Interview de Mme Nathalie Loiseau, ministre des affaires européennes, avec RMC et BFM TV le 26 juillet 2017, sur la coopération européenne dans la lutte contre les catastrophes naturelles, la question migratoire, les travailleurs détachés et sur les réformes en France. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de Mme Nathalie Loiseau, ministre des affaires européennes, avec RMC et BFM TV le 26 juillet 2017, sur la coopération européenne dans la lutte contre les catastrophes naturelles, la question migratoire, les travailleurs détachés et sur les réformes en France.

Personnalité, fonction : LOISEAU Nathalie, DUCHEMIN Raphaëlle.

FRANCE. Ministre des affaires européennes;

ti :
RAPHAËLLE DUCHEMIN
Bonjour Nathalie LOISEAU.

NATHALIE LOISEAU
Bonjour Raphaëlle DUCHEMIN.

RAPHAËLLE DUCHEMIN
Merci d'être avec nous sur RMC, BFM TV ce matin. Vous êtes ministre en charge des Affaires européennes. Vous serez dès demain en Italie pour rencontrer votre homologue, l'Italie qui nous a envoyé, dès hier, un Canadair supplémentaire pour venir prêter main forte aux moyens aériens français qui luttent en ce moment-même contre les incendies dans le Sud-est. Il a fallu, malgré tout, plusieurs heures d'attente avant que le feu vert ne soit donné, or, pendant ce temps, eh bien ce sont des forêts qui brûlent, des vies qui sont en danger. Qu'est-ce qu'on peut faire pour améliorer le système, Nathalie LOISEAU ?

NATHALIE LOISEAU
Alors d'abord, ce qui est formidable, c'est que ce soit possible que d'autres Etats que la France puissent nous envoyer des moyens, et nous nous le faisons aussi dans l'autre sens quand, en Espagne, en Italie, il y a ce genre de catastrophe, nous mettons à disposition nos moyens, donc commençons déjà par voir le progrès que ça constitue. Après, il y a eu un petit début de discussion, sûr, ça a pris plusieurs heures. D'abord c'est venu. Si quelque chose doit être amélioré en termes de procédures, c'est évidemment après ce genre de crise qu'on fait un retour d'expérience et qu'on essaye d'accélérer tout ce qui peut l'être.

RAPHAËLLE DUCHEMIN
Donc il faudra revoir le mécanisme européen de protection civile…

NATHALIE LOISEAU
On va regarder, bien sûr. On va regarder, mais objectivement c'est quand même assez formidable de pouvoir compter sur nos voisins pour des événements comme celui-là.

RAPHAËLLE DUCHEMIN
Nos pompiers reconnaissent qu'on est arrivé, finalement, à la limite de nos moyens, moyens nationaux j'entends, bien sûr. Il faut penser la lutte de feux de forêt autrement aujourd'hui, de manière plus globale, de manière plus méditerranéenne peut-être ? Parce qu'on le voit bien, ce matin le Portugal s'embrase à nouveau, il y a la Grèce évidemment, qui peut être concernée, l'Italie, la France.

NATHALIE LOISEAU
Il faut penser la lutte contre les catastrophes naturelles autrement qu'à titre national. Nous, nous avons une chance extraordinaire en France, c'est que nous avons une expertise, la protection civile, la manière dont les préfets gèrent les catastrophes naturelles, cette expertise nous est reconnue dans beaucoup d'endroits. En termes de moyens matériels, on a souvent besoin de se mettre à plusieurs. Vous avez mentionné la Méditerranée, vous avez raison, parce qu'on est souvent face à des enjeux semblables aussi en termes de pollution marine par exemple, l'Union pour la Méditerranée, ça sert à ça. Il faut faire davantage, et il faut faire d'autant plus davantage, qu'on va vers un changement climatique, on est dedans, et les extrêmes climatiques, les risques en termes d'inondations, en termes de sécheresse, et les incendies sont d'autant plus dramatiques que la sécheresse est là, on l'a vu en Italie par exemple, ces risques-là seront plus grands. Donc, évidemment que tout ça ce sont des raisons pour coopérer davantage.

RAPHAËLLE DUCHEMIN
Alors, vous évoquiez l'Italie, vous allez justement en Italie demain, rencontrer le secrétaire d'Etat en charge des questions migratoires là-bas, visiter le QG de l'opération « EUNAVFOR Med », c'est l'opération maritime européenne en Méditerranée contre les passeurs et les trafiquants d'êtres humains. 111.514 migrants sont arrivés par la mer depuis janvier, depuis le début janvier, d'autres meurent, presque chaque jour, en tentant la traversée, il y en a eus encore hier, 11 personnes retrouvées mortes dans une embarcation qui en transportait 167, ils venaient de Libye. Que fait-on, Nathalie LOISEAU, pour que ça cesse ?

NATHALIE LOISEAU
Alors, d'abord on essaye d'attaquer le problème à la racine.

RAPHAËLLE DUCHEMIN
C'est-à-dire là-bas, en Libye ?

NATHALIE LOISEAU
Vous l'avez, ils viennent de Libye. En 2015, quand plus d'1 million de réfugiés sont venus en Europe, ils passaient par la Méditerranée orientale, donc par la Turquie et puis par la route des Balkans.

RAPHAËLLE DUCHEMIN
Les routes ont changé, les chemins ont changé.

NATHALIE LOISEAU
On a eu un accord, et puis surtout la typologie des migrants a changé. Aujourd'hui, ceux qui viennent par la Libye, ce sont des africains d'Afrique de l'Ouest, des Nigérians, des Ivoiriens, des Sénégalais, des Guinéens, donc pas nécessairement des gens qui fuient un conflit ou qui sont aptes à devenir réfugiés, ce sont des gens qui viennent du Bengladesh, du Pakistan, des Philippines. C'est un énorme réseau, un énorme trafic d'êtres humains, qui exploite la misère, qui exploite l'espoir d'une vie meilleure, il faut donc lutter contre les passeurs, c'est l'objet de l'opération navale Sophia dont je vais voir les responsables demain. Il faut démanteler ces réseaux de passeurs, de part et d'autres…

RAPHAËLLE DUCHEMIN
Et on s'y prend comment pour les démanteler, il faut aller là-bas ?

NATHALIE LOISEAU
En coopérations policières, il faut aider les autorités libyennes. Ce qu'a fait le président de la République hier en présidant à une rencontre entre le Premier ministre libyen et le Maréchal HAFTAR c'est participer aux efforts de réconciliation entre les Libyens. Il n'y a, aujourd'hui, pas d'Etat libyen qui tienne la route. Donc, tout ce que nous essayons de faire, former les gardes-côtes libyen, et nous allons le faire davantage, aider à ce que ce pays retrouve un Etat…

RAPHAËLLE DUCHEMIN
L'installation, par exemple, de centres de migration là-bas, en Libye, les aider ?

NATHALIE LOISEAU
Alors, la situation aujourd'hui en Libye ne le permet absolument pas, en revanche travailler avec…

RAPHAËLLE DUCHEMIN
C'est ce que veut l'Allemagne, c'est ce que souhaiterait l'Allemagne.

NATHALIE LOISEAU
C'est ce que souhaiterait l'Allemagne dans un monde idéal, c'est-à-dire le jour où la Libye aurait retrouvé une situation avec un Etat stable.

RAPHAËLLE DUCHEMIN
Les conditions ne sont pas requises.

NATHALIE LOISEAU
Pour le moment les conditions ne sont pas requises, les conditions de sécurité ne sont pas requises. En revanche, travailler avec des pays de transit, comme le Niger, comme le Mali, comme le Tchad, qui voient passer des dizaines de milliers de candidats à l'immigration, ça nous avons commencé à le faire, au niveau européen, il faut le faire bien davantage.

RAPHAËLLE DUCHEMIN
José BOVE, qui était aux côtés de Cédric HERROU, qui milite à ses côtés, qui était aussi sur la frontière italienne dans la vallée de la Roya il y a 48 heures, dit ce matin que la France ne fait pas son travail, que la France ne fait pas son boulot d'accueil, qu'elle renvoie les gens vers l'Italie, et l'Italie vers la Libye. Qu'est-ce que vous lui répondez ?

NATHALIE LOISEAU
Alors, il y a deux choses, et je suis heureuse que vous posiez la question parce qu'on a tendance à mélanger deux choses qui n'ont pas grand chose à voir.

RAPHAËLLE DUCHEMIN
Migrants et réfugiés ?

NATHALIE LOISEAU
Migrants et réfugiés. Nous devons faire plus, mieux et plus vite pour accueillir les réfugiés. Nous avons pris des engagements en termes de relocalisation, c'est comme ça que ça s'appelle, de candidats à l'asile, nous avons pris ces engagements vis-à-vis de la Grèce et vis-à-vis de l'Italie. Vis-à-vis de la Grèce nous avons accueilli plusieurs milliers de réfugiés, vis-à-vis de l'Italie nous devons faire plus, mieux, plus vite, nous nous y sommes engagés, c'est en cours. S'agissant des migrants économiques illégaux, il faut faire en sorte qu'ils soient traités dignement, mais il faut qu'ils puissent être reconduits dans leur pays, il faut qu'ils puissent y être réadmis, et pour ça il faut discuter avec les pays d'origine, on va commencer à le faire avec le Bangladesh, on le fait aussi avec d'autres pays. Est-ce qu'il est souhaitable que ces jeunes, qui sont, pour la plupart, les plus entreprenants, les plus dynamiques, les plus courageux, quittent leur pays, saignent leur pays, parce qu'ils ont l'impression qu'ils ne vont pas avoir de travail, d'avenir…

RAPHAËLLE DUCHEMIN
Vous croyez vraiment que c'est une impression ou que c'est une réalité pour eux ?

NATHALIE LOISEAU
Il faut qu'on travaille à aider à ce qu'il y ait davantage d'emplois, à ce qu'il y ait des formations beaucoup plus appropriées, à ce qu'il y ait une situation qui soit attractives pour ces jeunes. Véritablement, un pays qui se vide de sa jeunesse, c'est un pays qui perd son avenir.

RAPHAËLLE DUCHEMIN
Puisque vous parlez des jeunes, du travail, je voudrais qu'on évoque évidemment un dossier que vous avez à gérer, qui est celui des travailleurs détachés. L'accord sur les travailleurs a été renvoyé à plus tard, a priori pour l'instant on n'a pas trouvé le bon équilibre, on va le dire comme ça, la directive date quand même de 1996, donc il faut la revoir, ça tout le monde est d'accord. Elle permet, pour l'instant, de conserver la couverture sociale de son pays d'origine, et les entreprises françaises, forcément, jugent que ça encourage le dumping social. Qu'est-ce qu'on fait, aujourd'hui, pour que ça change ?

NATHALIE LOISEAU
Alors c'est notre priorité. Le président de la République, quand il est arrivé, a trouvé sur la table un compromis qui était quasiment prêt à être signé pour une révision de cette directive sur les travailleurs détachés. Il a clairement dit que ce n'était pas satisfaisant parce que ce n'était pas une vraie réponse à cette question du dumping social. Donc on a décidé de rouvrir la négociation et le Président, le Premier ministre, la ministre du Travail, moi-même, nous sommes 100 % mobilisés, avec nos partenaires européens, à la fois pour expliquer notre position et puis pour faire bouger les lignes.

RAPHAËLLE DUCHEMIN
Mais vous avez une date butoir, vous avez un objectif, 2017, 2018 ?

NATHALIE LOISEAU
Le mieux, si on y parvient, pendant ce semestre, pendant la présidence estonienne de l'Union européenne, on en sera très heureux, et vraiment je peux vous assurer qu'on y passe tout l'été à travailler sur ce sujet. Ce que nous voulons, c'est un principe simple : à travail égal, salaire égal, sur le même lieu de travail. Ce que nous voulons c'est éviter les fraudes, éviter les abus, parce que le régime du travail détaché a conduit à beaucoup, beaucoup d'abus. Nous voulons limiter dans le temps la possibilité de recourir au travail détaché. Ce que nous voulons c'est, à la fois protéger nos salariés, nos travailleurs en France, mais ce que nous voulons aussi c'est plus d'ambition pour la situation des travailleurs dans les pays d'origine, dans les pays de l'Est par exemple. On ne peut pas continuer à considérer comme normal qu'il y ait une Europe à deux vitesses, avec une partie de l'Europe où fatalement les salaires sont plus bas, la protection sociale est plus basse.

RAPHAËLLE DUCHEMIN
Nathalie LOISEAU, on parle travail, travail détaché, travail tout court d'ailleurs, puisque c'est sur le bureau, en ce moment, du gouvernement. On a vu qu'Emmanuel MACRON avait perdu dans les sondages 10 points en 1 mois, c'est vrai que c'est beaucoup, il reste très haut malgré tout, 54 % de personnes satisfaites. Vous pensez qu'il y a un risque aujourd'hui, pour vous, au gouvernement, pour lui, à la tête de l'Etat, compte tenu des réformes qui sont engagées, notamment la réforme du Code du travail, c'est un été à hauts risques ?

NATHALIE LOISEAU
Ecoutez, il y a toujours des risques, le seul moyen de ne pas prendre de risques c'est de ne rien faire, ce n'est pas l'état d'esprit de ce gouvernement et ce n'est pas l'esprit du président de la République. Moi j'ai commencé ma vie professionnelle et ma vie politique avec Jacques CHIRAC, il avait une formule que j'ai retenue, qui était « il faut mépriser les hauts et repriser les bas. » Donc, regarder les sondages et se demander si on est populaire c'est le meilleur moyen d'être paralysé, il faut aller de l'avant, il y a des réformes. Le président a été élu parce que les Français étaient convaincus qu'il fallait des réformes, on va de l'avant.

RAPHAËLLE DUCHEMIN
Merci beaucoup Nathalie LOISEAU, ministre en charge des Affaires européennes, vous serez donc demain en Italie, merci d'avoir été avec nous en direct sur RMC et BFM TV.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 28 juillet 2017

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