeau aux labos.

AGNES BUZYN
Je rappelle qu'il y a 135 millions de naissances par an dans le monde, 800.000 en France, que parmi ces 800.000 naissances en France, 80 % des enfants sont déjà vaccinés, donc on parle d'augmenter la couverture vaccinale, ce qui représente environ 100.000 enfants. Je ne crois pas que ça soit un cadeau par rapport aux 135 millions d'enfants qui naissent.

ELIZABETH MARTICHOUX
Oui, enfin, encore un mot sur les laboratoires, Michèle RIVASI, députée européenne, qui était l'invitée de RTL il y a quelques semaines, craignait que les laboratoires produisent à flux tendu pour augmenter leurs marges, ou en tout cas, les ménager. Est-ce que ça, ça a un sens, et comment faire face à cette menace effectivement de chantage économique des labos ?

AGNES BUZYN
Aujourd'hui, le problème pour les vaccins, c'est leur capacité à produire des vaccins, les laboratoires ont du mal à les produire, nous avons des ruptures de stock en permanence. Donc si nous rendons les vaccins obligatoires, il va falloir que l'industrie nous assure qu'ils sont capables de produire, ça sera des négociations que nous mènerons dans les mois qui viennent, de même que des baisses de prix.

ELIZABETH MARTICHOUX
Donc vous allez demander aux laboratoires de baisser leurs prix, c'est une négociation que vous allez tenter auprès d'eux dans les mois qui viennent, avant que l'obligation ne soit rendue effective ?

AGNES BUZYN
Absolument. Nous avons fait le calcul, ceci devrait représenter un surcoût pour la Sécurité sociale, entre 10 et 20 millions d'euros. Ce qui est une petite somme par rapport aux maladies évitées et aux séquelles neurologiques, je pense à des enfants qui ont des handicaps mentaux toute leur vie derrière des maladies infectieuses.

ELIZABETH MARTICHOUX
Alors, vous avez frappé aussi un grand coup, Agnès BUZYN, avec la hausse du tabac, bientôt le paquet à 10 euros a confirmé Edouard PHILIPPE, à l'Assemblée mardi. Ça sera par étape, et quelle sera la première : augmentation, quand ?

AGNES BUZYN
Alors, les négociations débutent, nous allons recevoir les buralistes, il est évident que cette mesure n'est pas faite pour pénaliser cette profession, bien au contraire, il faut les accompagner dans une diversification. Donc nous allons travailler, mais ce qui est clair pour la santé publique, c'est que, pour que la hausse du prix du tabac soit efficace, et que les gens arrêtent de fumer, il faut que cette hausse soit importante, ça ne peut pas être des hausses de 10 centimes.

ELIZABETH MARTICHOUX
Ça, c'est une conviction forte, je le rappelais tout à l'heure, vous avez présidé l'Institut national pour le cancer, pour vous, la baisse du tabac, c'est incontestable, passe par la hausse du prix, et de 40 % ?

AGNES BUZYN
Oui, tous les pays qui ont vu une baisse importante de leur tabagisme sont passés par des hausses notables du prix du tabac. L'Angleterre, par exemple, les Anglais fumaient autant que nous, 30 % de prévalence du tabagisme en 2005, ils sont maintenant à moins de 20 %, alors que nous sommes encore à 29 %. Et ils sont passés par un prix du tabac à 11 euros.

ELIZABETH MARTICHOUX
Il y aura une première hausse en 2018, hausse du prix ?

AGNES BUZYN
Oui. Oui.

ELIZABETH MARTICHOUX
En 2018, et puis, progressivement, 10 euros, quand ?

AGNES BUZYN
Tout cela est en négociation.

ELIZABETH MARTICHOUX
Mais vous, votre ambition, c'est ?

AGNES BUZYN
Bien sûr, avant la fin du quinquennat, j'espère y arriver en trois ans.

ELIZABETH MARTICHOUX
En trois ans. D'ici à trois ans donc le prix du paquet à 10 euros avec une première hausse, oui, il vaut mieux y aller, je dirais, en douceur ou il vaut mieux déjà taper assez fort dès la première augmentation ?

AGNES BUZYN
Les hausses doivent être importantes pour qu'elles aient un impact de santé publique. Donc tout cela sera négocié.

ELIZABETH MARTICHOUX
Le président MACRON avait dit, pendant la campagne, oui, effectivement au paquet à 10 euros, à condition que les pays limitrophes fassent de même, parce que sinon, évidemment, ça augmente les achats transfrontaliers. Finalement, on y va tout seul ? Parce que, autour de nous, les pays vraiment limitrophes ne sont pas à 10 euros.

AGNES BUZYN
Alors, oui, mais des pays limitrophes n'ont pas non plus le taux de tabagisme que nous avons. Or, aujourd'hui, la France fait partie des plus mauvais élèves au monde en terme de prévalence du tabagisme des jeunes et des femmes. Donc nous avons besoin de prendre des mesures spécifiques.

ELIZABETH MARTICHOUX
Les hausses de prix n'ont pas fait baisser la consommation, c'est ce que disait encore un cadre de BRITISH TOBACCO, il y a une quinzaine de jours.

AGNES BUZYN
Eh bien, toutes les études internationales montrent que oui.

ELIZABETH MARTICHOUX
Donc vous le ferez d'ici à trois ans. Que pensez-vous de l'interdiction pure et simple du tabac qu'ont adoptée certains pays, rares, mais qui l'ont fait ?

AGNES BUZYN
Je pense que notre pays n'est pas prêt, et comme je l'ai dit au début, je ne suis pas en faveur de la coercition.

ELIZABETH MARTICHOUX
Alors, à propos de coercition, sujet très sensible, qui avait consommé le divorce entre Marisol TOURAINE et les médecins, c'est le tiers-payant généralisé, vous y êtes favorable ?

AGNES BUZYN
Je suis favorable parce que les Français ont du mal à accéder à un médecin aujourd'hui, certains Français ont du mal à accéder à un médecin pour des raisons financières, et il faut l'accepter, et il faut donc faire en sorte que ça ne soit pas le cas à l'avenir. Il faut que tous les Français puissent accéder à un médecin grâce au tiers-payant. Cela dit, il faut aussi que les médecins trouvent leur intérêt à cela, et donc je cherche une formule gagnant/gagnant, donc je suis en train de travailler sur la faisabilité de la mesure ; il est vrai que cette mesure est compliquée techniquement. Et donc je lance une mission de l'IGAS, de façon…

ELIZABETH MARTICHOUX
L'Institut Général des Affaires…

AGNES BUZYN
Des Affaires Sociales, l'Inspection Générale des Affaires Sociales, pour m'aider techniquement à trouver une solution qui permette aux médecins que ce ne soit pas de la paperasserie supplémentaire. Les médecins ont besoin de temps médical.

ELIZABETH MARTICHOUX
Donc tiers-payant généralisé suspendu, ça devait être pour novembre, c'est suspendu. Et ce sera généralisé quand techniquement, ça ne posera plus de problème aux médecins, ça les rassurera ?

AGNES BUZYN
C'est exactement ça, ça sera généralisé quand les médecins pourront accéder à un système fiable et qui ne leur prend pas du temps médical.

ELIZABETH MARTICHOUX
Donc pas d'ici la fin de l'année, et vous vous donnez le temps, peut-être même pas en 2018, tant que vous n'aurez pas rassuré les médecins, c'est ça ?

AGNES BUZYN
Absolument. Je tiens à ce que les médecins soient partie prenante des évolutions.

ELIZABETH MARTICHOUX
Agnès BUZYN, vous êtes ministre depuis quelques semaines, en un mot, d'abord, qu'est-ce qui vous frappe d'être passée d'une grande administration à un grand ministère ?

AGNES BUZYN
Peut-être la façon dont les gens vous regardent, quand vous passez d'une parole experte à une parole politique, c'est vrai que c'est un autre regard qui, souvent, cherche la faute, alors que lorsque j'étais présidente d'organisme, on m'écoutait, donc c'est une grande différence…

ELIZABETH MARTICHOUX
Un peu plus sur la défensive qu'auparavant donc…

AGNES BUZYN
Oui, cela dit, je n'ai pas envie de devenir une spécialiste de la langue de bois pour me protéger, donc je continuerai à dire ce que je pense.

ELIZABETH MARTICHOUX
Simone VEIL a marqué ce ministère de la Santé, les auditeurs l'ignorent sans doute, mais elle a été votre belle-mère pendant plusieurs années, vous la connaissiez très bien. Il y a une association qui a récupéré son nom sur Internet, pour créer et populariser un site anti-IVG depuis hier, ça a frappé beaucoup d'esprits. Qu'est-ce que ça vous inspire ?

AGNES BUZYN
Du mépris.

ELIZABETH MARTICHOUX
Du mépris.

AGNES BUZYN
Du mépris, bon, je crois que face à une très grande dame, on s'aperçoit de la bassesse de certains qui sont capables effectivement de retourner à leur avantage son nom. Son nom va être beaucoup utilisé maintenant, je le crains, pour des causes qui ne sont pas forcément des causes qu'elle aurait défendues, je le regrette, et il faudra la protéger.

ELIZABETH MARTICHOUX
Un tout dernier mot pour les Français, qui s'apprêtent à affronter les grandes chaleurs, ce n'est pas encore la canicule, techniquement parlant, mais pas loin, vous, la ministre de la Santé, vous leur dites…

AGNES BUZYN
Je rappelle les conseils de bon sens, bien sûr : boire beaucoup, s'hydrater, se rafraîchir, mais surtout penser aux autres, c'est aussi un devoir de solidarité la grande chaleur, c'est de vérifier que son voisin âgé reçoit de la visite, boit suffisamment, aller frapper aux portes, faire attention aux gens dans la rue qui accèdent difficilement à l'eau potable. Donc protéger les enfants, éviter le sport, en période de grandes chaleurs.

ELIZABETH MARTICHOUX
Voilà, c'était le dernier message d'Agnès BUZYN, ministre de la Solidarité et de la santé, au micro de RTL. Merci à vous, Madame, d'être venue.

AGNES BUZYN
Merci.

JEROME CHAPUIS
Merci à toutes les deux. Sur la hausse des cigarettes, vous nous dites que le paquet sera à 10 euros d'ici trois ans. Quant à la vaccination, l'obligation doit rassurer, nous a dit Agnès BUZYN, ce matin, doit rassurer les Français si les pouvoirs publics prennent leur responsabilité, c'est que nous sommes tranquilles sur la sécurité des vaccins.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 20 juillet 2017

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