Déclaration de M. Gérard Collomb, ministre de l'intérieur, sur la promotion d'une "laïcité de liberté" respectueuse de la liberté de conscience, l'objectif du développement de formations universitaires en islamologie et la nécessité de réaffirmer que "Daesh, ce n'est pas l'Islam", à Paris le 22 juin 2017. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de M. Gérard Collomb, ministre de l'intérieur, sur la promotion d'une "laïcité de liberté" respectueuse de la liberté de conscience, l'objectif du développement de formations universitaires en islamologie et la nécessité de réaffirmer que "Daesh, ce n'est pas l'Islam", à Paris le 22 juin 2017.

Personnalité, fonction : COLLOMB Gérard.

FRANCE. Ministre de l'intérieur

Circonstances : Dîner de rupture du jeûne (Iftar) à la Grande Mosquée de Paris, à Paris le 22 juin 2017

ti : Monsieur le Recteur, cher Dalil BOUBAKEUR,
Messieurs les ambassadeurs,
Messieurs les préfets,
Messieurs les membres du CFCM,
Madame le Maire,
Mesdames et Messieurs,


1. Introduction

C'est une joie profonde d'être parmi vous ce soir, dans cette Grande Mosquée de Paris, pour ce moment de rupture du jeûne.

J'étais ce mardi avec le Président de la République à l'iftar organisé par le Conseil Français du Culte Musulman.

Mais je tenais particulièrement à être présent parmi vous en cette soirée.

J'y tenais, cher Dalil BOUBAKEUR, parce que la Grande Mosquée de Paris possède une place singulière dans l'histoire de l'Islam en France et que c'est donc un grand honneur de me trouver ici, en ce lieu dont votre père, le Recteur Si Hamza BOUBAKER, disait qu'il était une « perle d'Islam enchâssée dans les Lumières de Paris »

Je tenais à être présent aussi, parce que, dans cette Grande Mosquée, la civilisation musulmane montre son plus beau visage, avec bien sûr cette architecture majestueuse faite d'arcs plein-cintre, d'arcades mauresques, de frises en calligraphies coufiques ; avec aussi une volonté ancienne de construire en ces murs un Islam ouvert, fraternel, tourné vers l'avenir.

Alors évidemment, je suis conscient qu'il y aura toujours dans notre pays des personnes pour se demander si, dans un État laïque, c'est bien le rôle d'un Ministre d'être aux côtés des fidèles
dans un moment important de leur année religieuse.

Eh bien j'assume pleinement ma présence ce soir.

Comme j'assumerai pleinement de participer aux fêtes juives.

Comme j'assumerai pleinement d'accompagner les chrétiens mais aussi les bouddhistes dans les temps forts de leur liturgie.

Oui, être le Ministre de l'Intérieur de la République Française, chargé des relations avec les cultes, c'est cela !

C'est écouter, dans le respect de l'unicité de la nation, chaque communauté religieuse.

C'est dialoguer avec ceux qui croient comme ceux qui ne croient pas, pour construire une société apaisée.

Vous trouverez donc toujours en moi une oreille attentive pour recueillir vos craintes et vos attentes.

Vous trouverez toujours en moi un esprit disponible pour vivre des moments de joie tels que celui que nous en partageons ce soir.


Mesdames et Messieurs,

À travers vous, je souhaite adresser à tous les musulmans de France, le salut fraternel de la Nation en ces derniers jours du mois de Ramadan.

Cette période est pour eux, est pour vous, un temps de fête, de convivialité.

C'est aussi un moment de pause, où se mêlent introspection et prise de recul.

Vous me permettrez donc de vous faire part de ce que qui ont toujours été mes convictions, des convictions que j'ai mis en pratique dans ma ville et que je veux maintenant porter au niveau national.


2. Pour une laïcité de liberté

Je veux d'abord vous dire que, Ministre de l'Intérieur, je ferai tout pour vous permettre à vous, Musulmans de France, d'exercer votre culte dans les meilleures conditions.

On veut opposer parfois laïcité et respect des différentes religions.

Mais c'est Aristide Briand, rapporteur de la loi de 1905 sur la laïcité, qui soulignait devant les députés que la loi qu'il présentait devait « permettre à toutes les croyances de s'exprimer librement ».

Oui, je l'ai affirmé dès ma prise de fonction, la laïcité française est une laïcité de liberté.

Cette laïcité permet à chacun de nos concitoyens l'accès au plus fondamental des droits : la liberté de conscience.

Elle implique donc pour l'État, un devoir exigeant : celui de créer les conditions pour que cette liberté puisse s'exercer pleinement pour tous les cultes.

- Évidemment, dans le contexte de menace élevée que nous connaissons, la première des conditions est évidemment une condition de sécurité.

Car chacun doit pouvoir vivre son culte sereinement.

Et c'est ce que nous faisons quand nous demandons à nos policiers et nos gendarmes, aux militaires de l'opération Sentinelle, qui sont mobilisés depuis de longs mois pour assurer la protection des lieux de culte et en particulier d'assurer la protection des mosquées de France.

Au total ce sont près de 3200 édifices religieux qui sont aujourd'hui sécurisés en France.

- La seconde condition de la liberté de culte, c'est le contexte matériel de son exercice.

On le sait, ce sujet est éminemment sensible, car la puissance publique n'a pas la faculté de financer la construction ou les travaux au sein de lieux de culte.

Je suis toutefois convaincu qu'il nous faudra agir ensemble pour inciter, favoriser, encourager l'ensemble des initiatives visant à permettre à chaque musulman de vivre pleinement sa foi sur le tout le territoire.

Et il faudra qu'ensemble nous trouvions les moyens de pouvoir le réaliser.

- Enfin, je suis convaincu que la puissance publique doit susciter le développement de formations à destination des ministres du culte musulman sur le sol français.

Il ne s'agit évidemment pas de s'immiscer dans les questions théologiques.

Mais de soutenir tous ceux qui veulent faire en sorte que les imams qui prêchent dans les mosquées françaises, prêchent un Islam compatible avec les valeurs et l'histoire de notre pays.

Sur cette question, cher Dalil BOUBAKEUR, vous disposez à la Grande Mosquée, d'un formidable instrument pour affronter ce défi, l'Institut Ghazali.

Vous êtes également des partenaires essentiels de la formation civile et civique sur le fait religieux et la laïcité mise en place par l'université Paris I, dans laquelle s'inscrivent vos imams et aumôniers.

Je ne peux évidemment que m'en féliciter. Comme je me félicite qu'aujourd'hui 16 formations universitaires de ce type existent dans notre pays, avec le soutien du ministère de l'intérieur.

Nous en poursuivrons le développement et nous développerons aussi, conformément à la volonté exprimée mardi par le Président de la République, davantage de filières de formations académiques consacrées à l'Islamologie au sein de nos universités.

Notre ambition est simple : chaque personne qui le souhaite doit pouvoir trouver au sein de nos universités, les moyens de compléter sa formation religieuse et théologique par une formation en islamologie et en sciences humaines et sociales.

C'est là une nécessité fondamentale.

Car redonner à l'islamologie la place importante qui fut la sienne en France, c'est travailler à ériger un formidable rempart contre les simplismes, les constructions identitaires, les discours d'exclusion et de rupture.

Il faut plus que jamais encourager le dialogue des savants et des croyants.

Car c'est par ce dialogue que l'on gagnera la bataille contre l'obscurantisme.


3. Apaiser la société française par le dialogue et la connaissance

Mesdames et Messieurs,

Vous l'aurez compris, vous trouverez donc toujours en moi un défenseur de la liberté d'exercer votre culte.

La mission qui m'incombe comme Ministre de l'Intérieur dépasse toutefois cette simple défense de la laïcité.

Car mon rôle n'est pas simplement de permettre à chacun de vivre sa croyance.

Il est aussi de parler à tous.

De rassembler nos concitoyens dans la diversité de leurs pensées, de leurs croyances, de leur spiritualité.

Il est d'apaiser notre société.

- Pour ce faire, je souhaiterais, si vous en étiez d'accord, que nous puissions créer, auprès du Ministre de l'Intérieur, une instance informelle de dialogue entre les différentes confessions, d'échange entre les dirigeants des principaux cultes de France.

J'ai expérimenté une telle instance comme Maire de Lyon.

Elle s'est avérée précieuse, à la fois pour entretenir un lien de confiance entre l'ensemble des cultes, et pour parler d'une voix forte et unie quand les circonstances l'exigeaient, quand l'une de nos communautés se trouvait agressée, quand sur tel ou tel sujet notre société pouvait se diviser.

Car notre devoir commun est bien de réduire les fractures qui peuvent à un moment donné surgir.

Permettre un tel dialogue entre les différents cultes est aussi un moyen fort pour lever les amalgames dont souffre aujourd'hui la communauté musulmane.

Car, nous le savons, l'Islam que vous portez, fait de tradition mais aussi de modernité, souffre aujourd'hui de la caricature déshonorante qu'en font certains prêcheurs de haine, ceux qui tuent de manière aveugle en prétendant agir au nom de l'Islam.

Non, il faut le dire, et vous l'avez toujours fait avec force, ceux-là ne représentent pas l'Islam.

Ils n'en sont qu'une régression qui le dévoie.

C'est pourquoi nous devons agir ensemble pour éradiquer le terrorisme.

Pour lutter avec la plus grande fermeté contre l'idéologie qui en constitue le terreau.

Bien sûr, dans cette lutte, l'État prend et prendra toute sa part.

Et je peux vous assurer que les forces de sécurité, les services de renseignement, mais aussi les préfets, sont pleinement mobilisés à la fois pour déceler les individus qui risquent de passer à l'acte ou pour repérer, et pour fermer les lieux où l'on inciterait à la commission d'actes terroristes.

Mais c'est aussi toute la société qu'il faut mobiliser.

Les communautés religieuses, les responsables politiques, les associations : tous nous devons parler d'une seule voix contre le fanatisme.

Tous nous devons affirmer que l'Islam n'a rien à avoir avec le terrorisme.

Tous nous devons dire avec force que Daesh, ce n'est pas l'Islam.


Mesdames et Messieurs,

Cette clarification est fondamentale. Et il faut la mener au quotidien.

Non, l'Islam, ce n'est pas cela.

Vous êtes au contraire les héritiers d'une grande civilisation.

L'Islam qu'il nous faut donner à voir, c'est celui de ces philosophes, de ces mathématiciens, de ces artistes qui, au fil de l'Histoire, ont contribué à la richesse de notre civilisation, dans un échange permanent entre culture arable et culture occidentale.

L'islam qu'il nous faut donner à voir, c'est celui de ces intellectuels arabes qui, traduisant les plus grands auteurs de la pensée hellénique du grec vers l'arabe, puis de l'arabe vers le latin, ont contribué à l'émergence de la pensée occidentale moderne.

L'Islam qu'il nous faut donner à voir, c'est celui des grands bâtisseurs, des grands artistes qui, à travers le monde ont produit tant de chefs d'oeuvre architecturaux.

L'islam qu'il nous faut donner à voir au fond, c'est le vôtre, celui que vous portez dans cette Grand Mosquée de Paris.

Un Islam moderne, pleinement ancré dans son temps.

Un Islam progressiste, pleinement compatible avec la République.


Cher Dalil BOUBAKEUR,

En mars dernier, la Grande Mosquée de Paris a publié une « proclamation de l'Islam en France » qui a marqué les esprits.

Ce texte en tout point remarquable a retenu l'attention de tous.

Car au fil des lignes, il dessine un Islam profondément humaniste.

Un Islam qui met en garde les fidèles contre une interprétation trop immédiate des textes sacrés.

Un Islam qui invite à lutter fermement contre l'antisémitisme.

Un Islam qui affirme sa pleine croyance dans le progrès scientifique.

Un Islam qui défend – je cite - « la fraternité contre le racisme, les paroles de concorde contre les paroles de haine »

Un Islam qui demande enfin, à chaque musulman de respecter pleinement les règles de notre République.

Oui, cher Dalil BOUBAKEUR, ce texte le visage montre le visage d'un Islam moderne, d'un Islam progressiste.

Il donne à voir, pour faire référence à la formule de votre père que je citais en introduction, un Islam des Lumières.


Mesdames et Messieurs,

Je veux conclure en vous redisant, Musulmans de France, ma profonde estime.

Les défis que nous avons devant nous sont considérables.

Mais vous pouvez compter sur moi pour les relever à vos côtés.

Vous pouvez compter sur le soutien de toute la Nation.

Bonne soirée à tous !

Je vous remercie.


Source http://www.mosqueedeparis.net, le 31 juillet 2017

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