Interview de M. Nicolas Hulot, ministre de la transition écologique et solidaire, à France Info le 30 août 2017, sur les enjeux liés aux états généraux de l'alimentation, le projet de loi sur les hydrocarbures et la préparation de la loi de programmation pluriannuelle de l'énergie. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Nicolas Hulot, ministre de la transition écologique et solidaire, à France Info le 30 août 2017, sur les enjeux liés aux états généraux de l'alimentation, le projet de loi sur les hydrocarbures et la préparation de la loi de programmation pluriannuelle de l'énergie.

Personnalité, fonction : HULOT Nicolas, APHATIE Jean-Michel.

FRANCE. Ministre de la transition écologique et solidaire;

ti : BRUCE TOUSSAINT
L'interview politique de France Info avec Nicolas HULOT, ce matin Jean-Michel APHATIE.

JEAN-MICHEL APHATIE
Bonjour Nicolas HULOT.

NICOLAS HULOT
Bonjour.

JEAN-MICHEL APHATIE
Vous avez longtemps été indécis, et parfois même empêché de mener une action politique, petit florilège 2007, 2011, 2016.

NICOLAS HULOT (LE 22 JANVIER 2007 – IMAGES FRANCE 2)
J'ai décidé de ne pas être candidat à l'élection présidentielle et de suspendre, donc, mon ingérence politique.
NICOLAS HULOT (LE 2 AVRIL 2012 FRANCE INTER)
J'ai essayé de donner tout ce que j'avais, j'ai tout abandonné pour cette campagne, ça n'a pas marché, j'en ai une partie de responsabilité.
NICOLAS HULOT (LE 21 SEPTEMBRE 2016 FRANCE INTER)
Je ne me voyais pas entretenir un espoir, nourrir une promesse, que je ne me pensais pas intellectuellement, psychologiquement et logistiquement, capable de tenir.

JEAN-MICHEL APHATIE
Vous êtes ministre depuis un peu plus de 100 jours Nicolas HULOT, est-ce que vous avez fait le bon choix ?

NICOLAS HULOT
C'est un peu tôt pour le dire.

JEAN-MICHEL APHATIE
Vous êtes bien dans vos baskets de ministre aujourd'hui ?

NICOLAS HULOT
Vous savez, bien, on sent un tel poids de responsabilités, d'attentes, de bienveillance, mais en même temps d'exigences, qu'on n'est pas serein, on est juste déterminé. Les hommes et les femmes qui sont dans ce gouvernement sentent cette pression. C'est une pression qui oblige, et en même temps qui nous met dans un état d'esprit qui est lourd. Qui est lourd, parce que, vous savez, le désarroi, la détresse, la souffrance, on la ressent.

JEAN-MICHEL APHATIE
Vous vivez ça avec gravité.

NICOLAS HULOT
Oui. Vous savez, les gens me disent « alors, tu es heureux d'être ministre ? », ce n'est pas le sentiment qui domine.

BRUCE TOUSSAINT
C'est plus difficile que ce que vous imaginiez ?

NICOLAS HULOT
Oui, forcément, même si on a conscience, quand on est à l'extérieur, que c'est parfois plus facile d'être dans l'opposition que d'être dans l'action, bien entendu, c'est plus difficile parce que nous héritons, et moi dans le domaine, les domaines, parce que ce n'est pas un domaine, qui sont les miens, on a laissé souvent la situation tellement se dégrader que vous pouvez arriver fort de vos convictions, vous n'avez pas de baguette magique.
Mais, la raison, moi, pour laquelle j'ai accepté d'être dans ce gouvernement, c'est que je pense qu'il y avait un préalable pour réformer ce pays, et notamment sur les sujets que je porte, pour changer en profondeur les choses, il fallait casser un peu cette démocratie de compétition où on est toujours dans la confrontation. Alors, j'espère que cette diversité des parcours, des cultures politiques, des personnalités, au lieu de se diluer dans quelque chose de mou, au contraire, elle va additionner les expériences et les compétences. J'ai fait ce choix. Si un jour, vous savez, je n'y crois plus, j'en tirerai les leçons. Moi je ne reste que tant que je crois que l'on peut collectivement changer les choses.

JEAN-MICHEL APHATIE
Et en tout cas la politique, vous savez ce que c'est, la critique est là, présente, et ce sont certains de vos amis, parce que ce sont vos amis qui la porte, Yannick JADOT était l'invité de France Info le 21 août, il n'est pas tendre avec vous Nicolas HULOT.

YANNICK JADOT
On a eu un recul absolument inacceptable sur les perturbateurs endocriniens, quand on connaît les conséquences sanitaires, nous voyons le scandale des oeufs contaminés où le ministre de l'Agriculture préfère défendre l'agrobusiness plutôt que l'information du consommateur. Ce gouvernement tente d'asphyxier Nicolas HULOT, de le mettre comme une tête de gondole sur la question de l'écologie, mais, au fond, de ne pas inscrire les ruptures nécessaires dans notre société.

JEAN-MICHEL APHATIE
On ne vous a pas entendu sur le fipronil, Nicolas HULOT, et c'est vrai que le ministère de l'Agriculture a la main sur ce dossier.

NICOLAS HULOT
Oui. D'abord, là il s'agit d'un sujet purement de fraude, donc, pour moi, un sujet purement judiciaire. Vous savez, moi ce qui m'intéresse, ce n'est pas l'avant, c'est l'après. Les Etats généraux de l'alimentation, je me permets de le dire, mais c'est une idée que j'avais suggérée au candidat Emmanuel MACRON, qui l'a repris, et moi ce qui m'intéresse c'est ce qu'on va faire de ces Etats généraux de l'alimentation. Il y a un contexte qui n'a jamais été aussi favorable pour orienter différemment notre mode de production alimentaire, avec comme corolaire de redonner au monde paysan de la sécurité psychologique, sanitaire et économique. Encore faut-il qu'on prenne le temps, qu'on additionne les expériences et qu'il n'y ait pas de préjugés, et qu'on ne stigmatise personne.
Mais il y a dans notre territoire, et j'ai fait encore un déplacement hier à ce sujet, il n'y a pas une manière de faire de l'agriculture et de l'élevage, il y a une diversité de pratiques, et il faut additionner ces diversités. Ce n'est pas une fatalité d'avoir une agriculture qui nous met dans une situation de défiance ou d'inquiétude, d'avoir un monde agricole qui soit en détresse économique en permanence. Il y a une occasion, pourquoi ? D'abord parce qu'il y a une demande des consommateurs, extraordinaire, donc le marché il est là.
Deuxièmement, parce que la transition énergétique et la lutte contre le réchauffement climatique, l'agriculture peut être le problème, mais elle est peut être la solution, si elle est la solution il faut qu'elle soit rémunérée, on peut diversifier leur rémunération. Et puis je pense qu'il faut avoir une ambition très haute, et moi c'est celle que je porte, et que je porte avec le président, et avec le ministre TRAVERT, la première ambition c'est d'aller vers une sécurité et souveraineté alimentaire de la France que nous n'avons pas.

JEAN-MICHEL APHATIE
Souveraineté alimentaire, c'est l'objectif ?

NICOLAS HULOT
Oui, parce que, vous savez, si on continue, notamment à consommer, avec une telle gourmandise, nos terres agricoles, à un moment se posera la question de la souveraineté alimentaire. Mais cette souveraineté alimentaire, elle est tout à fait envisageable, mais il faut que chacun y participe, les régions, les territoires.

JEAN-MICHEL APHATIE
On exploite trop la terre aujourd'hui en France, c'est ce que vous voulez dire. Il faudrait réduire des surfaces.

NICOLAS HULOT
Mais attendez, on perd des centaines de milliers d'hectares de terres agricoles, alors que nous sommes de plus en plus nombreux, et pour celles qui restent, la plupart du temps, toute la matière organique qui fait la fertilité des sols, elle a été totalement détruite. Donc, il faut donner un statut au sol, il faut donner un statut au foncier, et d'ailleurs les agriculteurs eux-mêmes le réclament, les terres agricoles doivent demeurer et rester des terres rares qu'il faut protéger.

JEAN-MICHEL APHATIE
Puisqu'on parle des questions alimentaires, on note ce matin l'étude UFC Que Choisir qui dit que les produits bio dans les magasins sont vendus beaucoup plus chers que les autres, non pas parce qu'ils coûtent cher à produire, mais parce qu'au passage des intermédiaires font ce que l'association appelle des sur-marges.

NICOLAS HULOT
C'est exactement ce qu'on va traiter dans les Etats généraux de l'alimentation, puisque cette réflexion elle engage les acteurs – pour employer l'expression consacrée – de la fourche à la fourchette, et entre les producteurs et les consommateurs il y a parfois des gens qui se gavent un peu…

JEAN-MICHEL APHATIE
Les distributeurs ?

NICOLAS HULOT
On va les mettre devant leurs responsabilités. Si cette histoire-là est avérée, et je ne soupçonne pas l'impartialité d'UFC Que Choisir, eh bien en creux il y a une bonne nouvelle, pardon de vous le dire, je ne veux pas être ironique, c'est que si les marges sont aussi importantes, ça veut dire qu'en réduisant ces marges on va rendre le bio, et les produits de qualité et de proximité, accessibles à chaque citoyen, et ça ne sera pas simplement réservé, comme l'on dit, aux Bobos.

JEAN-MICHEL APHATIE
Comment vous réduirez les marges ?

NICOLAS HULOT
Ça va être la discussion qui va s'engager, pendant plusieurs mois, aux Etats généraux de l'alimentation, on va demander à chacun de prendre ses responsabilités. Et, au passage, la restauration collective, dont le président Emmanuel MACRON, dans sa campagne, a promis que d'ici 2022, 50 % des produits qui vont alimenter la restauration collective seront d'origine bio. On peut parfois le faire avec des circuits courts, donc il va falloir que les distributeurs, aussi, nous accompagnent dans cette démarche, qu'ils comprennent bien qu'il y a une demande des citoyens et que cette exigence elle se fera avec leur accord, ou alors, si elle ne se fait pas avec leur accord, l'Etat interviendra.

BRUCE TOUSSAINT
Donc il pourrait y avoir des sanctions ?

NICOLAS HULOT
En tout cas, très sincèrement, on ne va pas garder les choses en l'état, enfin cette enquête nous montre que, il y a un moment ou un autre… Vous savez, la grande distribution, il y a de la vente directe, il y a des AMAP, il y a la possibilité aussi de court-circuiter ça, il va falloir, encore une fois, que chacun prenne ses responsabilités. Moi je ne viens pas là pour stigmatiser, je fais un appel à l'intelligence collective. Si on est dans la confrontation, on sortira par le bas des Etats généraux de l'alimentation. On peut sortir de la crise agricole que l'on connaît, à répétition, mais il faut partir d'un principe, d'abord reconnaître que les agriculteurs, pour la plupart, sont dans des détresses psychologiques, économiques. J'ai vu un jeune agriculteur, hier, qui a fondu en larmes devant moi, mais j'ai aussi vu dans le même déplacement, une jeune maraîchère, qui avait la banane jusque là, et qui s'en sort excessivement bien sur un plan économique et sur un plan psychologique. Alors, ce n'est pas l'un contre l'autre, mais on peut, encore une fois, maintenant, rééquilibrer les modes de production agricole, on sait faire, dans nos territoires, une agriculture qui n'a pas d'impact environnemental ou sanitaire.

BRUCE TOUSSAINT
Vous restez avec nous, tout de suite l'essentiel de l'info. (…)

BRUCE TOUSSAINT
Nicolas HULOT est notre invité ce matin sur France Info. Jean-Michel APHATIE.

JEAN-MICHEL APHATIE
Vous présenterez mercredi prochain, dans une semaine, donc votre premier projet de loi en Conseil des ministres, il s'agit d'un projet de loi sur les hydrocarbures. Vous voulez empêcher définitivement la recherche par exemple de gaz de schiste sur le territoire français.

NICOLAS HULOT
Vous savez, dans toutes ces transitions qui sont des transitions lourdes, il faut de la cohérence, on dit que pour lutter contre les changements climatiques, le préalable, c'est de renoncer à exploiter les trois quarts des réserves d'énergies fossiles qu'on a sous nos pieds, il faut qu'on montre l'exemple, parce que, en donnant ce signal, et en donnant ce focus, eh bien, ça va contraindre la créativité, nos industriels, voilà, à l'innovation…

JEAN-MICHEL APHATIE
Mais ça va nous handicaper peut-être par rapport à d'autres pays qui, eux, n'ont pas ces…

NICOLAS HULOT
Non, moi, je ne crois pas que ça va nous handicaper, au contraire, qu'est-ce qu'ont dit, quand j'ai dit que je souhaiterais qu'à partir de 2040, il n'y ait plus de vente de véhicules thermiques, qu'est-ce qu'ont dit nos industriels, chiche ! Et depuis, d'autres pays ont pris les mêmes ambitions, mais même un peu…, dans un calendrier un peu plus court que nous…

JEAN-MICHEL APHATIE
Vous pensez à l'Allemagne…

NICOLAS HULOT
Il faut… vous savez, la condition à la transition, parce que, la transition, ça veut dire quoi, c'est quand on passe d'un modèle à un autre, alors, il y a toujours une frilosité, parce qu'on sait ce qu'on risque de perdre, on ne sait pas très bien où on va aller. Il faut de la prévisibilité, il faut de l'irréversibilité, et après, il faut de la cohérence. Et pour notamment la cohérence, ça se fera aussi avec une fiscalité incitative et dissuasive, d'où la trajectoire carbone, parce que quand on a une trajectoire évolutive sur le prix du carbone, en creux, vous introduisez un avantage compétitif sur l'économie bas carbone.
Le jour où le pays, et ce jour ne sera pas si éloigné que ça, peut s'affranchir de ses importations de pétrole et de gaz, tout cet argent qu'on met à l'extérieur, on pourra le mettre dans le soin, dans l'Education, dans la Santé, dans la Recherche dans notre propre pays. Donc il ne faut pas… vous savez, si j'arrive un jour à faire la démonstration, et je le ferai si le gouvernement, et c'est, me semble-t-il, dans l'état d'esprit du gouvernement, où chacun prend sa part à transformer cette opportunité… cette contrainte, pardon, en opportunité, parce qu'il y a un monde qui est en train de se dessiner, vous savez, la révolution énergétique, comme la révolution agricole, elle est en marche, elle est inexorable, le changement, il est là, il y a des arbres qui poussent partout.
Est-ce qu'on veut monter dans le wagon de tête ou est-ce qu'on veut attendre que les Chinois, les Coréens, les Indiens prennent le leader ? Non, il y a un monde économique, il y a un monde technologique qui est en gestation, eh bien, il faut que la France, elle a été leader dans la prise de conscience, il faut qu'elle soit leader maintenant dans la transformation de cette prise de conscience.

JEAN-MICHEL APHATIE
A quel moment, dans l'idéal, la fiscalité du diesel sera-t-elle alignée sur celle de l'essence ?

NICOLAS HULOT
Oh, écoutez, je pense qu'elle le sera dans les trois, quatre ans qui viennent. Mais ce qui est important…

JEAN-MICHEL APHATIE
Dans les trois, quatre ans, parce que le gouvernement – vous le souhaitez – mène une action volontariste là-dessus…

NICOLAS HULOT
Non, mais ce qui est très important, on va présenter un dispositif complet, parce que vous savez, dire simplement qu'on va rattraper le diesel, moi, je suis la personne qui est en banlieue, que le prix de l'immobilier a éloigné des centres urbains, qu'on a incitée pendant des années à acheter des véhicules diesel, et puis, tout d'un coup, on lui interdit les centres-villes, et on va augmenter…. Voilà, si dans le même temps, et c'est ça que je présenterai courant septembre, on ne met pas un dispositif d'accompagnement, pour aider ces gens-là, notamment à changer de véhicule, entre autres dispositifs, voilà, donc je présenterai un dispositif complet…

JEAN-MICHEL APHATIE
Ça coûte cher…

NICOLAS HULOT
Parce que je n'oublie pas que mon ministère s'appelle Transition écologique et solidaire. Oui, ça coûte cher, mais justement…

JEAN-MICHEL APHATIE
Vous aurez l'argent ?

NICOLAS HULOT
Nous allons proposer un certain nombre d'aides à ces personnes-là.

BRUCE TOUSSAINT
Il y aura des bonus et des malus ?

NICOLAS HULOT
Il y aura des bonus et des malus, comme il y aura, pour la rénovation thermique, un certain nombre de dispositions…

BRUCE TOUSSAINT
Les malus vont évoluer ?

NICOLAS HULOT
Les malus vont évoluer, parce qu'on va baisser un peu les seuils…

BRUCE TOUSSAINT
Ils seront bien plus sévères…

NICOLAS HULOT
Attendez, comprenez bien, qu'est-ce qu'on essaie de faire derrière ? On essaie de simplement remplir les caisses de l'Etat ou on essaie de lutter contre un fléau qui nous saute à la figure en permanence, qui est la pollution atmosphérique, dont – pardon de vous le dire – mais ce sont toujours les mêmes qui sont les premiers exposés. Donc quand on met un malus, c'est bien aussi pour financer les bonus et inciter les citoyens à acheter des véhicules qui soient moins impactants sur la santé humaine.

JEAN-MICHEL APHATIE
Dans tous les changements que vous voulez mener, il en est un important à l'échelle de la France, qui a fait le choix du tout nucléaire, il y a quarante ans, c'est celui de fermer d'ici à 2025 beaucoup de centrales nucléaires. Le 10 juillet sur RTL, vous aviez donné de manière approximative un chiffre, que j'aimerais vous faire préciser ce matin, on vous écoute sur RTL le 10 juillet.

NICOLAS HULOT, 10 JUILLET 2017
A partir du moment où déjà, on a confirmé que, effectivement, la part du nucléaire sera dans la production d'électricité de 50 %, chacun peut comprendre que pour tenir cet objectif, on va fermer un certain nombre de réacteurs et pas un seul réacteur qui, d'ailleurs, au passage, n'a pas encore été fermé. Donc laissez-moi planifier les choses, oh, ça sera peut-être jusqu'à dix-sept réacteurs, il faut qu'on regarde !

JEAN-MICHEL APHATIE
Est-ce que vous avez précisé votre réflexion sur ce sujet et… ?

NICOLAS HULOT
Non, non, je n'ai pas précisé ma réflexion, simplement parce que, ce qui n'a pas été fait précédemment, on vote des lois, mais on ne prépare pas la stratégie pour accomplir ces lois. Ono est en train de – et ça a démarré il y a déjà quelques mois – travailler sur ce qu'on appelle la programmation pluriannuelle de l'énergie. On travaille sur plusieurs scénarios. Moi, ce qui m'intéresse, ce n'est pas de savoir si on va fermer un réacteur, c'est de savoir comment on fait les choses….

JEAN-MICHEL APHATIE
C'est important quand même…

NICOLAS HULOT
Et qu'on les planifie, non, non, ce n'est pas un réacteur qui m'intéresse, ce n'est pas le symbole de savoir si on ferme Fessenheim et qu'on ouvre Flamanville, c'est qu'on ait une vision et qu'on ait une programmation, qu'on identifie sur des critères rationnels, quels réacteurs on va fermer, sur des critères sociaux, sur des critères économiques, et surtout, sur des critères de sécurité, ça, ça ne se fait pas sur un coin de table en huit jours. J'ai demandé à EDF de travailler sur un scénario, nous-mêmes, nous travaillons sur des scénarios. Et la programmation pluriannuelle de l'énergie établira un scénario qui soit réaliste, crédible, humainement et socialement acceptable, notamment pour les gens qui seront touchés par ces conversions et par ces changements. Mais la réduction…

BRUCE TOUSSAINT
Quand annoncez-vous cela…

NICOLAS HULOT
La réduction du parc nucléaire, elle s'accompagne de deux obligations, réduire notre consommation, comme la loi nous y incite, et développer massivement les énergies renouvelables si on ne veut pas de rupture d'approvisionnement, et il faut régler un certain nombre de difficultés, notamment les difficultés que, aujourd'hui, quand vous faites un appel d'offres pour mettre en place des éoliennes, notamment offshore, entre le moment où vous faites l'appel d'offres et el moment où vous implantez la première, il se passe entre dix et quinze ans. Tant qu'on sera dans cette situation, la transition énergétique ne pourra pas se faire. C'est pour ça que j'appréhende toutes les difficultés, on prendra peut-être un peu plus de temps que prévu, mais après…

JEAN-MICHEL APHATIE
C'est-à-dire, 2025 peut-être…

NICOLAS HULOT
Non, non…

JEAN-MICHEL APHATIE
Non, ça ne sera pas tenu ?

NICOLAS HULOT
La programmation pluriannuelle de l'énergie qui va se terminer en 2018 le dira, mais là, on aura un scénario, et il sera, lui aussi, absolument irréversible, et on ne se contentera pas de dire : on ferme juste pour satisfaire les uns et les autres, on aura une véritable visibilité, et c'est cela qui sera présenté dès…

BRUCE TOUSSAINT
Mais cet objectif de 2025 ne sera peut-être pas tenu, c'est ce que vous nous dites, ce matin ?

NICOLAS HULOT
Non, non, je ne vous dis pas ça, ce que je dis simplement, c'est que moi, je ne veux pas être dans la mystification.

JEAN-MICHEL APHATIE
Il peut être remis en cause…

NICOLAS HULOT
Je ne veux pas être dans le symbole, je veux être dans le réalisme, dans l'exigence, mais dans l'irréversibilité, ce qui est très différent, voilà. Et nous fermerons forcément plusieurs réacteurs, mais je le ferai encore une fois d'une manière qui soit socialement acceptable, je n'oublie pas que dans une centrale, il y a des hommes et des femmes, on n'arrive pas un beau matin fort de ses convictions en disant : Messieurs, demain, on ferme !

JEAN-MICHEL APHATIE
Mais vous confirmez que Fessenheim sera fermé ?

NICOLAS HULOT
Ah ben oui, Fessenheim sera fermé, et puis, d'autres réacteurs seront fermés.

JEAN-MICHEL APHATIE
Vous ne revenez pas là-dessus. Et d‘autres en plus. (…)

JEAN-MICHEL APHATIE
Vous êtes membre d'un gouvernement qui veut réformer profondément le code du Travail. Le Premier ministre dévoilera ses décisions à ce propos demain. Une réforme qui inquiète par exemple François HOLLANDE dont vous avez été conseiller durant le précédent quinquennat ; on écoute l'ancien président de la République.

Propos de François HOLLANDE, ancien président de la République :
« Il ne faudrait pas demander des sacrifices aux Français qui ne sont pas utiles. Il ne faudrait pas flexibiliser le marché du travail au-delà de ce que nous avons déjà fait au risque de créer des ruptures. »

JEAN-MICHEL APHATIE
Vous avez peur de cette flexibilisation du marché du travail ou vous soutenez le projet du gouvernement ?

NICOLAS HULOT
Je soutiens le projet du gouvernement. Tant que je suis au gouvernement, je suis loyal.

JEAN-MICHEL APHATIE
Solidaire.

NICOLAS HULOT
Pour être très sincère avec vous, j'ai des dossiers suffisamment lourds et je m'occupe de ma part de responsabilité, même si elle est transversale.

JEAN-MICHEL APHATIE
On ne peut pas être indifférent à ce qui se passe dans le gouvernement auquel on appartient.

NICOLAS HULOT
Non, on ne peut pas être indifférent. Mais si je suis là, c'est que je fais confiance.

JEAN-MICHEL APHATIE
D'accord.

NICOLAS HULOT
Il y a un temps pour la confiance puis après il y a un temps pour l'analyse. Est-ce qu'on a envie que la France gagne ? Dans un premier temps, passons dans cette confiance. Le président a eu un programme, les Français ont choisi ce programme. Laissons la démonstration et tirons des conclusions. On ne peut pas crier en permanence, mais je comprends l'inquiétude.

JEAN-MICHEL APHATIE
Vous avez voté pour Emmanuel MACRON au premier tour ?

NICOLAS HULOT
Je n'ai pas voté pour Emmanuel MACRON au premier tour si je dois dire la vérité, parce que je souhaitais que sur mes sujets, on densifie et on intensifie un petit peu l'ambition.

JEAN-MICHEL APHATIE
Ma mémoire me fait défaut, mais on connaît votre vote du premier tour ?

NICOLAS HULOT
Non. Je ne l'ai pas dit.

JEAN-MICHEL APHATIE
Vous souhaitez le dire ?

NICOLAS HULOT
Pourquoi cacher les choses ? A force de ne pas dire les choses, on finit par être suspect.

BRUCE TOUSSAINT
Donc ?

NICOLAS HULOT
J'ai voté Benoît HAMON au premier tour.

JEAN-MICHEL APHATIE
Vous avez voté Benoît HAMON au premier tour. En ces temps de disette budgétaire, c'est difficile à vivre quand on mène une action publique, vous le savez bien. Le ministre de l'Éducation vient d'expliquer que son budget allait être augmenté de manière assez significative d'ailleurs puisque le chiffre d'un milliard circule. Jean-Michel BLANQUER explique cela en disant que l'éducation fait partie des priorités du gouvernement, donc son budget va être augmenté. En préparant cette émission, je me suis dit que vous aussi sans doute faisiez partie des priorités de l'action du gouvernement. Est-ce que votre budget sera aussi augmenté pour faire face aux chantiers qui sont les vôtres ?

NICOLAS HULOT
Il ne sera non seulement stabilisé mais globalement augmenté de 3 %.

JEAN-MICHEL APHATIE
3 % ?

NICOLAS HULOT
Oui.

JEAN-MICHEL APHATIE
C'est important ? 3 %, ça représente quelle somme ? Quelle somme, pour fixer un ordre de grandeur ?

NICOLAS HULOT
Je ne l'ai pas là sous la main.

BRUCE TOUSSAINT
C'est une hausse significative.

NICOLAS HULOT
Oui.

BRUCE TOUSSAINT
Vous vous êtes bagarré pour ça ? Comment vous avez fait ?

NICOLAS HULOT
Je n'ai pas eu beaucoup à me bagarrer mais, de toute façon, on va quand même être dans des marges budgétaires qui vont être d'énormes contraintes. Parce que, vous le voyez bien, j'ai aussi la responsabilité du ministère des Transports. J'ai une ministre extraordinaire qui s'appelle Elisabeth BORNE mais il va falloir qu'on fasse des choix. L'Etat ne pourra pas tout faire. Cette exigence toujours légitime d'aménagement, de projets parfois pharaoniques, il va falloir qu'on décide ensemble qu'est-ce qui est prioritaire. Par exemple sur le transport, qu'est-ce qui est prioritaire ?

JEAN-MICHEL APHATIE
Vous pensez à quoi, oui ?

NICOLAS HULOT
D'améliorer le quotidien du transport des Français. Il y a des lignes ferroviaires où il faut que les trains réduisent leur vitesse pour des problèmes de sécurité. Ce matin, j'ai croisé une de vos collaboratrices qui est arrivée en retard à cause du RER C. Je crois que c'est ça la priorité.

JEAN-MICHEL APHATIE
C'est le quotidien de millions de Français.

NICOLAS HULOT
Oui. C'est ça, à mon avis, la priorité. La deuxième priorité en ce qui me concerne, si nous voulons tenir nos engagements climatiques, c'est à un moment ou à un autre de s'attaquer au transfert du transport routier, du fret, au ferroviaire. Pour moi, nos deux priorités sont là.

JEAN-MICHEL APHATIE
L'écotaxe pourrait être une solution pour le transport routier ?

NICOLAS HULOT
Pas telle qu'elle a été faite, mais il y a une réflexion qu'il va falloir avoir parce qu'on ne peut pas exonérer en permanence ce secteur-là qui contribue aussi à la dégradation du réseau routier.

BRUCE TOUSSAINT
D'autres lignes à grande vitesse pourraient voir le jour ?

NICOLAS HULOT
Ce n'est pas franchement la priorité très sincèrement. Ce n'est pas la priorité parce qu'il faut avoir…

BRUCE TOUSSAINT
Pour qu'il y ait moins de voitures.

NICOLAS HULOT
Justement, ce n'est pas la priorité de faire de nouvelles lignes à grande vitesse. Si on avait les moyens, volontiers, mais on n'a pas les moyens. En tout cas, je découvre qu'on n'a pas les moyens. Le réseau ferré, on perd un milliard chaque année. Où on dissimule et puis on creuse la dette et puis ça va être de pire en pire, ou on décide quelle est la priorité et je pense que si vous interrogez les auditeurs, la priorité c'est qu'ils ont envie d'arriver à l'heure et d'avoir des transports en commun qui soient plus confortables.

BRUCE TOUSSAINT
Nicolas HULOT, vous comprenez l'impopularité d'Emmanuel MACRON en cette fin d'été ?

NICOLAS HULOT
Je ne sais pas si on peut parler d'impopularité mais, vous savez…

JEAN-MICHEL APHATIE
On peut selon les études et les comparaisons avec les présidents précédents.

NICOLAS HULOT
Personne n'est tombé de la dernière pluie. On sait bien qu'il y a un moment de grâce. On a tous besoin d'illusion tous les cinq ans. Puis à un moment on revient dans la réalité, puis la popularité reviendra après. Mais évidemment, les gens sont dans de tels désarrois et souvent dans de telles souffrances qu'ils pensent à tort ou à raison qu'on va tout régler. Les choses vont se régler sur la longueur. Je crois qu'il faut avoir le courage de dire qu'il n'y a pas de baguette magique, mais il faut changer les choses en profondeur. En profondeur.
On peut faire du saupoudrage, on peut donner l'illusion que ça va. Par exemple dans le domaine agricole, on peut encourager un modèle qui a été la solution mais qui ne l'est plus ou on peut essayer de le réformer en profondeur. Dans la transition énergétique également.
Par contre, il faut dessiner un horizon. Le jour où la France, par exemple sur l'énergie, on produira notre énergie à l'intérieur de notre frontière, à partir de sources d'énergies qui vont être gratuites comme le vent, comme le soleil, comme la géothermie, comme les courants marins, tout cet argent qu'on ne mettra plus à l'extérieur on pourra le mettre dans notre propre pays.

JEAN-MICHEL APHATIE
Vous êtes ancien journaliste, Nicolas HULOT, est-ce que c'est une bonne idée de nommer un journaliste porte-parole de l'Elysée ?

NICOLAS HULOT
Je n'ai pas réfléchi là-dessus. Vous savez de quoi vous parlez en général, non ?

JEAN-MICHEL APHATIE
Pas toujours peut-être. Je ne sais pas. Il y a des gens qui disent que quelquefois, non. En tout cas, c'est une nomination qui est beaucoup commentée mais vous ne voulez pas ajouter votre commentaire à ceux qui ont déjà été faits.

NICOLAS HULOT
Non. Je vais être très franc avec vous : j'ai tellement de sujets qui me préoccupent que certains qui sont un peu hors de mon champ, je les découvre avec vous. Donc je ne vais pas faire semblant d'être au courant de tout.

JEAN-MICHEL APHATIE
On a noté en tout cas, Nicolas HULOT, à la fois votre sincérité et la gravité dans laquelle vous êtes dans vos fonctions. Nous vous remercions d'avoir accepté notre invitation.

NICOLAS HULOT
Merci à vous.

BRUCE TOUSSAINT
Merci beaucoup, Nicolas HULOT.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 12 septembre 2017

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