Interview de M. Gérard Collomb, ministre de l'intérieur, à BFM TV le 22 août 2017, sur la coopération policière lors des attentats en Espagne des 16 et 17 août, le projet de déploiement de la police de sécurité quotidienne en 2018 et l'accélération des procédures d'expulsion des immigrés en situation irrégulière. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Gérard Collomb, ministre de l'intérieur, à BFM TV le 22 août 2017, sur la coopération policière lors des attentats en Espagne des 16 et 17 août, le projet de déploiement de la police de sécurité quotidienne en 2018 et l'accélération des procédures d'expulsion des immigrés en situation irrégulière.

Personnalité, fonction : COLLOMB Gérard, BOURDIN Jean-Jacques.

FRANCE. Ministre de l'intérieur;

ti : JEAN-JACQUES BOURDIN
Notre invité ce matin, Gérard COLLOMB, ministre de l'Intérieur. Bonjour.

GERARD COLLOMB
Bonjour.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Je vais vous parler de Marseille, mais je voudrais commencer avec la Catalogne. Younes Abouyaaqoub a donc été tué par la police espagnole, est-ce que les services français le connaissaient ?

GERARD COLLOMB
Les services français ont suivi cette affaire depuis le départ en coopération étroite avec les services espagnols, avec les services de la ville de Barcelone, de manière à pouvoir aider, autant que faire se peut, la police et la gendarmerie espagnoles. Et, d'ailleurs, j'ai eu hier au téléphone le ministre de l'Intérieur espagnol, qui me remerciait pour l'action conjointe des services, et qui va venir demain à Paris parce que nous avons ensemble une coopération dans la formation des gendarmes, donc, vraiment, des rapports très étroits.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc, les services français ne connaissaient pas l'existence de Younes Abouyaaqoub, ni de cette cellule, évidemment, parce que sinon les informations auraient été transmises, j'imagine.

GERARD COLLOMB
Au départ on ne connaissait pas cette cellule, qui était exclusivement espagnole.

JEAN-JACQUES BOURDIN
L'imam de Ripoll, qui a été retrouvé mort, l'imam de Ripoll, qui a été signalé début 2016 près de Bruxelles, n'avait pas été signalé en France non plus, vous ne le connaissiez pas ?

GERARD COLLOMB
Non, on a découvert par la suite, lorsqu'il y a eu effectivement l'enquête, qu'il était parti un temps d'Espagne, qu'il voulait être imam en Belgique, et puis qu'il était revenu récemment, et donc qu'il a contribué à la radicalisation de ces jeunes.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais la voiture, l'AUDI A3 utilisée à Cambrils, elle, a été flashée en région parisienne, dans l'Essonne.

GERARD COLLOMB
Oui, nous savions, à ce moment-là, qu'ils étaient venus effectivement en région parisienne, et nous avons transmis ces informations…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous saviez pourquoi, ou vous avez appris, vous avez su pourquoi après, ou ?

GERARD COLLOMB
C'est peut-être trop tôt, dans l'enquête, pour répondre à votre question, mais oui, nous avons vu ce qui, aujourd'hui, se tramait, et donc…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais pourquoi la région parisienne, pourquoi étaient-ils… ?

GERARD COLLOMB
Ça l'enquête ne l'a pas encore montré.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Elle a bien été flashée donc, dans l'Essonne.

GERARD COLLOMB
Elle a bien été flashée.

JEAN-JACQUES BOURDIN
A qui appartient-elle cette AUDI ?

GERARD COLLOMB
C'était une des AUDI du groupe, qui était venu travailler, sans doute, sur Paris, mais c'était un aller-retour extrêmement rapide.

JEAN-JACQUES BOURDIN
La lutte contre le terrorisme, beaucoup de Français sont encore en Irak ou en Syrie, notamment beaucoup de femmes et d'enfants, qu'allez-vous faire avec ces femmes et ces enfants ? Est-ce que nous allons les accueillir ?

GERARD COLLOMB
Si vous voulez, d'abord pour faire le point exact sur ceux qui sont déjà revenus. Parmi ceux qui sont revenus nous en avons 217…

JEAN-JACQUES BOURDIN
217 sont revenus.

GERARD COLLOMB
217 majeurs…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Des hommes, des femmes ?

GERARD COLLOMB
Et 54 mineurs, la plupart des hommes, mais aussi quelques femmes. Toutes celles et tous ceux qui ont participé aux scènes de guerre sont judiciarisés et la plupart du temps incarcérés, donc il y a un suivi de tous les « retournistes », nous travaillons de manière assez étroite avec la Turquie qui nous signale effectivement les retours, et donc nous pouvons les traiter et faire en sorte…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais la France va accueillir toutes les femmes, françaises, et les enfants nés en Syrie, nés en Irak, dans le Djihadisme, la France va les accueillir ?

GERARD COLLOMB
Elle va les accueillir dans la mesure où ils retournent, mais on n'a pas aujourd'hui des flux qui soient considérables. Ça veut dire que beaucoup de ceux qui étaient partis, sont morts dans les combats qui ont existé en Syrie ou en Irak.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais qu'allez-vous faire de ces femmes et de ces enfants ?

GERARD COLLOMB
C'est une procédure judiciaire, et donc c'est les juges qui donnent un certain nombre de peines, ensuite, après, il y a le problème, évidemment, de la réinsertion, de l'action dans les prisons, et je crois que ma collègue de la Justice, aujourd'hui, mène une action profonde sur le pénitentiaire pour pouvoir éviter qu'ils ne radicalisent d'autres personnes.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Les actes terroristes se multiplient en Europe, est-ce que la menace terroriste grandit en France aussi, aujourd'hui ?

GERARD COLLOMB
La menace est grande, nous avons eu 9 attentats déjoués depuis le début de l'année, et, hélas, nous en avons eu quelques-uns qui ont réussi, Xavier JUGELE qui a été tué sur les Champs-Elysées, était l'une de ces victimes, les policiers qui étaient devant Notre-Dame auraient pu, eux aussi, être assassinés par un terroriste.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Je vous dis ça parce que le juge TREVIDIC dit « attention, attention, nous sommes devant des actes terroristes de masse », vous avez vu ses déclarations ?

GERARD COLLOMB
Si vous voulez, lorsque vous avez 18.000 personnes qui sont fichées pour radicalisation, ça veut dire que la nébuleuse est extrêmement vaste, et donc il convient d'être très attentif. Nous en suivons aujourd'hui à peu près 12.000 de manière active, donc c'est vrai que nos services travaillent de manière très étroite, très coordonnée, pour pouvoir lutter contre ce mouvement.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous parlez de terrorisme islamiste ?

GERARD COLLOMB
On peut dire que…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous employez ces mots ?

GERARD COLLOMB
Oui, je pense que… que signifie le mot ? Ça veut dire que nous avons une fraction des populations qui dévoie l'Islam, parce que l'Islam se veut une religion de paix, mais eux, évidemment, en font une religion de guerre.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous êtes ministre des Cultes, je le rappelle, aussi. Est-ce que la religion est aussi en cause ?

GERARD COLLOMB
Lorsque par exemple, je regarde la déclaration qu'a fait la Grande mosquée de Paris, il y a quelques temps, sur ce qu'est l'Islam pour eux, évidemment c'est très loin de ce qu'est l'Islam pour Daesh, qui est un Islam de guerre, qui est un Islam totalitaire, qui veut effectivement imposer un mode de vie à tous, que ce soit d'ailleurs aux Occidentaux, aux chrétiens, aux croisés comme ils disent, mais que ce soit aussi aux musulmans.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Une guerre sainte, pour eux.

GERARD COLLOMB
Oui, une sorte de guerre sainte, il faut que tout le monde adopte le modèle de Daesh.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc la religion musulmane est en cause.

GERARD COLLOMB
On l'a vu lorsqu'il y avait l'invasion de Mossoul, les chrétiens, mais les Yézidis, ont dû fuir, ont été assassinés lorsqu'ils ne fuyaient pas assez vite. Oui, mais ça ce n'est pas l'Islam, c'est effectivement une déviation de l'Islam, et je crois qu'il faut qu'avec celles et ceux qui se réclament de l'Islam, nous combattions, ensemble, cette, je dirais hérésie, cette déviation de ce qu'est la religion, aujourd'hui, de l'Islam.

JEAN-JACQUES BOURDIN
L'opération Sentinelle, les soldats sont devenus des cibles, parfois des supplétifs de la police, le président de la République va-t-il mettre fin à cette opération ?

GERARD COLLOMB
Je dirais qu'à la fois il y a eu beaucoup de critiques contre Sentinelle, mais c'est, en même temps, assez efficace, et ceux qui sont des cibles ce sont toutes celles et tous ceux qui ont un uniforme, c'est vrai pour Sentinelle, mais c'est vrai pour les policiers, c'est vrai pour les gendarmes. Et moi un certain nombre de femmes, de policiers ou de gendarmes, m'écrivent, « aujourd'hui je dis à mes enfants ne dites plus que votre père est policier ou gendarme, parce que vous êtes menacés. » alors, Sentinelle, nous allons – et je crois que ce sera l'objet du prochain Conseil de défense, donc mercredi en huit – redéfinir le dispositif de manière à le rendre plus mobile, et faire en sorte…

JEAN-JACQUES BOURDIN
C'est-à-dire ?

GERARD COLLOMB
C'est-à-dire, faire en sorte qu'on n'ait pas simplement un dispositif de 7000 personnes, puisque c'est la première définition, qui soient sur les postes fixes, mais peut-être 3500 dans des postes définis, 3500 dans des postes plus souples, de manière à pouvoir garantir, par exemple, la Braderie de Lille, dire « voilà, j'ai tel événement qui est important, donc je repositionne mon dispositif. »

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous allez repositionner…

GERARD COLLOMB
En fonction des grands événements.

JEAN-JACQUES BOURDIN
On ne verra pas des soldats un peu partout en France, les soldats seront mobilisés, si j'ai bien compris, pour protéger certaines grandes manifestations.

GERARD COLLOMB
Il en restera une partie partout, mais il y aura une autre partie qui sera à disposition pour pouvoir garantir les grands événements.

JEAN-JACQUES BOURDIN
J'ai vu que vous vouliez mobiliser les hôpitaux psychiatriques et les psychiatres libéraux contre la menace terroriste, surveillance d'individus qui ont des délires autour de la radicalisation islamique, échanges avec les soignants, j'ai vu aussi que beaucoup de psychiatres ne veulent pas collaborer avec la police, ils rappellent qu'il y a une loi sur le secret médical. Que leur dites-vous ce matin ?

GERARD COLLOMB
Je comprends à la fois ce qu'ils me disent, il est clair que le secret médical c'est quelque chose de sacré, mais en même temps il faut trouver les moyens de faire en sorte qu'un certain nombre d'individus, qui effectivement souffrent de troubles graves, ne puissent pas, effectivement, commettre des attentats. Monsieur HAMADEN, qui a assassiné hier une personne à Marseille, évidemment, lui, il sortait de clinique psychiatrique, il avait deux antécédents de prison et il assassine une personne, il faut réfléchir sur ce genre de cas…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Et vous faites le lien avec le terrorisme, concernant ce qui s'est passé à Marseille ?

GERARD COLLOMB
Ce n'était pas forcément le terrorisme…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Pas forcément ou ce n'était pas ?

GERARD COLLOMB
Non, ce n'était pas le terrorisme, on verra, c'est l'enquête…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Pas du tout ? Une forme d'imitation, pardon, mais…

GERARD COLLOMB
C'est l'enquête judiciaire qui le dira, mais oui, après on a de l'imitation, et c'est ça évidemment qui est grave, c'est qu'un certain nombre d'esprits faibles, qui voient ce qui s'est passé à Barcelone, qui voient ce qui s'est passé contre le dispositif Sentinelle, se disent « eh bien voilà, on va passer à l'acte comme ça. » Ça c'est grave, et c'est ce contre quoi il faut se prémunir, ce contre quoi nous voulons travailler, avec ma collègue ministre de la Santé, mais également avec l'Ordre des médecins, avec les psychiatres…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais comment, vous allez demander aux psychiatres de rendre des rapports, je ne sais pas moi, de collaborer avec la police, aux médecins ?

GERARD COLLOMB
Non… vous avez déjà un certain nombre de lois, c'est prévu dans la loi, qui fait qu'en cas, soit de désordre profond et de risques à l'intégrité de l'individu, ou bien d'événements imminents qui peuvent effectivement troubler l'ordre public, il peut y avoir des formes de coopération. Mais, évidemment que nous ne voulons pas faire cela dans notre coin, que nous allons en parler avec l'Ordre des médecins, avec les psychiatres, de manière à trouver, là aussi, le juste équilibre.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Gérard COLLOMB, les terroristes sont-ils des fous et des monstres ?

GERARD COLLOMB
Non, pas tous.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Est-ce qu'on peut dire que ce sont des fous ?

GERARD COLLOMB
Enfin, si vous voulez, pouvait-on dire que le totalitarisme nazi était l'oeuvre de fous ? Peut-être, mais en même temps c'était un système idéologique qui était très structuré, très totalitaire et très destructeur, je pense qu'un certain nombre de gens, celles et ceux qui commandaient Daesh, étaient effectivement très structurés, avaient un projet idéologique de conquête du monde, et voulaient imposer un certain système au monde.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Pourquoi êtes-vous si catégorique sur le cas de Marseille, sur ce qui s'est passé à Marseille ?

GERARD COLLOMB
Je suis catégorique dans la mesure où je vois qu'un individu, qui a fait deux fois de la prison, qui est resté le reste de son temps dans des cliniques ou des hpitaux psychiatriques, tout d'un coup peut passer à l'acte et donc tuer. Moi, la vie de nos concitoyens…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Il n'a aucun lien avec la religion musulmane ?

GERARD COLLOMB
Vous savez, on trouve dans sa voiture deux livres, un livre de philosophie et un livre très généraliste sur l'Islam, pour le moment, évidemment la justice caractérisera les faits, mais on ne peut pas dire, dans son parcours de vie, que c'était quelqu'un qui était porté à commettre des actes terroristes.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Non, je vous dis ça, parce que beaucoup doutent en disant le ministre de l'Intérieur minimise les faits.

GERARD COLLOMB
Non, il ne minimise pas. Si j'ai pris la position que j'ai prise, qui a été critiquée, sur les problèmes psychiatriques, c'est parce que je vois effectivement qu'un certain nombre d'esprits faibles peuvent se laisser entraîner à des actes par mimétisme.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous avez des chiffres ?

GERARD COLLOMB
Sur les fichiers, par exemple…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Sur les fichiers S par exemple.

GERARD COLLOMB
Pas les fichiers S, ceux de la radicalisation FSPRT, nous nous considérons qu'à peu près un tiers présentent des troubles d'ordre psychologique.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Un tiers ?

GERARD COLLOMB
Oui.

JEAN-JACQUES BOURDIN
La police du quotidien, vous ne voulez pas qu'on l'appelle la police de proximité.

GERARD COLLOMB
Non.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Non je le sais. La police de la sécurité. Je ne vois pas pourquoi d'ailleurs parce que c'est bien …

GERARD COLLOMB
Si vous voulez tout simplement parce que ce n'est pas exactement le modèle de ce qui avait été fait dans le temps. Moi je l'appelle la police de sécurité quotidienne. Qu'est-ce que nous voulons faire ? Nous voulons 1/ débarrasser les policiers des tâches administratives qu'aujourd'hui ils font et qui leur prend une partie de leur journée. Donc nous travaillons sur une réforme de la procédure pénale avec ma collègue de la justice, de manière à oraliser les procédures et donc à permettre aux policiers non plus de faire des tâches administratives mais d'être sur le terrain. Deuxièmement, nous voulons des policiers qui soient des policiers connectés. La gendarmerie bénéficie déjà d'un certain nombre de tablettes connectées qui leur permet de vérifier les fichiers. Nous allons faire de même pour la police de manière à ce que quand quelqu'un par exemple un policier contrôle dans un quartier une personne il puisse savoir tout de suite 1/ si elle est fichée, 2/ si elle a déjà été contrôlée , donc si jamais elle a été contrôlée dix fois c'est pas la peine de la contrôler pendant un quart d'heure une onzième fois ; ça permettra peut-être de rapprocher la police et la population. Et ensuite nous souhaitons faire en sorte qu'il y ait dans les villes qui sont aujourd'hui les plus en difficulté, des renforts de police avec une coopération avec l'ensemble des services. Il faut de la police, il faut travailler sur l'économie souterraine avec mes collègues du ministère des Finances, c'est ça la police de sécurité quotidienne qui permettra effectivement de résoudre la délinquance en France.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Expérimentation dès le début janvier je crois, 2018.

GERARD COLLOMB
Oui, sur un certain nombre de communes que nous allons choisir.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Des grandes communes, plusieurs communes…

GERARD COLLOMB
Plusieurs communes où ils nous semblent que les problèmes sont majorés.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Expérimentation dans plusieurs communes à partir du mois de janvier.

GERARD COLLOMB
Absolument.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Est-ce que ça entraine des effectifs, une augmentation des effectifs ?

GERARD COLLOMB
Le président de la République a dit qu'il allait créer 10 000 postes au cours des prochaines années …

JEAN-JACQUES BOURDIN
Combien dès 2018 ?

GERARD COLLOMB
Lorsque nous travaillons avec mon collègue Gérald DARMANIN, nous avons dit « évidemment c'est pas 10 000 divisés par 5, 2000 par an », on va faire un effort sur 2018 et 2019.

JEAN-JACQUES BOURDIN
C'est-à-dire, 2018-2019

GERARD COLLOMB
C'est-à-dire, on va essayer de créer à peu près 2500 à 3000 policiers sur ces deux années.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Par année ?

GERARD COLLOMB
Enfin, policiers, gendarmes, des membres de la DGSI…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui par année. 2500 à 3000 par an. 2018-2019.

GERARD COLLOMB
Absolument.

JEAN-JACQUES BOURDIN
C'est le choix fait par le président de la République par le gouvernement. C'est vrai que vous voulez sortir de la politique du chiffre dans la police ?

GERARD COLLOMB
Qu'est-ce que la politique du chiffre ? Ce qu'on veut simplement si vous voulez c'est qu'on soit efficace. Et évidemment si vous choisissez pour faire du chiffre ce qui est le plus facile à résoudre ce n'est pas forcément comme cela que vous assurez la sécurité dans les quartiers. Vous pouvez faire de l'abattage et pouvoir arrêter sans cesse ou contrôler tel ou tel facilement. Ce qui importe c'est de pouvoir détruire les réseaux et de faire en sorte que la paix puisse revenir dans un certain nombre de quartiers, ce qui n'existe pas aujourd'hui.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Je connais votre franc-parler, je sais que vous aimez la franchis, je vais vous poser une question très directe, vous allez me répondre directement. La baisse des APL est-ce une erreur ?

GERARD COLLOMB
Ce qui est une erreur c'est de ne pas avoir présenté le plan global sur le logement parce que si vous voulez lorsqu'on verra ce plan global, qui sera présenté par mon ami Jacques MEZARD, on verra qu'on va faire une politique du logement qui va permettre de construire davantage en particulier dans les zones tendues ; parce que une des caractéristiques c'est de dire aujourd'hui les milliards que l'on dépense pour le logement sont mal utilisés. Par exemple on ne construit pas assez dans les zones tendues mais quelquefois on construit trop dans des zones où les appartements qui sont construits, ne se vendent pas ou ne se louent pas. Donc on va essayer d'allouer à nouveau les moyens financiers en fonction effectivement des problématiques des villes.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous êtes un grand élu Gérard COLLOMB, mais c'est une erreur, c'était une erreur ? Une erreur de quoi ? De communication. Franchement, sincèrement. Quand vous avez vu ça, comment avez-vous réagi, franchement ?

GERARD COLLOMB
Ce qui est une erreur si vous voulez c'est les 5 euros.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Quelle connerie !!! Vous ne vous êtes pas dit « quelle connerie !!! ».

GERARD COLLOMB
Non, je me suis dit : « présentons les politiques d'ensemble ….», et aujourd'hui, si vous voulez, ce sont les institutions qui veulent ça…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous avez dit « ces 5 euros ».

GERARD COLLOMB
On travaille trop sujet par sujet, et donc du coup on perd la vision d'ensemble et il faut redonner cette vision d'ensemble. Je crois d'ailleurs que c'est ce que le président de la République veut faire au cours des prochaines semaines.

JEAN-JACQUES BOURDIN
C'est une erreur. Donc c'était une erreur. Il parait que le président de la République était fou de rage, c'est vrai ?

GERARD COLLOMB
Je ne l'ai pas vu fou de rage depuis que je le connais.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Pas fou de rage mais en colère du moins, pas content.

GERARD COLLOMB
Moui. Enfin, ce n'est pas quelqu'un qui est dans la colère.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Bon d'accord. D'accord. Tient, à propos des constructions dans les quartiers difficiles, les quartiers sensibles ou dans les communes qui manquent de logements sociaux, c'est vrai qu'on va assouplir les règles ?

GERARD COLLOMB
On va en tout cas permettre, oui, d'assouplir les règles dans la construction, de pouvoir faire en sorte que les recours indus soient sanctionnés ; et puis surtout on va essayer de faire ce que moi j'ai essayé de faire à Lyon, c'est-à-dire refaire de la mixité sociale. Quand vous avez des quartiers qui se paupérisent, qui se ghettoïsent, il ne peut pas y avoir d'équilibre social. Il faut à nouveau construire une ville de la rencontre, où les gens de toutes origines, de toutes confessions puissent se rencontrer. Si vous avez des villes qui sont molytiques, cela ne peut pas fonctionner.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Alors dernière question sur l'immigration, la politique de la France, je la résume, vous allez me dire si elle est bien résumée : « les réfugiés seront accueillis plus rapidement, les migrants économiques qui ne peuvent pas bénéficier de l'asile seront renvoyés plus rapidement », c'est cela ?

GERARD COLLOMB
C'est cela. Avec si vous voulez, si je peux vous décrire le phénomène européen, on s'aperçoit que l'Allemagne, qui avait beaucoup accueilli, à peu près 800 000 personnes, a débouté du droit d'asile 350 000 personnes. Que l'Italie, qui avait accueilli énormément, a pris des mesures particulièrement courageuses ces derniers temps, ce qui fait que l'immigration en Italie a baissé au cours du mois de juillet et du mois d'août de 70 %, ce qui est totalement considérable. Donc il faut qu'en France on puisse aller vite de manière à dire quels sont ceux qui peuvent bénéficier de l'asile et quels sont ceux qui doivent être reconduits hors des frontières.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous avez raison de vouloir accélérer les choses, parce que j'ai un chiffre pour 2016, 91 000 étrangers en situation irrégulière interpellés, 25 000 ont quitté le territoire.

GERARD COLLOMB
Et je pense même que vous êtes au-dessus de la vérité, parce que sur les contraintes c'est à peu près 15 000.

JEAN-JACQUES BOURDIN
C'est dramatique !!

GERARD COLLOMB
C'est effectivement important. Et moi je ne veux pas que dans les années qui viennent on puisse être sur le même trend d'immigration.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Il faut être clair sur ces questions-là.

GERARD COLLOMB
Oui il faut être clair sur ces questions-là, parce que pour les Français c'est quelque chose de tout à fait fondamental.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Merci Gérard COLLOMB d'être venu nous voir ce matin.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 23 août 2017

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