Interview de Mme Agnès Buzyn, ministre des solidarités et de la santé à France 2 le 26 juillet 2017, sur la polémique autour des vaccinations obligatoires, la lutte contre le sida et le tabagisme. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de Mme Agnès Buzyn, ministre des solidarités et de la santé à France 2 le 26 juillet 2017, sur la polémique autour des vaccinations obligatoires, la lutte contre le sida et le tabagisme.

Personnalité, fonction : BUZYN Agnès, WITTENBERG Jeff.

FRANCE. Ministre des solidarités et de la santé;

ti :


JEFF WITTENBERG
Bonjour à vous Agnès BUZYN, merci d'être avec nous ce matin.

AGNES BUZYN
Bonjour.

JEFF WITTENBERG
Vous êtes un des nouveaux visages de ce gouvernement et vos débuts au ministère de la Santé sont marqués par une controverse assez importante sur la vaccination, depuis que vous avez décidé, je le rappelle, de rendre obligatoire à partir de 2018, onze vaccins pour les enfants. Alors dernière contestation en date cette action de groupe qui va être menée par une centaine de familles contre des laboratoires pharmaceutiques, ces familles affirment qu'il y a un lien entre un vaccin, celui contre la rubéole, les oreillons et la rougeole, je crois, et l'autisme. Qu'elle est votre réponse Madame la Ministre ?

AGNES BUZYN
Cette idée vient d'une publication qui s'est avérée être une fraude scientifique. Le médecin qui avait publié cette étude a été radié de l'Ordre des médecins et avait un lien en fait avec un avocat qui faisait des procès, donc je pense que c'est une erreur grave de ces familles que de faire un lien entre cette maladie qui a d'autres origines bien entendu.

JEFF WITTENBERG
Vous pensez que c'est erreur volontaire ou que c'est une erreur involontaire ?

AGNES BUZYN
Non, je pense que c'est une méconnaissance et dans cette lutte anti vaccin qui vient de toute part sur des raisons totalement fausses en fait…

JEFF WITTENBERG
Mais pourquoi justement la France est en tête finalement de cette méfiance envers les vaccins aujourd'hui ?

AGNES BUZYN
Il y a eu des histoires anciennes, vaccin contre la grippe, H1N1 qui a été un ratage, qui fait que les Français ne font plus confiance.

JEFF WITTENBERG
Les liens entre celui contre l'Hépatite B et certains cas de sclérose en plaque également dans les années 90.

AGNES BUZYN
Qui s'est avéré être faux, c'est également quelque chose qui maintenant a été scientifiquement prouvé, il n'y a pas de lien entre le vaccin contre l'Hépatite B et la sclérose en plaque, donc tout ça a été totalement démenti. Mais les Français sont sensibles aux réseaux sociaux, au complotisme et aujourd'hui nous avons un défi de santé publique avec des enfants qui meurent, encore une jeune fille de 16 ans est morte de la rougeole, il y a une quinzaine de jours à Nice. Voilà donc j'essaie de protéger les enfants.

JEFF WITTENBERG
Agnès BUZYN, il faut préciser que ces vaccins, les onze que vous voulez rendre obligatoires, d'ores et déjà aujourd'hui ils sont appliqués si j'ose dire, 70 % des enfants sont déjà vaccinés par onze vaccins.

AGNES BUZYN
Exactement, 70 % des enfants et donc des familles ont déjà les onze vaccins qui sont soit obligatoires, soit recommandés. Donc il s'agit simplement d'augmenter cette couverture vaccinale à 95 % de la population pour atteindre les chiffres recommandés par l'OMS et qu'on a dans les autres pays du monde.

JEFF WITTENBERG
Pour vous c'est une affaire de santé publique, pas seulement individuelle ?

AGNES BUZYN
Tout à fait, c'est une affaire de solidarité. On protège les autres, les enfants qui ne sont pas vaccinés, les familles en fait pensent qu'ils sont protégés des épidémies parce que les autres enfants, les autres familles sont vaccinés et empêchent l'émergence de maladie. Donc il est un impératif de santé publique de vacciner tous les enfants.

JEFF WITTENBERG
Néanmoins obligatoire, ça veut dire quoi, est-ce que les familles qui ne vaccineront pas leurs enfants comme vous l'ordonnez en quelque sorte, auront des amendes et est-ce que ça ne risque pas aussi de braquer ceux qui sont contre la vaccination et de les rendre encore plus réticents ?

AGNES BUZYN
Aujourd'hui mon message, si je veux rendre ces vaccins obligatoires, c'est de dire que si le ministre de la Santé prend cette responsabilité, c'est que je suis absolument certaine de ne faire courir aucun danger à nos enfants. Et donc le message que je veux faire entendre aujourd'hui, c'est un message de sécurité.

JEFF WITTENBERG
Vous êtes ministre de la Santé et professeur de médecine, au départ, il faut le rappeler.

AGNES BUZYN
Absolument.

JEFF WITTENBERG
Alors un autre sujet de santé publique, la prévention contre les maladies sexuellement transmissibles, la Conférence mondiale de recherche sur le sida va se refermer aujourd'hui à Paris, en France on découvre encore chaque année 6.000 nouveaux cas de séropositivité, la maladie ne recule plus malgré les campagnes de prévention, malgré les messages adressés aux jeunes, est-ce qu'il n'y a pas une politique nouvelle à mettre en oeuvre dans ce domaine ?

AGNES BUZYN
Oui, je crois que vous avez raison, la prévention a un peu baissé parce qu'une génération entière qui a vécu avec le sida savait qu'il fallait prendre des préservatifs, nos jeunes aujourd'hui ont oublié cette période de l'épidémie des années 80/90 et ne se protègent plus, donc il faut relancer des messages de prévention.

JEFF WITTENBERG
Quand vous dites qu'ils ne se protègent plus, vous avez des chiffres sur qu'elle est la proportion aujourd'hui, enfin est-ce qu'elle est estimée ? On sait qu'il y a effectivement aujourd'hui un relâchement de ce point de vue ?

AGNES BUZYN
Oui, on sait qu'aujourd'hui dans les personnes qui s'infectent aujourd'hui, il y a des jeunes hommes homosexuels mais, pas seulement, il y a aussi des jeunes hétérosexuels qui ont oublié que l'usage du préservatifs, c'est la meilleure protection contre le sida, mais contre toutes les maladies sexuellement transmissibles.

JEFF WITTENBERG
Et donc vous allez retravaillez sur ce point, vous allez refaire des campagnes ?

AGNES BUZYN
Absolument on va refaire des campagnes de prévention, notamment dans les écoles avec mon collègue Jean-Michel BLANQUER.

JEFF WITTENBERG
Alors un autre sujet crucial, c'est le tabagisme, le paquet de cigarettes à 10 euros, c'est ce qu'a annoncé Edouard PHILIPPE dans son discours de politique générale, or est-ce que c'est la bonne solution ? Plus d'un paquet sur dix aujourd'hui est déjà acheté en France dans les pays frontaliers, la contrebande a explosé, plus de 15 % des cigarettes proviendraient de la contrebande, est-ce qu'on ne va pas accentuer ce phénomène sans faire diminuer la consommation ?

AGNES BUZYN
Alors d'abord pourquoi je m'insurge contre le tabac en France ? C'est parce que nous avons un vrai problème de santé publique. Je voudrais montrer la carte du tabagisme des femmes dans le monde…

JEFF WITTENBERG
On va la voir à l'antenne.

AGNES BUZYN
Et cette carte, vous allez la voir à l'antenne, montre que la France est un des plus mauvais pays au monde…

JEFF WITTENBERG
C'est-à-dire en rouge, la France est en rouge et on voit qu'en Europe effectivement…

AGNES BUZYN
Voilà la France est en rouge, nous sommes le pire pays pour le tabagisme des femmes entre 20 et 50 ans, donc ça ne peut plus durer.

JEFF WITTENBERG
Mais est-ce que mettre un paquet à 10 euros ou faire le paquet neutre qui n'a pas fait ses preuves, la consommation a plutôt augmenté au premier semestre, ce sont des solutions ?

AGNES BUZYN
Le paquet neutre avait pour but simplement d'empêcher les jeunes d'entrer dans le tabagisme, parce que les jeunes sont sensibles aux marques et le paquet à 10 euros, toutes les études montrent qu'une augmentation brutale du prix est le seul moyen de faire prendre conscience aux gens qu'il est temps d'arrêter de fumer et de faire en sorte qu'ils essaient d'arrêter de fumer.

JEFF WITTENBERG
Mais alors pourquoi un pays comme l'Allemagne par exemple qui vend ses paquets de cigarettes entre 5 et 6 euros, qui n'a pas institué le paquet neutre a une consommation moindre qu'en France ? En France nous avons 28 % de la population qui fume, en Allemagne 20 %, comment l'expliquez-vous ?

AGNES BUZYN
Alors tous les pays du nord sont bien meilleurs que nous dans les campagnes de prévention, ils font de la prévention beaucoup plus tôt. Les pays du nord sont plus sensibles aux messages de prévention. Les pays du sud ont beaucoup plus de mal à les entendre et je pense que nous n'avons pas suffisamment porté les messages des préventions, ça va être vraiment le fond de ma politique de santé aujourd'hui, c'est de relancer la prévention pour éviter que les maladies n'arrivent.

JEFF WITTENBERG
Alors vous êtes ministre des Solidarités et de la Santé, les Français vont-ils devoir faire preuve de solidarité ? Il y a eu une polémique et plutôt des critiques sur la décision de baisser l'aide au logement, est-ce que dans le domaine des remboursements de la Sécurité sociale, il faut là aussi s'attendre dans les prochains mois à des sacrifices pour tout à chacun ?

AGNES BUZYN
Alors il n'y aura pas de sacrifice pour les Français, ma politique, c'est vraiment de protéger les soins, les soins indispensables évidemment, mais tous les soins…

JEFF WITTENBERG
… des économies de deux milliards l'an prochain prévoit la Caisse nationale d'Assurance maladie.

AGNES BUZYN
Tous les ministères vont faire des économies, mais on peut aussi faire des économies sur le fonctionnement des hôpitaux, il y a pleins d'économies que l'on peut faire sans toucher aux soins des Français.

JEFF WITTENBERG
Une toute dernière question, Agnès BUZYN, vous êtes la belle-fille de Simone VEIL, l'ancienne belle-fille excusez-moi, vous avez été mariée à l'un de ses fils, Simone VEIL qui a disparu le 30 juin, elle était ministre de la Santé comme vous, confrontée à des polémiques plus violentes encore en 1974 avec l'IVG, qu'est-ce que vous avez retenu finalement de son exemple, est-ce que vous pensez à elle dans la façon d'exercer votre ministère aujourd'hui ?

AGNES BUZYN
Bien sûr, je pense qu'elle m'a montré qu'il faut faire confiance dans ses convictions, il faut rester cohérent dans ses choix, il faut éviter les compromissions et donc j'espère exercer la politique de la façon dont elle l'a fait, c'est-à-dire une politique non politicienne.

JEFF WITTENBERG
Merci beaucoup Agnès BUZYN.

AGNES BUZYN
Merci.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 28 juillet 2017

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