Interview de M. Gérard Collomb, ministre de l'intérieur, à France Info le 7 septembre 2017, sur la gestion de l'après-Irma à Saint-Martin et Saint-Barthélemy et l'arrestation de présumés terroristes en lien avec la découverte d'un laboratoire d'explosifs à Villejuif. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Gérard Collomb, ministre de l'intérieur, à France Info le 7 septembre 2017, sur la gestion de l'après-Irma à Saint-Martin et Saint-Barthélemy et l'arrestation de présumés terroristes en lien avec la découverte d'un laboratoire d'explosifs à Villejuif.

Personnalité, fonction : COLLOMB Gérard, APHATIE Jean-Michel.

FRANCE. Ministre de l'intérieur;

Circonstances : Passage de l'ouragan Irma sur les îles Saint-Martin et Saint-Barthélemy, de Barbuda et de Porto Rico, le 6 septembre 2017

ti : BRUCE TOUSSAINT
Notre invité ce matin est le ministre de l'Intérieur, Gérard COLLOMB. Jean-Michel APHATIE.

JEAN-MICHEL APHATIE
Bonjour Gérard COLLOMB.

GERARD COLLOMB
Bonjour.

JEAN-MICHEL APHATIE
L'ouragan Irma a dévasté hier soir les îles de Saint-Barthélemy et de Saint-Martin, une habitante de Saint-Martin témoigne de la violence de cet ouragan.

DANY MAGIN-VERGE, HABITANTE DE SAINT-MARTIN
L'immeuble où j'étais tremblait, on avait l'impression qu'il allait imploser. Les feuilles de tôle se sont arrachées, et nous avons commencé à avoir de l'eau dans la maison. Après, le vent, et l'eau, tout est rentré dans la maison, et comme il y avait quand même des objets, donc c'était un fracas infernal. On avait l'impression que ça avait été soufflé par une bombe atomique, moi, c'est presque ce que j'ai envie de dire, tout était soufflé, éventré, on n'en croyait pas nos yeux, on se disait : mais ce n'est pas possible.

JEAN-MICHEL APHATIE
Voilà, ce témoignage restitue bien les scènes de désolation qui existent aujourd'hui sur ces îles. Quel est le bilan humain, pour commencer peut-être par-là, Gérard COLLOMB, que vous pouvez établir ce matin, au micro de France Info ?

GERARD COLLOMB
Alors, d'abord, bien évidemment, je voudrais exprimer ma sympathie à l'égard des habitants de ces deux îles, le bilan, pour le moment, est de 8 morts et 23 blessés, mais c'est un bilan qui peut évoluer, parce que, voyez, on n'a pas eu le temps encore de reconnaître toutes les côtes, et donc les gens qui étaient le plus exposés aux vagues, et c'est ce matin véritablement, au lever du jour, là-bas, que va commencer la reconnaissance des deux îles.

JEAN-MICHEL APHATIE
Voilà, on imagine effectivement beaucoup d'habitations détruites, donc peut-être des gens qu'il faut secourir, bien sûr, et peut-être…

GERARD COLLOMB
Oui, bien sûr, si vous voulez, cet ouragan, on l'avait vu venir, puisqu'il y a quatre jours à peu près qu'on en suivait la trajectoire, nous avons ouvert avant-hier une cellule de crise, avec l'ensemble des ministères présents. Nous avions déjà envoyé un bataillon pour pouvoir être présents lorsqu'il arriverait, et depuis, nous n'avons cessé d'envoyer des secours, il y a encore un avion qui part ce matin.

BRUCE TOUSSAINT
Vous redoutez un bilan beaucoup plus lourd ?

GERARD COLLOMB
Oui, c'est possible que lorsque l'on découvrira l'ensemble des deux îles, il y ait un bilan qui soit beaucoup plus lourd, hélas.

JEAN-MICHEL APHATIE
On a appris que, Annick GIRARDIN, notamment, ministre de l'Outre-mer, qui est arrivée sur place, enfin, elle est en Guadeloupe, là, et donc, qui commence à acheminer les premiers secours, effectivement, avec des chiens qui peuvent, dans les décombres, essayer d'aider des gens, de retrouver des personnes qui sont prisonnières, donc effectivement, le bilan s'alourdir dans les heures qui viennent.

GERARD COLLOMB
Bien sûr, elle était avec nous dans la cellule de crise hier, elle est partie à 21 hier soir, donc elle est arrivée aujourd'hui sur les îles, et évidemment, elle va découvrir avec les secours l'étendue du désastre créé par le cyclone.

BRUCE TOUSSAINT
Pour être précis, ce bilan de 8 morts et 23 blessés, que vous nous donnez ce matin, sur France Info, c'est un bilan qui concerne les deux îles ou uniquement Saint-Martin ?

GERARD COLLOMB
Non, c'est un bilan qui concerne les deux îles.

JEAN-MICHEL APHATIE
Les deux îles, alors, on avait déjà un bilan de 6 morts à Saint-Martin, ça veut dire 2 morts à Saint-Barthélemy ?

GERARD COLLOMB
Oui, ça veut dire que, aujourd'hui, on a à la fois la préfète qui envoie des informations, et puis, en même temps, le président, qui recoupe ces informations. Mais les chiffres vont bouger évidemment dans la journée.

JEAN-MICHEL APHATIE
Les autorités locales de Saint-Martin disent que l'île est détruite à 95 %, ça veut dire que les services publics ne fonctionnent plus, que les hôpitaux ne fonctionnent plus, ça…

GERARD COLLOMB
Oui, bien sûr, on s'est aperçu hier par exemple que la préfecture était totalement détruite…

JEAN-MICHEL APHATIE
A Saint-Martin…

GERARD COLLOMB
La préfète a été obligée de se réfugier dans l'ancienne préfecture. L'hôpital avait vu sa toiture envolée, et donc les malades s'étaient réfugiés dans le premier étage et dans le sous-sol. L'ensemble des équipements publics a été détruit, l'électricité ne fonctionnait plus, l'eau n'arrivait plus, puisqu'on a un désalinisateur qui permet donc d'avoir de l'eau. Et donc parmi les premiers envois que nous avons faits, il y a eu à la fois beaucoup d'eau qui a été envoyée, des rations de combat pour tenir pendant les quelques premiers jours, bref, c'était vraiment l'urgence absolue pendant ces deux jours.

JEAN-MICHEL APHATIE
L'île de Saint-Martin est plus touchée que l'île de Saint-Barthélemy ou les deux sont touchées de manière équivalente ?

GERARD COLLOMB
Je crois que les deux sont touchées de la même manière.

JEAN-MICHEL APHATIE
La solidarité s'organise depuis la métropole, donc évidemment, vous en parlez, Gérard COLLOMB. On écoute le président de la République hier soir, qui, depuis la cellule de crise, installée au ministère de l'Intérieur, a déclaré ceci.

EMMANUEL MACRON, PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE – POINT DE SITUATION OURAGAN IRMA, MERCREDI 6 SEPTEMBRE 2017 A PARIS
L'ensemble des services sont d'ores et déjà mobilisés, les moyens financiers seront également mobilisés pour répondre à cette situation, avec un fonds d'urgence mis en place, et un plan national de reconstruction sera déployé le plus rapidement possible.

JEAN-MICHEL APHATIE
Donc acheminer des moyens pour aider ceux qui doivent l'être est une nécessité, mais c'est difficile, les aéroports sont détruits dans les deux îles ?

GERARD COLLOMB
Alors, l'aéroport néerlandais de l'île est détruit, mais au nord de l'île, l'aéroport français fonctionne. Ça veut dire qu'on va pouvoir, ce matin, commencer à acheminer un certain nombre de moyens depuis la Guadeloupe, qui va être notre base arrière, et à partir de laquelle va être organisée la logistique pour porter secours aux deux îles.

JEAN-MICHEL APHATIE
Donc à partir de ce matin, des secours pourront arriver sur l'île de Saint-Martin ?

GERARD COLLOMB
Absolument. Deux Frégates aussi ont été déroutées, donc vont croiser au large de Saint-Martin et de Saint-Barth.

JEAN-MICHEL APHATIE
Quels types de secours sont nécessaires ? Qu'est-ce que vous acheminez de manière prioritaire ?

GERARD COLLOMB
Eh bien, d'abord, si vous voulez, de la nourriture, de l'eau, en même temps, un certain nombre de tentes, il va sans doute falloir reconstruire, puisque les maisons sont détruites, des véritables camps de fortune, et donc nous avons…

JEAN-MICHEL APHATIE
Beaucoup de gens sont sans abri, c'est ça ?

GERARD COLLOMB
Nous avons envoyé un certain nombre de spécialistes des crises, de manière à ce qu'ils puissent permettre aux habitants de revivre, tout simplement.

BRUCE TOUSSAINT
Hier, les autorités avaient fait état de leur grande inquiétude en milieu de matinée, en insistant sur le fait que plusieurs milliers de personnes, 7.000, précisément, refusaient de s'abriter et d'être confinées comme l'alerte le réclamait, est-ce que vous nous confirmez que, effectivement, plusieurs milliers de personnes n'ont pas souhaité se mettre à l'abri ?

GERARD COLLOMB
Oui, c'est exact, la préfète a fait du porte-à-porte pour persuader les gens qui habitaient près de la côte de pouvoir se réfugier, ils n'ont pas voulu, évidemment, c'étaient les plus exposés au risque des vagues qui arrivaient de la mer qui montait.

BRUCE TOUSSAINT
Des pillages auraient également été recensés, on en parlera dans quelques instants avec vous, Gérard COLLOMB, mais d'abord, il est 08h40, voici l'essentiel de l'info avec Edwige COUPEZ.

/// Journal ///

BRUCE TOUSSAINT
Le ministre de l'Intérieur, Gérard COLLOMB est notre invité ce matin, Jean-Michel APHATIE.

JEAN-MICHEL APHATIE
Il n'y a plus d'eau potable sur ces deux îles, ça c'est un problème… il peut y avoir à partir de là une crise sanitaire que vous essayez de prévenir j'imagine ?

GERARD COLLOMB
Oui, il n'y a plus d'eau potable dans la mesure où l'eau potable était fournie par des salinisateurs et donc les salinisateurs ne marchent plus, donc c'est pour cela que nous avons fait livrer à l'avance d'ailleurs beaucoup d'eau, de manière à ce que les gens puissent continuer à vivre. On sait que l'eau est évidemment la première matière nécessaire. Mais en même temps, nous avons fait livrer des rations de combat de manière à ce que les gens aient les premiers moyens de continuer à manger et donc d'avoir un semblant de vie normale.

JEAN-MICHEL APHATIE
On évoquait donc toutes ces habitations détruites et puis vous le disiez, cela transforme beaucoup de gens sans abri, donc des tentes sont acheminées, et on parle, Bruce l'a évoqué tout à l'heure, on parle de pillage, ça existe sur l'une des deux îles, sur les deux îles, vous avez des éléments d'informations à ce propos, Gérard COLLOMB ?

GERARD COLLOMB
Nous le savons sur la première, il y avait effectivement hier soir un certain nombre de pillages et donc les forces qui étaient présentes tentaient de rétablir l'ordre.

JEAN-MICHEL APHATIE
Sir la première des îles…

GERARD COLLOMB
Si vous voulez avec la nuit tombante, le phénomène donc s'est amenuisé et chacun est rentré chez soi.

BRUCE TOUSSAINT
Est-ce que ça signifie que vous allez aussi envoyer sur place des renforts de police pour maintenir l'ordre ?

GERARD COLLOMB
Oui, nous avons déjà envoyé un peloton de gendarmerie qui vient de la Guadeloupe.

JEAN-MICHEL APHATIE
Alors le bilan est difficile à établir, on a parlé de 8 morts et de 23 blessés, il semblerait qu'en fait de Saint-Barthélemy, on n'ait pas beaucoup d'informations pour l'instant et que les 8 morts, ce soit bien à Saint-Martin.

GERARD COLLOMB
C'est possible, oui, parce que les informations sont parcellaires. Je vous disais hier, nous avons eu par intermittence la liaison avec les îles et donc tout ce qui arrive aujourd'hui est une information parcellaire.

JEAN-MICHEL APHATIE
C'est ça et donc évidemment les secours qui arrivent sur place permettront à la fois à Saint-Barthélemy et à Saint-Martin, de mieux comprendre ce qui se passe et d'avoir une vision plus claire de la situation. Vous envisagez vous-même de vous rendre sur place dans les jours qui viennent ?

GERARD COLLOMB
C'est une décision que nous prendrons avec le président de la République, comme vous le savez, il est parti en Grèce ce matin. Je viens de l'avoir en arrivant ici et donc nous avons convenu de faire le bilan dans la journée.

JEAN-MICHEL APHATIE
Des événements de ce type, on le sait vont se multiplier, le réchauffement climatique en est très probablement la cause, ça suppose que les pouvoirs publics doivent appréhender des situations nouvelles, la répétition de ce type de catastrophe et peut-être changer le dispositif, le muscler, faire des investissements qui sont nécessaires et qui sont devant nous, je ne sais pas si vous chiffrez tout ça ?

GERARD COLLOMB
Cela veut dire surtout, peut-être de reconstruire autrement ces îles, de mieux les protéger par exemple de la mer, parce qu'évidemment il y a à la fois le vent, il y a en même temps la mer, de faire en sorte aussi que les constructions soient des constructions plus solides et adaptées à ce genre de phénomène. On sait bien et on l'a vu dans vos images qu'il y avait des maisons construites de manière relativement sommaire. Et donc c'est un autre type d'habitation qu'il faut pouvoir construire.

JEAN-MICHEL APHATIE
Le président de la République que nous avons entendu tout à l'heure dans cette émission évoquait un fonds d'urgence pour venir en aide aux habitants des deux îles. On a une idée des chiffres, des sommes nécessaires à la fois dans le fonds d'urgence et peut-être à la reconstruction ?

GERARD COLLOMB
Pour le moment il n'y a pas de chiffre, hier le Premier ministre a parlé de 10 millions d'euros qu'il avait pour la reconstruction de l'île, mais aujourd'hui l'urgence c'est surtout de rétablir la situation, de faire un premier constat et puis de reconstruire pour que les gens puissent vivre dans les 10 jours qui viennent, après viendra le temps du bilan et de la reconstruction.

BRUCE TOUSSAINT
Estimez-vous que les systèmes d'alerte, notamment ceux de Météo France ont bien fonctionné ?

GERARD COLLOMB
Oui, ils ont très bien fonctionné, si vous voulez cela fait quatre jours maintenant que l'on savait effectivement que ce cyclone allait toucher les deux îles, comme on sait qu'il va toucher Haïti, comme on sait qu'il va toucher la Floride. Comme on sait aussi qu'un autre est en train d'arriver…

JEAN-MICHEL APHATIE
Deux autres même…

GERARD COLLOMB
Dont on n'évalue pas encore la force, mais dont on sait qu'ils vont arriver.

JEAN-MICHEL APHATIE
Et c'est-à-dire que là on ne peut pas prendre de dispositions particulières…

GERARD COLLOMB
Non, vous êtes obligés d'attendre de prendre les dispositions, se calfeutrer, enfin vous avez vu aux Etats-Unis la façon dont les gens effectivement clouaient leurs portes, faisaient des provisions, pour pouvoir attendre le cyclone. Mais voilà, c'est tout ce qu'il y a à faire.

JEAN-MICHEL APHATIE
Alors il faut le redire, ce cyclone-là a ceci de singulier que des vents qui soufflent jusqu'à 350 km/h, peu de choses résistent à cette violence-là.

GERARD COLLOMB
D'habitude, si vous voulez, un cyclone, c'est un cyclone de couleur rouge, celui-ci était violet, on en voit très rarement et donc c'était la force maximale.

JEAN-MICHEL APHATIE
Vous, vos services sont sollicités, les services du ministère de l'Intérieur parce que ce type de catastrophe, c'est vous qui les gérez, sont sollicités très souvent aujourd'hui à propos de tout, le terrorisme en fait aussi partie, on va en parler dans la dernière partie de cette émission, des préoccupations permanentes de votre ministère, est-ce que vous êtes outillé pour faire face à cette multiplication des crises, est-ce qu'il faut embaucher des pompiers, des secours, former des gens davantage qu'on en forme, qu'elle est votre réflexion à ce sujet, Gérard COLLOMB ?

GERARD COLLOMB
Si vous voulez, c'est la même cellule qui gère par exemple les feux de forêt que nous avons eu cet été, que nous avons encore d'ailleurs hier pendant que nous gérions le cyclone Irma, nous gérions en même temps dans les mêmes lieux deux feux de forêt, l'un près de Montpellier, et donc voilà nous sommes sur tous les fronts. Je dirais que l'équipe de la prévention et de la protection civile en France est une équipe vraiment très organisée avec des moyens de communication tout à fait considérables et des équipes sont toujours prêtes à embarquer. Alors il manque sans doute ici ou là un certain nombre d'éléments, vous voyez nous avons décidé par exemple de commander six avions supplémentaires pour faire face aux feux de forêt, pour par exemple pouvoir se déplacer et aller sur des événements comme Irma.

JEAN-MICHEL APHATIE
Donc Irma a touché Saint-Barthélemy et Saint-Martin, on parle beaucoup de la Floride, mais au passage là dans les prochaines heures, c'est peut-être Haïti qui pourrait être…

GERARD COLLOMB
Haïti sans doute. Alors nous avons déjà prévu parce que nous voyons la trajectoire du cyclone de projeter des forces sur Haïti. Il y a déjà une douzaine de personnes qui se trouvent en Haïti et donc qui vont coordonner les équipes de crise qui se déploieront dans cette île. On en sait le dénuement, il convient donc de renforcer les moyens, c'est à la fois la France, mais sans doute ce sera une cellule de crise européenne qui gérera la crise en Haïti.

BRUCE TOUSSAINT
Gérard COLLOMB, vous restez avec nous, dans un instant on va évoquer en effet cette opération antiterroriste hier à Villejuif dans le Val-de-Marne.

/// Journal ///

Gérard COLLOMB, le ministre de l'Intérieur, est donc notre invité ce matin sur France Info. Jean-Michel APHATIE

JEAN-MICHEL APHATIE
Nous évoquons maintenant le risque terroriste à Villejuif hier après-midi, un artisan qui intervenait dans un appartement, a signalé aux forces de police quelque chose de suspect qu'il voyait dans un appartement voisin. Qu'ont découvert exactement les policiers, Gérard COLLOMB ?

GERARD COLLOMB
Ils ont découvert que les deux personnes qui ont été interpellées plus tard étaient en train de fabriquer du TATP, c'est-à-dire cet explosif qu'utilisent donc les terroristes dont la recette est donnée sur les sites de Daesh. Alors, cet explosif a une particularité, c'est d'être extrêmement puissant, mais d'être aussi extrêmement instable. On sait par exemple qu'à Barcelone, les terroristes qui fabriquaient beaucoup de TATP se sont fait sauter avec la maison parce que, effectivement, c'est cet explosif qu'ils avaient fait sauter en le manipulant.

JEAN-MICHEL APHATIE
Il est difficile à maîtriser. La découverte est donc totalement hasardeuse, il n'y avait aucune information préalable ?

GERARD COLLOMB
Oui, oui, ce qui montre d'ailleurs que, aujourd'hui, les gens ont de la vigilance et qu'ils alertent, vous voyez, par exemple, on a su que les terroristes de Barcelone étaient venus en France parce que, quelqu'un qui travaillait dans une société d'autoroutes, a signalé leurs plaques aux autorités, et là, c'est un plombier qui va travailler dans une maison, et qui signale à la police, au commissariat du 18ème arrondissement qu'il a vu des choses suspectes, et c'est à partir de là que les policiers arrivent, que l'enquête donc va s'enclencher, et donc nous découvrons que ce sont des gens qui sont liés au terrorisme.

JEAN-MICHEL APHATIE
Donc la vigilance de chacun peut être sollicitée pour essayer d'aider les policiers dans cette tâche.

BRUCE TOUSSAINT
Gérard COLLOMB, vous évoquez deux hommes interpellés, est-ce qu'il y a d'autres arrestations dans cette enquête ?

GERARD COLLOMB
Alors, on n'en sait rien, mais c'est possible, oui, ils peuvent faire partie d'un groupe plus large, et donc aujourd'hui, c'est le Parquet antiterroriste qui est saisi, et donc qui va procéder à l'enquête.

JEAN-MICHEL APHATIE
Je crois, je ne sais pas si vous pouvez le confirmer, enfin, je ne crois pas, la chaîne d'information LCI annonce une troisième arrestation, est-ce que vous pouvez le confirmer, Gérard COLLOMB ?

GERARD COLLOMB
Je ne le confirme pas à cet instant, mais c'est possible qu'il y ait…

JEAN-MICHEL APHATIE
Et l'AFP aussi…

GERARD COLLOMB
Qu'il y ait des liaisons avec d'autres personnes.

JEAN-MICHEL APHATIE
Voilà, une troisième personne serait…

GERARD COLLOMB
Et qu'on découvre dans les temps prochains que, il y avait des liens avec les scènes étrangères.

JEAN-MICHEL APHATIE
Les scènes étrangères, c'est-à-dire, espagnoles ?

GERARD COLLOMB
Non, non, plutôt…

BRUCE TOUSSAINT
Syriennes ?

GERARD COLLOMB
Irako-syriennes.

BRUCE TOUSSAINT
Est-ce qu'on a une idée des objectifs de ce prétendu groupe ?

GERARD COLLOMB
Non, aujourd'hui, les mises en examen parlent d'avoir voulu faire sauter des banques avec ce TATP, mais ce que l'on voit, c'est qu'ils étaient liés avec le terrorisme, et donc c'était plutôt dans cette direction qu'il faut chercher.

JEAN-MICHEL APHATIE
C'est-à-dire, les deux personnes arrêtées hier ont dit qu'elles voulaient faire sauter des banques, c'est ça ?

GERARD COLLOMB
Qu'elles voulaient faire sauter en fait des guichets de banques pour s'approprier donc des billets…

JEAN-MICHEL APHATIE
L'argent. Donc elles nient les intentions…

GERARD COLLOMB
Voilà, elles nient le caractère terroriste, et elles disent : c'est du grand banditisme.

JEAN-MICHEL APHATIE
Qu'est-ce qui vous permet de relier ces deux personnes au théâtre syrien par exemple ?

GERARD COLLOMB
Un certain nombre de liens et de communications téléphoniques qu'on a pu écouter.

JEAN-MICHEL APHATIE
Que vous avez pu écouter, c'est-à-dire…

GERARD COLLOMB
Qu'on a pu, en tout cas…

JEAN-MICHEL APHATIE
Reconstituer…

GERARD COLLOMB
On a pu voir qu'il y avait des téléphones qui ont été échangés…

JEAN-MICHEL APHATIE
C'est ça, vous ne les écoutiez pas avant de les arrêter, ces personnes-là ?

GERARD COLLOMB
Non, non, non.

JEAN-MICHEL APHATIE
Vous ne les connaissiez pas ?

GERARD COLLOMB
On ne les connaissait pas.

JEAN-MICHEL APHATIE
Elles n'étaient fichées nulle part ?

GERARD COLLOMB
Elles n'étaient fichées nulle part.

BRUCE TOUSSAINT
Ce sont des Français ?

GERARD COLLOMB
C'est d'ailleurs ce qui montre la grandeur du risque, parce que, en dehors des personnes que nous suivons, et je vous rappelle que, au fichier FSPRT, il y a quand même 18.000 personnes, eh bien, il y a encore un certain nombre de personnes que nous ne connaissons pas et qui, tout d'un coup, passent à l'acte terroriste.

BRUCE TOUSSAINT
Est-ce que ce sont des Français ?

GERARD COLLOMB
Les deux sont Français, un d'origine maghrébine et l'autre d'origine continentale, si je puis m'exprimer ainsi.

JEAN-MICHEL APHATIE
On peut dire, ou c'est un peu tôt, que c'est peut-être un réseau qui est détecté et qui commence à être démantelé, puisque visiblement l'enquête est plus large que ces deux personnes ?

GERARD COLLOMB
Oui, bien sûr, mais, si vous voulez, les réseaux, aujourd'hui on s'aperçoit en Espagne, c'est souvent des fratries, des amis, donc ce n'est pas des réseaux organisés au sens où on avait pu les voir dans le temps avec des gens qui viennent d'origines diverses. Il faut attendre quand même l'enquête pour pouvoir préciser les différents éléments.

JEAN-MICHEL APHATIE
On a vu des photos prises dans l'appartement de Villejuif hier après-midi, et un détail intrigue, il y a des boîtes d'allumettes d'origine espagnole, et donc ceci peut laisser penser, ce peut être une hypothèse, que les auteurs des attentats de Barcelone, dont on sait, vous l'avez évoqué tout à l'heure, qu'ils ont fait, quelques jours avant de commettre l'attentat à Barcelone, un court séjour à Paris, ont peut-être eu des contacts avec ces personnes à Villejuif. Est-ce que vous avez des éléments d'information ?

GERARD COLLOMB
C'est peut-être possible, l'enquête nous le montrera. Aujourd'hui on en est là de l'enquête, il n'y a pas davantage de conclusion, mais c'est possible qu'il y ait des liens avec d'autres personnes. On sait que l'Espagne, aujourd'hui, est un lieu de passage pour des filières qui remonteraient du Maroc et donc il est possible qu'il y ait ces liens. Mais, franchement, aujourd'hui je n'en sais pas plus.

JEAN-MICHEL APHATIE
On ne sait toujours pas ce qu'ont fait les auteurs de l'attentat de Barcelone quand ils sont venus à Paris quelques jours avant le commettre ?

GERARD COLLOMB
Non, on sait qu'ils vont acheter cet appareil photo, on sait surtout qu'ils quittent leur hôtel le soir, qu'ils se rendent longuement devant la tour Eiffel, puis qu'ils y retournent le lendemain avant de repartir sur l'Espagne, mais on a tout ça par bornage des téléphones, et les téléphones sont possédés par les Espagnols, donc dès que les Espagnols communiqueront les téléphones, on pourra effectivement savoir davantage sur la teneur des conversations.

JEAN-MICHEL APHATIE
Merci Gérard COLLOMB d'avoir pris le temps de venir sur France Info pour nous aider à faire à la fois le bilan de l'ouragan et donc parler de cette affaire terroriste.

GERARD COLLOMB
Merci à vous.

BRUCE TOUSSAINT
Je rappelle le bilan que vous nous avez indiqué tout à l'heure en début d'interview, qui est donc de 8 morts et 23 blessés pour ce qui concerne l'île de Saint-Martin. Merci beaucoup Gérard COLLOMB.

GERARD COLLOMB
Merci à vous.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 12 septembre 2017

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