Interview de Mme Marlène Schiappa, secrétaire d'Etat à l'égalité entre les femmes et les hommes, à RFI le 25 juillet 2017, sur la proposition d'une formation permettant aux jeunes parents de transformer leur expérience en diplôme, son budget, les chantiers de l'égalité femmes hommes, l'excision et les mariages forcés. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de Mme Marlène Schiappa, secrétaire d'Etat à l'égalité entre les femmes et les hommes, à RFI le 25 juillet 2017, sur la proposition d'une formation permettant aux jeunes parents de transformer leur expérience en diplôme, son budget, les chantiers de l'égalité femmes hommes, l'excision et les mariages forcés.

Personnalité, fonction : SCHIAPPA Marlène.

FRANCE. Secrétaire d'Etat à l'égalité entre les femmes et les hommes

ti : ALEXANDRA CAGNARD
Notre invitée ce matin c'est Marlène SCHIAPPA, secrétaire d'Etat chargée de l'Egalité entre les hommes et les femmes, bonjour.

MARLENE SCHIAPPA
Bonjour.

ALEXANDRA CAGNARD
Nous allons évoquer avec vous dans un instant les coupes budgétaires que subit votre secrétariat d'Etat, mais avant cela cette proposition que vous venez de faire et qui agite très fortement les professionnels du secteur de la petite enfance, mais aussi les femmes, à savoir une formation aux jeunes parents pour leur permettre de transformer leur expérience en diplôme. Ces craintes, vous les entendez, vous les comprenez ?

MARLENE SCHIAPPA
Alors d'abord je vous remercie parce que vous avez très bien décrit de quoi il s'agit. Non, il ne s'agit pas de distribuer automatiquement des diplômes et des CAP Petite enfance à toutes les mères de famille. Il s'agit bien de permettre aux jeunes parents, qui ont quitté le parcours scolaire avant le baccalauréat, parfois même avant le brevet des collèges, et qui donc n'ont pas de diplôme, pas de qualification professionnelle, de pouvoir transformer leurs acquis de l'expérience, via un parcours diplômant avec une formation et après un examen devant un jury, en un diplôme qui leur permet d'avoir une qualification et de s'insérer professionnellement.

ALEXANDRA CAGNARD
Pour vous c'est donc une chance que vous proposez pour ces mères. Ce que contestent les professionnels ce n'est pas tant cette valorisation de l'expérience, c'est aussi que vous touchez à un secteur qui est déjà bien difficile et saturé.

MARLENE SCHIAPPA
Non, je ne partage pas le constat. En fait les réactions qu'on a entendues d'un certain nombre, enfin d'une en réalité, Fédération de professionnels des métiers de la petite enfance, elle portait sur la base d'une proposition tronquée qui était distribution automatique de diplômes pour les mères de famille, or ce n'est pas ma proposition. J'ai échangé depuis hier avec un certain nombre de réseaux, de professionnels, de jeunes parents aussi, et au préalable j'avais échangé avec notamment la CNAF, les Caisses d'Allocations Familiales, sur le sujet. Et quand la mesure est expliquée je pense qu'elle est bien comprise, d'abord parce qu'elle n'a pas de caractère obligatoire, ensuite parce que ce n'est pas une annonce que j'ai faite, c'était dans une audition avec les parlementaires, l'explication de l'ouverture de ce chantier que nous allons bien sûr construire avec notamment les professionnels de la petite enfance. Mais j'insiste sur le fait que ce dispositif, lorsqu'il sera ficelé, n'enlèvera rien à personne, l'idée est de permettre à ces 6000 mères et pères mineurs en France, et jeunes adultes, qui n'ont pas de qualification, de ne pas rester dans la précarité et dans le chômage longue durée, et de pouvoir avoir une transformation via une formation et un parcours diplômant avec, je le répète, un examen très sérieux devant un jury, de transformer leurs acquis de l'expérience. Au demeurant, c'est le dispositif de la VAE, de la Validation des Acquis de l'Expérience, qui existe déjà depuis de nombreuses années, y compris dans les métiers de la petite enfance.

ALEXANDRA CAGNARD
On peut entendre aussi que certaines femmes se soient senties stigmatisées, cantonnées dans leur rôle d'éducation.

MARLENE SCHIAPPA
Bien sûr, on entend tout, c'est pour ça qu'on ouvre le débat et qu'on est en train de construire cette mesure. Je le répète, ce n'est pas une mesure qui est définitive et ficelée, si lors des auditions que nous menons au cours des prochaines semaines et des prochains mois il apparaît que la volonté très forte de ces jeunes femmes, qui ont été mères adolescentes, qui se sont occupées d'enfants pendant des années, c'est plus de s'orienter vers d'autres parcours, nous transformerons bien évidemment cette mesure. Mais les premières concernées c'est plutôt cela qu'elles nous disent, les mères jeunes que nous avons commencé à interroger elles, ce qu'elles nous disent, c'est qu'elles veulent transformer ces acquis de l'expérience et comme elles ont passé des années à s'occuper d'enfants c'est plus vers les métiers de la petite enfance qu'elles se sentent attirées.

ALEXANDRA CAGNARD
Marlène SCHIAPPA, je le disais, le budget de votre secrétariat d'Etat a été revu à la baisse, 7,5 millions d'euros de crédits en moins, cela veut dire moins d'argent aux associations dédiées qui perçoivent, si je ne m'abuse, deux tiers de ce budget ?

MARLENE SCHIAPPA
Alors, je suis absolument formelle. D'abord il y a une baisse du Programme 137 et pas du budget, cette baisse elle ne m'enthousiasme pas, mais je pense qu'aucun des responsables de portefeuille ministériel n'est enthousiasmé par les baisses de budget que la situation budgétaire, en France, nous contraint à faire. De surcroît nous arrivons en milieu d'année avec un projet de loi de Finances déjà voté par le précédent gouvernement. En revanche, je tiens vraiment à insister, le Programme 137, qui est victime de cette baisse, ce n'est pas l'entièreté du budget dont j'ai la charge, l'entièreté du budget est encore en cours de construction, et je suis absolument formelle, et j'aimerai qu'on accorde du crédit à cette information. Dans la mesure où c'est moi qui suis chargée d'attribuer les subventions, s'il y a une personne qui est bien au courant de quelles subventions vont être attribuées à quelles associations, c'est moi, et pour cause, et aucune subvention de mon secrétariat d'Etat envers une association qui lutte contre les violences sexistes et sexuelles ne baissera. J'ai fait tous ces calculs et je me suis démenée depuis des semaines, et depuis ma nomination, pour construire ce budget.

ALEXANDRA CAGNARD
Mais comment vous allez faire puisque la règle c'est une baisse, des économies pour tout le monde, donc il faudra bien couper quelque part.

MARLENE SCHIAPPA
Bien sûr. Alors, on coupe, on coupe sur les notes de frais, on coupe sur l'appel aux prestataires extérieurs, désormais on ne fait plus appel aux prestataires extérieurs pour tout ce qui était le cas avant, on internalise l'ensemble des compétences. On coupe sur les événements. On coupe sur les subventions qui habituellement étaient reconduites automatiquement sans dossier et sans rapport d'activité parce qu'il y en avait. On coupe sur les dossiers qui n'ont pas été remis, qui ont été remis de façon incomplète, et il nous reste, dans ce budget, sur lequel nous avons travaillé nuit et jour depuis des semaines, pour pouvoir garantir que les associations qui luttent contre les violences sexistes et sexuelles, n'auront pas un seul euro de baisse de subvention de mon secrétariat d'Etat.

ALEXANDRA CAGNARD
L'égalité hommes/ femmes a été décrété grande cause du quinquennat, sur quoi précisément allez-vous mettre l'accent durant ces cinq prochaines années ?

MARLENE SCHIAPPA
Absolument, c'est la grande cause nationale du quinquennat du président de la République, ma lettre de mission est en cours de validation par le Premier ministre, donc je pourrai communiquer dessus plus fortement avec les mesures qui là sont ficelées et concrètes et qui sont des annonces très prochainement. Mais d'ores et déjà il y a deux orientations majeures. La première c'est le travail, l'insertion professionnelle des femmes, et notamment des mères, on en parlait tout à l'heure, je parle des mères parce que dans 98 % des familles ce sont les mères qui s'arrêtent de travailler pour s'occuper des enfants, et ce sont les femmes qui ont encore 12 à 27 % de salaire de moins que les hommes. L'égalité professionnelle, l'égalité salariale, l'accès pour les femmes aux postes de gouvernance et de direction dans les entreprises, pour le travail. On agit également sur les causes des inégalités salariales, notamment les modes de garde. Mais aussi, axe 2, la lutte contre les violences sexistes et sexuelles, il y a plus de 83.000 viols encore par an, en France, une femme meurt tous les 3 jours sous les coups de son conjoint, il y a plusieurs centaines de milliers d'agressions sexuelles chaque année en France et de tentatives de viol, c'est un sujet d'urgence. C'est pour ça que nous allons lancer une campagne de communication, que nous lançons la verbalisation du harcèlement de rue avec le ministre de l'Intérieur et la garde des Sceaux, et notamment également l'allongement des délais de prescription, qui est un travail que nous lançons prochainement avec la garde des Sceaux également.

ALEXANDRA CAGNARD
Une autre mesure vous tient particulièrement à coeur, vous en avez parlé lors de votre audition devant la Commission du Sénat, c'est l'excision et les mariages forcés.

MARLENE SCHIAPPA
Absolument, je pense que ce sont des sujets graves. Il y a 53.000 femmes, d'après les associations, qui vivent en France excisées, je pense que c'est absolument intolérable, je pense qu'il est primordial de répéter que la République française n'admet pas l'excision, que c'est puni par des amendes, par des années de prison, que l'excision n'est pas une tradition, que c'est une mutilation très grave avec des conséquences physiques et psychologiques très importantes sur les femmes. C'est pour ça que nous soutenons notamment l'association « Excision parlons-en », qui fait partie des associations pour lesquelles on s'est battu pour maintenir une subvention à 100 % et que nous avons lancé une campagne de communication, le gouvernement, en direction des jeunes filles pour les prévenir de ce qui pouvait les attendre, notamment pendant l'été, parce que l'été est une période à risques, pour leur dire que l'excision n'est pas normale et qu'elles peuvent se tourner vers des associations, et vers la République française qui les protège de l'excision, qui est, je le répète, une mutilation gravissime.

ALEXANDRA CAGNARD
Marlène SCHIAPPA, rapidement, il nous reste 30 secondes. L'état de grâce est-ce qu'il est fini pour Emmanuel MACRON ? On a vu une baisse de sa cote de popularité dans les sondages. Certains membres d'En Marche ont saisi la justice, ils dénoncent un manque de démocratie participative dans les statuts du mouvement. Ça vous inspire quoi ?

MARLENE SCHIAPPA
Alors d'abord je voudrais relativiser. Il y a une baisse de popularité dans les sondages, c'est vrai, mais elle est très mesurée, on reste à un taux d'opinions favorables, pour le président de la République, très élevé. Je pense qu'on est obligé de prendre un certain nombre de mesures pour redresser le pays et pour le transformer.

ALEXANDRA CAGNARD
Merci beaucoup Marlène SCHIAPPA.

MARLENE SCHIAPPA
Merci à vous.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 27 juillet 2017

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