Interview de Mme Marlène Schiappa, secrétaire d'Etat à l'égalité entre les femmes et les hommes, à Europe 1 le 24 juillet 2017, sur la polémique concernant la décision de diminuer de 5 euros par mois les aides personnalisées au logement, son budget, la proposition d'un "CAP Petite enfance" pour les parents et la cote de popularité du président de la République. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de Mme Marlène Schiappa, secrétaire d'Etat à l'égalité entre les femmes et les hommes, à Europe 1 le 24 juillet 2017, sur la polémique concernant la décision de diminuer de 5 euros par mois les aides personnalisées au logement, son budget, la proposition d'un "CAP Petite enfance" pour les parents et la cote de popularité du président de la République.

Personnalité, fonction : SCHIAPPA Marlène.

FRANCE. Secrétaire d'Etat à l'égalité entre les femmes et les hommes

ti : PIERRE DE VILNO
Bonjour Marlène SCHIAPPA.

MARLENE SCHIAPPA
Bonjour.

PIERRE DE VILNO
Je prononce SCHIAPPA, puisque vous me dites qu'en Corse c'est « SKIAPPA » (phon), mais vous vous intégrez…

MARLENE SCHIAPPA
Tout à fait, je m'assimile.

PIERRE DE VILNO
Vous vous assimilez. Une question d'actualité Marlène SCHIAPPA, puisque c'est une décision de votre gouvernement, les APL vont baisser, 5 euros de moins par mois et par foyer, est-ce que c'est juste ?

MARLENE SCHIAPPA
Je pense que c'est juste, oui, au regard des baisses de budget qui sont demandées, qui sont nécessaires, et qui avaient d'ailleurs été décidées par le précédent gouvernement, donc c'est une baisse le plus juste possible puisqu'on ne supprime aucune APL, on diminue simplement de 5 euros l'ensemble des APL.

PIERRE DE VILNO
L'ancien gouvernement s'inscrit en faux, Christian ECKERT est furieux, a dit que ce n'était pas du tout l'ancien gouvernement qui avait décidé ça !

MARLENE SCHIAPPA
Il peut être furieux, nous on a des notes qui sont faites de la main de l'ancien ministre du Budget au Premier ministre de l'époque, donnant ces indications de baisse.

PIERRE DE VILNO
Des notes que vous pourrez produire, pour nous montrer ?

MARLENE SCHIAPPA
Ce n'est pas moi qui en dispose et je ne sais pas quel sera le choix du ministre du Logement et du porte-parole du gouvernement, mais en tout cas…

PIERRE DE VILNO
Donc Christian ECKERT ment quand il dit que ce n'est pas le précédent gouvernement qui a décidé de ces…

MARLENE SCHIAPPA
Il ne dit pas la vérité. Pour vous donner les détails, il avait été décidé une baisse, donc ça n'a pas été provisionné, le montant de ces APL, et ensuite la baisse n'a pas été mise en oeuvre puisque en période électorale. Donc nous, nous nous retrouvons, le gouvernement d'Edouard PHILIPPE, à avoir un devoir de responsabilité avec de l'argent qui n'est pas provisionné, et le choix que nous faisons c'est de diminuer les APL d'une petite somme, de 5 euros, dans leur ensemble.

PIERRE DE VILNO
Est-ce que c'est, comme disent mes confrères de Marianne, la première mesure anti-pauvres d'Emmanuel MACRON ?

MARLENE SCHIAPPA
En aucun cas, je pense qu'il faut sortir de la caricature, c'est au contraire une mesure qui vise à préserver les APL et à pouvoir les payer même si c'est en les diminuant un petit peu. Plus globalement ça pose la question de la façon dont fonctionne notre politique du logement. Les APL elles sont assez inefficaces globalement puisqu'elles ont eu comme effet d'augmenter assez artificiellement un certain nombre de loyers, donc je pense qu'à un moment il va falloir se poser la question de ce qu'on fait avec la politique du logement.

PIERRE DE VILNO
Ça, il y a une loi pour ça, pour l'encadrement des loyers.

MARLENE SCHIAPPA
Absolument. Moi, il vous est apparu que je ne suis pas ministre de Logement…

PIERRE DE VILNO
Non, mais vous faites partie d'un gouvernement, donc j'imagine qu'on discute entre ministres.

MARLENE SCHIAPPA
Absolument, on discute complètement, c'est pour ça que je vous réponds, mais ce n'est pas le sujet que je suis venue aborder avec vous aujourd'hui.

PIERRE DE VILNO
Eh bien parlons de votre budget et vos sous à vous Marlène SCHIAPPA.

MARLENE SCHIAPPA
Absolument.

PIERRE DE VILNO
Il baisse aussi, 7,5 millions d'euros, ça inquiète les associations féministes, qu'on a entendues d'ailleurs dans les journaux d'Europe 1 ce matin ?

MARLENE SCHIAPPA
Oui, alors les associations dont l'objet est la lutte contre les violences sexistes et sexuelles ne verront aucune baisse de leurs subventions, aucune baisse, et ça je l'ai dit dès le début, je construis ce budget en faisant en sorte que ces associations ne voient pas 1 euro de diminution de leurs subventions. Ensuite, la baisse, ce n'est pas la baisse de mon budget, c'est la baisse du Programme 137, qui est une partie de mon budget. Mon budget n'est pas constitué seulement du Programme 137, c'est un certain nombre d'apports, notamment interministériels, et c'est un certain nombre…

PIERRE DE VILNO
Concrètement ça veut dire qu'il y a des sous ailleurs ?

MARLENE SCHIAPPA
Absolument, il y a des sous ailleurs, il y a des sous partout en réalité, pour l'égalité entre les femmes et les hommes. Par exemple, soyons concrets, le téléphone d'alerte, le Téléphone Grave Danger, qui jusqu'à présent était payé sur ce fameux Programme 137, à partir de maintenant il sera pris en charge par le ministère de la Justice, et nous avons un certain nombre de mesures comme celle-là qui sont prises en charge, en réalité, par d'autres ministères, donc le budget s'additionne, il ne se divise pas, et il est toujours en cours de construction, il n'est pas arrêté définitivement à ce stade.

PIERRE DE VILNO
On a entendu la colère de la coordinatrice du Planning Familial tout à l'heure, vous lui répondez quoi ?

MARLENE SCHIAPPA
Moi, en fait, je ne passe pas forcément par les médias pour répondre, on s'est eues directement, et je lui ai assuré du fait que sa subvention ne baissait pas d'un seul euro, la subvention du Planning Familial reste bien évidemment pleine et entière, maintenue en l'état.

PIERRE DE VILNO
Marlène SCHIAPPA, vous êtes au coeur d'une polémique, on l'a entendu avec un reportage de Rémi BOTSARRON dans le journal de 8h00. Votre proposition, donner un CAP Petite enfance à toutes les mères qui n'ont aucun diplôme, toutes celles qui jusqu'alors n'ont fait que garder leurs enfants, les mères, vous dites, dont le CV n'est qu'une page blanche. Les professionnels sont indignés, vous leur répondez quoi ?

MARLENE SCHIAPPA
Alors, je réponds que ce n'est absolument pas ma mesure, je n'ai jamais proposé de distribuer des CAP Petite enfance aux mères. Deux choses. D'abord sur la forme, c'est lors d'une audition au Parlement et au Sénat que j'ai expliqué, à la fin, après 1 heure 30 d'audition et de descriptif de l'ensemble de nos mesures pour l'égalité entre les femmes et les hommes. J'ai dit que nous lancions une réflexion qui visait à trouver les parcours diplômant pour effectivement ces mères, et ces pères, qui sont jeunes et qui sont sortis du parcours scolaire sans un baccalauréat, sans un BEPC, un brevet des collèges, et qui n'ont pas de diplôme, qui ont élevé leurs enfants et qui se trouvent effectivement avec un CV qui est une page blanche, sur la forme. Ensuite, sur le fond, il ne s'agit pas de distribuer des CAP Petite enfance, ni aucun diplôme, aux mères de famille.

PIERRE DE VILNO
On fait comment, ils passent une formation ?

MARLENE SCHIAPPA
Il s'agit d'un dispositif, qui est déjà existant, qui s'appelle la VAE, la Validation des Acquis de l'Expérience, qui existe déjà pour les métiers de la petite enfance, notamment, par exemple, vous avez les neufs modules qui existent dans la Validation des Acquis de l'Expérience pour la validation des éducateurs de jeunes enfants, il y a neufs modules. Ce dispositif il fait qu'on prévoit un dossier, qu'on a un examen et que, ensuite, si bien sûr on correspond à cela, on peut obtenir un diplôme. Nous, le dispositif sur lequel nous travaillons, il vise à mélanger une formation pour ces jeunes parents, pour ces jeunes mères, je dis jeunes mères parce qu'à 97 % ce sont des femmes, mais bien évidemment les 3 % d'hommes sont bienvenus, et bien évidemment en parallèle nous travaillons à des mesures pour inciter plus fortement les pères à prendre leur congé parental, mais le dispositif il vise à accompagner vers la réinsertion professionnelle ces jeunes mères. Vous savez qu'il y a près de 6000 jeunes mères mineures, en France, qui n'ont pas de diplôme, qui sont sorties du parcours scolaire avant le moindre diplôme, et qui se retrouve à 20 ans ou 25 ans sur le marché du travail sans aucun diplôme, sans aucune expérience, ni qualification professionnelle, et qui seront, si l'on ne fait rien, au chômage de longue durée ou qui vont errer d'une mission à une autre dans la plus grande précarité. Je pense que ce n'est pas acceptable de ne rien faire pour ces mères, et je ne cherche pas la symbolique, je cherche l'efficacité, et je pense que c'est efficace, d'après les consultations que nous avons menées auprès de ces populations, que de leur proposer un parcours diplômant.

PIERRE DE VILNO
Je ne sais pas quels sont vos modules, que vous avez les yeux…

MARLENE SCHIAPPA
Ce n'est pas mes modules, ce sont les modules officiels…

PIERRE DE VILNO
Non, non, les modules officiels que vous avez, vous êtes ministre, donc d'une certaine manière ce sont les vôtres, mais ceux qui vous regardent sur europe1.fr peuvent voir effectivement que vous avez une feuille avec, j'imagine, ces neuf modules devant vous. Mais, quand vous entendez les professionnels dire la petite enfance c'est un métier difficile pour les enfants qui ont été traumatisés, qui peut-être ont été victimes d'abus sexuels, qui ont eu d'autres problèmes par le passé, il y a un travail d'écoute. Comment est-ce que vous allez… vous avez une formation, est-ce que dans ces modules-là il y a un encadrement, un suivi de ces jeunes mères et de ces jeunes pères ?

MARLENE SCHIAPPA
Bien évidemment. Comme je l'ai rappelé tout à l'heure, il ne s'agit pas, contrairement à ce qui a été dit, et je déplore qu'on transforme une mesure qui est en début, qui n'est pas aboutie, qui n'est pas annoncée, et qui est assez complexe, qu'on la transforme en un sujet, verbe, complément, de 140 signes pour qu'elle rentre dans un tweet et que ça devienne on va distribuer des CAP aux mères, parce qu'encore une fois ce n'est pas la mesure…

PIERRE DE VILNO
Et pas de la distribution.

MARLENE SCHIAPPA
Absolument pas, c'est un parcours comme il en existe déjà, je le rappelle. Donc, si un certain nombre de personnes ne veulent pas qu'on valide les acquis de l'expérience, ça veut dire qu'ils remettent en cause le dispositif de la VAE, de la Validation des Acquis de l'Expérience, qui existe. Là, par exemple, pour la VAE EJE, il y a neuf volets, il y a l'accueil et l'accompagnement du jeune enfant et de sa famille, l'action éducative en direction du jeune enfant, la communication professionnelle, les dynamiques institutionnelles et partenariales, ce sont des vrais métiers, les métiers de la petite enfance. Ça n'enlève rien à personne qu'un certain nombre de nouvelles personnes puissent être orientées vers des parcours diplômant qui puissent leur permettre de travailler dans ces métiers, au contraire, ça les valorise, puisque ça veut dire que nous considérons que c'est une véritable qualification professionnelle qui leur met le pied à l'étrier pour entrer dans le monde du travail.

PIERRE DE VILNO
Comment est-ce que vous analysez la réaction, vous l'avez dit vous-même, assez prompte, assez rapide, des professionnels de la petite enfance, est-ce que c'est parce qu'ils n'avaient pas tous les éléments en main ou est-ce que c'est parce qu'ils craignent une nouvelle concurrence à leur égard ?

MARLENE SCHIAPPA
Il y a deux éléments. D'abord, le premier, j'observe que tout le monde réagit, comme je vous le disais, sur la base d'un tweet de 140 signes d'une chaîne d'observateurs avec sujet, verbe, complément, « Marlène SCHIAPPA distribue des CAP Petite enfance aux mères de famille », alors que ce n'est pas ma mesure, donc on réagit sur la base d'une proposition qui n'est pas ma proposition…

PIERRE DE VILNO
Enfin, ce n'est pas votre proposition, ce n'est pas votre mesure, mais c'est votre idée, c'est quand même un long travail qui est derrière tout ça.

MARLENE SCHIAPPA
C'est mon idée, mais ce n'est pas la mesure…

PIERRE DE VILNO
C'est votre idée.

MARLENE SCHIAPPA
Non, non, la mesure ce n'est pas de distribuer des CAP petite enfance aux mères de famille.

PIERRE DE VILNO
Non, non, il ne s'agit pas de distribution, mais l'idée générale…

MARLENE SCHIAPPA
Si, si, parce que ce qui est remis en cause par les professionnels de la petite enfance c'est de dire on va brader nos diplômes et on va les distribuer, et moi je les comprends. Moi, si on me dit « on va distribuer maintenant des diplômes automatiquement aux mères de famille », je trouverai ça aberrant. Ce n'est pas le cas, il ne s'agit pas d'une distribution, il ne s'agit pas uniquement de femmes, il s'agit d'intégrer dans des parcours diplômant, dans des VAE, avec des formations, avec des examens, avec des dossiers très solides, encadrés, et avec un jury de professionnels, donc ça ne dégrade absolument pas cela.

PIERRE DE VILNO
Emmanuel MACRON s'est invité il y a quelques jours dans la cour d'un ministère, son but était un peu de calmer le jeu, de rentrer dans le dialogue avec vous autres les ministres, peut-être un peu casser cette imagine jupitérienne, pour reprendre le terme consacré. L'indice de confiance IFOP-JDD montre qu'il perd 10 points. Est-ce que sur la manière de gouverner, est-ce que vous êtes, j'allais dire en phase avec le président de la République, est-ce que vous pensez que c'est la fin de l'état de grâce comme disent certains, quelle est votre opinion ?

MARLENE SCHIAPPA
Je suis bien évidemment en phase avec le président de la République. Je me permets de reprendre vos propos puisque j'étais dans le ministère en question…

PIERRE DE VILNO
Dans la fameuse cour.

MARLENE SCHIAPPA
Voilà, il n'est pas venu pour renouer le contact, le contact n'a jamais été perdu. Nous, les membres du gouvernement, nous sommes en contact permanent avec l'Elysée pour travailler sur nos mesures, sur la mise en oeuvre de notre programme, et il est en contact sans cesse. Là il est venu dans le ministère de Christophe CASTANER, qui est secrétaire d'Etat aux Relations avec le Parlement, rencontrer les parlementaires dans un cadre un petit peu informel et échanger avec eux, ce qui est absolument normal et ce qu'il a fait très régulièrement pendant la campagne et juste après.

PIERRE DE VILNO
Et donc, sur la méthode de gouvernement, vous êtes en phase ?

MARLENE SCHIAPPA
Oui, oui, je suis compltement en phase, après je pense que ce qui est vrai c'est que nous devons faire plus de pédagogie, et ma mesure que je viens de vous expliquer et de vous détailler le montre aussi ce matin, c'est pour ça que je suis chez vous ce matin, je pense que nous devons plus expliquer nos mesures et faire davantage de pédagogie, d'explications.

PIERRE DE VILNO
Ça veut dire quoi, ça veut dire qu'on va trop vite, on est allé trop vite sur le Général de VILLIERS, on n'a pas eu assez de pédagogie sur ce sujet-là également ?

MARLENE SCHIAPPA
Non, mais moi je prends ma part, en ce qui me concerne moi je ne donne pas les bons et les mauvais points à mes collègues du gouvernement. En ce qui me concerne, sur le budget, ça veut dire que je dois faire plus de pédagogie. Par exemple, je pars du principe que quand quelque chose est mal compris, c'est que cette chose est mal expliquée, donc c'est pour ça que je viens vous expliquer le budget, la Validation des Acquis de l'Expérience des jeunes parents, et non pas la distribution de CAP aux mères de famille, et faire davantage d'explications et de pédagogie sur ce que nous menons.

PIERRE DE VILNO
Dernière question Marlène SCHIAPPA. Le mouvement la République En Marche semble connaître des dissensions, des dizaines d'adhérents de la République En Marche vont maintenant devant le tribunal de grande instance de Créteil pour obtenir l'annulation de nouveaux statuts du parti. Comment est-ce que vous percevez cette première faille ?

MARLENE SCHIAPPA
D'abord je ne parlerais pas de dissensions, je pense qu'il y a quelques dizaines, il me semble, d'adhérents d'En Marche qui effectivement contestent les statuts, bon, c'est leur droit, ils mènent leur process, mais je pense que les statuts ont été largement discutés. Il y a un vote qui est en cours sur la validation de ces statuts, nous verrons ce que ce vote donne, mais je trouve au contraire que pour un mouvement aussi jeune que le nôtre, que la République En Marche, au contraire je trouve que ce mouvement fonctionne très bien. C'est quand même un mouvement qui a fait élire un président de la République, une très large majorité à l'Assemblée nationale, et qui gouverne actuellement, donc je suis assez sereine sur l'avenir de ce mouvement qui est très bien encadré au demeurant.

PIERRE DE VILNO
Merci beaucoup Marlène SCHIAPPA d'avoir été avec nous en direct sur Europe 1.

MARLENE SCHIAPPA
Merci à vous.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 25 juillet 2017

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