Interview de M. Benjamin Griveaux, secrétaire d'Etat auprès du ministre de l'économie et des finances, à "Europe 1" le 20 juillet 2017, sur l'offre de reprise de l'entreprise d'équipement automobile de la Souterraine et sur la démission du chef d'Etat major des armées, Pierre de Villiers. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Benjamin Griveaux, secrétaire d'Etat auprès du ministre de l'économie et des finances, à "Europe 1" le 20 juillet 2017, sur l'offre de reprise de l'entreprise d'équipement automobile de la Souterraine et sur la démission du chef d'Etat major des armées, Pierre de Villiers.

Personnalité, fonction : GRIVEAUX Benjamin, DE VILNO Pierre.

FRANCE. Secrétaire d'Etat auprès du ministre de l'économie et des finances;

ti : PIERRE DE VILNO
Bonjour Benjamin GRIVEAUX.

BENJAMIN GRIVEAUX
Bonjour.

PIERRE DE VILNO
Vous rentrez de La Souterraine, vous avez rencontré les salariés de GM& S avec Bruno LE MAIRE. De votre point de vue, ça s'est bien passé ?

BENJAMIN GRIVEAUX
Alors, d'abord, la rencontre s'est faite sur le site directement avec les salariés, ils étaient nombreux à être présents, et nous avons eu l'occasion, d'abord, d'échanger avec eux, de faire le point sur la situation, et puis, ils nous ont fait visiter l'usine, ils nous ont montré leur outil de travail, les machines, les pièces qu'ils produisaient, ce qui permet aussi d'incarner un peu des dossiers qui, parfois, se limitent à des chiffres, des colonnes ou à des numéros.

PIERRE DE VILNO
Des tableaux Excel…

BENJAMIN GRIVEAUX
Donc ça, c'était un moment important. Qu'est-ce qui, finalement, s'est passé dans ce dossier, quand on est arrivé aux responsabilités à Bercy, Bruno LE MAIRE au mois de mai, moi, quelques semaines plus tard, il n'y avait pas de repreneur, pas d'offre de reprise, il n'y avait pas d'investissement prévu, et un carnet de commandes désespérément vide. Aujourd'hui, nous avons une offre de reprise, il y a eu plus d'une cinquantaine d'offres qui avaient été déposées –en tout cas, de repreneurs potentiels – qui avaient été scrutées, un seul…

PIERRE DE VILNO
Qui se sont retirés…

BENJAMIN GRIVEAUX
Un seul est solide, c'est l'entreprise GMD. C'est un groupe qui est reconnu. Donc il y a un repreneur. Il y a des investissements qui sont indispensables sur le site, à hauteur de quinze millions d'euros, cinq millions pour l'Etat, cinq millions pour RENAULT, cinq millions pour PSA, qui était le sujet qui nous manquait en début de semaine, et je tiens à saluer les efforts des deux constructeurs, à la fois de Carlos GHOSN et de Carlos TAVARES, dans ce dossier. Et puis, il y a surtout des carnets de commandes, vingt-deux millions d'euros, sur cinq ans, au début, nous avions un engagement sur trois années, dix millions de la part de RENAULT, douze millions de la part de PSA. C'est passé à cinq ans avec des commandes sur des pièces nouvelles, et pas uniquement sur des pièces qui sont sur des modèles déjà en circulation, et qui donc n'assurent pas la pérennité. Parce que, à la fin des fins, notre objectif, il est clair, c'est que cette entreprise à La Souterraine, dans la Creuse, ne ferme pas. Parce que si elle ferme, c'est la fin d'un site industriel important dans un territoire qui connaît des difficultés, et dont on sait qu'il sera difficile à réindustrialiser.

PIERRE DE VILNO
Avec 277 salariés à la clef…

BENJAMIN GRIVEAUX
Avec 277 salariés…

PIERRE DE VILNO
Dont 120…

BENJAMIN GRIVEAUX
Et aujourd'hui, l'offre de reprise porte sur 120 salariés au minimum.

PIERRE DE VILNO
Qu'est-ce qu'on fait des 157 restants ?

BENJAMIN GRIVEAUX
Ça n'est évidemment pas suffisant, c'est aussi la raison pour laquelle nous nous sommes rendus sur place hier, avec Bruno LE MAIRE, parce que, évidemment, quand vous avez un peu plus de 50 ans, que vous avez travaillé pendant vingt-cinq ans dans ce secteur automobile à La Souterraine, eh bien, il est difficile d'engager une reconversion. Alors, l'Etat – et c'est le message qu'on a souhaité adresser hier – l'Etat ne laissera personne sur le côté.

PIERRE DE VILNO
Ça veut dire quoi ?

BENJAMIN GRIVEAUX
Ça veut dire très concrètement que des efforts exceptionnels seront faits par exemple sur la question de la formation. Grosso modo, dans ces secteurs d'activité, les primes à la formation qui sont proposées sont de l'ordre de 2.000 ou de 2.500 euros, ce sera une prime de 5.000 euros. Parce que le besoin en formation sera important. Ce sera aussi un accompagnement sur la mobilité, ce sera un accompagnement sur, pourquoi pas, la création d'activité. Bref, on a demandé aux services de l'Etat – et le cabinet de la ministre du Travail, Muriel PENICAUD, nous a été d'un grand soutien et d'une grande aide – d'avoir un accompagnement individualisé pour chacun des salariés qui ne serait pas repris à l'issue du processus de reprise, qui n'est pas terminé, je tiens à le souligner, le tribunal de commerce de Poitiers devait rendre sa décision vendredi, repoussée jusqu'à lundi, on a encore des petites choses à finaliser…

PIERRE DE VILNO
Petites ou grandes ?

BENJAMIN GRIVEAUX
Petites.

PIERRE DE VILNO
On va en parler dans un instant, je voudrais qu'on écoute un salarié justement.

UN SALARIE DE GM& S
Former pour faire quoi, pour être chômeur ? Il y a quoi comme emploi dans le bassin de la Creuse ? Il n'y a rien du tout. Donc voilà, après, c'est bien joli de prévoir 5.000 euros, mais voilà, on va en faire quoi des 5.000 euros ? On va se former, mais pour aller où ? Les trois quarts, on a notre maison, là, après on fait quoi ? On vend la maison pour aller ailleurs ? Eh bien, non, je… pour moi, non.

PIERRE DE VILNO
Réponse.

BENJAMIN GRIVEAUX
Réponse : si nous n'avions rien fait, si l'Etat n'avait pas pris ses responsabilités, c'est la fermeture totale d'un site. C'est 277 personnes. Est-ce que 120, c'est suffisant ? A l'évidence, non, mais est-ce que, en responsabilité, il était raisonnable de dire que nous allions sauver tout le monde…

PIERRE DE VILNO
Mais est-ce qu'on peut faire mieux ? Est-ce qu'on peut faire mieux qu'un plan de formation à Pôle emploi à ce monsieur qui vient de parler, votre réponse, c'est non, Benjamin GRIVEAUX…

BENJAMIN GRIVEAUX
Il y a un nouveau plan de formation, possibilité de mobilité, possibilité de création d'activité, et ça dépend aussi des âges et de l'expérience des personnes, chaque cas sera traité de manière individuelle.

PIERRE DE VILNO
Et les primes supra-légales ?

BENJAMIN GRIVEAUX
Les primes supra-légales ne sont pas du ressort de l'Etat, c'est une discussion qui peut s'engager entre les représentants des salariés et les constructeurs, mais ça n'est pas de notre ressort. Si j'ai bien compris la position des constructeurs à ce stade, la porte n'est pas ouverte sur ce sujet de la supra-légale.

PIERRE DE VILNO
Non plus. Donc lundi, décision attendue du tribunal de commerce de Poitiers. Il y a des conditions suspensives, les investissements des constructeurs, donc ça, vous venez d'en parler, le bail pour les bâtiments, les travaux qu'il faut y faire, l'adhésion de tous les salariés. Et là, on sent bien que, eh bien, voilà, il y en a 120 qui sont reprenables, 157 qui ne le sont pas. Donc il ne va pas y avoir l'unanimité.

BENJAMIN GRIVEAUX
Il y a également un autre sujet que vous n'évoquez pas, qui est le sujet de dépollution du site, dont l'Etat a pris à nouveau ses responsabilités, il y a la question immobilière que vous soulevez, et qui est l'un des derniers éléments que nous devons régler. Mais à l'évidence, quand on nous dit… quand on fait le procès à ce gouvernement d'être ultralibéral, dans un gouvernement ultra-libéral, l'Etat n'aurait pas mis le début du commencement du doigt dans ce dossier, n'aurait pas pris ses responsabilités, et, à nouveau – je le répète – quand nous sommes arrivés aux responsabilités, il n'y avait pas de repreneur, il n'y avait pas d'investisseur, il n'y avait pas de carnet de commandes. Il y a un repreneur, des investissements et un carnet de commandes plein pour cinq ans. Ça n'est pas suffisant, nous aimerions aller au-delà des 120…

PIERRE DE VILNO
Mais vous ne pouvez pas…

BENJAMIN GRIVEAUX
C'est un début, c'est une première étape, nécessaire, indispensable, pour que l'activité puisse reprendre…

PIERRE DE VILNO
Mais pour l'instant, vous ne pouvez pas…

BENJAMIN GRIVEAUX
Et vous savez quoi, moi, j'ai la faiblesse de penser que le repreneur, monsieur MARTINEAU, le groupe GMD, qui est reconnu, qui est un grand professionnel dans le métier, eh bien, s'il a un site qui fonctionne, qui performant, qui a retrouvé de la compétitivité, il n'y a pas de raison que demain, dans six, douze ou dix-huit mois, eh bien, il y ait des embauches au-delà de ce seuil des 120.

PIERRE DE VILNO
Autre sujet majeur, Benjamin GRIVEAUX, la démission du général Pierre de VILLIERS, est-ce que c'est un échec pour Emmanuel MACRON ?

BENJAMIN GRIVEAUX
Ecoutez, moi, je ne vais pas commenter outre-mesure cette démission. Le général, d'abord, Pierre de VILLIERS, il a une carrière militaire exemplaire, et ces trois dernières années, il a démontré, notamment sur le déploiement de forces armées sur le territoire national et sur les théâtres extérieurs, qu'il a été un grand militaire. Il y a eu un désaccord qui a été exprimé avec le chef des armées, il est parfaitement légitime que certains puissent exprimer des désaccords, mais c'est un militaire, et donc lorsque le chef d'Etat-major des armées exprime un désaccord avec le chef des armées, la hiérarchie veut que, eh bien, il se mette en retrait, c'est ce qu'il a fait, et il a tiré les conséquences de ce désaccord.

PIERRE DE VILNO
Lorsque, il dit, Emmanuel MACRON, ce n'est pas le rôle du chef d'Etat-major de défendre le budget des armées. Vous êtes d'accord avec ça, voilà, on dit que c'est la ligne, c'est comme ça, c'est ce qui est prévu, et donc quand un général, un chef d'Etat- major des armées a besoin de défendre l'équipement, a besoin de défendre ses armées en disant : j'ai besoin de ça pour que ça fonctionne, il n a pas le droit de le faire ?

BENJAMIN GRIVEAUX
Ecoutez, chacun défend ses budgets, ce qu'il faut noter quand même, c'est que le budget des armées, qui a été voté…

PIERRE DE VILNO
Ça, ça vous concerne…

BENJAMIN GRIVEAUX
Le budget, la Loi de finances initiale 2017, budget des armées, 32,7 milliards d'euros sera exécuté, il n'y a pas de coupe budgétaire, il n'y a pas de rallonge, les 850 millions d'euros dont on parle sont une rallonge budgétaire. Il n'y a pas de rallonge, on a découvert des comptes publics très dégradés, il y a quatre à cinq milliards d'euros d'économies à faire. Le budget des armées l'an prochain, c'est plus un milliard et demi d'euros, on passe de 32,7 à 34,2 milliards d'euros, mais sur cette année, 2017, il y a des efforts qui sont demandés à chacun.

PIERRE DE VILNO
Sur cette année…

BENJAMIN GRIVEAUX
A chacun…

PIERRE DE VILNO
Ça ne veut pas dire que…

BENJAMIN GRIVEAUX
Sur cette année. L'année prochaine, un milliard et demi supplémentaire avec un objectif fixé par le président de la République, dans le cadre de la campagne présidentielle, et rappelé depuis de 2 % du PIB consacré aux dépenses militaires en 2025, aujourd'hui, on est à 1,78 %, si on est très précis. Donc il y a une augmentation, mais sur cette année. Pourquoi est-ce que cette année, on a cette difficulté, et on est obligé d'avoir des économies importantes…

PIERRE DE VILNO
Mais parce qu'on est dans un contexte d'état d'urgence…

BENJAMIN GRIVEAUX
Parce que cette année, on a une obligation, c'est de tenir la règle des 3 %, si nous ne tenons pas cette règle-là, nous perdons notre crédibilité que nous avons regagnée depuis quelques semaines auprès de nos voisins européens, en particulier auprès de notre partenaire allemand ; et c'est objectivement là notre principale préoccupation dans les semaines et les mois qui viennent, jusqu'à la fin de l'année.

PIERRE DE VILNO
Benjamin GRIVEAUX, aujourd'hui, s'ouvrent les états généraux de l'alimentation, onze ministères concernés, le vôtre aussi d'ailleurs, ça se déroule à Bercy, en quoi ça consiste, c'est quoi le but ?

BENJAMIN GRIVEAUX
Eh bien écoutez, d'abord, ça a été annoncé par le président de la République, ça réunit l'ensemble des acteurs du monde de l'alimentation, de l'agriculture, de la pêche, de l'agroalimentaire, des industriels, les producteurs, les distributeurs, des ONG, le monde associatif, les acteurs de la santé, bref, tout le monde avec un objectif très simple : il est de deux natures, le premier, c'est que, d'abord, les agriculteurs et les pêcheurs puissent vivre dignement de leur travail…

PIERRE DE VILNO
Donc c‘est finir la crise agricole ?

BENJAMIN GRIVEAUX
Puissent vivre dignement de leur travail. Aujourd'hui, on sait que, en gros, un agriculteur sur deux vit avec moins de 400 euros par mois, ce qui n'est pas acceptable, ça, c'est la première chose. Et la deuxième chose, c'est que tous les Français, ils aient accès à une alimentation saine et sûre. Et donc pour ça, eh bien, il faut que les gens se mettent autour de la table. Il va y avoir plus de deux mois de discussions, et puis, à la fin de l'année, eh bien, nous allons avoir, il y a, par ailleurs, une consultation publique en ligne, qui se fait parallèlement à ces états généraux, et l'objectif à la fin de l'année, une fois que les choses auront pu être dites autour de la table, il faut toujours que les gens dialoguent, eh bien, c'est d'arriver à maintenir une filière agricole d'excellence, parce que c'est une filière d'avenir l'agriculture dans notre pays…

PIERRE DE VILNO
Est-ce que ça veut dire qu'on va augmenter les prix de l'alimentation pour tout un chacun ?

BENJAMIN GRIVEAUX
Ecoutez, on ne va pas, au début des états généraux, qui n'ont pas commencé, annoncer le point de sortie. Donc, c'est des discussions qui s'engagent ce matin…

PIERRE DE VILNO
Mais c'est possible…

BENJAMIN GRIVEAUX
Avec ce double objectif-là, et moi, j'ai un principe… je viens d'un département rural, je viens d'un département qui est la Saône-et-Loire, donc je suis très attaché à la fois à la qualité de la production, et que le prix payé soit le juste prix pour nos agriculteurs.

PIERRE DE VILNO
Merci Benjamin GRIVEAUX d'avoir été avec nous en direct sur Europe 1.


source : Service d'information du Gouvernement, le 26 juillet 2017

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