Interview de M. Christophe Castaner, secrétaire d'Etat aux relations avec le Parlement, porte-parole du Gouvernement, à BFM TV/RMC le 27 juillet 2017, sur l'APL, le Code du travail, les chantiers navals STX France et les "débuts" des députés LREM. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Christophe Castaner, secrétaire d'Etat aux relations avec le Parlement, porte-parole du Gouvernement, à BFM TV/RMC le 27 juillet 2017, sur l'APL, le Code du travail, les chantiers navals STX France et les "débuts" des députés LREM.

Personnalité, fonction : CASTANER Christophe, DUCHEMIN Raphaëlle.

FRANCE. Secrétaire d'Etat aux relations avec le Parlement, porte-parole du Gouvvernement;

ti : RAPHAËLLE DUCHEMIN
Bonjour Christophe CASTANER.

CHRISTOPHE CASTANER
Bonjour.

RAPHAËLLE DUCHEMIN
Merci d'être avec nous sur RMC et BFMTV. Porte-parole du gouvernement, « porte-flingue du gouvernement » écrit le Nouvel Observateur. Vous assumez ce rôle-là aussi ?

CHRISTOPHE CASTANER
C'est quoi un porte-flingue ? Je ne sais pas. Déjà, je viens du Sud de la France ; si en plus vous dites « porte-flingue », comme on dit dans le Sud, ça va craindre.

RAPHAËLLE DUCHEMIN
C'est ce qui est écrit.

CHRISTOPHE CASTANER
J'assume une parole forte quand elle est nécessaire ou quand je pense qu'elle est nécessaire. Mais comme je veille à ne pas être langue de bois, effectivement de temps en temps je peux avoir des formules qui amènent à être qualifiées comme telles.

RAPHAËLLE DUCHEMIN
Je dis ça parce que vous assumez aussi pas mal de choses quand même, comme le fait d'être brutal. C'est ce que vous avez dit, notamment sur les APL.

CHRISTOPHE CASTANER
La forme, la forme de cette urgence. De cette urgence pour payer les APL à la fin de l'année qui nous amène à proposer de baisser de 5 euros, ce qui est une somme qui peut paraître peu importante mais qui l'est pour certaines personnes qui bénéficient des APL, effectivement elle a une forme brutale. Mais nous avions un choix simple. Celui de ne pas pouvoir financer à la fin de l'année et de ne pas pouvoir payer les APL, ou celui d'économiser 150 millions d'euros. 150 millions d'euros sur 18,4 milliards d'euros d'aides.

RAPHAËLLE DUCHEMIN
Mais est-ce que vous n'avez pas pris les choses à l'envers ? C'est ce que dit par exemple l'Union sociale pour l'habitat qui représente quand même 640 bailleurs. Annoncer que, dès le 1er octobre, on taille dans les aides – 5 euros effectivement – et ensuite dire que vous allez réformer et tout mettre à plat, c'est peut-être la charrue avant les boeufs, non ?

CHRISTOPHE CASTANER
Non, il y a deux choses. Il y a d'abord l'urgence. Il nous fallait trouver 4,5 milliards d'euros pour ramener le déficit de la France à 3 %. Non pas parce qu'on aurait des obligations vis-à-vis de qui que ce soit, vis-à-vis de l'Europe, mais tout simplement parce qu'il n'est pas sain dans ce pays de dépenser chaque année un peu plus que l'année d'avant. Parce qu'à un moment donné, vous faites ce qu'ont fait nos prédécesseurs et j'étais dans la majorité et je l'assume en 2012. Vous arrivez, vous dites « il y a un problème », vous faites une loi de finances rectificative et vous augmentez les impôts. On a fait le choix de ne pas augmenter les impôts et d'économiser 4,5 milliards d'euros. Chaque fois que vous faites un choix, ça peut faire débat.

RAPHAËLLE DUCHEMIN
Et vous avez fait le choix aussi de faire les poches des plus pauvres. C'est ce que disent certains dans les rangs de l'opposition.

CHRISTOPHE CASTANER
Non mais d'abord, quand vous mettez 18,4 milliards d'euros sur la table en solidarité pour le logement, vous êtes présent, vous êtes mobilisé. Quand vous faites une économie de 150 millions d'euros sur 18,4, on ne fait les poches de personne. La réalité, c'est quoi ? C'est qu'aujourd'hui on a plus de 30 milliards d'euros qui sont mobilisés pour les politiques du logement. Est-ce que c'est efficace ? La vérité, c'est que vous pouvez trouver ici, en Ile-de-France, des petites annonces où le propriétaire vous dit le prix du loyer et le montant de l'APL. 76 % de l'APL va directement dans la poche du propriétaire et contribue à augmenter le loyer.

RAPHAËLLE DUCHEMIN
Donc c'est eux que vous voulez taper. Ce n'est pas les publics qui bénéficient de l'aide.

CHRISTOPHE CASTANER
Notre objectif, et c'est la deuxième partie, l'urgence c'était d'économiser 4,5 milliards d'euros de dépenses publiques. Et la deuxième partie, c'est que dès cet automne on veut mettre à plat tout le dispositif de politique de logement pour qu'il soit efficace et qu'il n'enrichisse pas les propriétaires.

RAPHAËLLE DUCHEMIN
Mais est-ce que c'est une vraie décision politique pensée, assumée – on le voit certes ? Ou est-ce que c'est plutôt une décision administrative ? On a souvent le sentiment sur des dossiers comme celui-là que c'est Bercy qui tire les ficelles, que c'est l'administration.

CHRISTOPHE CASTANER
L'administration est incarnée par un ministre, c'est Gérald DARMANIN. Il avait annoncé le 12 juillet cette mesure devant la Commission des finances. Ensuite, le choix politique c'est celui de dire : « Il nous faut trouver 4,5 milliards d'économies et de ne pas augmenter les impôts des Français. » Même d'aller plus loin : l'année prochaine, de commencer à baisser de 11 milliards d'euros les impôts payés par les Français et les entreprises françaises.

RAPHAËLLE DUCHEMIN
Vous dites : « On assume », si je vous ai bien suivi, “les réformes qui peuvent être douloureuses médiatiquement et sondagièrement.? Justement, parlons-en. Dix points en moins dans le baromètre du JDD – ça, c'était dimanche. 42 % des Français qui déclarent avoir une bonne opinion du président dans le sondage Ipsos d'hier, c'est-à-dire moins trois points. A la même époque pour Nicolas SARKOZY, c'était 66 %, pour François HOLLANDE 55 %. Est-ce que ça veut dire clairement, Christophe CASTANER, que la lune de miel est terminée ?

CHRISTOPHE CASTANER
Vous savez, faire des choix, mettre en oeuvre une politique, c'est prendre des risques. Nous avons été élus le 7 mai au soir pour réformer le pays. La difficulté, c'est que réformer ne se fait pas avec une baguette magique. Moi, j'aurais adoré être le Père Noël et pouvoir dire : « Avec Emmanuel MACRON, en claquant des doigts, tout va être réglé. » Non.

RAPHAËLLE DUCHEMIN
Il n'y a pas de cadeaux dans votre hotte.

CHRISTOPHE CASTANER
Voilà. Il faut des moments où vous mettez du temps pour mettre en place des mesures. La réforme du droit du travail, il n'y a qu'un seul objectif : faire en sorte qu'on puisse aller vers un taux de chômage beaucoup plus faible que celui qu'on connaît aujourd'hui. Mais ça ne se fera pas du jour au lendemain. On travaille d'arrache-pied, beaucoup. L'Assemblée nationale, le Sénat, sont hyper mobilisés en ce moment, les ministres sont sur le terrain mais il faut un peu de temps pour cela. En attendant, on n'est pas dans l'esquive parce que l'esquive, ce n'est pas non plus ce qui a réussi à nos prédécesseurs et vous en avez cités quelques-uns.

RAPHAËLLE DUCHEMIN
Justement, vous parlez de la loi travail et je voudrais qu'on aborde la question des CDD. Vous voulez les assouplir, c'est bien ça ? Certains parlent déjà d'une précarisation supplémentaire parce que le CDD, c'est déjà un contrat à durée déterminée, un contrat court.

CHRISTOPHE CASTANER
On ne veut pas les assouplir. On veut renvoyer à la branche qui connaît le secteur et l'application du CDD à son secteur la possibilité de négocier avec les partenaires sociaux pour avoir des CDD adaptés.

RAPHAËLLE DUCHEMIN
Et vous allez toucher à quoi ? A la longueur des contrats ?

CHRISTOPHE CASTANER
Non, on ne va toucher à rien. Mais qu'on laisse aux branches justement le soin d'adapter le CDI à la particularité de tel ou tel métier. Vous savez, en France on a une spécialité. On adore les droits réels mais on préfère les droits formels. C'est-à-dire ces droits qui théoriquement sont applicables. On a par exemple, on en parlait à l'instant, le droit au logement opposable en France. Toute personne a droit au logement.

RAPHAËLLE DUCHEMIN
Oui, la fameuse loi DALO.

CHRISTOPHE CASTANER
Est-ce que ça marche ? Non. Du coup, on est dans cette situation où on dit : « Le CDI, c'est formidable », sauf que 75 % des gens qui rentrent dans le marché du travail ne sont pas en CDI et sont en emploi précaire. Et donc ce qui compte, c'est plutôt de sortir du discours de dire : « On a des outils qui nous protègent mais qui ne protègent personne ou qui protègent ceux qui sont déjà dans le système » et qu'on aille plutôt vers des outils efficaces. Ce qui compte, c'est que le petit entrepreneur qui est installé dans le nord de ma circonscription, à Barcelonnette, puisse concrètement embaucher quelqu'un quand il a besoin d'embaucher quelqu'un, et qu'il puisse trouver en face de lui quelqu'un qui est formé. C'est ça tout l'enjeu des réformes que nous devons conduire.

RAPHAËLLE DUCHEMIN
Puisque vous parlez de protection, Christophe CASTANER, est-ce que nationaliser STX ou en tout cas brandir la menace de le faire, c'est une manière de protéger le dernier grand chantier français ?

CHRISTOPHE CASTANER
STX fait partie des intérêts nationaux à la fois pour les emplois qu'il représente, à la fois pour la particularité de ses chantiers qui ont un savoir-faire unique. Donc dans une négociation avec des partenaires internationaux, il est normal que l'Etat puisse hausser le ton.

RAPHAËLLE DUCHEMIN
On négocie quand on menace ?

CHRISTOPHE CASTANER
Vous savez, c'est comme dans la diplomatie. Il faut avoir quelques armes et montrer qu'on a quelques armes. Ça permet de négocier au mieux dans la diplomatie.

RAPHAËLLE DUCHEMIN
Bruno LE MAIRE a bombé le torse. Ça va s'arrêter là ou ça va aller plus loin ? On est clairement dans une forme de protectionnisme ou pas ?

CHRISTOPHE CASTANER
Non, non. On est dans une forme de négociation avec des partenaires italiens et on veut réaffirmer la place de la France, les intérêts nationaux de la France dans STX, dans ce grand chantier naval qui est majeur pour notre économie nationale. A partir de là, il y a un moment donné où ça se tend un peu. Mais l'objectif n'est pas de nationaliser STX, notamment parce que les partenaires italiens sont des partenaires majeurs.

RAPHAËLLE DUCHEMIN
Partenaires italiens qui n'ont pas vraiment apprécié.

CHRISTOPHE CASTANER
C'est le principe de la négociation. Vous savez, le monde de l'économie c'est un peu comme la politique. Ce n'est pas le monde des Bisounours. De temps en temps, il faut l'assumer.

RAPHAËLLE DUCHEMIN
Puisqu'on parle des Bisounours justement, est-ce que, vous qui êtes en charge des relations avec le Parlement, vos députés Marcheurs ne sont pas un peu Bisounours ? On a le sentiment, quand on les voit à l'Assemblée nationale, que ça flotte un peu. Un peu beaucoup même.

CHRISTOPHE CASTANER
Vous savez moi, vous l'avez dit, comme je suis ministre en charge des Relations, je regarde le calendrier. On avait envisagé que la session extraordinaire pour voter tous les textes qu'on y a inscrit se termine le 10. J'avais même pensé à un moment le 18 août. Je pense qu'elle se terminera la semaine prochaine. Donc au bout du compte, ce qui compte c'est l'efficacité. Oui, il y a des maladresses. Oui, il y a des moments qui vont passer en boucle à la télé et j'ai vu les reportages juste avant que vous me receviez avec une vice-présidente qui, à un moment donné, se prend comme on dit les pieds dans le tapis. Mais vous savez, c'est aussi le risque de demander à des femmes et des hommes nouveaux de prendre des responsabilités.

RAPHAËLLE DUCHEMIN
Mais il ne fallait pas les former avant ? Avant de les faire rentrer ?

CHRISTOPHE CASTANER
Non. On attend que les gens soient élus par les Français avant de dire : « Vous allez être député, vous allez être formé. » Quand ils sont élus par les Français, on a fait le choix de mettre une nouvelle génération en responsabilité. Vous aviez juste avant à la présidence de l'Assemblée nationale un homme d'expérience, Claude BARTOLONE. Il a été élu en 1981. Et donc effectivement, quand il y a six mois il était président de l'Assemblée nationale, il était super expérimenté. Moi, je crois qu'on peut prendre le risque de demander à une nouvelle génération d'assumer des responsabilités, surtout est-ce que ça nous a fait dérailler ? Non, ça ne nous a pas fait dérailler.

RAPHAËLLE DUCHEMIN
Ça a ralenti quand même un peu.

CHRISTOPHE CASTANER
Non, même pas, parce que comme je vous ai dit, on aura quinze jours d'avance par rapport à notre calendrier.

RAPHAËLLE DUCHEMIN
Ça a fait beaucoup rire. Ça donne une mauvaise image de la représentation démocratique.

CHRISTOPHE CASTANER
Ce qui donne une mauvaise image, c'est les vieux briscards qui justement s'amusent de voir une femme sur le plateau de l'Assemblée nationale et la bousculent avec les bonnes vieilles ruses. Moi, j'assume ma part de fragilité et j'assume aussi celle des parlementaires.

RAPHAËLLE DUCHEMIN
C'est de l'amateurisme ou pas aujourd'hui ?

CHRISTOPHE CASTANER
Mais non, ce n'est pas de l'amateurisme. Ou alors, si, ce ne sont pas des professionnels de la politique. Donc si vous voulez me faire dire que, parce qu'on n'est pas un professionnel de la politique on est un amateur, je vous le dis et je l'assume. Vous voyez, j'assume un certain nombre de choses.

RAPHAËLLE DUCHEMIN
Donc ils vont se professionnaliser, apprendre sur le tas finalement.

CHRISTOPHE CASTANER
Mais bien sûr. Ils ont élus il y a un peu plus d'un mois et donc, aujourd'hui, ils sont très présents à l'Assemblée nationale. Ils avancent sur les textes, il y a de vrais débats. Je n'ai jamais vu autant de monde dans l'hémicycle avec cette particularité d'avoir des députés non-cumulards et c'est une première dans l'histoire de la Vème République.

RAPHAËLLE DUCHEMIN
Mais est-ce qu'on tolèrerait ça ailleurs ? Dans une entreprise par exemple ?

CHRISTOPHE CASTANER
Bien sûr. Un chef d'entreprise qui débute et qui prend un poste, quel que soit le poste, ses premières semaines il n'est pas aussi bon qu'au bout de trois ans. Ça vaut aussi pour un chef d'entreprise, ça vaut pour un journaliste. L'expérience, elle s'acquiert face au boulot. Par contre en 2012, quand j'ai été élu, c'était mon premier mandat. On nous a dit : « Vous, les petits jeunes, retournez en circonscription labourer votre terrain et laissez-nous faire parce qu'on sait. » Et tous les postes un peu prestigieux de l'Assemblée ont été accaparés par les vieux briscards. Là, c'est l'inverse. Vous avez effectivement des femmes, des hommes, des gens nouveaux qui ont pris des responsabilités, qui sont président de Commission ou qui sont vice-président. De temps en temps, ils se prennent les pieds dans le tapis ; ça m'arrive aussi.

RAPHAËLLE DUCHEMIN
Justement, la présidente de la Commission des lois qui a commis quelques bévues, qui tacle ses petits camarades, c'est la même chose pour elle ? Elle a présenté des excuses.

CHRISTOPHE CASTANER
Mais vous savez, des maladresses… Vous savez, j'ai un bêtisier qui circule sur les lapsus du porte-parole du gouvernement depuis deux mois et demi parce que j'en ai fait un quasiment à quasiment chacun des points presse, et Jean-Jacques BOURDIN a l'habitude de me reprendre dès le lendemain avec ses petits camarades. Voilà. On a le droit à l'erreur, à condition qu'elle ne soit pas grave. On ne parle pas de décision stratégique pour la France, on ne parle pas de l'avenir de STX où là, effectivement, on n'a pas le droit à l'erreur. Mais qu'effectivement vous ayez à un moment donné un mot qui ne soit pas le mot adapté et que vous ayez une bronca organisée par l'opposition ne change rien à la bonne avancée des travaux de l'Assemblée nationale. Mais je vous l'ai dit, on finira nos travaux avec quinze jours d'avance et c'est plutôt une bonne nouvelle.

RAPHAËLLE DUCHEMIN
Justement, notamment sur la confiance dans la vie publique puisqu'on a rebaptisée ; la loi sur la moralisation, c'était le titre initial. L'une des mesures-phare, c'est évidemment les emplois familiaux et leur interdiction. Première étape passée cette nuit votée à l'Assemblée pour les ministres, pas encore pour les parlementaires. Certains disent : « On ne pourra plus employer nos épouses mais », pardon de le dire comme ça « on pourra employer nos maîtresses. »

CHRISTOPHE CASTANER
Ou l'inverse, nos amants. Parce que vous savez qu'il y a aussi 42 % de femmes aujourd'hui à l'Assemblée nationale. Dans ce cas-là, il faut aussi interdire qu'on puisse embaucher toute personne qu'on connaît. Non. Il y a aujourd'hui des gens qui permettent de s'enrichir et qui auraient ces pratiques-là. On va citer François FILLON qui, en embauchant sa famille, s'enrichissait lui-même. C'est ça qui a posé problème. Aujourd'hui, il ne faut pas aller jusqu'à descendre sur des enquêtes de moralité pour savoir qui éventuellement aurait eu un contact plus proche avec un autre collaborateur pour empêcher cela. Ça n'a aucun sens. Ceux qui disent ça sont justement ceux qui peuvent empêcher qu'on puisse interdire les embauches familiales. C'est un argument de ceux qui luttent contre en disant : « On ne va pas assez loin » ou « on ne va jamais assez loin. » A un moment donné… Ou alors, on décide de dire : « On a le droit de recruter ou de ne travailler qu'avec des gens qu'on ne connaît pas. » Vous savez, en gros en France un couple sur deux est né dans le milieu professionnel. C'est ainsi parce que comme on passe beaucoup d'heures dans son boulot, il nous arrive de tomber amoureux et il nous arrive de nous marier. Je crois qu'il faut, à un moment donné, arrêter la chasse aux sorcières. Ce qui compte dans cette loi, c'est d'interdire ce qu'on appelle le népotisme familial. C'est d'utiliser son pouvoir personnel qui est un pouvoir public et qu'à partir de là, on l'utilise pour enrichir sa famille. Aujourd'hui, c'est interdit.

RAPHAËLLE DUCHEMIN
Justement Damien ABAD, qui est vice-président du groupe Les Républicains, dit : « Au final, il ne restera qu'un seul emploi familial dans cette mandature, ce sera celui de la Première dame, Brigitte MACRON. » Vous savez que la question de son statut fait débat. Vous en dites quoi ? Il faut un statut de la Première dame ?

CHRISTOPHE CASTANER
Je dis qu'un emploi, jusqu'à nouvel ordre, c'est un emploi rémunéré.

RAPHAËLLE DUCHEMIN
C'est un emploi Première dame ?

CHRISTOPHE CASTANER
Non. L'épouse du président de la République ne sera pas rémunérée et n'est pas rémunérée aujourd'hui. Par contre, elle a un rôle. Elle a un rôle diplomatique quelques fois, elle a un rôle moral. Elle reçoit plusieurs centaines de lettres aujourd'hui. Et donc, plutôt que de faire ça de façon opaque comme ç'a toujours été le cas, le président de la République a voulu qu'on encadre justement et qu'on mette sur la place publique, devant vous les journalistes et qu'on dise : « L'épouse du président de la République - ou le compagnon du président de la République quand c'est une femme qui un jour sera en responsabilité – dispose d'un secrétariat, d'un collaborateur, d'une protection parce que c'est une personnalité particulièrement exposée. » Vous voyez, on fait dans la transparence. Je pense qu'il ne faut pas abandonner tout moyen pour les parlementaires. Il ne faut pas abandonner tout moyen pour le président de la République. Par contre, il faut que chaque moyen que nous utilisons le soit dans la transparence la plus totale.

RAPHAËLLE DUCHEMIN
Christophe CASTANER, il y a un point qui manifestement va poser problème dans la loi qu'on évoquait, c'est le verrou de Bercy. Le président s'était engagé à aller très loin sur cette question. Manifestement aujourd'hui, tout n'est pas au point. Il y a des problèmes constitutionnels, en tout cas c'est l'argument avancé. Est-ce que vous n'auriez pas dû prendre le risque de faire sauter ce verrou, quitte à être confronté à un obstacle constitutionnel ?

CHRISTOPHE CASTANER
Ce n'est pas un point dans la loi parce que dans la loi, ce point n'y a jamais été. C'est un amendement que certains groupes d'opposition ont rapporté et qui n'a strictement rien à voir avec la loi. Parce qu'on ne parle pas de moralisation de la vie publique quand on parle de contrôles fiscaux.

RAPHAËLLE DUCHEMIN
Mais on est bien d'accord qu'Emmanuel MACRON y tient.

CHRISTOPHE CASTANER
Oui, mais sauf que ça n'est pas le sujet de la loi. La loi confiance parle des politiques dans leur comportement quotidien. Là, on est sur comment marche un contrôle fiscal et comment se font les poursuites pénales suite à un contrôle fiscal. Donc parlons-en dans la loi de finances qui est l'objet qui sert justement à traiter de la question de la fiscalité en France et pas dans ce texte de loi, parce que c'est une bonne vieille ruse de ceux qui, justement, ont cette expérience de trente ou de quarante ans d'activités parlementaires qui viennent dans le débat et qui mettent ça sur la place publique.

RAPHAËLLE DUCHEMIN
Même chose pour le casier judiciaire vierge ?

CHRISTOPHE CASTANER
Non. Ça, ça n'a rien à voir.

RAPHAËLLE DUCHEMIN
Non mais la justice est un engagement d'Emmanuel MACRON et là aussi, pour l'instant…

CHRISTOPHE CASTANER
Bien sûr. C'est un engagement qui se heurte à un problème. Ça se heurte à un problème constitutionnel qui est que si on met dans la loi l'interdiction du casier, il y a un risque et je ne suis même pas sûr du risque, mais il y a un risque d'annulation constitutionnelle. Donc plutôt que de ne rien avoir…

RAPHAËLLE DUCHEMIN
Vous ne le prenez pas ce risque ?

CHRISTOPHE CASTANER
Parce que justement si on prenait ce risque et qu'on se contentait de ça, on risque une césure constitutionnelle et donc vous n'auriez plus rien. Là, les parlementaires ont plutôt bien travaillé. Ils ont mis une liste de tous les faits qui justement font que si vous êtes condamné sur ces faits, vous ne pouvez pas être éligible derrière avec toute une série de faits – on ne va pas les lister parce que c'est un peu technique – qui relèvent de la moralité et du bon comportement, du comportement exemplaire qu'on attend d'un politique. Et donc plutôt que d'avoir rien, en bout de course il y a annulation, ils ont fait une liste, donc gardons l'esprit. L'esprit, c'est quoi ? C'est que toute personne condamnée pour des faits répréhensibles qui rendent moralement incompatible la vie politique ne puisse plus être candidat.

RAPHAËLLE DUCHEMIN
Merci Christophe CASTANER d'avoir été en direct avec nous sur RMC et BFMTV.

CHRISTOPHE CASTANER
Merci à vous.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 31 juillet 2017

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