Interview de M. Edouard Philippe, Premier ministre, à BFM TV le 24 août 2017, notamment sur la politique fiscale et budgétaire et l'admission post-bac et la rentrée universitaire. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Edouard Philippe, Premier ministre, à BFM TV le 24 août 2017, notamment sur la politique fiscale et budgétaire et l'admission post-bac et la rentrée universitaire.

Personnalité, fonction : PHILIPPE Edouard, BOURDIN Jean-Jacques.

FRANCE. Premier ministre;

ti : JEAN-JACQUES BOURDIN
Edouard PHILIPPE, bonjour.

EDOUARD PHILIPPE
Bonjour Jean-Jacques BOURDIN.

JEAN-JACQUES BOURDIN
On devait prendre l'antenne à 8h32, c'est la raison pour laquelle on est un peu pressés. Je dis les choses, parce qu'il faut que les choses soient dites clairement, on est bien d'accord ?

EDOUARD PHILIPPE
C'est tout à fait ça.

JEAN-JACQUES BOURDIN
On est bien d'accord. Rentrée politique sur RMC/ BFM TV ce matin, merci d'être avec nous, 8h30/9h00…

EDOUARD PHILIPPE
Merci de m'inviter.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous êtes avec moi, j'ai beaucoup de questions à vous poser, sérieusement, sur l'actualité du moment, et sur les mois qui arrivent, et puis 9h00/9h30 vous allez répondre aux questions des auditeurs de RMC et des téléspectateurs de BFM TV. D'abord j'ai une question, une remarque à faire. Vous êtes sous surveillance, dites-moi !

EDOUARD PHILIPPE
C'est-à-dire, sous surveillance ?

JEAN-JACQUES BOURDIN
François HOLLANDE n'a pas abandonné la politique.

EDOUARD PHILIPPE
Ah, oui ! J'ai observé qu'il y avait, je crois que c'est demain, en tout cas ce week-end, une réunion importante du Parti socialiste, et peut-être que Franois HOLLANDE, qui a sans doute le sens du timing, a voulu rappeler à tous ses camarades qu'il était encore dans le paysage, très bien.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Aurait-il mieux fait de se taire, franchement ?

EDOUARD PHILIPPE
Vous comprenez bien que ce n'est pas un Premier ministre en exercice qui va se prononcer sur l'opportunité ou pas d'une déclaration du précédent président de la République. J'ai entendu ses propos…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Regardons ce qu'il a dit. On ne va pas s'attarder très longuement sur François HOLLANDE, mais quand même ! « Les résultats sont là, ils étaient d'ailleurs apparus dans les derniers mois du quinquennat, et sont d'autant plus manifestes aujourd'hui. » Si l'économie française va mieux, est-ce grâce aux mesures prises sous sa présidence ? Je vous pose la question. C'est ce qu'il dit, il dit « c'est grâce à moi. »

EDOUARD PHILIPPE
Ecoutez, ce qui m'a frappé dans l'expression de l'ancien président de la République c'est, au fond, le souhait qu'il exprime qu'on continue, que tout continue comme avant, et comme il faisait. Moi j'ai compris, de l'élection présidentielle, de 2017, et puis ensuite de l'élection législative qui a suivi, que les Français n'avaient pas du tout envie de ça, qu'ils avaient envie, au contraire, d'une assez grande transformation, et moi c'est évidemment la logique dans laquelle je m'inscris. Donc, que l'ancien président de la République essaie de valoriser son bilan, je crois qu'au fond c'est assez naturel, je ne peux pas lui en vouloir.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Enfin, il ajoute, quand même - c'est une mise en garde – « il ne faudrait pas demander des sacrifices aux Français qui ne seraient pas utiles. Flexibiliser le marché du travail au-delà de ce qui a déjà été fait risque de créer des ruptures. »

EDOUARD PHILIPPE
J'entends ses remarques sur la réforme du marché du travail, c'est intéressant qu'il exprime lui-même, après un quinquennat qui a été marqué par – en matière de marché du travail notamment – par une méthode qui n'est pas du tout celle que nous avons retenue. Après tout, puisque vous évoquez le sujet prenons l'exemple, en matière de réforme du marché du travail. François HOLLANDE a fait, en 2016, une réforme qui n'avait été pas annoncée pendant la campagne électorale, qui n'a pas été expliquée, qui n'a pas été discutée dans le détail avec les organisations syndicales, et qui a conduit au blocage. Eh bien nous avons une méthode totalement inverse. La méthode que nous avons retenue c'est, pendant l'élection présidentielle, parler du sujet et l'annoncer, avant l'élection législative, parler du sujet, lancer le processus et obtenir une majorité politique qui prend en compte ces annonces. Commencer un très intense travail de discussions avec l'ensemble des organisations syndicales, pas tel ou tel, l'ensemble des organisations syndicales, et patronales, et aboutir, dans une semaine…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Le 31.

EDOUARD PHILIPPE
A la fin de la semaine prochaine, par 5 textes, puisqu'il y aura 5 ordonnances, qui viendront transformer le droit du travail, pas complètement, il ne s'agit pas de mettre à bas tout le droit du travail…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Je vais revenir en détail.

EDOUARD PHILIPPE
J'imagine qu'on aura l'occasion d'en parler…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, oui.

EDOUARD PHILIPPE
Mais reconnaissez, Monsieur BOURDIN…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, la méthode change totalement.

EDOUARD PHILIPPE
Que sur la méthode il y a une profonde transformation. Eh bien je préfère, et de loin, et même de très loin, la méthode que nous avons utilisée, le respect que nous avons montré vis-à-vis des organisations syndicales, la discussion que nous avons su nourrir, plutôt que ce qui avait pu être fait avant. Donc, j'entends les conseils avisés de Monsieur HOLLANDE, je les intègre peut-être, mais, enfin, je considère que…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Je vais revenir sur ce sujet. Chiffres du chômage pour juillet, vous les avez ?

EDOUARD PHILIPPE
Ecoutez, je ne sais pas s'ils sont officiellement sortis.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Dans la journée.

EDOUARD PHILIPPE
Vous avez remarqué que Madame la ministre du Travail a pris l'engagement…

JEAN-JACQUES BOURDIN
De ne pas les commenter.

EDOUARD PHILIPPE
Bien sûr, de les commenter, mais de ne pas les commenter mois par mois, pour une raison assez simple, c'est qu'on commente des chiffres qui ne sont jamais totalement définitifs mois par mois, et qui ne sont jamais très significatifs. Il y en a eu des très bons en mai, il y en aura peut-être des très mauvais après….

JEAN-JACQUES BOURDIN
Juillet, bon ou mauvais ?

EDOUARD PHILIPPE
Je ne suis pas sûr que juillet sera exceptionnel, mais ce que je sais…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Pas très bon, c'est-à-dire que le chômage va augmenter.

EDOUARD PHILIPPE
Ce que je sais – pardon d'aller jusqu'au bout de mon propos – ce que je sais, ce qui est intéressant, c'est de les commenter trimestre par trimestre, et, de ce point de vue-là, croyez-moi, on n'hésitera pas à les commenter trimestre par trimestre, parce que ce sont des chiffres importants…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais vous avez le chiffre ?

EDOUARD PHILIPPE
Je n'ai pas le chiffre, non.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Bien. Les emplois aidés, les contrats aidés, parce que ça fait débat – ce matin, d'ailleurs, nous avons ouvert le débat sur RMC…

EDOUARD PHILIPPE
J'ai entendu ça.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Les contrais aidés, 293.000 en 2017, quel est l'avenir…

EDOUARD PHILIPPE
On terminera à 320.000.

JEAN-JACQUES BOURDIN
320.000 ?

EDOUARD PHILIPPE
On terminera à 320.000…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Sur l'année.

EDOUARD PHILIPPE
Ce qui est moins que ce qui a été fait en 2016…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Plus de 400.000.

EDOUARD PHILIPPE
Vous avez, je sais que vous êtes…

JEAN-JACQUES BOURDIN
3 milliards d'euros par an.

EDOUARD PHILIPPE
Absolument – je sais que vous aimez la précision des chiffres Monsieur BOURDIN…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui.

EDOUARD PHILIPPE
Donc je vais essayer d'être aussi précis que vous l'êtes, mais je parle de mémoire.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Allez-y.

EDOUARD PHILIPPE
Sur les emplois aidés on a fait plein de choses. D'abord, on en a toujours fait des emplois aidés…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous allez continuer à en faire ?

EDOUARD PHILIPPE
Non, non, attendez – on en a toujours fait, depuis très longtemps, parce que je crois, et je parle sous votre contrôle, qu'il y a 15 ans on devait être sur des volumes d'environ 900 ou 950.000 contrats aidés…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Exact.

EDOUARD PHILIPPE
Donc on était très très loin. Vous remarquerez avec moi que ça n'a pas contribué à réduire durablement le chômage, mais enfin, on était sur des volumes… Ensuite, on est descendu progressivement avec, en général, des pics à 450.000, 500.000, et en général ces pics étaient avant les présidentielles. Curieux ! Alors ça a été le cas en 2016, on est bien monté, en 2016, sur les contrats aidés, juste avant la présidentielle, je ne sais pas pourquoi – enfin si, je sais assez bien pourquoi, et vous savez très bien pourquoi aussi. Mon objectif ce n'est pas de dire « les contrats aidés c'est mal. » D'abord, ceux qui bénéficient des contrats aidés, pendant une période de temps, qui ne peut pas être reconduite plusieurs fois, mais enfin, pendant une période de temps, ils bénéficient d'un contrat qui est souvent un contrat à temps partiel, et ils ont du boulot…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ils ont du boulot, pris en charge en partie par l'Etat, mais ils ont du boulot.

EDOUARD PHILIPPE
Pris très largement en charge par l'Etat. Je ne conteste pas du tout le fait que pour eux c'est quelque chose qui, momentanément, est utile. Je ne conteste pas non plus le fait que pour la collectivité – je pense par exemple aux collectivités territoriales – j'ai été maire du Havre, j'ai utilisé des contrats aidés en tant que maire…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Bien sûr.

EDOUARD PHILIPPE
Je n'en n'ai pas utilisé beaucoup, mais j'en ai utilisé. Forcément, vous avez un emploi qui, au lieu de vous coûter 100 % de ce qu'il devrait vous coûter, vous coûte 25 % de ce qu'il devrait vous coûter, vous trouvez ça vachement bien, je peux parfaitement le comprendre, du point de vue de l'employeur local, très bien. Mais, à la fin de la fin, moi je ne suis pas représentant de telle ou telle collectivité, je suis obligé de regarder l'ensemble du système. L'ensemble du système c'est une politique publique qui ne produit pas de bons résultats pour le retour à l'emploi, qui est évidemment très onéreuse, mais qui ne produit pas de bons résultats pour le retour à l'emploi. Nous, ce que nous voulons faire, ce n'est pas multiplier, au gré des échéances électorales, les contrats aidés, c'est avoir une politique active de retour à l'emploi. Je m'explique, si vous me le permettez. Baisse des charges, qui fait très largement diminuer le coût du travail, notamment…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Je vais y revenir.

EDOUARD PHILIPPE
Je suis sûr que vous allez y revenir, et moi aussi – mais qui fait très largement diminuer le coût du travail, notamment sur les bas salaires, c'est-à-dire notamment sur les emplois de ceux qui peuvent être…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Avant de parler de baisse des charges, je voudrais, Edouard PHILIPPE, que sur les contrats aidés vous me disiez est-ce que l'année prochaine, en 2018, il y aura encore des contrats aidés ?

EDOUARD PHILIPPE
Il y aura encore des contrats aidés, il y en aura moins que ce qui existe aujourd'hui…

JEAN-JACQUES BOURDIN
C'est-à-dire moins ?

EDOUARD PHILIPPE
Jean-Jacques BOURDIN…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Beaucoup moins ou moins ?

EDOUARD PHILIPPE
Je vais vous répondre, mais laissez-moi juste expliquer…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais alors vite.

EDOUARD PHILIPPE
Non, mais c'est important.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Alors allez-y.

EDOUARD PHILIPPE
Traitons le sujet jusqu'au fond, si vous voulez bien.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Allez-y.

EDOUARD PHILIPPE
Baisse des charges, donc, retour de la croissance, vous avez noté que les chiffres de retour de la croissance étaient là, donc baisse des charges sur les emplois, et notamment sur les emplois non qualifiés, retour de la croissance. Nous, ce que nous voulons faire, c'est dire, au lieu de faire des contrats aidés – vous savez que, après un contrat aidé, le nombre de gens qui trouvent un contrat durable, après un contrat aidé, c'est 25 %, c'est tout. Ça veut dire que 75 % des gens qui disposent d'un contrat aidé, ensuite, n'ont rien. Moi, ce que je souhaite, exactement dans la ligne de ce qui a été défini par le président de la République, exactement, et ce que nous souhaitons avec le gouvernement, c'est faire en sorte de consacrer des moyens non pas à financer des contrats aidés, mais à financer des formations individualisées, qui permettent, elles, et on le sait – ce n'est pas moi qui le dit – qui permettent, elles, un retour durable à l'emploi. Je préfère avoir des dépenses qui sont efficaces, que des dépenses qui sont à très court terme, mais en vérité inefficaces. C'est ça…

JEAN-JACQUES BOURDIN
C'est la philosophie de…

EDOUARD PHILIPPE
C'est un changement de logique, et c'est un changement de logique important, qui a du sens.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Je comprends.

EDOUARD PHILIPPE
Pour terminer sur votre question, il y a deux domaines dans lesquels on fera très attention, c'est l'Education nationale et c'est les Outre-mer, là on va essayer de faire en sorte que l'utilisation…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous conservez tous les contrats aidés.

EDOUARD PHILIPPE
Que l'utilisation des contrats aidés, dans l'Education nationale, et pour les Outre-mer, soit préservée, mais sinon on veut très fortement changer la logique pour activer les dépenses et pour faire en sorte que l'argent public qui est dépensé, et qui doit être dépensé, en la matière, le soit bien, le soit efficacement.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc, pas plus de 200.000 contrais aidés en 2018 quoi !

EDOUARD PHILIPPE
Ah non…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Moins même.

EDOUARD PHILIPPE
Encore une fois, l'important c'est l'efficacité de la politique qui nous permet de revenir vers un emploi…

JEAN-JACQUES BOURDIN
J'ai compris la philosophie.

EDOUARD PHILIPPE
Vous avez peut-être noté ce qu'a dit le président de la République hier, dans sa conférence de presse, sur le chômage de masse, sur le fait que nous étions le seul grand pays à ne pas avoir réussi à vaincre et à gagner cette bataille contre le chômage de masse.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Nous avons beaucoup parlé du chômage, parlons du pouvoir d'achat. Pouvoir d'achat, CSG, cotisations salariales chômage et maladie. Alors, c'est très simple, j'ai bien compris, hausse de la CSG de 1,7 % le 1er janvier, on est bien d'accord ?

EDOUARD PHILIPPE
Oui.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Elle passera de 7,5 à 9,2, on est bien d'accord, et en même temps baisse…

EDOUARD PHILIPPE
Alors, pas sur tous les revenus, sur les revenus du capital, mais pas sur les petites retraites, pas sur l'indemnisation du chômage, pas sur les indemnités journalières…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Justement…

EDOUARD PHILIPPE
Non, mais, quand on dit augmentation de la CSG, vous avez raison, je l'assume, ça a été dit pendant la campagne, je l'assume parfaitement, mais dans ce cas-là disons-le complètement – pas pour les petites retraites, pas pour les chômeurs, pas pour ceux qui bénéficient d'indemnités journalières…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Je vais y revenir en détail.

EDOUARD PHILIPPE
Pardon, mais…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, vous avez raison – mais parallèlement, baisse des cotisations salariales.

EDOUARD PHILIPPE
Absolument.

JEAN-JACQUES BOURDIN
En deux fois.

EDOUARD PHILIPPE
De 3,15 points…

JEAN-JACQUES BOURDIN
En deux fois.

EDOUARD PHILIPPE
Absolument. Nous allons – je sollicite de votre bienveillance au moins 2 ou 3 minutes, parce que le sujet est à la fois important, sensible et intéressant.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, le sujet est majeur.

EDOUARD PHILIPPE
Nous allons augmenter la CSG, pas pour le plaisir d'augmenter la CSG, pas pour avoir des recettes supplémentaires pour l'Etat, nous allons augmenter la CSG pour justement pouvoir financer une baisse des cotisations sociales, une disparition des cotisations salariales sur la maladie et sur le chômage. Pourquoi ? Pour financer l'augmentation du pouvoir d'achat de ceux qui travaillent, pour une raison simple, c'est qu'on pense qu'il faut, en France, que ceux qui travaillent, que ceux qui produisent la richesse, aient un gain de pouvoir d'achat. Il faut que le travail paye en France, il faut qu'il paye vraiment, et donc, le plan, qui a été, là encore, annoncé par le président de la République, c'est de dire : dès 2018, on fait un basculement du financement de la protection sociale, une partie du financement de la protection sociale, depuis des cotisations sociales qui pèsent sur les salaires, vers la CSG, dans les conditions que j'ai indiquées. On le fait en 2018. Et ça va représenter, pour les actifs, pour les actifs, un gain de pouvoir d'achat considérable. Laissez-moi vous donner quelques chiffres. En année pleine, pour un salarié qui gagne le SMIC, ça veut dire 250 € de pouvoir d'achat supplémentaire. Pour quelqu'un qui gagne 2 000 € par mois, c'est 360 € de gain de pouvoir d'achat en année pleine. Comment nous allons faire en 2018 ? En faisant, au 1er janvier, l'augmentation de la CSG, et au 1er janvier, une baisse considérable d'un peu plus de deux points des cotisations sociales. Ça veut dire que dès le 1er janvier, contrairement à ce que j'ai pu lire parfois, dès le 1er janvier il y a un gain de pouvoir d'achat pour les actifs.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais, au bas de la fiche de paie, fin janvier, on constatera ce gain de pouvoir d'achat.

EDOUARD PHILIPPE
Je vous le confirme

JEAN-JACQUES BOURDIN
C'est-à-dire que les deux fois, ce ne sont pas deux fois égales.

EDOUARD PHILIPPE
Non.

JEAN-JACQUES BOURDIN
C'est-à-dire que...

EDOUARD PHILIPPE
Ecoutez-moi bien, Jean-Jacques BOURDIN...

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ça représente quoi, c'est 70/30 ?

EDOUARD PHILIPPE
Oui, c'est à peu près ça. C'est deux tiers, un tiers.

JEAN-JACQUES BOURDIN
70/30, deux tiers, un tiers.

EDOUARD PHILIPPE
Je vous ai dit qu'on allait baisser les cotisations sociales de 3,15 points. On va les baisser de plus de deux points, au 1er janvier, et à la rentrée de septembre/octobre, on va les baisser d'un peu moins d'un point. Ça veut dire qu'on aura fait, grosso/modo, deux tiers de la baisse en janvier, donc une petite progression du pouvoir d'achat, et la totalité de la baisse en octobre, donc à partir de là, l'effet complet de la mesure.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Je comprends.

EDOUARD PHILIPPE
Pourquoi est-ce qu'on le fait en deux temps ? Peut-être que vous pouvez poser la question.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui oui, mais j'allais vous la poser.

EDOUARD PHILIPPE
J'imagine que vous alliez la poser.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, parce que l'Etat va économiser.

EDOUARD PHILIPPE
Parce que moi, je suis là.... Non non non.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ben si.

EDOUARD PHILIPPE
Non non non non non. Pas du tout.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Evidemment que si !

EDOUARD PHILIPPE
Attendez, moi je suis là pour mettre en oeuvre les promesses du président de la République. Je suis là pour mettre en oeuvre le programme du président de la République, et le gouvernement travaille pour mettre et pour tenir les engagements qui ont été pris par le président de la République. L'engagement qui a été pris, c'est en 2018 on opère cette bascule. En 2019, d'ailleurs, on changera le dispositif du CICE, puisqu'on basculera sur une deuxième baisse des charges, mais bon, ça, ça sera pour 2019, et on a dit que ce serait 2019. En 2018, on va avoir, pour les salariés, une augmentation massive du pouvoir d'achat. Et puisque vous aimez les chiffres, monsieur BOURDIN, un qui me revient en mémoire : le pouvoir d'achat que nous allons redistribuer aux actifs, est supérieur au gain de pouvoir d'achat pour les actifs, qui résulte des diminutions d'impôt sur le revenu, lors des trois dernières années du quinquennat HOLLANDE, ça sera supérieur.

JEAN-JACQUES BOURDIN
J'allais vous en parler.

EDOUARD PHILIPPE
Et c'est même, en volume, supérieur à l'effet de la loi TEPA de Nicolas SARKOZY en 2007. Donc on est sur quelque chose de littéralement, je crois, jamais vu en termes d'augmentation de pouvoir d'achat, en année pleine, et on met le dispositif, complètement en place en 2018.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc... en deux fois, 70 à peu près la première...

EDOUARD PHILIPPE
Un peu plus de deux points, un peu moins d'un point.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Voilà, oui, c'est-à-dire 65, quoi, 65/35.

EDOUARD PHILIPPE
C'est ça l'idée.

JEAN-JACQUES BOURDIN
On est bien d'accord, c'est ça l'idée. Bien. La hausse de la...

EDOUARD PHILIPPE
Mais, peut-être, reconnaissez avec moi, monsieur BOURDIN, que ce que je suis en train de vous dire, ne correspond pas forcément à la présentation qui a pu en être faite, pas par le gouvernement, mais par un certain nombre de gens qui, peut-être, s'inquiétaient légitimement...

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, mais certains sont inquiets.

EDOUARD PHILIPPE
Mais moi je suis là pour essayer de répondre...

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais oui, vous savez qu'il y a des inquiets.

EDOUARD PHILIPPE
Oui oui, mais je suis là pour essayer de répondre...

JEAN-JACQUES BOURDIN
Par exemple, les Français veulent savoir. La hausse de la CSG, les fonctionnaires, alors, les fonctionnaires, compensation ou pas ?

EDOUARD PHILIPPE
Bonne question, je vous ai parlé des salariés, mais notre objectif c'est de faire en sorte qu'il y ait une augmentation de pouvoir d'achat pour les actifs, il n'y a pas que des salariés qui sont actifs, bien entendu.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Exact.

EDOUARD PHILIPPE
C'est vrai pour les salariés, j'en ai dit un mot, c'est vrai pour les indépendants, les indépendants paient, bien entendu...

JEAN-JACQUES BOURDIN
Bien sûr, bien sûr.

EDOUARD PHILIPPE
Et ils auront une augmentation de leur pouvoir d'achat.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Comment ?

EDOUARD PHILIPPE
Eh bien par le mécanisme, c'est-à-dire qu'on va baisser un certain nombre de charges sur...

JEAN-JACQUES BOURDIN
Bon, diminution des cotisations maladie, c'est ça ?

EDOUARD PHILIPPE
Absolument, ça va passer de la même façon.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Bon.

EDOUARD PHILIPPE
Et puis alors, pour les fonctionnaires, on est en train de... et le ministre chargé de la Fonction publique, c'est-à-dire le ministre de l'Action et des Comptes publics, Gérald DARMANIN, va avoir des discussions avec les organisations syndicales, pour faire en sorte de trouver le système de compensation, entre l'augmentation de la CSG...

JEAN-JACQUES BOURDIN
Prime ?

EDOUARD PHILIPPE
On va voir.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Augmentation salariale ?

EDOUARD PHILIPPE
C'est en discussions.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Augmentation de l'indice ? Je ne sais pas, moi.

EDOUARD PHILIPPE
C'est une discussion permettez-moi de ne pas la préempter, c'est une discussion...

JEAN-JACQUES BOURDIN
Quand ? En septembre... octobre.

EDOUARD PHILIPPE
C'est une discussion qui aura lieu entre le ministre et les organisations syndicales, et l'idée sera de faire en sorte que tous les actifs bénéficient de la réforme, donc notamment les fonctionnaires.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Bien. Et les pensions d'invalidité ?

EDOUARD PHILIPPE
Alors, pour les pensions d'invalidité, s'agissant des pensions, je vous ai dit que... Les pensions d'invalidité, pardon, je pensais pensions de retraite, pendant que vous me posiez la question.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Pension d'invalidité.

EDOUARD PHILIPPE
Si vous m'autorisez à vérifier ça, pendant la pause, je vous réponds après la pause.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ah bon...

EDOUARD PHILIPPE
Non non, mais parce que...

JEAN-JACQUES BOURDIN
Il y a tellement de chiffres, remarquez !

EDOUARD PHILIPPE
Il y a énormément de chiffres, j'essaie de les avoir en tête, j'avoue bien humblement que parfois ils peuvent m'échapper. Je préfère ne pas vous donner des choses...

JEAN-JACQUES BOURDIN
C'est important, CSG, pension d'invalidité.

EDOUARD PHILIPPE
Je suis entièrement d'accord. Je vous ai dit...

JEAN-JACQUES BOURDIN
D'ailleurs je vous parlerai tout à l'heure de...

EDOUARD PHILIPPE
Je vous ai déjà dit des choses sur les indemnités chômage, sur les indemnités journalières, sur les petites pensions...

JEAN-JACQUES BOURDIN
C'est vrai.

EDOUARD PHILIPPE
Mais vous avez raison, vous posez une question à laquelle je n'ai pas la réponse de tête, permettez-moi de vérifier ça et de vous le dire très rapidement.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Exonération de la taxe d'habitation. Alors là, pour combien de Français, dès 2018 ?

EDOUARD PHILIPPE
Nous avons prévu une mesure, qui va nous permettre de baisser le produit, enfin, le versement de la taxe d'habitation, à hauteur de 3 milliards. Donc ça veut dire qu'il y a 30 %, je pense, des Français qui dès...

JEAN-JACQUES BOURDIN
Dès 2018.

EDOUARD PHILIPPE
Qui dès 2018 vont bénéficier de cette mesure, qui n'aura pas d'impact sur les finances des collectivités locales, je le redis, puisqu'elle sera compensée par l'Etat, mais qui permettra de diminuer un prélèvement. Ah, si on a deux minutes, aussi, il faut parler de la taxe d'habitation.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Alors allez-y, allez-y, moi je...

EDOUARD PHILIPPE
C'est un prélèvement important. Pour les collectivités locales, c'est un prélèvement tout à fait important. Pourquoi ? Parce que c'est une recette, ce n'est pas la taxe d'habitation qui est appréciée par les collectivités, c'est le fait que c'est une recette fiscale, c'est-à-dire une recette dont elles fixent le taux, les bases sont fixées ailleurs, mais c'est elles qui fixent le taux, et donc elles peuvent avoir un produit, qui corresponde à leurs besoins, donc elles sont évidemment attachées à cet impôt, pour une raison très simple, c'est que ça leur permet de mettre en oeuvre leur politique publique locale, ce que je comprends parfaitement. Le truc, pardon, le problème, c'est que la taxe d'habitation, c'est un mauvais impôt. Je le pense profondément. Je me souviens d'un professeur de finances publiques, qui me disait quand je faisais mes études : « Un bon, impôt, c'est pas forcément un impôt juste, c'est un vieil impôt ». Le seul intérêt de la taxe d'habitation, c'est que c'est un vieil impôt, parce que franchement c'est un impôt injuste. C'est un impôt injuste. C'est un impôt dont les bases ont été définies au début des années 70, et qui n'a jamais su prendre en compte le fait qu'il y avait des évolutions de richesses dans les quartiers, qu'il y avait des évolutions dans les quartiers, dans une ville, qui faisait que vous avez dans les quartiers... Parlons du Havre, je prends cet exemple, c'est celui que je connais le mieux. Au Havre, vous avez des quartiers périphériques, dans lesquels depuis 40 ans la valeur des appartements n'a pas augmenté au rythme où elle a augmenté par exemple en centre-ville, mais comme les bases sont été fixées dans les années 70, vous avez des gens qui paient, dans des quartiers périphériques, autant, voire plus que dans des quartiers de centre-ville, dont la valeur des biens s'est considérablement accrue. Eh bien ce n'est pas juste. Et comme vous n'avez pas le droit de moduler le taux par quartiers, comme vous n'avez pas réussi à faire voluer les bases, parce qu'il va y avoir des perdants, il va y avoir des gagnants, et tout le monde a la trouille de savoir qui seront les gagnants et qui seront les perdants, vous vivez avec un impôt auquel tout le monde s'est habitué, ça c'est vrai, mais qui n'est pas un impôt juste. Notre objectif, c'est de réfléchir, tranquillement, avec les collectivités locales, à comment est-ce qu'on fait à l'avenir, pour avoir une fiscalité locale plus intelligente. C'est un des dossiers qui sera discuté dans le cadre de la Conférence nationale des territoires qu'on a engagée. C'est un dossier très important, très compliqué, qui ne nous empêchera pas, dans les trois ans qui viennent, de diminuer, année par année, le montant de cette taxe d'habitation versée par les Français.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Jusqu'à 80 %. On est bien d'accord, annoncé ici d'ailleurs par le candidat Emmanuel MACRON.

EDOUARD PHILIPPE
Eh bien, et confirmé par son Premier ministre.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Alors, je regarde le calendrier. Regardons-le ensemble. Il y a la réforme, j'y reviens dans un instant, la réforme du Code du travail, dans un premier temps, ensuite fin 2017, la réforme du chômage, de la formation professionnelle et de l'apprentissage, c'est bien ça, fin de l'année.

EDOUARD PHILIPPE
On va la lancer.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Et début 2018, réforme des retraites.

EDOUARD PHILIPPE
(Hésitation)

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ah !

EDOUARD PHILIPPE
Non non, mais bien sûr. Vous dites réforme, il y aura réforme, permettez-moi juste, pardon, mais de corriger vos propos.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, allez-y allez-y, mais oui, parce que vous savez mieux, vous connaissez mieux le calendrier que moi.

EDOUARD PHILIPPE
Nous sommes en train de terminer le processus d'élaboration de la réforme du Code du travail qui avait déjà...

JEAN-JACQUES BOURDIN
On y reviendra.

EDOUARD PHILIPPE
On y reviendra, très bien. A partir de septembre, on lance la réflexion, la mise en oeuvre de ce qui constituera effectivement une réforme importante de formation, assurance chômage. Là on est parti là-dessus, le président de la République a pris des engagements, on sait qu'il y a un formidable champ d'amélioration des politiques publiques en matière de formation. Vous remarquerez que je le formule de façon polie, franchement on peut faire mieux. Franchement on peut faire mieux.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, parce qu'on dépense de l'argent à tort et à travers, si j'ai bien compris.

EDOUARD PHILIPPE
Je suis heureux que vous le disiez, vous. C'est un fait.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, disons les choses.

EDOUARD PHILIPPE
On peut faire plus efficace, on peut faire beaucoup plus efficace, donc ça, ça va être un chantier qui commence à partir de septembre sur lequel on est en train déjà de réfléchir, sur lequel on va engager des discussions avec les organisations syndicales, avec les organisations qui représentent la connaissance en la matière. Et puis à partir de 2018, effectivement on va se lancer ans la question des retraites, et ça va être un processus forcément un peu plus lent que celui qu'on a utilisé sur les ordonnances, parce qu'on sait que c'est en France un sujet délicat, parce qu'il faut partir de constats partagés. On a, on a d'ailleurs monsieur BOURDIN, de ce point de vue-là, fait d'assez grands progrès, après tout, disons les choses quand elles sont bonnes. Les mécanismes que l'on a mis en place, avec le COR, avec le Comité de suivi des retraites, ont un peu dépassionné le débat et ont permis de poser les constats et de faire qu'on puisse parler plus calmement, me semble-t-il, de ces sujets, et avec plus de confiance, entre acteurs.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Alors j'ai une question, tiens une question corollaire, est-ce que les pensions de retraite vont augmenter le 1er octobre ?

EDOUARD PHILIPPE
Il y aura un processus de revalorisation des pensions de retraite comme c'est le cas…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Le 1er octobre ?

EDOUARD PHILIPPE
Je ne sais pas si ce sera le 1er octobre ou le 1er janvier, là aussi je vais revenir exactement vers vous.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Je peux vous dire que ce sera, théoriquement c'est le 1er octobre.

EDOUARD PHILIPPE
Ce sera le 1er octobre.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ce sera le 1er octobre, sur l'inflation, du montant de l'inflation ?

EDOUARD PHILIPPE
Ça, on verra, je ne peux pas vous le dire maintenant.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Il y aura une augmentation des pensions ?

EDOUARD PHILIPPE
Ecoutez, si vous avez…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Non mais je suis patient mais, je ne suis pas certain que les téléspectateurs, auditeurs soient toujours très patients, vous savez.

EDOUARD PHILIPPE
Je comprends parfaitement.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Surtout quand on est un petit retraité et qu'on a besoin de sa retraite à la fin du mois.

EDOUARD PHILIPPE
Pardon monsieur BOURDIN, je n'ai pas dit que le sujet n'était pas important, il est essentiel pour ceux qui nous écoutent, c'est parce qu'il est essentiel pour celui qui nous écoute, pour ceux qui nous écoutent que je veux le traiter sérieusement.

JEAN-JACQUES BOURDIN
J'ai compris.

EDOUARD PHILIPPE
Je n'ai aucune feuille devant moi, je n'ai pas tous les chiffres en tête, je ne suis pas un surhomme, je n'ai pas tous les chiffres en tête. Moi, je suis un gars sérieux, j'essaie de faire les choses sérieusement. Quand je sais, je dis, quand je ne sais pas, je vérifie.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Remarquez, il vaut mieux, c'est mieux. Le 31 août le texte complet sera connu, le texte sur la réforme du code du travail.

EDOUARD PHILIPPE
Les textes.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Les textes, oui, les ordonnances.

EDOUARD PHILIPPE
Il y aura cinq ordonnances.

JEAN-JACQUES BOURDIN
5 ordonnances, on est bien d'accord. Tout est bouclé ?

EDOUARD PHILIPPE
Oui, comme on va présenter le texte définitif la semaine prochaine, il vaut mieux que ce soit… ce sont des textes qui ont été rédigés après beaucoup, beaucoup de travail, beaucoup, beaucoup de discussions, donc l'essentiel est bouclé.

JEAN-JACQUES BOURDIN
J'imagine que vous n'allez pas entrer dans le détail parce que vous réservez les annonces, enfin je vais vous poser quand même quelques questions.

EDOUARD PHILIPPE
Vous pouvez poser toutes les questions.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui ça je peux.

EDOUARD PHILIPPE
Mais pour préempter, non mais attendez, c'est important là aussi.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Allez-y.

EDOUARD PHILIPPE
Moi, j'ai fait de la méthode sur ce sujet, un élément décisif.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ça a été remarqué, souligné le travail de concertation.

EDOUARD PHILIPPE
Parce que la méthode, la méthode, la méthode. Donc j'ai pris l'ensemble des organisations syndicales et patronales au sérieux et j'ai essayé de faire en sorte de ne pas m'exprimer quand j'en avais vu deux et pas les autres, quand j'en avais vu cinq et pas les autres. C'est un travail, je ne dis pas qu'elles sont d'accords avec tout, elles ont leur position et elle sera respectable cette position, la nôtre aussi sera respectable. Mais ce que je veux dire c'est que la méthode est importante. Nous allons prsenter aux organisations syndicales ces textes, nous allons les présenter à elles d'abord pour des raisons assez simples, c'est que nous avons travaillé avec elles. C'est la raison pour laquelle je pense que vous comprendrez bien que je ne vais pas aujourd'hui vous décrire point par point l'ensemble des 5 ordonnances.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Non, mais plus de souplesse, on est bien d'accord, vous allez me dire, vous m'arrêtez si je dis des bêtises, vous savez, on va changer, si je dis une bêtise vous m'arrêtez, ça peut arriver.

EDOUARD PHILIPPE
Elles correspondront, on mais là aussi, ce sera peut-être un peu général pour votre question, mais quand même elles correspondront à ce sur quoi on s'est engagé avec le président de la République et devant la majorité. C'est-à-dire que ces ordonnances, elles sont…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Plus de souplesse, plus de protection.

EDOUARD PHILIPPE
Elles sont l'écriture de ce qui est dans la loi d'habilitation qui a été discutée au Parlement, on ne part pas de rien, donc oui, il y aura des dispositions qui permettent d'améliorer la négociation soit dans l'entreprise, soit dans la branche.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Soit dans l'entreprise, soit dans la branche.

EDOUARD PHILIPPE
Oui, il y aura des dispositions qui permettront de mettre en oeuvre ce qui s'est appelé pendant un temps le compte pénibilité et qui va désormais s'appeler le compte de prévention et qui permettra en garantissant les droits acquis d'avoir un système beaucoup plus simple de mise en oeuvre du dispositif.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Compte de prévention alors…

EDOUARD PHILIPPE
Je pense que ce sera une avancée majeure sur ce point et j'en suis extrêmement fier, parce que la précédente majorité…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Trop compliqué le compte de pénibilité disent les chefs d'entreprise.

EDOUARD PHILIPPE
Le compte de pénibilité, dix critères, il y en a six qu'on arrivait à appliquer et quatre qu'on ne savait pas. Alors on avait créé des droits mais, on ne savait pas les mettre en oeuvre. On va régler cette question, ce sera l'objet d'une des 5 ordonnances. Il y en aura sur le paritarisme, il y en aura sur la simplification des institutions représentatives du personnel, il y aura dans ces 5 ordonnances ce qui a été discuté au moment de la loi d'habilitation.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous m'arrêtez si je dis des bêtises, élargissement des accords d'entreprises, vous dites oui, conditions de travail et salaire, vous…

EDOUARD PHILIPPE
Non, pardon mais on ne va pas rentrer…

JEAN-JACQUES BOURDIN
On ne va pas rentrer dans les détails.

EDOUARD PHILIPPE
Non, mais pour une raison simple, c'est que, encore une fois je sais que vous aimez les choses précises et que ce serait réduire et probablement appauvrir le débat public, qui aura lieu, qui a déjà commencé sur ce sujet, que de prendre comme ça, point par point.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous avez vu toutes les manifestations prévues déjà.

EDOUARD PHILIPPE
Non mais, ça fait partie du débat, j'assume ce débat. Je suis totalement serein face à ce débat. Mais simplement il faut le prendre au sérieux, donc il y a eu une discussion sérieuse avec les organisations syndicales, la semaine prochaine on présentera les textes. Je pourrais répondre à toutes vos questions quand on aura présenté le texte, je le ferai avec plaisir si vous avez envie de me réinviter, je viendrai avec plaisir, mais je pense qu'il faut prendre les processus et les méthodes au sérieux.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Alors Edouard PHILIPPE, nous allons, il est déjà 56, le temps passe vite. Nous avons une demi-heure encore ensemble avec les auditeurs, moi j'ai encore, plein, plein de questions précises sur l'ISF, sur, je ne sais pas moi sur le budget, le futur budget, sur l'exonération des charges sur les heures supplémentaires, sur les universités, vous avez des informations à nous donner sur les universités, nous nous retrouvons juste après 9h00 avec nos auditeurs, plusieurs auditeurs et téléspectateurs qui vont vous interroger, à tout de suite, merci.

EDOUARD PHILIPPE
Merci.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Edouard PHILIPPE, le Premier ministre est notre invité, Edouard PHILIPPE, vous avez pu obtenir des précisions pendant cette pause.

EDOUARD PHILIPPE
Tout à l'heure monsieur BOURDIN, vous m'avez posé deux questions précises, elles étaient parfaitement légitimes, il se trouve que je n'ai pas toujours en tête tous les chiffres, je l'assume bien volontiers…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Alors les pensions de retraite vont-elles augmenter ?

EDOUARD PHILIPPE
Quand je ne sais pas je vérifie.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Alors les pensions de retraite vont-elles augmenter ?

EDOUARD PHILIPPE
Les pensions de retraite vont augmenter, elles augmenteront au 1er octobre à hauteur de l'inflation, donc il n'y a pas de sujet là-dessus. Et la deuxième question que vous avez posé qui était une question intéressante, qui était l'augmentation de la CSG sur un certain nombre de natures de revenus, je vous avais dit que ni les indemnités journalières, ni les allocations chômage, ni les petites pensions n'étaient concernées, il reste la question des indemnités qu'on touche en matière d'invalidité et en fait cette question n'est pas encore tranchée…

JEAN-JACQUES BOURDIN
En discussion…

EDOUARD PHILIPPE
Elle est encore en discussion, donc on va prendre la décision rapidement, elle n'est pas encore prise, mais vous comprenez, je pense, compte tenu de ce que je vous ai dit sur la nature des recettes qui n'étaient pas impactées par l'augmentation de la CSG, qu'il y a quand même une orientation qui se dessine, mais je veux pouvoir la mesurer précisément avant de pouvoir m'avancer.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Alors j'ai encore en réserve trois questions précises.

EDOUARD PHILIPPE
J'en suis sûr…

JEAN-JACQUES BOURDIN
La prime d'activité va augmenter ?

EDOUARD PHILIPPE
La prime d'activité va augmenter.

JEAN-JACQUES BOURDIN
De combien ?

EDOUARD PHILIPPE
Le président de la République s'y est engagé.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais je sais.

EDOUARD PHILIPPE
Vous verrez ça au moment de la présentation du budget, mais elle va augmenter, encore une fois…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Elle va augmenter…

EDOUARD PHILIPPE
Elle va augmenter. Vous savez, le président de la République a pris des engagements qui étaient clairs pendant la campagne, moi je vais les tenir.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Il va falloir les tenir.

EDOUARD PHILIPPE
Moi, je vais les tenir.

JEAN-JACQUES BOURDIN
L'allocation pour les adultes handicapés.

EDOUARD PHILIPPE
Elle va augmenter.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Elle va augmenter ?

EDOUARD PHILIPPE
Absolument.

JEAN-JACQUES BOURDIN
900 euros.

EDOUARD PHILIPPE
Elle va augmenter dès 2018 et elle va augmenter de façon inusitée, c'est-à-dire de façon assez massive. Là encore…

JEAN-JACQUES BOURDIN
C'est-à-dire jusqu'à 900 euros ?

EDOUARD PHILIPPE
Elle augmentera à terme à mon avis, l'idée ce sera de la faire sortir en effet d'en dessous du seuil de pauvreté, donc elle augmentera à terme, mais dès 2018 elle augmentera, entendez bien ce que je dis monsieur BOURDIN.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Massivement.

EDOUARD PHILIPPE
Dès 2018 l'allocation adulte handicapé augmentera conformément aux engagements qui ont été pris.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Et le minimum vieillesse ?

EDOUARD PHILIPPE
Le minimum vieillesse augmentera également.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Il augmentera aussi ?

EDOUARD PHILIPPE
Oui.

JEAN-JACQUES BOURDIN
En 2018, ce sera contenu dans le budget ?

EDOUARD PHILIPPE
A partir de… allez encore une fois vous me laissez vérifier pour ne pas vous dire d'inexactitude.

JEAN-JACQUES BOURDIN
D'accord, d'accord. Les universités, tiens, vous savez ce que nous allons faire, nous allons prendre un étudiant, je crois que nous avons un étudiant qui nous a appelé à propos des APL. Il s'appelle Yanis, il a 20 ans, il est étudiant en Ile et Vilaine. Est-ce que vous êtes avec nous Yanis ?

YANIS
Oui, bonjour Jean-Jacques, bonjour Monsieur le Premier ministre.

EDOUARD PHILIPPE
Bonjour.

YANIS
Alors moi j'ai une question par rapport aux APL, parce que vous avez mis une réforme comme quoi les APL allaient baisser de 5 euros à partir du mois d'octobre, moi j'avais une question de savoir si vous vous rendez compte des conséquences que ça peut amener par rapport à nous les étudiants de cette baisse-là ? Parce que quand on fait le calcul sur une année scolaire, donc de dix mois, ça nous fait 50 euros en mois d'APL, en sachant que les étudiants, ils n'ont que cette aide-là dans l'année pour pouvoir faire leurs courses, pour pouvoir payer leur loyer, pour pouvoir payer leur moyen de transport pour aller en cours, est-ce que vous vous rendez compte quand même des conséquences que ça peut amener ?

EDOUARD PHILIPPE
Oui, d'abord bonjour Monsieur. Je vois parfaitement ce que peut représenter une diminution et notamment une diminution au rabot d'une prestation sociale pour ceux qui en ont le plus besoin et je ne prends pas du tout ça à la légère. Mais pour vous répondre, il faut que je prenne un petit peu de temps, si monsieur BOURDIN…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, oui. Allez-y c'est important, le sujet est trop important, il a nourri l'actualité au mois de juillet.

EDOUARD PHILIPPE
Je voudrais traiter à travers la question spécifique des étudiants, puisque Yanis, pardon, je ne connais pas votre nom de famille, donc monsieur Yanis, d'abord la question des étudiants, plus exactement la question de l'éducation et de l'enseignement supérieur, elle est totalement centrale. On peut remettre les comptes en ordre, on peut assurer la sécurité des Français, si on ne développe pas dans notre pays l'intelligence, le savoir, l'innovation, il ne se passera rien de durable. Donc je suis convaincu au plus profond de moi-même qu'un des enjeux essentiels de notre société, de notre temps, de notre nation, c'est d'amélioration son niveau d'éducation et d'enseignement supérieur. C'est pour cela que le ministre de l'Education a décidé d'avoir une politique extrêmement ambitieuse sur les petites classes, c'est-à-dire au moment où énormément de choses se jouent, parce qu'on a un système que même s'il permet encore de produire de l'excellence, qui même s'il continue à fonctionner en moyenne produit trop, malheureusement de jeunes gens qui ne maitrisent pas les savoirs fondamentaux à la sortie de l'école primaire, qui ne sont pas à l'aise avec la lecture, qui ne sont pas à l'aise avec l'écriture et qui ne sont donc pas à l'aise à l'école et qui ne peuvent pas du coup profiter de cet instrument absolument essentiel. Donc un effort très grand sur l'éducation nationale, mais je suis certain que Jean-Michel BLANQUER aura l'occasion de l'expliquer.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Il sera là lundi.

EDOUARD PHILIPPE
C'est la raison pour laquelle je dis, il pourra le détailler. Sur l'enseignement supérieur, et donc sur les étudiants, là encore un défi absolument majeur, un défi en terme de qualité de vie des étudiants, de pouvoir d'achat des étudiants qui baisse, et un défi en terme de réussite des étudiants, les deux sont également importants. La question des étudiants, c'est aussi bien la façon dont ils étudient que le succès dans leurs études. Je commende là encore par le succès dans les études et puis ensuite je parlerai du pouvoir d'achat spécifiquement. Il y a un chiffre qui devrait, Monsieur BOURDIN, vous glacer le sang, à vous comme à tous ceux qui nous écoutent, 60 % d'échecs au bout de quatre ans à l'université, notre système sélectionne par l'échec. On crée des bacheliers, on leur dit vous allez pouvoir faire des études supérieures et au bout de quatre ans, normalement on a sa licence en trois ans, au bout de quatre ans, il y a 60 % d'échecs, c'est terrible, c'est un gâchis, humain d'abord, financier évidemment. Mais à la limite un gâchis humain considérable. Une frustration considérable, c'est du gâchis. Nous, ce qu'on veut, c'est changer ça.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous allez changer ?

EDOUARD PHILIPPE
Et on va changer ça, la ministre de l'Enseignement…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Comment ?

EDOUARD PHILIPPE
… supérieure.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Qu'est-ce que vous allez faire ?

EDOUARD PHILIPPE
La ministre de l'Enseignement supérieur et de la Recherche est en train de préparer et donc de discuter, là encore une fois il ne s'agit pas de faire sortir de son crâne… est en train de préparer, de discuter avec les organisations, avec les universités un plan étudiants qui comporte un volet réussite étudiante, réussite scolaire, on va dire, réussite étudiants et un volet pouvoir d'achat…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Je vais revenir sur le pouvoir d'achat, le plan pour quand ?

EDOUARD PHILIPPE
Je crois qu'elle rencontre, enfin ce n'est pas que je crois, c'est que je sais, qu'elle rencontre dès le début delà semaine prochaine, un certain nombre d'organisations…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc à l'automne.

EDOUARD PHILIPPE
Donc on va avancer sur ce plan très vite parce que c'est essentiel de pouvoir sortir…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Les grandes lignes de ce plan ?

EDOUARD PHILIPPE
Meilleure orientation. Il faut passer de cette sélection par l'échec où on fait croire…

JEAN-JACQUES BOURDIN
C'est-à-dire sélection à l'entrée de l'université.

EDOUARD PHILIPPE
Non.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Meilleure orientation…

EDOUARD PHILIPPE
Ce n'est pas la même chose.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ce n'est pas la même chose, c'est-à-dire qu'on va dire à l'étudiant, votre choix est bouché.

EDOUARD PHILIPPE
Aujourd'hui on a un système…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Une filière bouchée…

EDOUARD PHILIPPE
Aujourd'hui on a un système en droit qui est formidable, sur le papier, c'est le top, vous avez votre Bac, vous pouvez vous inscrire à peu près où vous voulez, vous êtes certain d'avoir une place, c'est merveilleux. Sauf que ça c'est très beau…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ça c'est fini.

EDOUARD PHILIPPE
Ce n'est pas que c'est fini.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ce sera fini.

EDOUARD PHILIPPE
C'est que ça ne marche pas aujourd'hui.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ça ne marche pas, donc ce sera fini.

EDOUARD PHILIPPE
Ça ne marche pas aujourd'hui, c'est 60 % d'échecs et c'est l'extravagante histoire du tirage au sort pour régler…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ce qui veut dire que l'étudiant sera obligé de choisir avant.

EDOUARD PHILIPPE
Ce qui veut dire qu'on va faire en sorte…

JEAN-JACQUES BOURDIN
On va le guider.

EDOUARD PHILIPPE
Que les procédures de choix qui existent déjà, soient beaucoup plus éclairées, ça veut dire qu'on va expliquer à un étudiant que s'il veut choisir telle formation, il faut qu'il ait un certain nombre de compétences pré requises, des pré-requis qui lui permettent… et s'il ne les a pas, ça ne veut pas dire qu'il n'aura pas le droit de s'inscrire, mais ça veut dire qu'il devra prendre un certain nombre de cours complémentaires, un certain nombre de formations complémentaires pour être au moins dans des dispositions où il a une chance de pouvoir réussir. Donc on a un énorme effort…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mieux orienter, aider à accompagner les jeunes à choisir leur direction universitaire...

EDOUARD PHILIPPE
Exactement. Et c'est décisif parce qu'on a des trucs de dingue, on a des gens qui passent des Bacs Pro, qui vont dans l'enseignement supérieur général alors qu'ils n'ont pas été préparés pour ça, et on a des gens qui ont fait des Bacs généraux qui vont dans des filières extrêmement courtes, qui sont plutôt professionnalisantes, qui n'ont pas été forcément conçues pour eux. Donc on a des embouteillages, on a aussi, vous le savez, un nombre déraisonnable d'inscriptions dans des filières qui n'exigent pas autant d'étudiants, il faut donc faire en sorte de pouvoir mieux orienter les flux et mieux éclairer surtout les étudiants. Encore une fois, il ne s'agit pas de dire, vous ce sera ça, vous ce sera ça, et ce sera à tel endroit, il s'agit de les éclairer pour qu'ils puissent réussir.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Bon, le pouvoir d'achat des étudiants.

EDOUARD PHILIPPE
Le pouvoir d'achat.

JEAN-JACQUES BOURDIN
« Les APL, c'est une connerie sans nom »…

EDOUARD PHILIPPE
Vous avez déjà posé la question à Gérard COLLOMB, le ministre de l'Intérieur, exactement dans les mêmes….

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, je vois que vous avez regardé.

EDOUARD PHILIPPE
Je vous suis Monsieur BOURDIN !

JEAN-JACQUES BOURDIN
C'est vrai, Emmanuel MACRON a dit cela ?

EDOUARD PHILIPPE
Je ne crois pas l'avoir entendu dire, dans ces termes…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Dans ces termes, mais enfin il l'a pensé quoi !

EDOUARD PHILIPPE
Ce qui est vrai c'est que si on avait pu faire autrement on l'aurait fait, ça je vous le garantis.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous avez mal fait les choses alors !

EDOUARD PHILIPPE
Non. Encore une fois…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Erreur de communication, c'était quoi ? Pourquoi annoncer, comme ça…

EDOUARD PHILIPPE
Encore une fois, cette baisse génrale des APL pour tout le monde, sans remise en cause des conditions d'attribution, elle est contenue dans le budget précédent, que moi j'exécute, mais que je n'ai pas voté, et ce n'est pas moi qui le dit Monsieur BOURDIN, c'est la lettre de cadrage adressée à la ministre du Logement, c'est le rapport…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc c'était le gouvernement précédent qui avait préparé cette baisse des APL ?

EDOUARD PHILIPPE
Qui ne l'a pas mise en oeuvre, et nous on est arrivé en mai, et si on voulait pouvoir verser les APL il fallait prendre cette mesure. C'est cité dans le rapport de la Cour des comptes, Monsieur BOURDIN, qui dit : il y a une mesure qui devait être prise, qui n'a pas été prise. Alors, on ne dit pas -5 euros, parce que d'ailleurs si on l'avait fait en janvier ça n'aurait pas été -5euros, nous on le fait en octobre, mais ce n'est pas intelligent. Evidemment que ce n'est pas intelligent, c'est une mesure de rabot.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ça a choqué !

EDOUARD PHILIPPE
Mais bien sûr, mais je comprends parfaitement, c'est une mesure de rabot, les mesures de rabot ce n'est jamais des bonnes mesures, parce que ce n'est jamais intelligent de faire du rabot, voilà, je ne peux pas vous dire autre chose.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Alors vous allez faire quoi maintenant, pour l'avenir ?

EDOUARD PHILIPPE
On va faire exactement avec la même philosophie que ce que j'ai essayé d'expliquer tout à l'heure, dans la première partie de notre entretien, sur les contrats aidés, c'est-à-dire : on a une politique du logement qui mobilise énormément d'argent public, c'est de l'ordre de 40 milliards, il y a 20 ans je crois que c'était de l'ordre de 20 milliards. Donc, année après année, on mobilise de plus en plus d'argent public pour cette question, et objectivement l'efficacité n'est pas au rendez-vous. Donc, soit on dit, ça veut dire qu'il faut mettre encore plus dans un panier percé, soit on se dit il faut peut-être changer le panier, il faut peut-être réfléchir autrement, à comment on envisage une politique du logement qui permet d'arriver… bon, je vais vous donner un exemple. Une grande partie de ceux qui bénéficient des APL sont logés dans des logements sociaux, avec des bailleurs sociaux, c'est-à-dire avec des organismes, parfaitement légitimes, totalement indispensables, qui travaillent très activement avec les pouvoirs publics, que ce soit des collectivités locales ou l'Etat. Notre objectif c'est, en discutant avec eux, en imaginant des mécanismes qui permettent de refinancer leurs emprunts quand il y en a, bref, c'est une discussion technique que nous pouvons avoir, mais de faire en sorte de baisser le loyer payé par celui qui est logé, et donc d'avoir un système dans lequel, peut-être, les APL diminuent, mais le loyer diminue en conséquence. Et vous savez que les APL, chez les bailleurs sociaux, elles sont versées directement aux bailleurs sociaux.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Autre réforme, donc globale, sur le logement, bientôt.

EDOUARD PHILIPPE
Donc, encore une fois, notre objectif c'est d'assumer des priorités en matière de défense et de sécurité, en matière de justice, en matière d'enseignement supérieur, on assume les priorités, et quand il y a des politiques publiques qui n'ont pas les résultats qu'elles devraient avoir, on les remet en question. Pas du tout en disant « elles ne sont pas bonnes et d'ailleurs c'est scandaleux d'en bénéficier », mais pas du tout, mais en essayant de faire en sorte d'avoir une dépense publique efficace. Et notre pays en a besoin. Il en a besoin intellectuellement, politiquement, financièrement, humainement.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais pourquoi ne pas exempter les étudiants de la baisse des APL ? Ça aurait pu être une idée.

EDOUARD PHILIPPE
Parce que pour les étudiants, notre objectif… ça permet de boucler un peu la…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Justement, c'est pour ça que je vous pose la question, pouvoir d'achat des étudiants…

EDOUARD PHILIPPE
Yanis, qui nous écoute toujours…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais il nous écoute toujours Yanis.

EDOUARD PHILIPPE
Je prends un exemple. Il y a 10 % des étudiants qui sont logés par le CROUS, on a pris, dès cette année, la décision de ne pas augmenter les loyers exigés par le CROUS, de ne pas augmenter le prix de la restauration universitaire, donc ça c'est gelé en 2017, 2018, pas de sujet là-dessus. Ensuite, on veut – et je pense que ce sera un des éléments du plan – on veut regarder, probablement pour l'améliorer, le dispositif de garantie de caution, s'agissant des étudiants. Il y a deux dispositifs aujourd'hui, je ne vais pas rentrer dans le détail technique…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Non, parce que c'est un peu compliqué.

EDOUARD PHILIPPE
Il y a le dispositif… on veut essayer de faire en sorte à la fois de les harmoniser, et de faire en sorte qu'ils fonctionnent mieux. Il y a un sujet qui sera peut-être évoqué par la ministre, c'est la question de la santé des étudiants.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui.

EDOUARD PHILIPPE
C'est souvent un sujet qu'on regarde un peu…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Non, les mutuelles sont chères, les mutuelles remboursent mal…

EDOUARD PHILIPPE
Pas suffisamment sérieusement…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Est-ce que vous allez affilier les étudiants au régime général ?

EDOUARD PHILIPPE
Attendez, attendez… avant ça, avant de se poser des questions de mécanique, posons-nous des questions de santé.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Eh bien oui, oui…

EDOUARD PHILIPPE
Les étudiants, ils sont jeunes, souvent, alors donc, comme ils sont jeunes, souvent ils sont plutôt en pleine forme, eh bien quand on raisonne comme ça, on se rend compte, derrière, qu'il y a énormment d'affections qui ne sont pas bien traitées, de consultations qui ne sont pas honorées…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Alors que faire ? Qu'allez-vous faire ?

EDOUARD PHILIPPE
Donc notre idée sera de réfléchir à un abaissement du coût de la rentrée 2018 – là on va discuter le budget pour 2018, donc je comprends ce que ça peut avoir de frustrant…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Abaissement du coût de la rentrée universitaire en 2018.

EDOUARD PHILIPPE
Abaissement du coût de la rentrée universitaire 2018, en réfléchissant sur les questions de logement, en réfléchissant sur les questions de santé, pour améliorer la prévention et la prise en compte des caractéristiques spécifiques de santé des étudiants, peut-être en s'appuyant sur les établissements d'enseignement supérieur… Absolument, tout ça c'est des choses sur lesquelles la ministre est en train de réfléchir, elle aura un certain nombre d'annonces à prononcer, elle a des discussions à avoir, à la fois avec les organismes de santé et avec les organisations syndicales, mais on est extrêmement déterminé, je le dis parce que c'est essentiel pour notre pays, à faire en sorte que d'abord la réussite étudiante…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ce sera l'une des priorités du budget 2018.

EDOUARD PHILIPPE
Absolument – la réussite étudiante soit mieux garantie, et les conditions de vie, on va dire, de l'étudiant mieux garanties.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Nous allons prendre dans un instant Xavier, qui est en duplex avec nous, qui est fonctionnaire dans les Alpes-Maritimes, mais auparavant je voudrais pour détendre, parce que je sens que vous vous détendez là, je sens que vous êtes encore plus vous-même…

EDOUARD PHILIPPE
Ah mais je ne suis pas tendu moi !

JEAN-JACQUES BOURDIN
Qu'au début de l'interview, Edouard PHILIPPE, je vais vous proposer d'écouter, de regarder un reportage qui a été réalisé par Romain POISOT, sur votre image. Vous allez voir. Alors, beaucoup de Français ne vous connaissent pas encore, écoutez, regardez.

(…)

JEAN-JACQUES BOURDIN
Alors, commentaire.

EDOUARD PHILIPPE
Je n'ai pas beaucoup de commentaire, je trouve que c'est un reportage intéressant.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Amusant, mais en même temps instructif.

EDOUARD PHILIPPE
Oui, instructif, mais au fond je pense qu'il dit assez bien ce que je suis. Moi j'ai commencé ma vie politique en étant élu local, adjoint au maire au Havre, adjoint d'Antoine RUFENACHT, qui a été un formidable maire du Havre et auprès de qui j'ai beaucoup appris, et puis j'ai travaillé avec Alain JUPPE à l'UMP, j'ai beaucoup appris aussi avec lui, c'est quelqu'un pour qui j'ai toujours une affection et une amitié considérable, et beaucoup d'admiration. Et puis en 2010 je suis devenu maire du Havre, et je me suis consacré à ça. Et puis j'ai été porte-parole d'Alain JUPPE, député en 2012, porte-parole d'Alain JUPPE pendant la primaire, et, vous me connaissez un petit peu, peut-être que ceux qui nous regardent me connaissent un petit peu…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Je vous connais professionnellement, on ne se connaît pas… à part que vous êtes maire du Havre et que nous allons vous affronter, affronter votre équipe, demain soir à Nîmes. Mais enfin bon, voilà…

EDOUARD PHILIPPE
Ah oui, en Ligue 2 de football, après un remarquable début de saison du Havre qui a gagné tous ses matchs…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, je sais du Havre, moins bon du nôtre, mais demain soir ça va être dur pour vous.

EDOUARD PHILIPPE
On verra.

JEAN-JACQUES BOURDIN
On verra, on verra…

EDOUARD PHILIPPE
Nous avons un désaccord sur ce point.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Parenthèse refermée.

EDOUARD PHILIPPE
Moi je ne cherche pas le spectaculaire pour le spectaculaire, je ne suis pas le grand fan de la petite phrase qui fait des reprises dans tous les sens, j'essaie de faire mon boulot sérieusement, sans me prendre trop au sérieux, mais en respectant la fonction…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vincent PHILIPPE, vous avez entendu ?

EDOUARD PHILIPPE
Oui, oui…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous aviez une anecdote à propos.

EDOUARD PHILIPPE
Non, mais vous savez, c'est toujours difficile de se faire un nom quand on a deux prénoms.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Revenons au concret, nous allons prendre Xavier, qui est fonctionnaire dans les Alpes-Maritimes, qui est en duplex avec nous. Bonjour Xavier.

XAVIER
Bonjour Jean-Jacques. Bonjour Monsieur le Premier ministre.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Alors votre question Xavier, allez-y.

XAVIER
Vous semblez assumer la hausse de la CSG, qui touchera les indépendants, les fonctionnaires, dont les compensations sont assez floues à trois mois de l'échéance tout de même, et les retraités, et c'est bien là le fond de ma question puisque les retraités seront touchés dès 1200 euros par mois, 1800 euros pour un couple, ce qui me semble un plafond très bas, selon où l'on vit en France. ma question elle est simple, je voudrais savoir pourquoi vous avez délibérément choisi de commencer par exiger des efforts des plus petits contribuables français, et que vos ministres, et certains parlementaires, culpabilisent à longueur d'interviews ?

EDOUARD PHILIPPE
Alors, d'abord vous posez la question de la CSG. Encore une fois, aux exceptions près que j'ai indiquées tout à l'heure, les petites pensions qui ne sont pas concernées, en dessous de 1200 euros, chômage…

JEAN-JACQUES BOURDIN
1800 pour un couple.

EDOUARD PHILIPPE
Indemnités journalières, en dehors de ces recettes, la CSG elle est perçue sur l'ensemble des recettes. Un mot pour dire qu'elle est également perçue sur les revenus du capital, et que donc, en augmentant la CSG sur les revenus du capital, on va financer une augmentation de pouvoir d'achat pour les actifs, il ne faut pas l'oublier. Ce n'est pas simplement sur les plus petits contribuables que la CSG elle pèse, y compris sur les plus gros, et y compris sur des recettes, et sur des revenus, qui ne sont pas simplement, soit des revenus de transfert, soit des revenus d'activité. Je le précise, parce qu'il ne faut pas perdre ça de vue. Pourquoi est-ce que encore une fois on a pris cette mesure qui est un choix politique, que j'assume ? Parce qu'on a considéré qu'il fallait donner aux actifs une augmentation de pouvoir d'achat ; parce que c'est absolument essentiel que le travail paie dans notre pays. Ca ne veut pas dire qu'on n'aime pas les autres, pas du tout, en aucune façon ; encore une fois un certain nombre de retraités, puisque c'est la question posée par monsieur, vont bénéficier, au fur et à mesure, de sa mise en place, de la diminution de la taxe d'habitation, et ça aura un impact non négligeable c'est évident. Mais notre objectif c'est de redonner un sens et de redonner du pouvoir d'achat aux actifs de ce pays. Et je pense qu'il y a là quelque chose d'essentiel, le fait que le travail paie c'est absolument indispensable. C'est aussi absolument indispensable pour remobiliser l'ensemble de la société, pour bien comprendre que notre richesse nationale, globale, notre façon de vivre, ce à quoi nous sommes attachés, nos efforts de solidarité, notre capacité à assumer une solidarité nationale sera d'autant plus forte qu'il y aura plus de gens qui travaillent et que le travail paiera. Donc on est vraiment dans cette logique qui est un choix politique, qui comme tous les choix politiques vont appeler des critiques, mais c'est normal, c'est normal…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, de la France dite moyenne. Au-delà de la moyenne, 3000 euros par mois de retraite c'est important, c'est au-delà de la moyenne, mais quand vous touchez 3000 de retraite avec la hausse de la CGS ça fait 600 euros par an en moins, 50 euros par mois.

EDOUARD PHILIPPE
Pendant la campagne électorale il y avait des gens qui pensaient que la bonne solution c'était d'augmenter la TVA de 2 points, qui touche indifféremment tous les revenus. Nous on n'a pas choisi ça. Ça serait vu aussi, croyez-moi. Ca n'aurait été appliqué que sur la consommation. Les recettes du capital elles n'auraient pas été concernées par la hausse. Donc je considère que …

JEAN-JACQUES BOURDIN
…

EDOUARD PHILIPPE
Ensuite, il y a un certain nombre de dispositions qui vont faire effectivement qu'il y ait un capital circulant plus fort dans l'économie…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Les riches seront encore plus riches, non ?

EDOUARD PHILIPPE
Non, non, non, attendez, là-dessus.

JEAN-JACQUES BOURDIN
A travers l'ISF, par exemple, la réforme qui va favoriser les gros patrimoines, les actionnaires !!

EDOUARD PHILIPPE
On va en 2018 supprimer l'impôt de solidarité sur la fortune tel qu'il existe aujourd'hui. On va sortir de l'assiette de cet ancien impôt tout ce qui est relatif au capital productif - on va dire - et on va conserver un impôt applicable sur le patrimoine immobilier à partir d'un seuil qui est le seuil actuel. En vérité, il n'y a pas de changement sur la partie immobilière de l'ISF. Mais sur tout le reste, il y a un changement. Pourquoi ? Parce qu'on considère que si on veut créer de la richesse, si on veut faire repartir l'économie française, il faut que le capital serve à investir, serve à produire, et il faut donc faire en sorte qu'il soit plus circulant. Là encore c'est un choix politique et accessoirement c'est un choix politique qui a été annoncé. On n'est pas du tout dans quelque chose où on prendrait les Français par surprise, ça a été dit pendant la campagne présidentielle par le président de la République. Ca a été dit pendant la campagne législative par les candidats de La France en Marche, de la République en Marche, pardon, et donc évidemment c'est quelque chose qu'on va mettre en oeuvre comme tous les aspects qui ont été annoncés et promis par le président de la République.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Bien. Alors annoncé et promis par le président de la République, la gratuité des soins dentaires. Je me souviens.

EDOUARD PHILIPPE
Oui. Alors la meilleure prise en compte des soins dentaires…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Les prothèses auditives et des lunettes. Dentiste en Haute Garonne, Matthieu 25 ans.

MATTHIEU, AUDITEUR DENTISTE EN HAUTE GARONNE
Bonjour Jean-Jacques, bonjour monsieur le Premier ministre.

EDOUARD PHILIPPE
Bonjour monsieur.

MATTHIEU
Ma question elle porte sur le mode de financement de ces prothèses à 100 %, est-ce que vous allez les financer en augmentant les cotisations des Français ? est-ce en ayant recours à l'apparition de prothèses low cost ou provenant de pays exotiques ? Ou bien en faisant pression sur les mutuelles dont les frais de gestion et de publicité selon l'UFC Que Choisir atteignent 7 milliards d'euros, ce qui serait suffisant pour couvrir le reste à charge de tous les Français ?

EDOUARD PHILIPPE
Je ne vais pas répondre complètement à votre question, c'est une bonne question et j'ai le sentiment en vous écoutant la poser que vous êtes plutôt partisan de la troisième solution, et je peux comprendre que ce soit celle que vous privilégiez.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Très bonne question.

EDOUARD PHILIPPE
Je ne vais pas vous répondre complètement à cette question parce qu'on est en train de travailler sur ces sujets. Et encore une fois je comprends ce qu'il peut y avoir de frustrant pour nos auditeur quand je dis « on est en train de travailler sur ce sujet ». Mais d'abord je préfère et j'assume parfaitement l'idée qu'avant d'annoncer des choses on les travaille, on les mesure et on les discute ; donc ça de ce point de vue là je n'ai aucun problème à dire ça. Et ensuite je voudrais simplement rappeler aux Français, et après je réponds à votre question, je voudrais simplement rappeler aux Français que le premier budget sur lequel nous allons pouvoir imprimer notre marque il commencera à être appliqué – s'il est adopté par le Parlement – le 1er janvier 2018. Et que donc moi je suis là pour mettre en oeuvre ce qui a été promis par le président de la République…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc il contiendra une baisse….

EDOUARD PHILIPPE
Mais je ne peux pas le faire dans les trois premiers mois, je ne peux pas le faire…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous ne pouvez pas le faire tout de suite… on est bien d'accord…

EDOUARD PHILIPPE
Remarquez avec moi monsieur BOURDIN que tout au long de l'entretien que nous venons d'avoir, et que nous allons continuer à avoir pendant quelques minutes, je vous ai indiqué tout ce que nous allions faire à partir de 2018, c'est-à-dire à partir du moment où nous entrons dans la possibilité d'imprimer notre marque sur le budget. Donc l'engagement pris sur les prothèses auditives, sur les lunettes et sur les soins dentaires, nous sommes en train d'y travailler. Il faudra travailler avec l'ensemble des acteurs, c'est-à-dire les mutuelles bien entendu, c'est-à-dire la sécurité sociale évidemment, c'est-à-dire aussi les professionnels quels qu'ils soient dans leur champ de compétence, pour arriver à l'objectif qui a été clairement défini, et qui, parce qu'il a été clairement défini, sera atteint.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Dès 2018 un début de …

EDOUARD PHILIPPE
Je pense qu'il va attaquer le sujet à partir de 2018, je ne peux pas vous garantir qu'à la fin de 2018 la totalité du sujet sera traité.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Le terrorisme. Le terrorisme, sujet qui occupe et préoccupe plus les Français. Vous avez vu les dernières informations, ce qui s'est passé à Barcelone, est-ce qu'on en sait un peu plus sur la présence de deux des auteurs de l'attentat …

EDOUARD PHILIPPE
On sait qu'un des véhicules qui a été utilisé pour les actes criminels et les attentats terroristes de Barcelone est passé en France…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Même à Paris.

EDOUARD PHILIPPE
Il est passé à Paris, et l'enquête est évidemment en train d'être conduite pour déterminer ce que nous pouvons savoir et le maximum de choses que nous pouvons savoir sur les raisons, les modalités…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Question que tout le monde se pose, est-ce que cette cellule préparait un attentat aussi en France et notamment en région parisienne ?

EDOUARD PHILIPPE
Question à laquelle je ne donnerais pas de réponse aujourd'hui parce que ces sujets sont l'objet d'une enquête et que entre le plaisir de répondre à votre question et l'efficacité de l'enquête, pardonnez-moi monsieur BOURDIN….

JEAN-JACQUES BOURDIN
Et les menaces sont toujours aussi fortes.

EDOUARD PHILIPPE
Elles sont élevées.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Très élevées ?

EDOUARD PHILIPPE
Et parfois j'entends des gens qui parfois ….nous ne pouvons pas nier le niveau de menace, parce que personne ne nie le niveau de menace, mais ….

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous voulez dire par là qu'on s'habitue ?

EDOUARD PHILIPPE
Ce n'est pas du tout mon cas. Je pense que parfois on ne réalise pas complètement la dangerosité de la situation dans laquelle nous …

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais comment s'habitue t-on ? En ne nommant pas ….

EDOUARD PHILIPPE
Je n'ai pas dit que je m'habituais …

JEAN-JACQUES BOURDIN
Non pas vous, au contraire, mais certains.

EDOUARD PHILIPPE
Je suis en train de vous dire qu'il faut faire attention à l'idée qu'au fond on oublierait.

JEAN-JACQUES BOURDIN
En ne nommant pas le danger, par exemple en ne parlant pas de terrorisme islamiste.

EDOUARD PHILIPPE
Mais moi je n'ai aucun problème avec cette expression. Il est clair qu'il y a une fraction que je considère réduite, mais extrêmement virulente, d'un islam radicalisé qui a basculé ou est sur le point de basculer, ou pourrait basculer dans des actions terroristes. Et donc il faut, pour garantir un bon niveau de sécurité aux Français, il faut agir sur tous les plans. Il faut agir sur le plan militaire car une partie des opérations de protection contre le terrorisme est militaire, sur les théâtres d'opération extérieurs, nous le savons, et ça ça correspond à l'engagement pris par le président de la République d'augmenter massivement l'année prochaine, en 2018, mais pendant les années qui suivront, le budget des armées.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Combien l'année prochaine, 2018 ?

EDOUARD PHILIPPE
Le président de la République l'a dit, 1 milliard 600 millions supplémentaires.

JEAN-JACQUES BOURDIN
L'année prochaine ?

EDOUARD PHILIPPE
Et les années suivantes, la même chose. Donc on est dans un effort très lourd, que nous assumons, c'est un choix politique. Nous vivons dans un pays, nous vivons dans une époque, dans une région du monde, et dans une époque qui est une époque dangereuse. Donc nous devons avoir une garde haute. C'est un apprenti, un amateur boxeur qui vous parle. La deuxième chose, c'est que nous devons avoir une mobilisation des forces de sécurité sur le territoire national qui nous permette le plus haut niveau de sécurité possible aux Français. Et là encore je n'utilise pas les mots à la légère, « le plus haut niveau de sécurité possible », ça veut dire que personne ne peut garantir l'efficacité absolue. Personne. Ceux qui vous garantissent l'efficacité absolue ce sont des clowns, des clowns. Nous voulons garantir le plus haut niveau possible de sécurité pour préserver et pour garantir la sécurité des Français. Ca passe, monsieur BOURDIN, par une mobilisation des forces de police, ça passe par des dépenses, ça passe par des travaux et des travaux importants en matière de justice ; ça passe aussi par la création d'instrument juridique. Nous nous sommes engagés à lever l'état d'urgence au 1er novembre prochain parce qu'on ne peut pas rester dans l'état d'urgence, il a été crée en 2015, enfin il n'a pas été crée, il a été mis en oeuvre en 2015 après les attentats, c'était une bonne décision, j'étais député de l'opposition je l'ai voté évidemment, mais on ne peut pas en rester là, on ne peut pas rester durablement dans cet état d'urgence, donc on doit en sortir. Le président de la République s'est engagé à le faire au 1er novembre. Nous avons soumis au Sénat d'abord et à l'Assemblée nationale à la rentrée parlementaire un texte qui vise à renforcer notre capacité d'action, la capacité d'action des services de police-justice s'agissant spécifiquement, et je dis bien spécifiquement, de la lutte contre le terrorisme. Vous vous souvenez peut-être monsieur BOURDIN que la dernière fois que je suis venu vous voir vous m'avez posé des questions sur le sujet, en me disant « est-ce qu'on ne va pas trop loin dans ce texte, est-ce que ce texte ne serait pas liberticide ? ». Toutes les mesures que nous prenons sont évidemment sous le contrôle du juge, évidemment, et évidemment notre objectif c'est de rester dans le cadre constitutionnel d'une préservation de liberté d'expression et de la liberté. Mais nous voulons garantir la sécurité des Français. Un dernier point sur la sécurité des Français, forces armées, service de police et de sécurité, bien entendu c'est indispensable. Il y a un point, il faut aussi que les Français, vous, moi, tous les Français, tous ceux qui nous écoutent aient conscience que cette lutte c'est une lutte collective, c'est pas simplement l'armée française au loin ou au près avec l'opération Sentinelle ; c'est pas simplement les services de police, c'est une vigilance permanente, une vigilance permanente dans les lieux publics, une vigilance permanente dans ce que nous voulons dire de ce que nous sommes, et comment nous défendons ce que nous sommes. Pardon monsieur BOURDIN, j'utilise des termes généraux, je sais qu'on arrive au terme de cet entretien, mais nous ne pouvons pas, nous ne voulons pas et nous ne devons jamais renoncer à ce que nous sommes. Nous sommes un pays de liberté, de croire ou de ne pas croire. Nous sommes un pays de liberté d'expression, nous sommes un pays de liberté culturelle et nous ne renoncerons pas à ça, jamais, jamais !

JEAN-JACQUES BOURDIN
Merci Edouard PHILIPPE d'être venu nous voir ce matin, d'avoir accepté de répondre à toutes nos questions.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 25 août 2017

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