Interview de Mme Elisabeth Borne, ministre des transports, à France Inter le 20 juillet 2017, sur la "pause" en matière de grands projets d'infrastructures et la priorité donnée à l'amélioration des transports de la vie quotidienne. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de Mme Elisabeth Borne, ministre des transports, à France Inter le 20 juillet 2017, sur la "pause" en matière de grands projets d'infrastructures et la priorité donnée à l'amélioration des transports de la vie quotidienne.

Personnalité, fonction : BORNE Elisabeth, WEILL Pierre.

FRANCE. Ministre des transports;

ti : PIERRE WEILL
Notre invitée ce matin est Elisabeth BORNE, la ministre chargée des Transports. Bonjour.

ELISABETH BORNE
Bonjour.

PIERRE WEILL
Avant de parler des dossiers que vous traitez directement, question à l'autorité politique, la ministre : la démission du général Pierre de VILLIERS, est-ce selon vous la conséquence d'une crise d'autoritarisme d'Emmanuel MACRON ?

ELISABETH BORNE
Je pense qu'il était important que la situation se normalise à la tête de l'armée et donc avec la nomination du nouveau chef d'état-major des armées le général François LECOINTRE, je pense qu'on va pouvoir reprendre le cours normal des choses. Il y a eu un désaccord qui a été exprimé par le chef d'état-major. Evidemment, il ne peut pas y avoir un désaccord stratégique entre le chef des armées et le chef d'état-major des armées. Le général Pierre de VILLIERS a présenté sa démission et je pense qu'il a tiré les conséquences logiques de ces désaccords.

PIERRE WEILL
Madame BORNE, vous êtes issue de la haute fonction publique. Est-ce que c'est la bonne méthode de remettre en place publiquement un haut responsable ?

ELISABETH BORNE
Je pense que pour que le gouvernement puisse travailler et pour que l'administration soit efficace, il ne peut pas y avoir des désaccords stratégiques entre les ministres et leurs directeurs, entre le chef des armées et son chef d''état-major. Donc je pense que chacun doit tirer les conséquences.

PIERRE WEILL
Vous ne répondez pas. Est-ce que c'est normal de remettre en place, de sermonner publiquement un haut responsable ?

ELISABETH BORNE
Je pense que les Français attendent qu'on conduise une politique. Ils attendent des résultats et pour qu'on ait des résultats, il faut que tout le monde soit aligné. Il y a une stratégie qui est donnée par le président de la République, il y a une stratégie qui doit être mise en oeuvre par le gouvernement. L'administration, le chef d'état-major des armées, chacun doit s'inscrire dans la stratégie qui est définie.

PIERRE WEILL
Question à la ministre chargée des Transports : Emmanuel MACRON a annoncé début juillet qu'il voulait mettre la priorité sur les transports du quotidien plutôt que sur de nouveaux grands projets. Concrètement, qu'est-ce qui va changer ? Comment allez-vous faire ?

ELISABETH BORNE
Effectivement, le président de la République a annoncé le 1er juillet, à l'occasion de l'inauguration de la ligne à grande vitesse entre Paris et Rennes, qu'on allait marquer une pause. On va marquer une pause parce qu'il est indispensable de réfléchir à ce que doivent être nos politiques en termes de mobilité dans les prochaines années. Aujourd'hui, on est confronté à des paradoxes, à des situations inacceptables et à des impasses. Je parle de paradoxes parce qu'au moment où on inaugure deux lignes à grande vitesse - et on peut être très fier, ça montre nos compétences dans ce domaine-là…

PIERRE WEILL
Paris-Rennes, Paris-Bordeaux.

ELISABETH BORNE
Voilà, Paris-Rennes et Paris-Bordeaux, ce qui ne s'était jamais fait, deux lignes nouvelles en même temps. On a le paradoxe que 5 300 kilomètres de lignes du réseau ferré font l'objet de ralentissements faute d'avoir été suffisamment entretenus. C'est vraiment des transports à deux vitesses, c'est le cas de le dire. La situation est tout aussi préoccupante sur notre réseau routier national. Je parle aussi de situation inacceptable quand on sait que 40 % des Français, ceux qui vivent dans les zones rurales, ceux qui vivent dans le périurbain, n'ont pas d'autre solution que d'utiliser leur voiture ; quand on sait que des millions de Français vivent la congestion des réseaux tous les matins dans leurs transports, que ce soit sur les routes ou dans les transports publics. Cette situation est inacceptable.

PIERRE WEILL
Donc on doit répartir différemment l'argent. Quels sont les grands projets à grande vitesse qui vont être abandonnés ?

ELISABETH BORNE
On n'est pas en train de parler d'abandonner des projets, on est en train de faire une pause pour réfléchir. Je parlais aussi d'impasse.

PIERRE WEILL
Cela concerne quelles lignes, cette pause ?

ELISABETH BORNE
La pause concerne l'ensemble des projets des grandes infrastructures, pas les contrats de plan, contrats de plan entre l'Etat et la région qui sont sur des projets de la vie quotidienne. Mais sur tous les grands projets, on marque une pause, le temps de réfléchir.

PIERRE WEILL
C'est-à-dire la ligne à grande vitesse Bordeaux-Toulouse ? Lyon-Turin ? Le canal Seine Nord ?

ELISABETH BORNE
La pause concerne effectivement tous les grands projets parce qu'on a besoin de réfléchir. Non seulement il y a ces paradoxes et ces situations inacceptables mais on est aussi face à une impasse financière. Si on prend tout ce qui a été promis comme grand projet et l'argent qu'on va devoir dépenser pour entretenir nos réseaux pour les transports de la vie quotidienne, il manque dix milliards. Ou plus exactement, il faudrait dépenser dix milliards de plus sur ce quinquennat que ce qu'on a fait sur les précédents quinquennats. On est donc face à une impasse. Il faut prendre le temps de réfléchir.
Il y a des très bonnes nouvelles : c'est qu'il y a de nouvelles mobilités dont vous avez fait un excellent reportage sur votre antenne tout à l'heure. On a donc aussi plein de nouvelles solutions qui peuvent être proposées aux Français. On va faire une pause, on va réfléchir.
Je lancerai à la rentrée des Assises de la mobilité pour écouter ce que sont les besoins des Français, pour permettre aussi à tous ceux qui ont des idées de les exprimer, de nous faire des propositions. J'entendais une chercheuse sur votre antenne qui disait : « Le cadre n'est pas adapté. » Dites-le nous et on adaptera le cadre pour qu'on puisse mieux répondre aux besoins des Français.
Je présenterai au début de l'année 2018 une loi d'orientation sur les mobilités qui à la fois dira ce qu'on va faire comme grand projet dans le quinquennat, mais pas des promesses non-financées : des engagements financés.

PIERRE WEILL
Vous prenez l'engagement ce matin que les trains du quotidien vont mieux fonctionner, seront plus confortables, seront plus nombreux, et cela quand ?

ELISABETH BORNE
Je vous dis que c'est notre priorité et ça, ça suppose qu'on s'occupe de l'entretien et de la modernisation de nos réseaux. Ça suppose aussi qu'on travaille sur les méthodes d'exploitation. Vous savez que la SNCF a rendu public un rapport qui a été confié à des experts, et je voudrais saluer leur démarche, où on voit qu'on doit aussi travailler sur nos organisations, sur l'efficacité de nos méthodes. Tout ça doit permettre d'améliorer rapidement le transport de la vie quotidienne.

PIERRE WEILL
Vous connaissez la situation dans le RER, si je prends l'exemple de la région parisienne, avec des incidents techniques régulièrement, des retards. Tout ça, ça va changer ?

ELISABETH BORNE
C'est l'objectif de se consacrer prioritairement non seulement aux millions de Franciliens qui prennent le RER, mais aussi d'apporter des solutions là où il n'y a pas aujourd'hui d'autre réponse que la voiture. C'est de tout ça qu'on va parler dans les Assises de la mobilité à la rentrée et moi, j'invite tous ceux qui ont des choses à nous dire sur la mobilité à s'exprimer à ce moment-là.

PIERRE WEILL
Mais quand vous parlez de pause pour les grands projets, ça veut dire qu'ils sont abandonnés. Il faut quand même être clair.

ELISABETH BORNE
Ça ne veut pas du tout dire qu'ils sont abandonnés. On va faire une loi de programmation – ça ne s'est jamais fait – sur les cinq prochaines années où on dira quels projets on va faire et comment ils sont financés.

PIERRE WEILL
En tout cas pour l'instant, Bordeaux-Toulouse, Lyon-Turin, Poitiers-Limoges, le canal Seine Nord, on n'en parle pas. On s'occupe d'autre chose, c'est-à-dire les trains du quotidien.

ELISABETH BORNE
On réfléchit.

PIERRE WEILL
L'avenir du transport aérien, est-ce que c'est le low cost ? Les pilotes d'AIR FRANCE ont accepté le projet low cost de la future compagnie qui pourrait s'appeler Boost. C'est une bonne chose ?

ELISABETH BORNE
Moi, je me réjouis qu'après des années de conflit dans la compagnie qui évidemment affecte son développement et donc son avenir, une solution ait été trouvée et qu'effectivement à la fois les hôtesses, les stewards puis les pilotes aient accepté les propositions de la direction. Ça va permettre à la compagnie de repartir sur des bonnes bases et de se développer.

PIERRE WEILL
Allez-vous lancer la privatisation d'AEROPORTS DE PARIS ?

ELISABETH BORNE
Le sujet n'est pas sur la table. C'est une entreprise cotée, je ne vais donc pas faire des annonces de ce type-là à votre antenne.

PIERRE WEILL
Et vous y pensez ?

ELISABETH BORNE
On a une réflexion forcément sur les participations de l'Etat. Ensuite chaque situation doit être regardée précisément.

PIERRE WEILL
Et l'Etat a besoin d'argent.

ELISABETH BORNE
L'Etat a besoin d'argent. Il y aura donc une réflexion sur les participations de l'Etat et ce sera examiné avec mon collègue du ministère de l'Economie.

PIERRE WEILL
La situation chaotique dans les aéroports, notamment Roissy et Orly, due au renforcement des contrôles et au manque de personnels, vous ne pouviez pas anticiper cela avant les grands départs ? Cela donne une image déplorable de la France.

ELISABETH BORNE
Je suis bien d'accord. Il fallait faire quelque chose et le gouvernement est mobilisé. On a évidemment un pic de trafic avec les vacances. Les contrôles sont renforcés et je pense que les Français attendent de nous qu'on assure d'abord leur sécurité dans les transports.

PIERRE WEILL
L, on a envoyé des renforts pour pratiquer ces contrôles.

ELISABETH BORNE
Absolument. Cent policiers ont été mobilisés dès ce week-end.

PIERRE WEILL
Mais il a fallu attendre de voir des scènes chaotiques à l'aéroport d'Orly, presque des scènes d'émeute, parce que les gens n'en pouvaient plus d'attendre.
ELISABETH BORNE
J'ai alerté mon collègue du ministère de l'Intérieur. Il a mis en place des renforts et on va travailler aussi sur les dispositifs techniques pour les rendre plus efficaces de contrôle des papiers. Effectivement, il faut que la situation s'améliore. C'est déjà le cas depuis le week-end dernier où des renforts ont été mis en place. On va continuer à travailler pour améliorer les contrôles des cartes d'identité et des passeports pour revenir à une situation plus acceptable pour les passagers.

PIERRE WEILL
Elisabeth BORNE, allez-vous taxer le transport de marchandises poids-lourds ? Quand et comment ? On parle de certaines routes nationales, certaines régions ?

ELISABETH BORNE
Je vous ai dit qu'on était face à une impasse financière pour tous ces grands projets. Il faut aussi qu'on travaille sur les ressources et je pense que chacun peut comprendre qu'il est aussi paradoxal que de très nombreux poids-lourds traversent notre pays – des trafics de transit – sans participer au financement de nos infrastructures. Je vous le dis clairement, on ne va pas remettre en place l'écotaxe, on ne va pas refaire un nouvel épisode dans ce dossier, mais je pense qu'il est important de réfléchir à la façon dont ces poids-lourds en transit sur notre territoire peuvent contribuer au financement des infrastructures. Il faut le faire en tenant compte des différences entre les régions. Il faut le faire avec des dispositifs techniques adaptés aux situations mais on ne peut pas s'interdire de réfléchir à ce sujet.

PIERRE WEILL
Donc il y aura une taxe sur le transport de marchandises poids-lourds mais quand ?

ELISABETH BORNE
On va réfléchir non seulement aux projets, aux nouvelles mobilités mais aussi aux ressources dans le cadre des Assises de la mobilité à la rentrée.

PIERRE WEILL
Vous restez prudente. Vous savez que c'est un sujet explosif.

ELISABETH BORNE
C'est un sujet sur lequel il faut faire preuve de prudence, il faut écouter tous ceux qui sont concernés, ceux qui voient passer des files de camions dans leur village et qui aimeraient bien qu'on améliore les infrastructures, et puis ceux qui effectivement aujourd'hui on des entreprises de transport routier qui sont préoccupés par la situation de leur entreprise. On va donc écouter tout le monde et ensuite, c'est comme ça qu'on prendra des bonnes décisions.

PIERRE WEILL
Elisabeth BORNE, ministre chargée des Transports, reste avec nous. Elle répondra à vos questions au standard d'Interactiv' au 01 45 24 7000 après la revue de presse.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 26 juillet 2017

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