Interview de M. Bruno Le Maire, ministre de l'économie et des finances à "LCI" le 26 juillet 2017, sur l'aide de l'etat dans les dossiers d'entreprises en difficulté, sur la polémique autour de la baisse annoncée des aides au logement, sur le monopole de Bercy sur toute poursuite en matière de fraude fiscale. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Bruno Le Maire, ministre de l'économie et des finances à "LCI" le 26 juillet 2017, sur l'aide de l'etat dans les dossiers d'entreprises en difficulté, sur la polémique autour de la baisse annoncée des aides au logement, sur le monopole de Bercy sur toute poursuite en matière de fraude fiscale.

Personnalité, fonction : LE MAIRE Bruno, TEILLARD Nicolas.

FRANCE. Ministre de l'économie et des finances;

ti : NICOLAS TEILLARD
« Le 8h30 politique » de France Info, votre rendez-vous politique chaque matin. Bienvenue à tous. Jannick ALIMI, du Parisien avec nous. Bonjour.

JANNICK ALIMI
Bonjour.

NICOLAS TEILLARD
Et notre invité, Bruno LE MAIRE, bonjour.

BRUNO LE MAIRE
Bonjour.

NICOLAS TEILLARD
Ministre de l'Economie et des finances. Vous avez les clefs de Bercy depuis le mois de mai. On parlera évidemment des économies que votre ministère et votre gouvernement doit mettre en place pour boucler le budget de cette année. Une actualité très chaude ce matin, qui vous concerne directement, celle des salariés de l'usine GM& S, à La Souterraine, dans la Creuse, le patron de GMD, le repreneur, le candidat le plus sérieux, se rendra demain sur les lieux, auprès des salariés. Ce sont nos confrères de France Bleu Creuse qui l'annoncent. Il va leur annoncer qu'il va racheter les murs de l'usine à hauteur d'un million d'euros. C'est une étape importante ?

BRUNO LE MAIRE
Oui, c'est une étape importante dans un dossier qui a connu beaucoup d'autres étapes, moi, je pense d'abord à tous ces salariés qui, depuis des mois, ne savent pas de quoi le lendemain va être fait, et qui n'attendent qu'une chose, c'est que l'activité redémarre sur le site industriel de GM& S, un site d'emboutissage dans la Creuse.

NICOLAS TEILLARD
Alors justement, en parlant d'activité, écoutez ce que dit Alain MARTINEAU, qui est le PDG de GMD

ALAIN MARTINEAU, PDG DE GMD
Tout a l'air de commencer à se débloquer. Donc si la mécanique en route ne se ne se grippe pas, normalement, j'aurai tout réglé, et les engagements des uns et des autres, et donc je pourrai me rendre jeudi matin à La Souterraine pour expliquer aux salariés notre projet de reprise. Je vais leur dire qu'il faut me voir comme le sauveur de 120 personnes et non pas comme le licencieur de 150.

NICOLAS TEILLARD
Est-ce qu'il a raison de dire ça ?

BRUNO LE MAIRE
Je crois que c'est une très bonne chose qu'il aille à la rencontre des salariés, et il a raison de dire que, oui, l'essentiel, c'est que l'activité industrielle se poursuive dans le département de la Creuse, sur le site de La Souterraine. Je rappelle que c'est le premier site d'emplois privés sur le département de la Creuse, que c'est un site industriel, et derrière, il y a toute la question de la désindustrialisation dans les territoires reculés qui est posée, et c'est pour ça que l'Etat s'est mobilisé, comme sans doute jamais, pour sortir le site des difficultés et apporter des réponses, il s'est mobilisé pour convaincre PEUGEOT, RENAULT, dont je salue d'ailleurs…

JANNICK ALIMI
PEUGEOT est rentré dans les clous, on se souvient du bras de fer que vous aviez eu avec ce groupe…

BRUNO LE MAIRE
Oui, ils ont fait… bien sûr, il y a eu un bras de fer, il y a eu des discussions difficiles, mais moi, je rends hommage, aussi bien à Carlos GHOSN qu'à Carlos TAVARES, parce que les deux présidents, de RENAULT et de PEUGEOT, ont accepté de jouer le jeu, ont accepté d'investir dans l'entreprise pour qu'elle ait un avenir. Les salariés ont joué le jeu, moi, je suis allé à leur rencontre sur le site, j'ai été très touché par leur réaction…

NICOLAS TEILLARD
Et vous avez dit que personne ne restera de côté…

BRUNO LE MAIRE
Personne ne restera sur le bord du chemin…

NICOLAS TEILLARD
Aujourd'hui, qu'est-ce que vous dites aux 140 salariés qui, eux, ne seront pas repris dans ce projet ?

BRUNO LE MAIRE
Mais je leur dis, à tous les salariés de GM& S, regardez avec attention la proposition de monsieur MARTINEAU, du groupe GMD, regardez-là positivement. Parce que c'est aujourd'hui une offre crédible de reprise et de maintien de l'activité industrielle sur le site de La Souterraine. Je dis à tous les salariés qui sont inquiets pour leurs camarades, et je partage leur inquiétude, qui se disent : mais ceux qui ne vont pas être gardés, qu'est-ce qu'ils vont devenir ? Je leur dis que l'Etat fera pour eux ce qu'il a fait pour le site industriel lui-même, c'est-à-dire que nous accompagnerons chacun…

NICOLAS TEILLARD
Ça veut dire pousser les constructeurs à faire des commandes…

JANNICK ALIMI
A travers Pôle emploi ?

BRUNO LE MAIRE
On regardera la situation de chaque salarié qui ne sera pas gardé sur le site, on regarde quelles sont vos compétences, qu'est-ce que vous avez fait depuis dix ans ou quinze ans…

JANNICK ALIMI
Le « on », c'est Pôle emploi ?

BRUNO LE MAIRE
Qu'est-ce que nous souhaitons faire, c'est tous les services de l'Etat, ce n'est pas que Pôle emploi. Moi, je m'engage pour chaque salarié. Parce que je comprends qu'un salarié qui depuis vingt-cinq ou trente ans travaille à La Souterraine, qui est ouvrier spécialisé, qui a une compétence, et à qui on dit : c'est fini, eh bien, c'est dur, c'est très dur. Donc je veux lui dire : nous vous tendrons la main, l'Etat ne vous abandonnera pas, et il y aura une solution pour chacun.

JANNICK ALIMI
Bruno LE MAIRE, il y a de multiples dossiers industriels, là, qui arrivent sur vos bureaux, le dernier en date, c'est donc les Chantiers Navals, apparemment, l'accord qui semblait être mis sur le métier avec FINCANTIERI bat de l'aile. Où en êtes-vous, vous, de votre réflexion ? Est-ce que vous pensez que vous allez faire plier FINCANTIERI dans le partage du pouvoir du capital ou pas ?

NICOLAS TEILLARD
En clair, vous avez proposé un 50-50 à l'Italie, qui, pour l'instant n'est pas d'accord…

BRUNO LE MAIRE
Exactement, mais l'idée, ce n'est pas de faire plier qui que ce soit, c'est toujours la même question, qu'est-ce que nous voulons comme industrie demain pour la France ? Moi, je considère que l'industrie, c'est vital pour notre pays, qu'un pays puissant, c'est un pays qui a une industrie puissante, innovante, tournée vers l'avenir. Les Chantiers STX, c'est un fleuron de l'industrie nationale. Donc nous n'acceptons pas que des investisseurs étrangers, quels qu'ils soient, même des amis italiens…

JANNICK ALIMI
Enfin, qui sont venus sauver le groupe, l'Etat français n'est pas venu à la rescousse du groupe en mai dernier…

BRUNO LE MAIRE
Aujourd'hui, nous souhaitons pouvoir maintenir un contrôle à 50-50, d'égal à égal, avec nos amis italiens, sur l'avenir de ces chantiers, sur l'emploi, sur le développement du territoire, sur le développement des compétences…

JANNICK ALIMI
Mais apparemment, les Italiens ne veulent pas…

NICOLAS TEILLARD
Les Italiens disent non…

BRUNO LE MAIRE
La proposition…

JANNICK ALIMI
S'ils ne veulent pas, que devient l'accord, et que devient le groupe ?

BRUNO LE MAIRE
Notre proposition est toujours sur la table. Elle tient jusqu'à jeudi, je ne vais pas rentrer dans les détails, des délais techniques…

NICOLAS TEILLARD
Vous avez d'autres atouts à sortir ?

BRUNO LE MAIRE
Mais si nos amis italiens, qui sont les bienvenus, le groupe FINCANTIERI est le bienvenu pour investir sur ce site, mais d'égal à égal, avec le partenaire français. Si nos amis italiens persistent à dire non…

JANNICK ALIMI
Mais d'égal à égal, monsieur LE MAIRE, ce n'était pas du tout l'accord signé en mai par FINCANTIERI, donc on peut comprendre quand même leur réticence, voire leur refus, à entrer dans votre vision à vous…

BRUNO LE MAIRE
C'est l'accord, c'est l'accord négocié par le précédent gouvernement, qui ne nous satisfait pas.

JANNICK ALIMI
Ah ben voilà !

BRUNO LE MAIRE
Parce qu'il ne maintient pas la possibilité pour les actionnaires français de garder la main sur l'emploi, sur les compétences, sur le développement du territoire. Donc le président de la République l'a dit très clairement, quand il est venu sur les Chantiers de Saint-Nazaire, cet accord ne nous satisfait pas, il faut un nouveau pacte d'actionnaires, et un pacte équilibré…

JANNICK ALIMI
Mais pourquoi ne pas avoir racheté les deux tiers de parts qui étaient à un prix défiant la concurrence en mai dernier ?

BRUNO LE MAIRE
Je vais y venir, nous avons fait une proposition qui, je crois, est honnête à nos amis italiens, j'insiste, à nos amis italiens, 50-50, 50 pour FINCANTIERI, l'industriel italien, 50 ensuite pour la partie française. Les Italiens ont jusqu'à jeudi pour se décider sur le sujet. J'ai eu l'occasion d'en parler encore hier avec mon homologue italien, le ministre des Finances italien. Si jamais nos amis italiens disaient : eh bien, écoutez, cette proposition ne nous va pas. 50-50, nous ne sommes pas d'accord, l'Etat…

JANNICK ALIMI
Oui, qu'est-ce que vous faites ?

BRUNO LE MAIRE
L'Etat français exercera son droit de préemption sur STX, pour que nous puissions réouvrir le dossier sur une base…

JANNICK ALIMI
Avec les Coréens, avec l'ancien actionnaire ?

BRUNO LE MAIRE
Non, l'Etat français exercera son droit de préemption sur la société STX…

NICOLAS TEILLARD
Ça veut dire que vous rachetez les parts qui permettent à la France d'être majoritaire…

BRUNO LE MAIRE
Oui, nous rachetons les parts, nous sommes majoritaires, et nous nous redonnons du temps pour renégocier un nouveau pacte d'actionnaires, mais dans des conditions très sereines, nous ne voulons pas…

NICOLAS TEILLARD
Nous rappelons les parts, ça veut dire quelles sommes, Bruno LE MAIRE ?

BRUNO LE MAIRE
C'est des sommes qui sont très limitées, je vous rassure, mais l'Etat exercera son droit de préemption…

JANNICK ALIMI
Plus des 80 millions d'euros…

NICOLAS TEILLARD
Une petite échelle, c'est quoi…

BRUNO LE MAIRE
Non, mais on est plus dans l'échelle des dizaines de millions d'euros que dans l'échelle des milliards d'euros, pour être très clair. L'Etat, si jamais nos amis italiens refusent la proposition honnête qui leur est faite de travailler main dans la main, d'égal à égal, 50-50, sur le Chantier de Saint-Nazaire STX, si nos amis italiens refusent, l'Etat exercera son droit de préemption.

NICOLAS TEILLARD
Sur une somme qui avoisine les 100 millions d'euros ?

BRUNO LE MAIRE
Sur une somme qui est de quelques dizaines de millions d'euros, ce n'est pas la somme qui compte, ce qui compte, c'est l'avenir du site industriel, nous ne voulons prendre, avec le président de la République, aucun risque…

JANNICK ALIMI
Avec quel argent, Monsieur LE MAIRE, avec quel argent… ?

BRUNO LE MAIRE
Sur l'avenir de l'emploi, sur l'avenir des compétences, sur l'avenir des territoires, dans un site industriel aussi stratégique que les Chantiers de St-Nazaire, parce que ce sont des activités stratégiques, nous refuserons de laisser une majorité à un investisseur étranger.

NICOLAS TEILLARD
D'autres dossiers à voir avec vous, Bruno LE MAIRE, ministre de l'Economie et des finances, juste après l'info à 08h40.

/// Journal ///

Bruno LE MAIRE, ministre de l'Economie et des Finances est l'invité de l'émission politique de France Info. Vous l'entendiez dans ce point sur l'actualité du jour, la situation de TIM également occupe le front social, 500 emplois menacés, une liquidation judiciaire en jeu, même discours que pour les GM& S, l'Etat fera tout, personne ne sera laissé de côté ?

JANNICK ALIMI
Et un actionnaire étranger, là aussi…

BRUNO LE MAIRE
C'est notre conception, c'est un repreneur étranger, mais on n'est pas sur le même type d'activités, je le redis STX est une activité absolument stratégique pour l'industrie française.

NICOLAS TEILLARD
Là, on est sur des cabines de tracteurs qui travaillent pour le BTP.

BRUNO LE MAIRE
Là, il y a près de 500 emplois qui sont en jeu, donc même si TIM n'a peut-être pas fait la Une de tous les journaux comme GM& S, nous sommes mobilisés autant avec les services de l'Etat, notamment avec le secrétaire d'Etat Benjamin GRIVEAUX…

NICOLAS TEILLARD
Et avec quelles solutions ?

BRUNO LE MAIRE
… pour trouver une solution.

JANNICK ALIMI
Avec la région également, Monsieur LE MAIRE.

BRUNO LE MAIRE
La région, bien sûr, Xavier BERTRAND a fait un travail formidable pour aider à trouver une solution, mais l'Etat, je le redis, a mis sur la table deux millions d'euros d'avance remboursables pour permettre d'offrir un avenir au site. L'offre ferme a été déposée cette nuit, donc nous avons une offre de reprise qui nous semble solide, le tribunal va trancher et j'ai bon espoir que cette offre ferme et la décision du tribunal permettra d'ouvrir…

JANNICK ALIMI
Combien de salariés, combien d'emplois seront sauvés ?

BRUNO LE MAIRE
Je l'espère plus de 400, il y a moins d'emplois qui sont menacés que sur le site de la Souterraine. Mais qu'est-ce qu'on peut en tirer comme philosophie sur l'industrie en France ? Nous nous battrons pour l'emploi industriel et nous voulons à la fois tendre la main à tous les salariés qui sont dans les activités traditionnelles comme TIM, comme GM& S pour que personne ne soit laissé sur le bord du chemin et pour que ces activités traditionnelles continuent à avoir un avenir. Et dans le même temps nous voulons innover, investir pour avoir une industrie de matières grises qui est sans doute l'avenir de l'industrie en France. On peut faire les deux à la fois, ce n'est pas parce qu'on fait tout pour développer l'innovation, l'investissement, l'industrie de pointe, qu'il faut laisser tomber les salariés de GM& S ou les salariés de TIM.

NICOLAS TEILLARD
On va changer de sujet, Bruno LE MAIRE, je ne sais pas si les cris qui ont résonné à l'Assemblée hier sont parvenus jusqu'à vos fenêtres du côté de Bercy…

BRUNO LE MAIRE
C'est très feutré l'Assemblée nationale…

NICOLAS TEILLARD
Ca l'était beaucoup moins hier et depuis le début de la semaine avec des débats animés sur ce projet de loi sur la restauration de la confiance dans la vie publique, un point qui vous concerne directement le verrou de Bercy, il a été question d'une suppression, finalement ce n'est pas le cas, on va expliquer à nos auditeurs, c'est assez technique cette question du verrou de Bercy, mais en clair c'est le monopole pour l'administration fiscale et donc pour le ministre qui a les clés de Bercy, c'est-à-dire vous, sur toute poursuite judiciaire pour des questions de fraude fiscale. Est-ce que vous trouvez qu'il est normal de maintenir ce verrou ?

BRUNO LE MAIRE
J'en entendu à plusieurs reprises, j'étais hier au Sénat, cette notion de verrou de Bercy. D'abord je voudrais dire que Bercy, ce n'est pas un verrou, Bercy c'est une porte ouverte et je voudrais montrer dans les mois qui viennent que tout le monde est le bienvenu à Bercy.

NICOLAS TEILLARD
C'est la porte ouverte à la fraude fiscale ?

BRUNO LE MAIRE
Non que Bercy est un ministère ouvert à la société française, ouvert aux entrepreneurs, ouvert aux industriels, ouvert aux députés, aux sénateurs…

NICOLAS TEILLARD
On est un peu loin de la question-là.

JANNICK ALIMI
Pas seulement aux chiffres.

BRUNO LE MAIRE
Non, non, mais parce que je n'arrête pas depuis que je suis ministre de l'Economie et des Finances d'entendre dire, Bercy c'est le mur, c'est le bunker, c'est le verrou, c'est le lieu de l'économie française, donc ça doit être très ouvert.

NICOLAS TEILLARD
Revenons à cette question plus précise du verrou de Bercy, Bruno LE MAIRE.

BRUNO LE MAIRE
Ensuite dès qu'il y a fraude fiscale, il doit y avoir effectivement des poursuites, la fraude fiscale, elle doit être condamnée avec la plus grande sévérité et plus nous demandons…

NICOLAS TEILLARD
Alors pourquoi ne pas laisser la justice agir et laisser ce monopole à l'administration ?

BRUNO LE MAIRE
Plus nous demandons…

JANNICK ALIMI
Plutôt que le compromis, la négociation, le marchandage.

BRUNO LE MAIRE
Je vous donne le principe sur lequel je me fonde dans mon action publique, plus nous demanderons des efforts aux Français pour réduire la dépense publique, que nous serons exigeants et fermes en matière de contrôle fiscal, voilà le principe que je fixerai.

JANNICK ALIMI
Oui, mais justement le verrou de Bercy semble plus conciliant vis-à-vis des contrevenants à la loi fiscale qu'un tribunal digne de ce nom.

BRUNO LE MAIRE
Il n'y a aucune conciliation de la part de Bercy en matière de fraude fiscale et je rappelle qu'au niveau national comme au niveau international et au niveau du G20, nous ne cessons de prendre des initiatives pour lutter contre la fraude fiscale.

NICOLAS TEILLARD
Encore une fois, pourquoi alors ne pas faire sauter ce verrou ?

BRUNO LE MAIRE
Laissez les discussions se poursuivre à l'Assemblée nationale.

NICOLAS TEILLARD
Elles continuent. Une mesure annoncée le week-end dernier, c'était samedi, cette baisse de 5 euros par mois à partir d'octobre pour les bénéficiaires des APL, un coup de rabot dénoncé notamment dans les couloirs de l'Assemblée, écoutez votre ancien collègue chez Les Républicains, Claude GOASGUEN.

CLAUDE GOASGUEN
MACRON dirige à coups de Bercy, ce qui vient de se passer sur l'APL est classique. Vous savez à Bercy on ne se rend pas compte de ce que c'est qu'un soldat ou un plombier, on coupe.

NICOLAS TEILLARD
A Bercy, on coupe, c'est vous le bûcheron ?

BRUNO LE MAIRE
Ils sont formidables vous savez, ils sont formidables, tous.

NICOLAS TEILLARD
Vous étiez à leur place, il n'y a pas si longtemps.

BRUNO LE MAIRE
Tant de mauvaise foi, mais tant de mauvaise foi sur tous les bancs de l'opposition de droite comme de gauche, moi, ça me stupéfie. La mauvaise foi de ceux qui étaient au gouvernement il y a quelques semaines et qui ont, eux- mêmes, envoyé un projet de budget, dans lequel il y avait cette baisse des APL, et puis, au dernier moment, ils ont reculé, ils ont mis la poussière sous le tapis pour surtout que ça ne se voit pas, quel courage. Et de la part de monsieur GOASGUEN et d'autres sur les bancs de cette assemblée, à droite de l'assemblée qui n'arrêtent pas de dire depuis des mois, il faut baisser de 100, 110, 120, 130 milliards la dépense publique.

JANNICK ALIMI
Mais il y a d'autres méthodes pour…, Bruno LE MAIRE, il y a d'autres mesures.

BRUNO LE MAIRE
Et dès qu'il y a la moindre dépense publique, la moindre coupe dans les dépenses publiques, le moindre acte de courage qui pousse…

JANNICK ALIMI
5 euros pour tout le monde de façon indifférenciée pour tous les bénéficiaires d'APL.

BRUNO LE MAIRE
Ce sont des cris d'orfraie…

JANNICK ALIMI
Vous politisez cette disposition…

BRUNO LE MAIRE
Parce que c'est une question éminemment politique.

JANNICK ALIMI
Mais elle est aussi sociale et d'équité fiscale.

BRUNO LE MAIRE
Laissez-moi d'abord terminer sur le sujet des cris d'orfraie qui sont poussés par les uns et par les autres, soit on veut baisser la dépense publique dans notre pays parce qu'on estime que c'est l'intérêt général et c'est ce que je crois, nous avons aujourd'hui le niveau de dépense publique le plus élevé de tous les pays européens et de l'autre côté, nous avons l'un des niveaux de chômage les plus élevés et l'un des niveaux de croissance les plus faibles, il y a quelque chose qui cloche.

JANNICK ALIMI
Mais est-ce qu'il n'y a pas d'autres mesures à prendre que d'économiser 100 millions d'euros sur 4,5 milliards de déficit supplémentaire ?

BRUNO LE MAIRE
J'invite tous ceux qui plaident pour la baisse de la dépense publique à faire preuve d'un peu plus d'honnêteté et…

NICOLAS TEILLARD
Et aux bénéficiaires des APL, vous leur dites quoi ?

BRUNO LE MAIRE
Et lorsque nous avons le courage de baisser un certain nombre de dépenses, de dire oui, il faut bien assumer qu'à un moment donné, il faut couper les dépenses quelque part. S'agissant des APL, nous reprenons la décision du précédent au gouvernement et nous avons le courage de l'assumer. Et je revendique ce courage.

NICOLAS TEILLARD
Donc le précédent gouvernement avait du courage.

JANNICK ALIMI
Mais qui ne l'a pas appliqué, qui ne l'a pas mis en application.

BRUNO LE MAIRE
E je revendique ce courage. Mais ce n'est pas très honnête, ce n'est pas très courageux de mettre une décision, noir sur blanc dans un projet de budget et au bout du compte de ne pas l'assumer. Nous, nous l'assumons, c'est 100 millions d'euros d'économies, oui c'est difficile, oui c'est dur pour les populations qui vont être touchées.

JANNICK ALIMI
Non, mais c'est injuste surtout, ça touche encore une fois de façon identique et semblable tous les bénéficiaires, quels que soient leurs revenus et leur patrimoine…

BRUNO LE MAIRE
Ce qui est injuste, ce qui est inefficace, je vais vous dire, c'est de claquer dix-sept milliards d'euros pour les aides au logement, qui vont systématiquement augmenter le prix des loyers au bénéfice des propriétaires, c'est ça qui est fondamentalement injuste…

JANNICK ALIMI
La grande réforme des aides au logement…

NICOLAS TEILLARD
Pourquoi ne pas avoir fait la grande réforme d'un seul coup ?

BRUNO LE MAIRE
Parce que Rome ne s'est pas créée en un jour, et que la transformation des aides au logement, qui représentent dix-sept milliards d'euros…

NICOLAS TEILLARD
Donc on commence par enlever avant de réformer…

BRUNO LE MAIRE
Ne se fera pas en un instant. Jacques MEZARD, le ministre du Logement, l'a indiqué, nous ferons cette transformation indispensable…

JANNICK ALIMI
Quel sera le principe ? Quel sera le principe de cette réforme ? Est-ce que ce sera la condition de ressources ?

BRUNO LE MAIRE
Le principe, c'est d'avoir une dépense plus efficace, essayez de comprendre, si on prend un tout petit peu de distance par rapport au sujet, et au fonctionnement de l'économie globale, dont je suis responsable, que lorsqu'on subventionne les prix, vous avez des prix qui sont très élevés, au détriment du consommateur, ça vaut pour le logement, ça vaut pour les aides agricoles, ça vaut pour beaucoup de sujets, il faut que la France arrête d'avoir un modèle économique dans lequel les prix sont systématiquement subventionnés, parce qu'on croit que la subvention, c'est bien, mais ça renchérit le coût pour les consommateurs. Et l'étudiant qui, aujourd'hui, va prendre un logement, qu'est-ce qu'il lui dit le propriétaire ? Il lui dit : écoutez, moi, je vous louerais bien mon logement 300 ou 350 euros, mais je sais que vous touchez 200 ou 250 euros d'APL, donc vous allez payer votre logement 600 euros. Vous trouvez ça efficace ? Tout le monde est perdant là-dedans ! La dépense publique est perdante, le budget de l'Etat est perdant, et surtout, l'étudiant, qui cherche son logement, c'est le premier perdant, c'est le premier qui se fait avoir. Eh bien, nous, avec le président de la République, avec le Premier ministre, nous avons la détermination de transformer cela pour avoir des prix justes.

NICOLAS TEILLARD
Le rendez-vous est fixé, a priori, à l'automne pour cette grande réforme du logement. Merci Bruno LE MAIRE, ministre des Finances et de l'économie.

BRUNO LE MAIRE
Merci à vous.

NICOLAS TEILLARD
Invité de France Info.

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