Interview de M. Christophe Castaner, secrétaire d'Etat aux relations avec le Parlement, porte-parole du Gouvernement, à BFMTV/RMC le 31 août 2017, sur la réforme du code du travail, l'augmentation de la CSG et la diminution des contrats aidés. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Christophe Castaner, secrétaire d'Etat aux relations avec le Parlement, porte-parole du Gouvernement, à BFMTV/RMC le 31 août 2017, sur la réforme du code du travail, l'augmentation de la CSG et la diminution des contrats aidés.

Personnalité, fonction : CASTANER Christophe, BOURDIN Jean-Jacques.

FRANCE. Secrétaire d'Etat aux relations avec le Parlement, porte-parole du Gouvvernement;

ti : JEAN-JACQUES BOURDIN
Christophe CASTANER, porte-parole du gouvernement, est notre invité. Bonjour !

CHRISTOPHE CASTANER
Bonjour.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Merci d'être avec nous. La réforme du code du travail, vous avez le texte ?

CHRISTOPHE CASTANER
Oui, j'ai évidemment le texte.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous le connaissez ?

CHRISTOPHE CASTANER
Je le connais, il a été présenté…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous ne l'avez pas ? Là, je vois que vous avez un dossier, là, non ?

CHRISTOPHE CASTANER
Non, j'ai quelques notes, mais je ne l'ai pas, là. Et puis, comme j'ai pu vous le dire, je suis, comme vous, impatient de la présentation par le Premier ministre et par la ministre du Travail, ce matin, en fin de matinée, évidemment, avant la présentation…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, comment la qualifiez-vous alors, puisque…

CHRISTOPHE CASTANER
La présentation aux partenaires sociaux qui aura lieu dans la matinée…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, comment qualifiez-vous ce texte, cette réforme, puisque vous l'avez lue, et vous la connaissez ?

CHRISTOPHE CASTANER
Moi, je dirais ambitieuse, pragmatique, nouvelle ; nouvelle, par exemple, si je ne devais prendre qu'un seul sujet, parce qu'on donne la priorité au dialogue dans les petites entreprises, notre objectif, c'est de conforter, de simplifier la vie des petites entreprises et des PME…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Comment ?

CHRISTOPHE CASTANER
Parce que ça fait 90 % des entreprises dans notre pays. Comment ? Par exemple en considérant que nous devrons faire le pari du territoire, de la démocratie, du dialogue, de l'intelligence collective au plus près du terrain, et donc de donner les moyens à l'entreprise de dix salariés, qui est située dans les Cévennes, en Corrèze, ou en banlieue parisienne, de pouvoir discuter directement avec les salariés, de ne pas penser que c'est la loi qui doit décider de l'organisation dans l'entreprise.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc dans l'entreprise, que ce soit sur le terrain des conditions de travail, du temps de travail ou des salaires, on discute directement de salarié à patron ?

CHRISTOPHE CASTANER
Non pas du temps de travail, parce que, effectivement, ça, ça fait partie du socle qui n'est pas remis en cause, et qu'on ne peut pas négocier, mais par contre, les conditions de travail, l'organisation du travail, l'évolution du travail, s'il y a des commandes estivales, si par exemple, on a une activité de loisirs dans une zone touristique, évidemment, là…

JEAN-JACQUES BOURDIN
L'Etat n'intervient pas, la branche n'intervient pas, ça se fait dans l'entreprise ?

CHRISTOPHE CASTANER
L'idée, c'est la confiance dans l'entreprise, par contre, on demande à la branche d'aider aussi les petites et moyennes entreprises…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Et est-ce qu'il est contenu dans cette loi la négociation dans les entreprises de moins de 50 salariés ? Vous allez me dire oui ou non ?

CHRISTOPHE CASTANER
Je vais vous répondre oui…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Est-ce que les syndicats interviendront dans les négociations entre salariés et chefs d'entreprise dans les entreprises de moins de 50 salariés, oui ou non ?

CHRISTOPHE CASTANER
Voilà un sujet où je peux vous répondre, et la réponse est oui, la négociation est possible, et je peux vous répondre parce qu'il est présenté par le président de la République dans son interview qui sort aujourd'hui, et dont peut-être nous allons reparler.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, nous allons en reparler…

CHRISTOPHE CASTANER
Et donc oui, c'est dans les entreprises…

JEAN-JACQUES BOURDIN
… Sans syndicats…

CHRISTOPHE CASTANER
Oui, tout simplement parce que les syndicats ne sont pas dans ces entreprises, et ça, ça a été un objet de discussions approfondies entre Muriel PENICAUD et les partenaires sociaux, c'est le constat que, aujourd'hui, il n'y a pas de syndicats organisés, il faut pousser à l'organisation syndicale, et dans le texte, il y aura des propositions sur ce sujet pour conforter la place des syndicats dans toutes les entreprises, même dans les plus petites, mais plutôt que d'imaginer qu'on va chercher un partenaire syndical qui n'est pas dans l'entreprise, qui n'est pas dans l'activité, pour venir discuter de ce qui va se passer dans l'atelier de boulangerie du village…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Qu'il ne connaît peut-être pas, oui…

CHRISTOPHE CASTANER
Eh bien, du coup, on fait confiance au dialogue, dans un cadre, dans un cadre évidemment de respect du socle de la loi, mais on ne renvoie pas à la loi, c'est-à-dire à l'Assemblée nationale, le soin d'organiser les méthodes de travail dans l'entreprise de notre village.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Une seule instance de représentation du personnel dans les entreprises de plus de 50 salariés aussi, c'est dans le texte ?

CHRISTOPHE CASTANER
C'est dans le texte, et c'est dans le propos du président de la République aussi…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous ne vous mouillez pas ! Vous collez aux propos du président de la République !

CHRISTOPHE CASTANER
Non, mais vous comprenez…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous ne voulez rien révéler de plus !

CHRISTOPHE CASTANER
Jean-Jacques BOURDIN, vous comprenez que je n'ai pas, moi, vocation à dévoiler quelque chose qui sera présenté par le Premier ministre aux partenaires sociaux, ce serait un manque de respect pour les partenaires sociaux, et on sait le rôle majeur qu'ils ont. Mais effectivement, par exemple, cette mesure de simplification, qui fait que dans certaines entreprises, vous avez quatre instances, vous avez actuellement 600.000 travailleurs qui sont représentants dans ces instances, le fait de les simplifier et de permettre que, il n'y ait qu'une seule instance qui se prononce sur les mêmes sujets, et qui prenne le temps de se prononcer sur ces sujets, c'est quand même une mesure de simplification de la vie de nos entreprises, et c'est nécessaire.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Dommages et intérêts aux Prud'hommes, un plafond et un plancher ?

CHRISTOPHE CASTANER
Oui, c'est aussi annoncé dans l'interview du président.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, oui, vous dites oui…

CHRISTOPHE CASTANER
Et puis, vous savez que c'est nécessaire aujourd'hui pour rassurer les entreprises, mais en même temps, pour rassurer les salariés, parce que, aujourd'hui, vous avez des variations de 1 à 5 sur les dommages et intérêts, et on ne parle pas de l'indemnité, l'indemnité de licenciement…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Non, non, non, qui va augmenter, l'indemnité légale qui va augmenter de 25 %...

CHRISTOPHE CASTANER
Qui devrait augmenter, effectivement. Et donc on est aujourd'hui…

JEAN-JACQUES BOURDIN
De 25 % ?

CHRISTOPHE CASTANER
On verra tout à l'heure ce qui sera confirmé par le Premier ministre…

JEAN-JACQUES BOURDIN
De 25 %, c'est dit dans l'interview du président de la République !

CHRISTOPHE CASTANER
Et donc 25 % nous paraît un montant important. Et donc je vous confirme que c'est un montant important.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc vous me confirmez que c'est 25, non, parce qu'il ne le dit pas, MACRON, mais vous le dites, Christophe CASTANER…

CHRISTOPHE CASTANER
Oui, mais, non, c'est pour ça que…

JEAN-JACQUES BOURDIN
25 %...

CHRISTOPHE CASTANER
Je n'ai pas voulu nier votre propos, cher Jean-Jacques BOURDIN, mais j'ai bien entendu…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Bon, d'accord. Le référendum en entreprise ?

CHRISTOPHE CASTANER
Ça, c'est une façon d'organiser le dialogue dans l'entreprise, notamment dans les plus petites. Et donc c'est quelque chose…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc il y aura référendum dans l'entreprise ?

CHRISTOPHE CASTANER
C'est quelque chose qui est déjà prévu aujourd'hui de toute façon dans notre code du travail, et c'est un sujet important. Par contre, il faut effectivement que dans certains cas, le référendum puisse être déclenché, notamment par les représentants du personnel.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Bon, Christophe CASTANER, voilà la réforme du code du travail dont nous connaissons quelques points de cette réforme, nous en saurons un petit peu plus tout à l'heure, mais moi, je voudrais revenir sur l'interview du président de la République dans Le Point. Je vous lis une phrase, vous allez m'expliquer, parce que là, je n'ai pas très bien expliqué, mais si cette interview a beaucoup de fond, écoutez bien : puisque l'on entre dans un monde super Schumpétérien, il est important de libérer le processus de destruction créatrice. Ça veut dire quoi ça ? Non, ça veut dire quoi, parce que, oui…

CHRISTOPHE CASTANER
Alors, bon, non mais là, si on décrypte toute l'interview et qu'on fait appel aux grands économistes, comme SCHUMPETER, il va nous falloir une version longue, et on risque de se retrouver plus sur France Culture que dans ce format de ce matin. Mais aujourd'hui, on a de toute façon des systèmes nouveaux qui viennent sur le marché du travail et qui bousculent l'organisation du travail ancienne. Il y a des études qui annoncent que, avec par exemple le numérique, on a jusqu'à 50 % de nos emplois qui seront non pas supprimés, mais impactés, et un peu moins de 10 % des emplois qui seront de fait supprimés par cela. Et donc tout l'enjeu, c'est d'adapter, d'adapter notre monde du travail à cette réalité-là, je vais vous prendre un exemple, le directeur d'une agence bancaire dans les communes que nous connaissons, qui pendant toute sa vie a été directeur de cette petite agence, c'est un manager, c'est un chef d'entreprise, c'est quelqu'un qui est dans la proximité, aujourd'hui, il est confronté à un nouveau monde, très peu de gens vont voir leur banquier, tout se passe par téléphone, par mails, de façon numérique, on passe ses ordres, ses achats, ses décisions. Eh bien, celui-ci, si vous lui dites : eh bien, écoute, on va fermer l'agence bancaire de Forcalquier, si je prends cet exemple qui m'est cher, et qui n'est pas le cas à Forcalquier, et que, on va te renvoyer dans une plateforme numérique pour travailler sur ces nouveaux supports, il est perdu. Il a 50 ans. Et donc il faut prendre le temps de l'accompagner, de le former, de faire une amplification de sa capacité à changer de métier, c'est ça dont on parle, j'essaie de le traduire dans des mots moins économiques, mais il y a aujourd'hui des grandes bascules sur certaines professions, les plateformes, les plateformes numériques changent aussi, le mode de distribution, par exemple, sujet dont on parle beaucoup, je ne vais pas citer la marque, sur la restauration, dans des grandes villes…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ce que j'ai trouvé de remarquable, au sens remarqué, je ne porte pas de jugement sur l'interview, c'est l'objectif : libérer les énergies, voilà ce que dit le président de la République : il faut en finir avec notre imposture, celle d'un pays dur aux faibles, mais qui se gargarise d'égalité et de fraternité, celle d'un pays corseté par les règles et les rentes qui se croit un pays de liberté, celle d'un pays inégalitaire mais qui ne fait pas sa place au mérite, celle d'un pays à la fois inefficace et injuste, injuste, parce qu'inefficace et inefficace parce qu'injuste. C'est un tableau assez noir de ce qu'est la France !

CHRISTOPHE CASTANER
Mais c'est la réalité, c'est la réalité de la France et du jeu politique dans lequel nous sommes.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Est-ce que vous pensez que l'Angleterre et l'Allemagne sont des pays plus justes que nous ?

CHRISTOPHE CASTANER
Ce n'est pas la question d'être juste ou pas, c'est la question qu'en France, et c'est notre monde politique qui nous a enfermés dans ce schéma, on se contente de droits théoriques, et on ne se préoccupe pas des droits réels, je vais vous prendre un exemple sur le logement, une des dernières grandes lois que Lionel JOSPIN avait fait voter, c'était le droit au logement opposable à tous, c'est-à-dire qu'on a fait une loi pour dire : tout le monde a droit au logement, résultat, est-ce que les gens sont bien logés et tous logés en France ? La réponse est non. Et donc on a cette capacité à dire : tout va bien, il y a des droits formels, mais les droits réels ne sont pas là, c'est la même chose sur l'inscription à l'université, tout le monde peut s'inscrire à l'université, la réalité, c'est qu'on n'est pas capable d'accueillir tout le monde dans de bonnes conditions, et qu'on génère de l'échec, quand vous savez par exemple que 60 % des étudiants à la 4ème année n'ont toujours pas leur diplôme de licence. Et donc aujourd'hui, on veut sortir de cette théorie de droits formels, qui sont écrits sur le papier, mais qui ne sont pas la réalité. Parce qu'ils profitent effectivement à ceux qui sont dans le système, à ceux qui ont un statut, à ceux qui sont bien installés, eh bien, on veut parler aux autres, notamment sur la question du code du travail dont on parlait précédemment. Moi, je veux m'adresser au 5,6 millions de Français qui aujourd'hui sont en situation, soit, de demande d'emploi, soit, de grande fragilité sur leur emploi.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Le chômage et la maladie sont des risques sociétaux, on est d'accord ?

CHRISTOPHE CASTANER
Oui, c'est posé ainsi et c'est rappelé par le président de la République dans cette remarquable interview…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ça veut dire que ce sont des risques qui doivent être financés par tous, c'est la raison pour laquelle vous augmentez la CSG ?

CHRISTOPHE CASTANER
Alors, c'est la raison pour laquelle nous annulons des cotisations, et nous augmentons la CSG, je veux préciser sur ce point que, il y a zéro recette supplémentaire pour l'Etat, mais c'est juste effectivement un transfert…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Enfin, des recettes pendant quelques mois !

CHRISTOPHE CASTANER
Oui, sur quelques mois de l'année prochaine…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ah oui, oui, oui, quand même, ne disons pas…

CHRISTOPHE CASTANER
Mais à terme, à terme de 2018, en 2018…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Non, mais à terme, d'accord, mais pendant quelques mois, l'Etat va faire des économies…

CHRISTOPHE CASTANER
Vous avez raison, il y a cette décision qui est annoncée…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Sur le dos des Français…

CHRISTOPHE CASTANER
Vous savez…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Eh bien oui !

CHRISTOPHE CASTANER
Mais oui…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Disons clairement les choses… mais il faut assumer !

CHRISTOPHE CASTANER
Oui, mais, je vous le dis, sur quelques mois, il y a effectivement ce transfert, mais la réalité, c'est que vous avez une annulation de charges et un transfert de ces charges sur le travail, parce que notre ambition, c'est que le travail paie, là encore, c'est un vrai enjeu, faire en sorte que celles et ceux, même qui ont un travail…

JEAN-JACQUES BOURDIN
C'est le mérite ?

CHRISTOPHE CASTANER
Le mérite du travail, bien sûr, il faut favoriser…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Le mérite au travail…

CHRISTOPHE CASTANER
Et puis, il faut donner l'envie d'aller travailler.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais est-ce que… pardonnez-moi, mais est-ce qu'un retraité qui a travaillé toute sa vie, qui a cotisé toute sa vie, a moins de mérite qu'un salarié qui est en train de travailler et en train de cotiser, je vous pose la question !

CHRISTOPHE CASTANER
J'écoutais tout à l'heure un de vos invités téléphoniques, ce retraité qui disait qu'il avait 3.000 euros par mois et si on avait poursuivi l'entretien, il y a 85 % de chances qu'il soit propriétaire de son logement. Effectivement on lui demande de contribuer à l'effort. Mais n'oublions pas que l'augmentation de la CSG, elle va impacter aussi tous les titulaires de patrimoine financier parce que l'avantage de la CSG, c'est que c'est une assiette beaucoup plus large. Plutôt que de ne taxer que le seul revenu du travail, on taxe l'ensemble des revenus, c'est ça l'enjeu, c'est quelque part de dire que le travail ne doit pas être pénalisé dans ce pays, or il est pénalisé par les charges, il est pénalisé par les contraintes, il est pénalisé par tous ces droits qui se surajoutent mais qui en réalité font qu'in fine quand vous vivez avec un SMIC, vous ne vivez pas et vous vivez mal.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Les emplois aidés ?

CHRISTOPHE CASTANER
Oui. Le gouvernement précédent avait fait le choix…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Subvention déguisée ?

CHRISTOPHE CASTANER
Il y a deux choses, d'abord il y a…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Il y a les collectivités locales et le secteur associatif ?

CHRISTOPHE CASTANER
Si vous permettez on va d'abord répondre sur la question du nombre. Le gouvernement précédent et j'ai voté la loi, avait prévu 280.000 emplois aidés pour l'année 2017.

JEAN-JACQUES BOURDIN
D'ailleurs écoutons ce que vous disiez à l'époque.

CHRISTOPHE CASTANER
Est-ce que les emplois aidés c'est une bonne chose pour la France, la réponse est non. Il n'est pas utile de jeter l'anathème sur les emplois aidés, il faut se dire que ça a une vraie efficacité, qu'il faut l'améliorer, mais très clairement en faire la variable d'ajustement de débats qui opposeraient la gauche et la droite me semble totalement dépassé. J'invite les deux, trois intervenants qui ont voulu polémiquer sur ce sujet à avoir en tête les conséquences heureuses que les emplois aidés ont.

JEAN-JACQUES BOURDIN
C'est ce que vous disiez, il y a un an et puis ce que vous dites maintenant.

CHRISTOPHE CASTANER
Et c'est ce que j'allais commencer à vous dire. Le gouvernement précédent a prévu 280.000 emplois aidés, nous les avons porté à 320.000, le Premier ministre vous l'a annoncé la semaine dernière, nous n'avons pas diminué le nombre d'emplois aidés parce qu'ils étaient prévus à 280, nous le portons à 320, parce que nous savons…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, mais l'année prochaine il y en aura beaucoup moins. Moins de 200.000 a dit le Premier ministre…

CHRISTOPHE CASTANER
C'est pour cela que je vous suggérais de me laisser répondre en totalité. Et donc nous assumons aujourd'hui cela parce que ce sont des services rendus à la population et ce sont aussi des services pour ceux qui n'ont pas d'emploi. Par contre la seule question qu'il faut se poser aujourd'hui, est-ce que c'est efficace pour amener celui qui rentre dans un emploi aidé vers un emploi pérenne ? La réponse est non. Dans 65 % des cas par exemple dans le privé, quand il y a un emploi privé, c'est un effet d'aubaine et de toute façon l'emploi reste. Et dans le public dans les deux tiers des cas au bout des six mois ou de douze mois on vire la personne, on ne la garde pas et on embauche un nouvel emploi aidé. Alors on fait un choix différent, on va faire le choix d'investir massivement des montants plus importants encore dans la formation, pour prendre cette personne à qui on proposait une espérance à six mois, on va lui proposer une expérience de long terme en la formant vers des métiers sur lesquels il y a des besoins sur ce pays.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Le logement. Je vous parle du logement parce que, apparemment vous avez une réforme importante qui est en préparation, notamment la création d'un nouveau contrat de location aux contraintes plus légères. C'est vrai ou c'est faux ?

CHRISTOPHE CASTANER
C'était une annonce d'Emmanuel MACRON pendant la campagne, c'était effectivement ce bail qui permet de ne pas être dans, vous savez, les logements meublés…

JEAN-JACQUES BOURDIN
3 mois à 1 an ce nouveau bail.

CHRISTOPHE CASTANER
Oui, parce qu'aujourd'hui c'est le bail à logements meublés, et vous avez beaucoup de gens qui arrivent, par exemple, qui sont mutés, ou d'étudiants, qui cherchent à se loger, à qui on ne fait pas un bail de longue durée, parce qu'il n'y a pas toutes les garanties. Là, l'idée, c'est de s'intéresser à ce parc de logements vides et permettre qu'ils viennent sur le marché par des contrats plus courts.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ça va inciter les propriétaires à louer ?

CHRISTOPHE CASTANER
C'est tout l'objectif. L'objectif c'est justement de libérer…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, quelles garanties pour les locataires alors ?

CHRISTOPHE CASTANER
Non, mais c'est pour des gens qui ont besoin de… Vous êtes en formation, une année…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc, un contrat de location non pas de 3 ans, un bail non pas de 3 ans, mais de 3 mois à 1 an, ou 6 mois à 1 an.

CHRISTOPHE CASTANER
Mais l'un ne remplace pas l'autre, mais aujourd'hui vous avez le choix entre le bail de 3 ans, renouvelable, protecteur, et le bail meublé, qui est révocable à 1 mois, et donc on veut créer au milieu un bail qui permet – vous savez que vous avez une mission, que pendant 1 an vous êtes dans cette commune, eh bien vous faites un bail qui est plus léger, mais qui est protecteur pendant toute la durée du bail que vous avez. Et surtout, l'objectif, c'est de ramener sur le marché du logement ces logements qui aujourd'hui sont vacants, parce qu'il ne faut pas négliger aussi que certains propriétaires, aujourd'hui, préfèrent ne pas mettre sur le marché parce qu'il y a un risque lié au bail, et donc ils vont tester un locataire, et si ça marche bien et que le locataire reste sur le territoire, vous verrez qu'ils pérenniseront le bail.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc ça c'est contenu dans le prochain texte sur le logement, on est bien d'accord ?

CHRISTOPHE CASTANER
Ce sera évidemment discuté à l'automne mais c'était une des propositions d'Emmanuel MACRON.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Autre piste, l'Etat prendrait en main la délivrance de permis de construire dans les zones tendues, c'est vrai ou c'est faux ?

CHRISTOPHE CASTANER
Alors ça c'est la volonté de faire un choc d'offre, parce qu'effectivement, là encore…

JEAN-JACQUES BOURDIN
C'est vrai donc ?

CHRISTOPHE CASTANER
Bien sûr, c'est vrai, dans la mesure où. Aujourd'hui, qu'est-ce qu'on fait ? là encore on fait des grandes lois nationales qui s'appliquent partout en France, la réalité n'a rien à voir, entre la ruralité des Hautes-Alpes et l'urgence du logement à Aix, Marseille, si je prends ma région, ou à Paris, et donc il faut effectivement des approches différenciées et faire un choc d'offre, et partout où vous allez libérer de la construction, libérer du foncier, permettre aussi du logement social, vous verrez que le prix des loyers privés va baisser. L'offre et la demande est évidemment un déterminant dans le prix du loyer. Eh bien faisons en sorte qu'il y ait plus d'offres de logements, sur ces zones tendues en particulier, et donc donnons-nous les moyens de simplifier les procédures, donnons-nous les moyens d'aider au financement sur ces territoires-là, concentrons l'effort public sur ces territoires-là, et vous aurez une vraie efficacité, à moyen terme, le temps de construire.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Autre question. Les locataires dont les ressources dépassent les plafonds de revenus, réglementaires, seront-ils contraints de quitter leur HLM ?

CHRISTOPHE CASTANER
Alors il y a déjà des règles aujourd'hui sur ce sujet, il faut des délais, mais c'est de bonne éthique que de considérer qu'on doit…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous dites oui, donc ?

CHRISTOPHE CASTANER
Voilà, c'est de bonne éthique que de considérer qu'on ne doit pas bénéficier d'un logement social quand on n'est plus éligible au logement social.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Est-ce que vous allez réviser la loi SRU ?

CHRISTOPHE CASTANER
Alors, aujourd'hui, notamment sur les objectifs de 25 % de logement social, ça ne paraît pas, et c'était une annonce aussi d'Emmanuel MACRON candidat, ça ne paraît nécessaire de le modifier. Par contre, on veut investir, doubler, l'investissement de rénovation urbaine dans les quartiers sensibles, dans les quartiers difficiles, et porter l'effort de 5 milliards à 10 milliards d'euros.

JEAN-JACQUES BOURDIN
La lutte contre le terrorisme. Cette phrase malheureuse que vous avez prononcée dimanche, vous regrettez de l'avoir prononcée, puisque vous avez supprimé, je crois, votre tweet ?

CHRISTOPHE CASTANER
Non, non…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ce n'est pas ça…

CHRISTOPHE CASTANER
Laissez-moi m'expliquer.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Parce que ça a été repris partout, vous avez écrit : « rien ne menacera la liberté si cela permet de lutter efficacement contre le terrorisme. »

CHRISTOPHE CASTANER
Vous savez pourquoi je l'ai retirée, parce que ma phrase, à moi, tenue d'ailleurs ici à BFM, c'est « rien ne menace ma liberté », or la personne qui a tweeté pour moi a mis « la liberté. » Alors, il y a une vraie différence, quand je me prononce et que je parle de « ma liberté », parce que « la liberté » c'est celle des Français, « ma liberté » c'est la mienne. Et donc moi je considère, pour ce qui me concerne, que je n'ai pas à avoir peur des moyens de vérification et de lutte contre le terrorisme parce que je ne me sens pas terroriste, et donc, du coup, je revendique la possibilité d'avoir, là encore, cette différence entre des droits généraux et des droits ciblés. Ce qu'on va faire avec la loi sur la sécurité c'est sortir de l'état d'urgence, mais cibler et garder les moyens efficaces pour tout ce qui permet de lutter contre le terrorisme.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, parce que les Français veulent garder la loi sur l'état d'urgence…

CHRISTOPHE CASTANER
Bien sûr.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous avez vu, toutes les enquêtes le disent.

CHRISTOPHE CASTANER
Bien sûr, parce qu'il y a cette inquiétude, mais ce que nous proposons c'est justement d'éviter cette loi d'état d'urgence qui va permettre de contrôler un journaliste, un syndicaliste, un militant, au nom de l'état d'urgence, mais de garder les dispositifs qui sont efficaces, contrôler des véhicules à l'entrée d'un stade ou à l'approche d'un événement culturel. Ça c'est permis aujourd'hui par le dispositif d'urgence, demain ce sera permis, mais uniquement contre le risque terroriste. Ça change tout. Ça change effectivement le fait qu'on ne s'adresse pas sur une menace pour les libertés, mais qu'on vise expressément la question du terrorisme. Et c'est pourquoi je ne regrette pas ma phrase, je regrette seulement la faute de frappe qui a transformé le « ma liberté », c'est-à-dire je m'exprime pour moi, en « la liberté », où là ce serait plutôt le propos du président de la République, et je ne suis pas président de la République.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous vous sentez l'âme d'un journaliste Christophe CASTANER ?

CHRISTOPHE CASTANER
C'est un métier passionnant, et je rêvais, enfant, enfin étudiant, de faire cela.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous avez vu cette collusion, enfin moi j'appelle ça une collusion, mais chacun jugera comme il veut ! Vous en pensez quoi d'ailleurs, quand vous voyez tous ces anciens responsables politiques qui vont faire du commentaire ? On commente beaucoup d'ailleurs dans notre pays, non, vous ne trouvez pas ?

CHRISTOPHE CASTANER
Ils vont faire chroniqueurs, je crois qu'il y a une vraie différence entre un chroniqueur et un journaliste, je pense que le métier de journaliste est un métier qui implique plus de temps, plus d'expérience, que celui de chroniqueur.

JEAN-JACQUES BOURDIN
J'ai vu un mot, toujours dans l'interview du président de la République, il tacle, comme on dit au foot, François HOLLANDE, « réveil des oppositions, des vieux partis et des vieux politiciens. » Vous avez ça, ça vous a fait sourire, non ?

CHRISTOPHE CASTANER
Oui, ç'a m'a évidemment fait sourire parce qu'on s'est posé la question de savoir s'il fallait répondre à François HOLLANDE qui, trois mois après avoir quitté l'Elysée parce qu'il ne s'est pas présenté, parce qu'il considérait qu'il ne pouvait pas être en mesure de se présenter, commence à juger, à conseiller, voire même à faire de la diplomatie internationale ces dernières heures. Je pense effectivement qu'il faut prendre le temps et la sagesse est toujours bonne pour tout le monde, de réfléchir à son bilan qui est aussi mon bilan. J'ai été dans les soutiens de François HOLLANDE, j'ai accompagné François HOLLANDE. Mais j'ai vu François HOLLANDE dans l'incapacité de mener ses réformes, notamment à cause des frondeurs à l'Assemblée nationale, et c'est pour ça aussi que j'ai su prendre mon risque bien avant tout le monde et quitter le Parti socialiste.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous n'êtes ni de droite, ni de gauche, Christophe CASTANER ? Aujourd'hui vous êtes ailleurs ?

CHRISTOPHE CASTANER
Moi, je suis de gauche dans ma culture, dans ma pratique, dans mon expérience personnelle. Par contre, je travaille avec un grand plaisir avec des hommes de droite. Je vais vous dire : au bout de plus de trois mois, quatre mois d'expérience commune, ce débat est derrière nous. Il n'existe pas. Quand je travaille avec Gérald DARMANIN, avec Bruno LE MAIRE, avec Edouard PHILIPPE, on ne se pose jamais ce genre de question. La seule question qu'on se pose, c'est est-ce que ça marche ce qu'on veut faire ? Et c'est tout l'enjeu de la réforme du code du travail, de la réforme du logement. Soyons jugés dans la durée sur l'efficacité de ce programme.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Et si ça ne marche pas, vous serez renvoyés par les Français logiquement.

CHRISTOPHE CASTANER
Evidemment, et le populisme pourrait gagner. Donc tout l'enjeu, c'est justement de réussir non pas pour nous mais pour les Français.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Merci Christophe CASTANER.

CHRISTOPHE CASTANER
Merci Jean-Jacques BOURDIN.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 13 septembre 2017

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