Interview de M. Christophe Castaner, secrétaire d'Etat aux relations avec le Parlement, porte-parole du Gouvernement, à France Inter le 9 août 2017, sur la politique gouvernementale et les perspectives de la rentrée sociale. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Christophe Castaner, secrétaire d'Etat aux relations avec le Parlement, porte-parole du Gouvernement, à France Inter le 9 août 2017, sur la politique gouvernementale et les perspectives de la rentrée sociale.

Personnalité, fonction : CASTANER Christophe, WEILL Pierre.

FRANCE. Secrétaire d'Etat aux relations avec le Parlement, porte-parole du Gouvvernement;

ti : PIERRE WEILL
Christophe CASTANER, bonjour.

CHRISTOPHE CASTANER
Bonjour.

PIERRE WEILL
Vous êtes porte-parole du gouvernement et secrétaire d'Etat chargé des Relations avec le Parlement. Anthony BELLANGER en parlait à l'instant, Donald TRUMP promet le feu et la colère à la Corée du Nord. Une réaction d'une ampleur que le monde n'a jamais vue jusqu'ici, dit-il. La Corée du Nord répond qu'elle pourrait tirer des missiles sur l'île américaine de Guam. Réaction à ces déclarations virulentes ?

CHRISTOPHE CASTANER
Au-delà des déclarations du président TRUMP, il y a un sujet d'inquiétude. On voit bien que la Corée du Nord, aujourd'hui, commence à maitriser des missiles balistiques intercontinentaux, qui sont capables de voler et déposer une bombe entre 6 et 9 000 km, et donc atteindre notamment le territoire américain, et d'autre part, ils semblent commencer à maitriser l'arme nucléaire. Donc oui, il y a un sujet de préoccupation majeure, il faut faire en sorte de trouver, avec notamment l'allier Chine, les moyens de neutraliser ce risque. On sait tous que, quel que soit le président américain, il ne faut pas focaliser sur le président TRUMP, aucun président ne peut accepter un risque d'impact nucléaire sur son territoire.

PIERRE WEILL
Vous dites « il ne faut pas focaliser sur le président », mais enfin, actuellement, le président américain c'est Donald TRUMP, est-ce qu'il faut s'inquiéter sur comportement impulsif de Donald TRUMP, selon le porte-parole du gouvernement français ?

CHRISTOPHE CASTANER
Non, on n'a pas, nous, à nous prononcer sur le choix démocrate des Américains, démocratique des Américains. Aujourd'hui, le président TRUMP est légitime, il est le président des Etats-Unis, il a une expression qui peut paraitre brutale, mais en même temps, il a su, avec ses services, obtenir un engagement de la Chine à leurs côté, pour obtenir des sanctions à l'ONU. C'est quelque chose qui est notable, et qui d'un point de vue diplomatique montre aussi le savoir-faire américain.

PIERRE WEILL
Christophe CASTANER, Emmanuel MACRON réunit ce matin à l'Elysée un dernier Conseil des ministres, avant une brève pause estivale, avec en perspective une rentrée sociale que certains jugent périlleuse, le tout sur fond de chute de la cote de popularité du président. Pourquoi Emmanuel MACRON n'a rien dit durant sa campagne électorale, sur les sévères coupes budgétaires annoncées cet été dans tous les ministères, les baisses de dotations pour les collectivités territoriales, la baisse des APL, bref, pourquoi il n'a rien dit sur cette politique de diète ?

CHRISTOPHE CASTANER
Ecoutez, moi j'étais porte-parole d'Emmanuel MACRON, et au contraire, on a toujours assumé ce que nous commençons à mettre en oeuvre, sur la réforme du travail, à la fois sur le fond, comme sur la méthode des ordonnances, mais aussi sur les coupes budgétaires, pour reprendre vos mots, parce que nous avions annoncé cette ambition de faire 50 milliards d'euros de baisses de dépenses publiques, avec en corolaire la baisse des impôts pour 20 milliards d'euros, pour les Français, pour nos entreprises françaises. Donc, au fond, nous mettons en oeuvre ce programme-là. Il y a une dimension particulière, c'est qu'il a fallu rectifier le tir. Nous allions dans le mur budgétaire, nous allions vers un déficit qui explosait à la fin de cette année. La Cour des Comptes l'a dit, un budget considéré comme insincère fait par nos prédécesseurs, et la nécessité de redresser la barre, qui fait qu'il a fallu trouver 4,5 milliards d'euros d'économies. Vous savez...

PIERRE WEILL
C'est un grand classique, l'héritage, en politique, c'est un grand classique.

CHRISTOPHE CASTANER
Oui, mais alors, vous savez, le grand classique, le grand classique c'est celui qu'on a connu en 2012, qu'on a connu en 2007, qui consiste à faire une loi de finances rectificative, et à augmenter les impôts des Français. Et le premier arbitrage politique qu'a pris le président de la République, avec Edouard PHILIPPE, le Premier ministre, c'est justement de ne pas augmenter les impôts des Français. Et donc, vous avez un calcul simple : si vous ne voulez pas dépenser plus, eh bien il faut, au bout du compte, dépenser moins et faire des économies budgétaires. Donc on a listé, dans tous les ministères, des crédits qui étaient disponibles, qui avaient été gelés au moment de l'application de la loi de finances, pour faire en sorte qu'on puisse trouver 4,5 milliards d'euros d'économies. Mais c'est une vraie nouveauté. Sortons de la spirale de la dépense publique. La France est droguée à la dépense publique, avec toujours une seul conséquence : on augmente les impôts. Eh bien nous n'allons pas le faire, et même on va baisser les impôts.

PIERRE WEILL
Christophe CASTANER, mais que répondez-vous à ce sentiment d'injustice sociale qui se répand chez les retraités, inquiets de la hausse de la CSG, les étudiants, donc, furieux de perdre une partie de leurs APL, les contribuables, sidérés que l'impôt sur la fortune ne taxe pas les valeurs mobilières, les militaires sonnés par la démission de leur Chef d'Etat-major ?

CHRISTOPHE CASTANER
Alors, beaucoup de questions qui nécessiteraient beaucoup de temps pour répondre. Mais vous savez, les Français sont favorables à la baisse des impôts, ils sont favorables à la baisse de la dépense publique. Mais dès que vous touchez à une dépense publique, une niche, une niche fiscale, vous avez un chien qui aboie et qui dit « ah non non, pas chez moi, vous pouvez taper juste à côté ». Le choix qui a été fait, c'est de demander à tous les ministères, l'Armée, la Sécurité, mais tous les ministères, de contribuer à la possibilité de trouver 4,5 milliards d'euros d'économies. Mais ensuite, il y a des choses qui ne sont pas nouvelles et qui ne sont pas des surprises. Vous citez les retraités sur la CSG, moi je commencerais à vous dire, parce que l'objectif de l'augmentation de la CSG, c'est d'augmenter le pouvoir d'achat des salariés en supprimant des charges sociales. Dès l'année prochaine, dès le 1er janvier de l'année prochaine, chaque salarié au smic aura 250 € d'augmentation de son pouvoir d'achat. Parce que nous transférons 20 milliards sur des cotisations sociales, parce qu'aujourd'hui, dans ce pays, on taxe le travail et on ne taxe pas le capital mais aussi certaines retraites, et donc on veut transférer ces 20 milliards, vers 20 milliards de CSG. Là, il n'y a pas de cadeau, par contre il y a une redistribution pour faire en sorte que dans ce pays, le pouvoir d'achat de ceux qui travaillent, augmente.

PIERRE WEILL
Etes-vous inquiet cependant de la chute brutale de la cote de popularité du président de la République dans les sondages ? Plus de 10 points de perte, 46 à 36 %. Chute inédite sous la Vème République depuis plus de 20 ans, lors du premier été d'un mandat présidentiel.

CHRISTOPHE CASTANER
D'abord, n'oubliez pas qu'Emmanuel MACRON a été élu au premier tour avec 24 % des Français. Et d'ailleurs, le soir de sa victoire au Louvre, il a le courage de dire : « Je sais que ceux qui m'ont élu, ne m'ont pas forcément choisi ». Et donc aujourd'hui on voit bien qu'il y a un rétrécissement de ceux qui ont voté pour lui au second tour, mais qui ne l'avaient pas choisi au premier tour. Mais plus globalement, celles et ceux qui ont gouverné avec les sondages, qui ont veillé à prendre les mesures les plus populaires, et quelque fois les plus molles, de toute façon ont perdu les élections. Donc, nous avons été élus, et j'ai le souvenir d'un propos qu'il m'a tenu le soir du second tour. Le soir de la victoire, il m'a dit : « Tu sais, on a gagné le droit de prendre des risques », parce que dans notre pays, il faut faire des réformes, il faut transformer en profondeur, et donc, dès que vous transformez, dès que vous bougez des lignes, dès que vous faites des arbitrages budgétaires, effectivement, vous créez du doute, du trouble, de la critique, mais on n'est pas là pour ne rien faire, on est là pour bosser, pour transformer ce pays.

PIERRE WEILL
La réforme du Code du travail, on connaitra le contenu des ordonnances le 31 août, puis adoption le 21 septembre. La CGT mobilise, elle annonce des rassemblements le 12 septembre, Jean-Luc MELENCHON ce sera le 23 septembre. On va assister à un premier duel entre vous et la rue. Vous craignez ce moment ?

CHRISTOPHE CASTANER
Eh bien là encore, on peut ne rien faire. On peut se dire : franchement, le droit du travail qui a été fait il y a 50, 60 ans, pour des grosses entreprises, à une époque où la mondialisation n'existait pas, est formidable, et donc ne changeons rien et personne ne sera dans la rue. Mais c'est peut-être oublier les 6 ou 7 millions de Français qui aujourd'hui n'ont pas accès à l'emploi. C'est peut-être oublier toutes ces précarités, de fait, qui existent, contrairement à des droits théoriques, comme le droit au logement, le droit au travail, qui au fond n'existent pas. Et donc il nous faut effectivement réformer le marché du travail, non pas pour faire un cadeau à tel ou tel, mais parce qu'on a besoin de libérer le travail, pour que, dans les entreprises, on crée du travail. C'est ça l'enjeu des réformes qui sont faites. Et je crois qu'il y a deux choses. Il y a une légitimité politique, parce qu'Emmanuel MACRON s'était engagé pendant la campagne sur ce sujet-là, et avait annoncé à la fois le calendrier et le fond de ce qu'il voulait faire, il y a une légitimité par rapport aux outils, il avait annoncé les ordonnances, les ordonnances ont été votées, plutôt bien votées par le Parlement dans de bonnes conditions, et puis il y a une légitimité de la méthode de travail de Muriel PENICAUD, qui a reçu, après le Premier ministre, après le président de la République, dans 48 réunions, les partenaires sociaux. Nous n'aurons pas de surprise. Ensuite, ils peuvent être en désaccord et ils peuvent décider de descendre dans la rue. Mais je crois que les Français attendent, là encore sur ces sujets, qu'on fasse bouger les lignes.

PIERRE WEILL
Face aux manifestations, vous ne cèderez pas.

CHRISTOPHE CASTANER
Vous savez, ça c'est des tartarinades qui, dans la déclaration d'un homme politique, prennent toujours le risque de se le reprendre dans la figure quelques temps après. Donc, moi j'évite ce genre de propos. Mais, surtout, je pense qu'il y a une légitimité politique, une légitimité de méthode, et je dis à celles et ceux qui nous expliquent qu'il ne faut rien changer parce que tout va bien, qu'ils aillent dans mon territoire, dans les Alpes-de-Haute-Provence. J'étais à une Fête des moissons à Revest-du-Bion, dans les Alpes-de-Haute-Provence il y a quelques jours, mais les paysans eux-mêmes demandent qu'on puisse faire bouger les lignes, et ce n'est pas des gros producteurs, de certaines régions françaises, c'est le quotidien de ce que j'entends, moi, sur mon territoire. Les entreprises, chez moi, c'est 98 % de petites boites de moins de dix salariés, c'est elles qui demandent qu'on libère le travail, pour pouvoir embaucher un apprenti. Parce que le chef d'entreprise, qui n'est pas un grand patron du CAC 40, il a peur d'embaucher, c'est ça la réalité qu'on connait sur nos territoires.

PIERRE WEILL
Christophe CASTANER, pourquoi Emmanuel MACRON ne parle plus aux Français ? Il a été élu et certains analystes ont l'impression qu'il les boude, en n'accordant pas d'interview de grande écoute à la télévision, à la radio, avec des journalistes, qui, librement, posent des questions, que les Français se posent.

CHRISTOPHE CASTANER
Il a fait le choix de ne pas être le commentateur des commentateurs. Parce qu'au fond, on a connu cela, plusieurs présidents de la République qui l'ont précédé étaient toujours dans le commentaire. Et donc, il est plutôt dans le fer, il est plutôt dans l'orientation, dans le cap, mais à certains moments il s'exprime. Il y a quelques jours, dans un grand quotidien régional – alors ce n'est peut-être pas la presse nationale, et ça peut frustrer la Presse nationale, et donc il viendra...

PIERRE WEILL
Une interview dans la Presse écrite, on peut la relire.

CHRISTOPHE CASTANER
Il viendra dans la Presse nationale. Et ensuite, il est au quotidien avec des Français, avec des journalistes, et il répond aux questions, mais c'est vrai qu'il est sorti du schéma classique de la grande conférence de Presse. Aujourd'hui il s'interroge aussi pour trouver une façon peut-être différente, à la rentrée, de communiquer avec les Français. Mais sachez que...

PIERRE WEILL
Par exemple ? De quelle façon ?

CHRISTOPHE CASTANER
Il y réfléchit, et je ne suis pas le porte-parole du président, ni même son conseiller...

PIERRE WEILL
Ah bon ?

CHRISTOPHE CASTANER
Non, je suis porte-parole du gouvernement.

PIERRE WEILL
Oui... vous jouez sur les mots, là.

CHRISTOPHE CASTANER
Non, mais ni même son conseiller en communication. Mais, moi je crois que le fait qu'il ait quelque part sacralisé la parole présidentielle, contribue au retour de la fonction présidentielle. C'était un enjeu majeur aussi dans ses premiers pas. On lui disait : « C'est un petit jeune », j'ai le souvenir de ces polémiques pendant la campagne, même dans l'entre-deux-tours, on disait « Est-ce qu'il pourra résister au président TRUMP, au président POUTINE ? Il n'a pas la carrure ». Eh bien je crois que très vite il a montré qu'il avait l'épaisseur d'un président de la République, et ça implique justement une parole plus rare. C'est son choix, il va falloir s'y habituer.

PIERRE WEILL
Mais, vous comprenez bien que les Français, ils ne veulent pas de commentaires, ils veulent des explications, ils se posent des questions, et là, ils n'ont pas de réponses.

CHRISTOPHE CASTANER
Oui, mais alors, vu que je vous évoquiez les sondages précédemment, moi j'ai vu que le sondage, je trouvais que cette communication-là n'était pas forcément mauvaise, cette parole rare, mais je sais aussi que les éditorialistes sont un peu impatients. Donc entre les deux, il faudra à la rentrée trouver le juste équilibre.

PIERRE WEILL
Voilà, c'est le porte-parole du gouvernement qui pratique une certaine forme de langue de bois, là, ce matin, sur ce sujet.

CHRISTOPHE CASTANER
Non, je suis en train de vous annoncer qu'il y aura une évolution dans la communication. Mais non, je ne suis pas langue de bois, quand je vous dis « il va falloir vous y habituer », il a choisi un mode de communication qu'il assume et que je défends, et chaque fois que je fais un média, chaque fois que je rencontre des journalistes, je me fais un peu engueuler sur le thème « oui, mais il ne nous parle pas assez », eh bien oui, mais c'est son choix, il va falloir s'y habituer.

PIERRE WEILL
Bon, très bien. Christophe CASTANER reste avec nous dans ce studio, pour répondre aux questions, lui répond aux questions des auditeurs, Interactiv', 01 44 24 7000, ce sera après la Revue de presse.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 10 août 2017

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