Interview de M. Jean-Michel Blanquer, ministre de l'éducation nationale à France-Culture le 27 juillet 2017, sur les mesures prévues à la rentrée scolaire et la lutte contre l'échec scolaire. | vie-publique.fr | Discours publics

[ Publicité ]

Interview de M. Jean-Michel Blanquer, ministre de l'éducation nationale à France-Culture le 27 juillet 2017, sur les mesures prévues à la rentrée scolaire et la lutte contre l'échec scolaire.

Personnalité, fonction : BLANQUER Jean-michel.

FRANCE. Ministre de l'éducation nationale

ti :


LUCAS MENGET
Je reçois ce matin un ministre qui a sans doute longuement réfléchi à sa mission, à son poste, qui n'avait probablement qu'une envie, être précisément à cette place aujourd'hui, avant de s'installer dans son bureau, il a écrit beaucoup sur ce que devraient être son rôle, ses réformes, ses ambitions et ses buts. Bonjour Jean-Michel BLANQUER.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Bonjour.

LUCAS MENGET
Vous êtes, comme chacun sait, ministre de l'Education nationale, en charge du plus important budget de l'Etat français, mais aussi de l'un des dossiers les plus complexes et les plus attendus de ce gouvernement. Dans cinq semaines, peu ou prou, ce sera la rentrée des classes, vous avez souhaité imprimer votre marque et réformer dès maintenant, nous allons détailler votre vision et vos annonces tout à l'heure. Vous avez écrit plusieurs livres : « L'invention de l'Etat », un ouvrage sur la naissance du droit public moderne, qui est votre métier d'origine, vous êtes agrégé de droit public, c'est bien ça ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Oui, c'est bien ça.

LUCAS MENGET
« L'école de la vie », où vous réfléchissez aux liens, notamment, parmi les sujets que vous abordez, mais les liens que l'école devrait tisser mieux avec les sciences, et les sciences du développement en particulier. « L'école de demain » qui est, on peut imaginer en quelque sorte, votre programme de ministre de l'Education nationale. Et vous partagez aussi votre passion de l'école, et puis un autre livre qui va sortir dans les jours qui viennent, un « Que sais-je ? » sur la Colombie, alors on pourrait se demander pourquoi est-ce que vous sortez un « Que sais-je ? » sur la Colombie, eh bien, d'abord, parce que c'est l'année de la Colombie en France, 2017, et puis c'est un pays où vous avez vécu, que vous aimez beaucoup, et qui est un peu l'autre facette de votre vie, votre passion pour l'Amérique latine. Est-ce qu'on peut dire, Jean-Michel BLANQUER, comme je le disais dit tout à l'heure, que vous avez longuement préparée, écrit et annoncé votre arrivée à ce poste.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Oh, c'est un peu excessif de le dire comme ça, ce qui est vrai, c'est que ça fait maintenant une quinzaine d'années que je travaille sur ces sujets, dans des responsabilités diverses et variées, notamment en tant que recteur, quand j'étais en en Guyane où lorsque j'étais à Créteil, et dans différentes responsabilités, parfois…

LUCAS MENGET
Et vous avez été numéro 2 du ministère de l'Education nationale sous Luc CHATEL…

JEAN-MICHEL BLANQUER
Tout à fait. Donc forcément, j'ai réfléchi à ces sujets, donc j'ai plutôt… si j'ai préparé ce poste, c'est un peu comme monsieur Jourdain fait de la prose, c'est-à-dire, c'était naturel.

LUCAS MENGET
C'est naturel parce que l'Education, on a parlé de l'Amérique latine, mais l'Education, c'est votre passion première.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Oui, oui, c'est ma passion absolue, si je puis dire, parce que, pour moi, ça relève d'une sorte d'évidence, c'est-à-dire, l'Education, c'est la vie d'une certaine façon, en tant qu'homme et en tant qu'être humain, nous nous définissons par l'éducation, c'est par les interactions que l'on a dès la naissance, et même un peu avant, que nous sommes êtres humains, que nous sommes des personnes. Donc l'Education, c'est la vie, et c'est pourquoi c'est la chose qui me passionne le plus.

LUCAS MENGET
Mais ça vous est venu après votre agrégation de droit ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Non, ça m'est venu avant, parce que, précisément, si j'ai passé l'agrégation, c'est parce que déjà, j'étais passionné par l'enseignement, dès que – évidemment, de manière de plus en plus précise au fil de ma vie – mais c'est surtout dès que j'étais en première année à l'université, j'ai compris que ce métier me plaisait énormément.

LUCAS MENGET
L'enseignement vous plaisait. Il y a deux semaines, je recevais ici même Edouard PHILIPPE, le Premier ministre, qui expliquait qu'il était passé de la gauche à la droite quand, au cours de ses lectures, il avait compris qu'il préférait la liberté à l'égalité, c'est un point commun que vous avez avec le Premier ministre ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
On n'a pas le même parcours, il a tout de suite été dans une…

LUCAS MENGET
Pas le même parcours…

JEAN-MICHEL BLANQUER
Assez vite dans une carrière politique, ce qui n'est pas mon cas, pour ma part…

LUCAS MENGET
Non, mais en dehors de la politique elle-même, on peut dire, même philosophiquement, vous l'avez dit, écrit, vous préférez aussi la liberté à l'égalité.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Non, je n'ai jamais pu m'exprimer de cette façon-là, je pense, d'abord…

LUCAS MENGET
Je simplifie…

JEAN-MICHEL BLANQUER
La devise républicaine est fondamentale : liberté, égalité, fraternité, elle nous dit tout d'une certaine façon et j'attache énormément d'importance à l'égalité, mais à une égalité véritable. Et si j'ai eu parfois à m'exprimer sur l'égalité, c'est pour dire que, une certaine conception uniformisante pouvait aller à l'inverse de l'égalité, et c'est d'une certaine façon ce qu'on a vécu à l'école depuis maintenant beaucoup trop longtemps, c'est-à-dire, le fait de vouloir faire la même chose partout tout le temps, de la même façon, est en fait contre-productif pour les plus fragiles, c'est ma conviction profonde. Donc quand je veux résumer ma pensée sur le sujet, je peux dire que je veux tirer le système vers le haut, et ce, non pas par élitisme, mais au bénéfice des plus fragiles, donc cette volonté de tirer le système vers le haut peut aussi se résumer en disant : c'est par la liberté qu'on va aller vers plus d'égalité, c'est en en déployant les initiatives, en reconnaissant la diversité des talents et des difficultés que l'on peut avoir des effets de levier ensuite sur chacun pour l'amener au meilleur de lui-même.

LUCAS MENGET
Donc quand vous dites, la semaine dernière, je crois, dans une interview dans le Journal du Dimanche : le vrai ennemi du service public : c'est l'égalitarisme. Il y a des gens, et vous l'imaginez bien, qui conçoivent ça, au coeur de l'été, un peu comme de la provocation.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Non, je pense qu'il y a des gens qui parfois ont envie d'entendre des provocations là où il n'y en a pas, parce que, parfois, cette phrase est citée sans regarder la phrase d'avant, ni la phrase d'après, qui, en gros, dit ce que je viens de dire à l'instant, parce que la phrase d'après, ça doit être : c'est par la liberté qu'on ira vers plus d'égalité, donc je suis un passionné de l'égalité, je veux l'égalité…

LUCAS MENGET
… La liberté…

JEAN-MICHEL BLANQUER
… Parce que je ne me paie pas de mots, parce qu'il y a beaucoup de gens qui se payent de mots quand il parle d'égalité, vous savez. C'est très facile d'aller sur une estrade et de dire égalité, c'est plus difficile de dire comment on y arrive, et parfois de prendre des décisions, parfois, qui nécessitent un peu de courage pour arriver à la véritable égalité, vous savez, dans ma carrière, j'ai déjà fait beaucoup de projets qui ont permis d'aller vers plus d'égalité, permettre que des enfants issus des milieux défavorisés aient une destinée qui aille dans le meilleur sens, eh bien, je ne me paye pas de mots, je vais vers l'égalité avec des choses concrètes, et pour y aller avec des choses concrètes, j'essaye de provoquer plus de liberté de la part des acteurs.

LUCAS MENGET
On va aller dans le détail de ce que vous proposez, de ce que vous avez écrit, comment résumeriez-vous, si c'est possible, le fil directeur, l'axe commun qui va…, que vous souhaitez imposer, marquer, de l'école maternelle jusqu'au baccalauréat ? Jusqu'à présent, effectivement, on a toujours dit que le socle commun de l'Education nationale, c'était l'égalité, point. C'est l'égalité pour tous. On sait bien que ce n'est pas exact forcément partout, ça n'a pas fonctionné partout et tout le temps, quel est votre fil directeur de la maternelle au baccalauréat ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Alors, moi, mon fil directeur, c'est justement d'abord une philosophie de l'Education, c'est-à-dire, le fait que l'Education mène à la liberté, je disais tout à l'heure : l'homme se définit par l'Education, la personne humaine se définit par l'Education. Mais l'Education à son tour peut se définir par la liberté, car ce qui donne sens à toute éducation, c'est de donner plus de liberté, plus d'émancipation à l'enfant, mais ce n'est pas la liberté consommation, ce n'est pas la liberté immédiateté, que notre société présente tous les jours, de façon très facile, c'est la liberté construction. Et donc le fil directeur, c'est le fait d'aller vers toujours plus de liberté pour l'enfant, et cette liberté, elle va donc croissante, avec les années qui passent, le temps qui passe. Et donc un élève de terminale n'est pas évidemment dans la même situation qu'un élève de petite section de maternelle. En clair, cela signifie que l'école primaire doit être assez rigoureuse dans ses méthodes pour donner d'emblée un socle fondamental aux enfants, qui, ensuite, leur permettront de se déployer, il faut aller du plus simple au plus complexe, les sciences cognitives d'ailleurs corroborent cette approche, elle nous disent que dans les premières années de la vie, il faut avoir acquis des choses qui constituent ce socle, si on ne les acquière pas dès le début, vont ensuite vous créer des handicaps importants pour la suite. Exemple très simple, les tables de multiplication, si vous ne les apprenez pas bien enfant, vers 6-7 ans, eh bien, ce sera un handicap ensuite dans la vie, parce que c'est plus difficile de vous constituer le socle de mémoire pour ça, et donc si, ensuite, vous devez aller vers des choses plus subtiles en mathématiques, eh bien, c'est pourquoi par exemple, il ne faut jamais faire des oppositions entre la mémoire et le sens, ça, ça fait partie de ces clivages qu'on trouve souvent dans les débats pédagogiques, parce qu'on a besoin des deux à la fois, et que l'exercice de la mémoire dès l'enfance est au service du sens et donc au service de la liberté. Et c'est cela ma philosophie, c'est cette idée d'un déploiement progressif de la liberté qui signifie donc que l'on doit articuler des enjeux qui souvent sont présentés comme des contradictions, mais qui n'en sont pas. L'effort et le plaisir, par exemple.

LUCAS MENGET
Dans le dans votre livre : « L'école de la vie », vous posez cette question dès le début : il faut que l'Education échappe aux effets contingents de la politique courante, car le rythme de l'Education n'est pas le même rythme que celui de la politique. Evidemment, ça c'est quelque chose que vous écrivez avant d'être ministre, soyons un peu honnêtes, est-ce que, une fois que vous êtes en poste, vous pensez que c'est encore possible que la politique de l'Education nationale échappe au rythme de la politique au sens général ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Oui bien sûr, je pense que c'est tout à fait souhaitable et désirable…

LUCAS MENGET
Souhaitable, oui, mais est-ce que c'est possible ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Et faisable, oui, je pense, moi, a fortiori, avec le contexte politique que nous vivons maintenant, puisque l'élection d'Emmanuel MACRON a quand même permis d'abord un dépassement du clivage gauche-droite, et elle permet d'inscrire de nouvelles logiques dans l'action publique. Et évidemment, je m'inscris totalement dans cette logique, celle d'un sillon long. Pour l'Education, si vous voulez, il y a des transformations qui peuvent être de court, de moyen et de long terme, c'est ce que je suis en train de distinguer, des modifications de court terme, comme celle que j'ai pu commencer…

LUCAS MENGET
Annoncer, là, pour l'école, pour la rentrée de septembre…

JEAN-MICHEL BLANQUER
A faire pour la rentrée prochaine, et puis, des sujets de plus long terme, je prends un exemple parmi bien d'autres, parce que tout est relié, mais par exemple les vocations de professeur, c'est un sujet extrêmement important, il y a des étudiants qui nous écoutent, qui, certains vont se destiner à la fonction de professeur, et je souhaite qu'ils soient nombreux et passionnés, eh bien, c'est un sujet qui se travaille sur la durée, parce qu'il faut justement parfois faire du pré-recrutement, créer des bourses pour les étudiants dès la première année de faculté, quand ils se destinent à cela, embaucher des assistants d'éducation qui vont exercer des missions de plus en plus intéressantes dans les établissements et être ensuite de futurs professeurs. Bref, des idées comme ça qui donnent leurs fruits sur plusieurs années, c'est pourquoi d'ailleurs dans l'héritage que je reçois, qui n'est pas seulement du précédent gouvernement, mais de tous les gouvernements qui se sont succédés, j'essaie de discerner entre ce qui doit faire l'objet de grande continuité, parce que c'est indispensable, et puis, ce qui doit faire l'objet d'inflexion, parce que c'est indispensable aussi.

LUCAS MENGET
Vous parlez des professeurs et des étudiants qui se destinent à être professeurs, puisque vous êtes sur des réflexions sur le temps moyen et le temps long. Est-ce que parmi les réflexions que vous avez, il y a cette question qui est finalement centrale, le salaire des professeurs ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Oui, bien sûr…

LUCAS MENGET
Les professeurs enseignants, instituteurs, enseignants du primaire, du secondaire, en France, sont mal payés, chacun le sait, et ça contribue à un manque de vocation, un manque d'envie, un manque de plaisir à l'enseignement probablement ; est-ce que ça fait partie des réflexions sur le temps court, moyen ou long ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Bien sûr, eh bien, sur les trois, si vous voulez, c'est-à-dire que, ce que vous dites est juste, c'est évidemment au coeur de mes réflexions, ça fait partie d'un ensemble plus général, qui est la question de la dignité du professeur, dans notre société, bien entendu, je me considère comme un ministre des professeurs, j'en suis un, je suis en soutien des professeurs, j'attache une importance considérable à cette place du professeur dans la société en général. Vous savez, je parle souvent d'une école de la confiance pour une société de la confiance, et chose qui n'existe pas vraiment aujourd'hui, on ne se fait pas assez confiance les uns, les autres, et le débat public le montre tous les jours.

LUCAS MENGET
Et le débat entre les ministres de l'Education nationale et les professeurs a souvent été un débat très défiant, et rarement dans la confiance, ces dernières années en tout cas.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Absolument…

LUCAS MENGET
Comment…

JEAN-MICHEL BLANQUER
C'est très vrai. Et c'est justement ce que j'aimerais changer, en sachant que ça ne va pas de soi, que ça ne se décrète pas, mais c'est en tout cas ce que je souhaite faire, c'est-à-dire, avoir un message direct vis-à-vis des professeurs, en leur disant que je suis leur ministre, que leur rôle est absolument fondamental, je leur ai écrit juste avant le départ en vacances pour leur dire cela, leur dire que, ils exerçaient une mission d'une très grande noblesse et absolument fondamentale au coeur de la société, je serai toujours en soutien de cette mission, et que c'est mon rôle d'être en soutien de cette mission, parce que, à la fin, ce qui compte, c'est ce qui se passe pour de vrai dans la classe, et dans l'école ou dans l'établissement. Donc je suis profondément habité par cela. Ça passe par le pouvoir d'achat, mais ça passe aussi par le bien-être à l'école, comme on dit, donc les relations…

LUCAS MENGET
La dignité, comme vous l'aviez dit à l'instant, mais la dignité, il y a un ensemble de facteurs…

JEAN-MICHEL BLANQUER
La dignité, par exemple…

LUCAS MENGET
Le salaire en fait partie…

JEAN-MICHEL BLANQUER
Il y a un ensemble de facteurs, mais il y en a d'autres, le travail, la qualité, ce qui se passe au travail, si vous voulez, par exemple, l'esprit d'équipe dans un établissement, ce qu'on pourrait appeler la bonne ambiance, la relation avec les parents d'élèves, la considération de la part de la société, etc., la considération de la part du ministère. Le travail sur les disciplines, et sur l'interdisciplinarité aussi, tous ces sujets, les professeurs sont passionnés par leur domaine, par ce qu'ils enseignent, donc on doit, le ministère doit évidemment attacher une importance fondamentale à ça. Donc c'est cet écosystème du professeur qu'il faut considérer, et évidemment, mon but est d'aller le plus loin possible pour conforter le professeur là où il y a aussi des enjeux de carrière qui vont un peu avec les enjeux de pouvoir d'achat, c'est-à-dire, on peut faire différentes carrières au sein de l'Education nationale, on peut parfois faire des secondes carrières en sortant de l'Education nationale, peut-être parfois momentanément, il peut y avoir aussi des gens qui ne sont pas à l'Education nationale, qui vont faire une seconde carrière dans l'Education nationale, tous ces sujets de fluidité, tous ces sujets qui ouvrent des perspectives, tous ces sujets qui ouvrent les fenêtres, tous ces sujets qui créent du lien sont des sujets qui vont conforter le professeur dans sa dignité, dans son bonheur au travail, tout simplement, et dans son bonheur tout court, et évidemment, je suis là pour chercher à améliorer cela, et plus on se fera confiance, plus on y arrivera.

LUCAS MENGET
On va revenir à la maternelle, vous écrivez, en reprenant Edgar MORIN, qu'il faut y enseigner avant tout la compréhension, c'est à cet âge, entre 3 et 6 ans, que se noue ce rapport à l'apprentissage, et donc aussi, à une notion sur laquelle vous insistez beaucoup dans l'école de la vie, la coopération entre l'école et la famille, vous pensez que ce lien a été un peu brisé ces derniers temps, entre l'école et la famille, dans l'Education et l'apprentissage de l'enfant, évidemment ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
De façon générale, ce lien école/famille, qui est absolument essentiel, les études internationales montrent que c'est un des facteurs principaux de réussite d'un système scolaire, ce lien n'est pas un point fort du système français depuis toujours, et c'est quelque chose qui doit s'améliorer, alors, c'est un point un peu plus fort à l'école primaire que dans le second degré, on le sait bien, mais on doit tout améliorer. Il y a une dizaine d'années, j'avais imaginé quelque chose qui s'appelait la mallette des parents, qu'on avait expérimentée dans l'Académie de Créteil, qui, ensuite, a été élargie à l'échelle nationale, poursuivie pendant toutes les années, jusqu'à aujourd'hui. Je vais encore l'accentuer dans les années à venir pour créer ces réunions en petits groupes avec les parents d'élèves, pour créer cette confiance entre l'institution, au travers des professeurs, et les parents d'élèves, de façon à ce qu'il y ait une convergence famille/école de plus en plus forte.

LUCAS MENGET
Dès la maternelle…

JEAN-MICHEL BLANQUER
Et alors, à l'école maternelle, a fortiori, parce que c'est le moment où il faut faire comprendre à tous, et donc y compris aux parents, les grands enjeux de ce qui est en train de se passer, parce qu'il faut prendre l'école maternelle très au sérieux, c'est un moment décisif, alors, pour le coup, l'école maternelle est plutôt un point fort français, l'école maternelle va assez bien en France, mais elle pourrait aller encore mieux, pourrait être véritablement ce que j'appelle l'école du langage, c'est-à-dire le moment où on lutte vraiment contre les inégalités, parce que la première des inégalités, elle est devant le vocabulaire, quand vous arrivez à 3 ans à l'école maternelle, vous avez déjà plus ou moins de vocabulaire, en fonction…

LUCAS MENGET
En fonction du milieu social auquel vous venez…

JEAN-MICHEL BLANQUER
En fonction de votre milieu social, donc l'école doit venir compenser cela, avec une école maternelle qui a des objectifs pédagogiques très précis, tout en le faisant, par les éléments d'épanouissement qui sont consubstantiels à l'école maternelle, la musique, le jeu, le poème, les contes, etc. Alors, tout ce que je suis en train de dire existe déjà, fort heureusement, mais on peut aller plus loin, faire mieux, et notamment grâce à la coopération avec les parents, et grâce aussi à des réflexions sur ce qui se fait de mieux dans le monde en la matière.

LUCAS MENGET
D'ailleurs, vous citez à plusieurs reprises la méthode, cette fameuse méthode Montessori, imaginée, je crois, au début du siècle…

JEAN-MICHEL
BLANQUER
Du 20ème…
LUCAS MENGET
Du 20ème siècle, oui, pardon, méthode Montessori qui vous inspire, est-ce qu'il faudrait que l'école maternelle et l'école primaire ouvrent les fenêtres un peu plus sur des méthodes qui, jusqu'à présent, l'école Montessori est réservée quand même à des gens qui ont… ce sont des écoles privées, donc qui ont les moyens de se payer ça, mais vous voudriez prendre certains des principes d'enseignement, d'éducation, d'apprentissage des écoles Montessori, pour essayer de les faire appliquer dans les écoles publiques ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Si vous voulez, moi, je suis, oui, pour la créativité, je suis pour la diversité des expériences, donc je n'ai jamais dit qu'il fallait faire Montessori partout par exemple, et puis, Montessori doit être revisitée, c'est l'esprit Montessori que l'on doit avoir qui est excellent, mais après, les modalités peuvent, doivent évidemment évoluer, même si…

LUCAS MENGET
Mais c'est une source d'inspiration…

JEAN-MICHEL BLANQUER
Ah, c'est une source d'inspiration, parce que Marion MONTESSORI est une sorte de génie pédagogique qui a encore beaucoup d'actualité, mais au-delà du cas de la pensée de Montessori, c'est la démarche qui est importante, c'est pourquoi quand j'étais directeur de l'enseignement scolaire, j'avais encouragé l'expérience Montessori en éducation prioritaire, donc gratuite, bien sûr, et pour des élèves de milieux défavorisés, et qui a eu un certain succès. Et dans le futur, je pense que plutôt que de voir ces expériences qui existent dans le privé souvent hors contrat comme des choses bizarres ou inquiétantes, de voir, au contraire, en quoi elles peuvent être inspirantes pour le service public, et nous permettre de développer des choses qui soient utiles aux enfants…

LUCAS MENGET
Dans quels domaines par exemple ? Qu'est-ce qui pourrait être pris dans ce système et applicable assez rapidement, là, dans les maternelles ou les écoles primaires publiques ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Vous avez aujourd'hui, alors, l'école maternelle est vraiment un très bon exemple, parce que c'est ce qui ouvre la voie à beaucoup de créativité, donc vous avez beaucoup d'écoles très diverses qui sont un peu dans cet esprit Montessori dont on a parlé, et qui, d'une manière ou d'une autre, favorisent les manipulations par les enfants, favorisent les parcours très personnalisés, au rythme de l'enfant, voyez, un des grands principes Montessori, c'est par exemple d'avoir petite, moyenne et grande section mélangées, pour aller au rythme de l'enfant, ce qui fait que vous avez parfois un enfant qui lit à 4 ans, ce qui n'est pas un problème, enfin, est plutôt même souhaitable, j'ai vu dans une école maternelle un enfant de 4 ans lire à ses amis, à ses camarades de classe, donc des effets de compagnonnage existent, vous avez donc une espèce d'esprit justement de liberté canalisée, de liberté avec un objectif pédagogique, qui se déploie dans de nombreuses écoles, et y compris, fort heureusement, dans le service public, donc mon message aux professeurs, c'est aussi celui-là, c'est : vous avez en vous les solutions, parce que vous êtes au plus près des réalités, et donc l'institution ne va pas vous empêcher de développer ces solutions, elle va, au contraire, vous accompagner dès lors que ça va dans la bonne direction, c'est-à-dire celle de la réussite de l'enfant.

LUCAS MENGET
Il y a un autre aspect sur lequel je voudrais qu'on s'arrête quelques instants, c'est les écrans, le numérique, d'une manière générale, c'est quelque chose sur lequel vous écrivez beaucoup, pour le coup, la confrontation, j'allais dire, aux écrans et au numérique est quelque chose de partagé à travers tous les milieux sociaux, en France, aujourd'hui. Mais pour lequel, on n'a pas encore de réponse à l'école. Et on le voit bien, les enseignants, en gros, gèrent chacun comme ils le peuvent cette difficulté de l'apprentissage, certains enfants n'apprennent à lire que sur des écrans, confrontés à de multiples écrans. Est-ce qu'il ne faut pas, à un moment, que vous les aidiez, les professeurs, les enseignants, que vous les aidiez à appréhender cet univers-là ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Bien sûr. Il faut une philosophie, une vision sur le sujet, et puis, des méthodes, sur le plan de la vision, je pense que la question de notre temps, sans employer des mots trop grandiloquents, c'est comment est-ce qu'un monde de plus en plus technologique peut être quand même un monde de plus en plus humain, c'est la question de notre temps, et je ne suis pas le premier à la poser, même si je le dis en ces termes spécifiques. Et donc nos enfants, nous devons, sans arrêt, les mettre en situation de se poser cette question, d'avoir du recul par rapport à al technologie, et d'en faire le meilleur usage, puisque ces technologies, c'est comme la langue d'Esope c'est le meilleur ou le pire selon l'usage que l'on en fait. Et donc cette question doit être déjà au coeur de ce que l'on fait, vous avez évoqué Edgar MORIN tout à l'heure, lorsqu'il parle d'apprendre à vivre dès la petite enfance, il y a cette dimension-là, c'est-à-dire, en fait, avoir du recul sur les choses, et les mettre en perspective. Donc s'agissant du numérique, pour moi, il y a un mot clef, c'est le mot de discernement, on doit avoir un usage réalisé avec discernement à l'école du numérique, et par exemple, nous savons aujourd'hui que les écrans provoquent des dégâts, de 0 à 6 ans…

LUCAS MENGET
Cérébraux, des vrais dégâts…

JEAN-MICHEL BLANQUER
Des vrais dégâts cérébraux, donc il y a évidemment nécessité de faire attention à ce que les enfants soient finalement peu en contact avec les écrans pendant les premières années de leur vie…

LUCAS MENGET
Mais enfin, une fois que ces années-là sont passées, ils ont globalement le téléphone au bout de leur main, qui est devenu une prolongation…

JEAN-MICHEL BLANQUER
Bien sûr, et là, il faut en faire un bon usage. Et puis, même, même dans les premières années de la vie, en réalité, on peut avoir un certain usage, il y a par exemple des programmes qui sont très pertinents pour lutter contre certaines dyspraxies, ou des programmes qui sont très intéressants pour l'entrée dans la lecture ou l'écriture ou le calcul. Donc il ne faut pas se l'interdire, il faut juste canaliser considérablement les usages. Par ailleurs, le numérique, ce ne sont pas que les écrans, on parle toujours de la révolution numérique, mais en fait, il y a des révolutions numériques. Et par exemple, moi, je suis très attentif à la révolution robotique, qui a lieu actuellement, celle de l'intelligence artificielle qui vient avec, et aujourd'hui, vous voyez par exemple des robots qui évidemment ont des usages pédagogiques très intéressants, on a lancé à l'Elysée, il y a deux semaines, le quatrième plan autisme, vous avez désormais des robots qui servent pour travailler sur la sociabilité des enfants, des enfants autistes, et c'est évidemment extrêmement intéressant, et vous n'avez pas les inconvénients de l'écran.

LUCAS MENGET
On va continuer, Jean-Michel BLANQUER, cette discussion après le journal de 08h, on reviendra effectivement sur le numérique, et sur un certain nombre de mesures que vous avez prises pour la rentrée de septembre. On les détaillera avec vous à partir de 08h15, dans quelques secondes, ça sera le journal de 08h.

LUCAS MENGET
En studio avec nous, Jean-Michel BLANQUER, le ministre de l'Education nationale. Jean-Michel BLANQUER, vous parliez tout à l'heure, avant le journal de 8h, de l'importance des tables de multiplication et du fait qu'il fallait les apprendre très vite. Pourquoi est-ce que, en France, aujourd'hui – par exemple, vous parliez de l'importance de la maternelle – on ne commence pas l'anglais dès la maternelle, on est quand même très en retard, nous, sur l'apprentissage des langues étrangères ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
On est très en retard, même s'il y a eu des progrès depuis une vingtaine d'années, puisque depuis le début des années 2000, progressivement, l'apprentissage d'une langue vivante est venu planter plus tôt à l'école primaire…

LUCAS MENGET
Plus tôt…

JEAN-MICHEL BLANQUER
Alors, donc la situation est quand même meilleure qu'il y a vingt ans…

LUCAS MENGET
Oui, mais vous disiez que le cerveau enfant, très jeune justement, imprimait des choses très vite, pourquoi ne pas commencer à l'âge de 3 ans ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
C'est sûr, oui, ce que vous venez de dire, en plus, est totalement démontré, on sait que le la fréquentation d'une autre langue le plus tôt possible a un bienfait cognitif, au-delà de l'apprentissage de cette langue, et puis, que, bien entendu, ça permet d'avoir une familiarité avec la langue beaucoup plus forte, donc, il y a, là, une sorte d'évidence, c'est évidemment mieux aussi si cette confrontation avec la langue se passe avec des interlocuteurs natifs, donc ce qui a été fait toutes ces dernières années est déjà intéressant, puisque c'est : comment est-ce que nos professeurs des écoles en fait sont capables de faire cette initiation…

LUCAS MENGET
Avec les classes bilangues notamment qui commencent dès le primaire…

JEAN-MICHEL BLANQUER
Oui, il y a cela, et puis, même, normalement, dans la formation des professeurs des écoles, il y a cette dimension désormais, mais bien entendu, ça ne va pas assez loin, et dans les temps à venir, je vais certainement de travailler avec l'ensemble des acteurs concernés sur une rénovation de l'enseignement des langues en France.

LUCAS MENGET
C'est une question de coût essentiellement, je l'ai dit tout à l'heure, le plus gros budget de l'Etat, 68 milliards d'euros. Est-ce que c'est une question de financement, de faire apprendre les langues dès le plus jeune âge ou c'est de l'organisation ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Les deux, évidemment, il y a toujours des enjeux financiers dès qu'on fait des réformes d'ampleur, mais c'est aussi une question d'organisation, on peut faire mieux dans le futur probablement, on est à l'heure de la relance européenne, on peu avoir plus d'échanges de professeurs dans le futur, on peut avoir plus d'assistants venus de pays étrangers, on peut aussi utiliser beaucoup plus le numérique et les méthodes audiovisuelles en la matière, il y a des choses à faire aussi avec des partenaires, comme les radios et les télévisions sur ces questions, donc on doit pouvoir faire preuve de créativité dans les temps à venir, en regardant d'ailleurs ce qui se passe dans les autres pays, je pense aux pays scandinaves, par exemple, qui ont – on le sait bien – largement de meilleurs résultats que nous sur ce sujet, et donc c'est évident que c'est un sujet ouvrir pour les temps à venir.

LUCAS MENGET
Et toujours à propos de langues, mais alors de l'autre côté du spectre historique, mais néanmoins important, le latin et grec, de retour ou pas finalement ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Oui, et le latin et le grec, de retour…

LUCAS MENGET
Vous parlez beaucoup du latin, moins du grec, mais…

JEAN-MICHEL BLANQUER
Bien sûr parce qu'il y a plus de latin que de grec dans nos collèges et lycées, mais c'est un point, pour moi, c'est un point fondamental, et là aussi, le président a eu l'occasion de le dire pendant la campagne présidentielle. C'est un point de fond, parce qu'on a laissé dire, à l'occasion de la réforme du collège, que…

LUCAS MENGET
La réforme de votre prédécesseur, Najat VALLAUD-BELKACEM…

JEAN-MICHEL BLANQUER
Tout à fait, à l'occasion de cette réforme, on a véhiculé un message que je trouve extrêmement contre-productif qui est qu'en gros, le latin serait quelque chose à la fois de désuet et d'élitiste, c'est totalement faux, c'est ni désuet ni élitiste, ça n'est pas désuet, parce que c'est au coeur de notre langue, là aussi, je j'ai dit récemment, et j'ai vu qu'il y avait parfois des interprétations bizarres, mais je dis tout simplement une évidence, c'est-à-dire, le latin et le grec sont dans notre langue, et notre langue, c'est notre vie, donc, ils structurent notre mentalité, la discussion que nous sommes en train d'avoir est structurée par le vocabulaire et la grammaire d'origine gréco-latine que nous avons. Donc il faut évidemment avoir conscience de cela, il faut que les enfants en aient conscience, la question de l'étymologie par exemple est absolument fondamentale, et dès l'école primaire, on doit faire même des jeux avec cette étymologie, et les enfants aiment approfondir ce qu'il y a derrière le langage, cela provoque aussi une subtilité de la pensée ; donc c'est fondamental. Et puis, bien sûr, au collège et au lycée, le latin et le grec doivent être offerts, alors on a essayé de le rétablir pour la rentrée autant qu'on le pouvait, très honnêtement, pas autant que je le souhaitais, ça, parce que, là, aussi, on a manqué un petit peu de temps, mais en tout cas, on a fait repartir les choses dans l'autre sens, et sur les cinq années qui viennent, je souhaite d'une certaine façon un grand retour du latin et du grec, mais d'une manière adaptée au 21ème siècle, d'une manière qui crée du désir chez tout le monde.

LUCAS MENGET
Mais comment casser, vous avez utilisé vous-même ce mot, cette idée d'élitisme, c'est vrai que le latin et le grec par exemple sont associés à des images de grands lycées parisiens ou de grandes villes, d'une manière générale, et c'est vrai qu'il y a peu d'inscrits au latin probablement dans des classes rurales, enfin d'écoles de milieu rural. Comment casser cette image ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Oui, oui, c'est une question d'image, comme vous dites, parce que, ce que vous venez de dire est en partie faux, c'est-à-dire, je lisais par exemple dans La Montagne, il y a quelques jours, que, un collège de Montauban, je crois, avait recréé sa classe de latin, grâce aux mesures que nous avons prises, que les élèves concernés étaient issus largement de milieux défavorisés, et qu'ils en étaient très heureux. Moi-même comme recteur de Créteil, par exemple, j'ai implanté du latin en Seine-Saint-Denis, j'ai aussi regardé des professeurs qui vont faire du théâtre grec à des élèves dans des territoires défavorisés ; tout ceci crée de la dignité, tout ceci tire tout le monde vers le haut, c'est une des bonnes illustrations de ce que je vous disais au début sur le fait que, en tirant le système vers le haut, on lutte vraiment contre les inégalités, et là, on a un très bon exemple de ça.

LUCAS MENGET
Vous n'avez toujours pas nommé de numéro 2 au ministère, ce poste, ce fameux poste de directeur général de l'Enseignement scolaire que vous avez vous occupé quand Luc CHATEL était ministre de l'Education nationale de 2009 à 2012. Pourquoi est-ce que vous ne voulez pas le nommer ? Là, on est à cinq semaines de la rentrée. On dit que vous voulez garder le poste. Non, vous ne pouvez pas cumuler ces deux fonctions. Mais alors, qui allez-vous nommer à ce poste ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Quelqu'un va être nommé, n'ayez aucune inquiétude sur ce sujet. Pardon de vous le dire, mais c'est de la pure construction médiatique. J'ai vu qu'il y avait un grand journal du soir, comme on dit, qui avait quelques colonnes à consacrer à ce sujet. C'est absurde. Le président de DGESCO était là jusqu'à il y a deux semaines, le nouveau sera là ces jours-ci donc c'est typiquement un non sujet.

LUCAS MENGET
Juste avant la rentrée scolaire.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Je vois écrits beaucoup de commentaires sans intérêt sur ces questions. Ne vous inquiétez pas, il y a un DGESCO, la maison est tenue et bien tenue.

LUCAS MENGET
A propos des choses que vous estimez peut-être qu'elles n'ont pas d'intérêt et qu'elles sont des constructions médiatiques, vous avez annoncé pour la rentrée scolaire le dédoublement des classes de CP dans les réseaux REP+. Est-ce qu'il y a assez d'enseignants ? Ce seront des classes de 12 élèves au lieu de 24. Est-ce que, ça y est, il y a assez d'instituteurs pour mener à bien cette première réforme de la rentrée ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Oui. J'ai d'ailleurs répondu hier à une question au gouvernement à l'Assemblée nationale sur ce point. C'est-à-dire que notre objectif, et merci de l'aborder parce que c'est peut-être le point le plus important de la rentrée, notre objectif c'est d'abord d'accorder la priorité à l'école primaire ; à l'intérieur de l'école primaire, aux premières années de la vie ; donc la maternelle, le CP, le CE1. Le CP est notre cible fondamentale pour cette rentrée et à l'intérieur de cela, nous allons vers les territoires les plus défavorisés, donc les réseaux d'éducation prioritaire renforcés. A la rentrée suivante, celle de 2018, ce sera les CP et CE1 de réseaux d'éducation prioritaire REP et REP+ comme on dit. Cette année, nous réussissons à faire dans les 2 500 x 2 classes, c'est-à-dire près de 5 000 classes de CP concernées par ce dédoublement. Enfin, dans les 2 500 classes, comme nous faisons un dédoublement ça devient 5 000. Nous avons crée les postes nécessaires, attiré les professeurs expérimentés nécessaires et développé les outils pédagogiques, les enjeux de formation continue qui auront lieu tout au long de l'année prochaine, pour réussir notre objectif qui est de 100 % de réussite en fin de CP. Nous savons qu'en faisant cela, nous sommes à la racine des grands sujets des inégalités en France.

LUCAS MENGET
De tout ce que vous venez d'évoquer.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Tout à fait c'est pour vous

LUCAS MENGET
Pour vous, la priorité, il faut commencer là par le CP.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Oui. C'est pour ça que cette idée ne vient pas de nulle part. C'est parce qu'on on a vu dans d'autres pays que c'était ce dédoublement qui fonctionnait. Dans les petites classes, ça a beaucoup de sens, qu'évidemment ça a encore plus de sens là où les élèves sont le plus en difficulté. De manière plus générale, c'est une mobilisation pour l'ensemble des cours préparatoire. C'est 750 000 élèves par an environ.

LUCAS MENGET
Pas seulement dans les réseaux d'éducation prioritaire.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Oui, parce qu'il n'y a pas que la question du dédoublement. Il y a la question pédagogique qui est toujours la question la plus importante, c'est-à-dire que se passe-t-il pour de vrai en cours préparatoires. Par exemple, le fait d'avoir des professeurs expérimentés en cours préparatoire, c'est important ; le fait d'avoir une formation initiale et continue nourrie aux dernières approches de la recherche internationale, c'est fondamental ; le fait de bien fixer les objectifs lire, écrire, compter, respecter autrui, c'est fondamental ; l'animation générale, le fait d'accorder une priorité à ça, le fait que je vois les inspecteurs de l'Education nationale et que nous avons des séances sur ces questions pour vraiment avoir un volontarisme total sur ce sujet. Tout ça fait que nous voulons que l'année prochaine soit caractérisée par un CP vraiment réussi pour tous les enfants de France et que ce soit, je dirais, le début d'un rebond en matière de maîtrise des fondamentaux à l'école primaire.

LUCAS MENGET
Je passe directement du CP à la terminale parce qu'on n'a pas le temps de tout évoquer, mais vous parlez ce matin de liberté sur notre antenne, notion fondamentale. Quelle liberté pour les étudiants de terminale quand le système APB, avec son fameux algorithme, a forcé tout l'été des d'excellents lycéens à ne pas pouvoir choisir la suite de leurs études ? A passer une partie de leur été à s'inquiéter de ce qu'ils allaient devenir et éventuellement de renoncer à certaines carrières ou certains désirs d'études qu'ils ne pouvaient pas mener ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
C'est évidemment une aberration. Comme vous le savez, c'est une situation qu'on a trouvée qui n'est absolument pas satisfaisante. Aujourd'hui, chacun prend conscience qu'on est arrivé au bout d'un système et qu'on doit évidemment le réformer. C'est donc ce à quoi nous nous employons avec Frédérique VIDAL. Il y a d'abord eu un travail de pompiers, si je puis dire, que Frédérique VIDAL notamment…

LUCAS MENGENT
Ministre de l'Enseignement supérieur.

JEAN-MICHEL BLANQUER
A mené avec évidemment mon plein soutien, notamment vis-à-vis des universités. Mais maintenant, de façon plus structurelle, nous allons faire un travail d'architecte pour qu'évidemment tous les bacheliers puissent avoir un débouché dans l'enseignement supérieur, mais que ce soit fait de manière beaucoup plus adéquate et qu'on n'ait pas cette espèce d'embouteillage comme un comme un péage d'autoroute absurde comme nous l'avons eu cette année. J'en suis absolument désolé pour tous ceux qui sont concernés. L'engagement que nous prenons, c'est de faire changer cela l'année prochaine.

LUCAS MENGET
D'ici l'année prochaine. Merci beaucoup, Jean-Michel BLANQUER, d'avoir été l'invité des Matins de France Culture. Je rappelle, pour ceux qui ont envie d'en savoir plus sur ce que vous allez faire, ce que vous voulez faire, « L'école de demain et l'école de la vie » aux éditions Odile Jacob. Et puis, pour ceux qui s'intéressent à l'Amérique latine et plus spécifiquement à la Colombie le « Que sais-je » qui sort en août, « Que sais-je, la Colombie » signé Jean-Michel BLANQUER. Merci beaucoup.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Merci à vous.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 31 juillet 2017

Rechercher