Interview de M. Christophe Castaner, secrétaire d'Etat aux relations avec le Parlement, porte-parole du Gouvernement, à France Inter le 5 septembre 2017, sur la ligne politique du Gouvernement, la réforme du code du travail et les emplois aidés. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Christophe Castaner, secrétaire d'Etat aux relations avec le Parlement, porte-parole du Gouvernement, à France Inter le 5 septembre 2017, sur la ligne politique du Gouvernement, la réforme du code du travail et les emplois aidés.

Personnalité, fonction : CASTANER Christophe, DEMORAND Nicolas.

FRANCE. Secrétaire d'Etat aux relations avec le Parlement, porte-parole du Gouvvernement;

ti : NICOLAS DEMORAND
Bonjour Christophe CASTANER.

CHRISTOPHE CASTANER
Bonjour.

NICOLAS DEMORAND
Porte-parole du gouvernement. Vous avez déclaré récemment « nous apparaissons comme des libéraux, plus à droite que nous sommes », pourquoi vous n'assumez pas vos choix politiques ?

CHRISTOPHE CASTANER
Parce que ce ne sont pas nos choix politiques, parce que quand, par exemple, hier, la rentrée scolaire se déroule bien dans les quartiers les plus difficiles de France, ce qu'on appelle des REP+, on est sur des mesures sociales, on s'adresse aux plus fragiles de ce pays, et donc ce n'est pas être libéral que d'investir massivement, comme nous le faisons ce jour de rentrée, en faveur des plus fragiles dans notre pays, la France.

NICOLAS DEMORAND
Réforme du Code du travail, pour renforcer le pouvoir des patrons de petites entreprises, emplois aidés, baisse des APL, et puis, cerise sur le gâteau, ça arrive, la réforme de l'impôt sur les grandes fortunes. Ce ne sont pas des mesures clairement de droite ça ?

CHRISTOPHE CASTANER
Eh bien non, parce que contrairement à vous je ne pense pas…

NICOLAS DEMORAND
Ah bon ?

CHRISTOPHE CASTANER
Permettez-moi de répondre.

NICOLAS DEMORAND
Oui, bien sûr.

CHRISTOPHE CASTANER
Permettez-moi de répondre que cette réforme n'est pas une réforme pour les patrons, c'est une réforme pour l'emploi. Vous, vous considérez que cette réforme elle est faite pour licencier, moi je considère qu'elle est faite pour embaucher. Aujourd'hui il y a 5,6 millions de Français qui n'ont pas d'emploi, ou qui ont un mauvais emploi, on fait quoi, rien, on continue comme avant ? Sur les emplois aidés, c'est formidable les emplois aidés, j'étais maire il y a encore 1 mois, quand même, vous donnez 600 euros à quelqu'un pour un emploi précaire qui, en moyenne, va durer 10 mois, tout va bien, il n'y a pas de problème…

NICOLAS DEMORAND
Précaire mais utile, Christophe CASTANER.

CHRISTOPHE CASTANER
Ils sont doublement utiles, à la fois pour la personne, pendant ces 10 mois, et à la fois pour la fonction qu'ils rendent - dans ma commune, quand j'en avais, ils bossaient, et ils bossaient plutôt bien. Sauf qu'on a assumé, et je l'ai fait, de substituer des emplois de titulaires, dans la fonction publique, pour les substituer à des emplois précaires, qu'on a organisé la précarité de ces femmes et de ces hommes. Mais au bout de 10 mois, qu'est-ce que je faisais comme maire ? Comme tous mes collègues, et qu'ils ne viennent pas nous dire « on découvre à la rentrée qu'il y a une difficulté », qu'est-ce qu'ils font ? On les vire et on en embauche de nouveaux. Alors, moi je préfère investir massivement auprès de cette femme, de cet homme, pour faire en sorte que, contrairement à ce qui se passe aujourd'hui, 70 % n'ont aucune perspective d'emploi derrière, on leur donne les moyens de se former. Et donc ce n'est pas, ni de droite, ni de gauche ça, c'est investir massivement sur la formation pour faire en sorte qu'on sorte de la précarité. Les emplois aidés, c'est de la subvention, utile, pour des missions importantes, et nous maintiendrons des emplois aidés sur les grandes priorités qui doivent relever de la Nation, mais est-ce qu'on doit continuer à aider les grandes municipalités et pas plutôt les petites, dans la ruralité, qui connaissent des difficultés ? Eh bien oui, il faut faire des choix.

NICOLAS DEMORAND
Donc vous êtes droit dans vos bottes sur ce dossier, vous êtes droit dans vos bottes.

CHRISTOPHE CASTANER
C'est parce que vous avez reçu Dominique de VILLEPIN que vous avez en tête cette formule, je n'en doute pas, mais moi je préfère assumer les choses plutôt que de faire semblant, et j'aimerais que tout le monde le fasse de la même façon.

NICOLAS DEMORAND
Et quand la région Bretagne demande un moratoire sur le sujet en disant, au fond, que ça a été mal géré, vous répondez quoi, « pas de moratoire, on ne bougera pas » ?

CHRISTOPHE CASTANER
mais je vous réponds d'abord que, cette année, il y avait 280.000 emplois qui taient prévus – aidés – qui étaient prévus dans la loi de Finances, votée par moi, j'étais député de la majorité, je l'ai votée, j'étais même rapporteur spécial sur les questions de travail/ emploi, et j'ai pu afficher ce chiffre de 280.000. Nous avons décidé, avec le Premier ministre Edouard PHILIPPE, de le passer à 320.000. Mais, pour l'année prochaine, et le Premier ministre l'a dit ces jours-ci, nous allons fixer des priorités, par exemple sur l'accueil des enfants en situation de handicap dans les écoles, par exemple sur les entreprises d'insertion. Parce que, sur ce sujet-là, ce n'est pas la formation qui va permettre de ramener quelqu'un facilement vers le marché du travail, il faut ce temps d'insertion où il faut réapprendre à venir le matin bosser, parce que c'est comme ça que ça se passe dans les entreprises d'insertion. Et donc, on va fixer ces priorités et on va mettre en place les financements de ces priorités. Par contre, on n'a pas vocation à boucher les trous. Mais à l'inverse, notamment sur les collectivités, sur la région Bretagne, moi je prends un engagement devant vous au nom du Premier ministre Edouard PHILIPPE, c'est de faire en sorte que, alors que depuis 2010, systématiquement, chaque année, les dotations globales de fonctionnement, c'est-à-dire l'argent de l'Etat vers les collectivités locales, baissaient, cette année ça ne baissera pas.

NICOLAS DEMORAND
C'est une bonne nouvelle, ça.

CHRISTOPHE CASTANER
Je vous le dis, parce que c'est un engagement fort de faire en sorte que le partenariat avec les collectivités se fasse dans la clarté et pas dans un financement à travers des emplois aidés, dont on se fiche totalement du sort, du devenir, des femmes et des hommes qu'on embauche, c'est ça la réalité.

NICOLAS DEMORAND
On reviendra sur l'ISF tout à l'heure, beaucoup de questions aussi sur les emplois aidés. Sur les sénatoriales, un mot Christophe CASTANER. Vous tablez sur un groupe de combien de sénateurs ?

CHRISTOPHE CASTANER
François PATRIAT, qui est le président du groupe la République En Marche à l'Assemblée, parle d'une dizaine de gains possibles de postes, mais, vous savez, l'électorat qui vote pour les élections sénatoriales c'est un électorat qui a été choisi, élu, à un moment où la République En Marche n'existait pas, donc nous ne pensons pas qu'il y aura un raz-de-marée en faveur de la République En Marche au Sénat, et je ne pense pas qu'il y ait de révolution de palais au Palais du Luxembourg.

NICOLAS DEMORAND
Une cinquantaine de sénateurs, ce serait bien pour vous ?

CHRISTOPHE CASTANER
Moi, là-dessus, je ne suis pas un spécialiste de ce sujet-là…

NICOLAS DEMORAND
Vous êtes quand même ministre des Relations avec le Parlement.

CHRISTOPHE CASTANER
Oui, justement, je ne suis pas dans l'anticipation de scores électoraux, je suis dans la réalité politique. Quels que soient les sénateurs qui seront désignés à la fin de ce mois, je travaillerai avec plaisir avec eux.

NICOLAS DEMORAND
Mais vous n'aurez pas la majorité des trois cinquièmes, si on vous entend bien, pour des réformes constitutionnelles, par exemple, la réduction du nombre de parlementaires, vous allez passer par le référendum sur une mesure de ce genre ?

CHRISTOPHE CASTANER
Le président de la République a été clair à Versailles, quand il a réuni le congrès, il a donné un an aux présidents des Chambres pour moderniser leur institution en lien avec la Garde des sceaux. Et il a dit que si jamais il y avait une sorte de blocage, peut-être même de conservatisme, mais il ne l'a pas dit ainsi, il serait prêt à aller devant les Français par référendum.

NICOLAS DEMORAND
Donc le référendum est dans les tuyaux ?

CHRISTOPHE CASTANER
Mais pas seulement sur ce sujet-là, mais sur des sujets où notre Constitution a besoin d'être un peu modernisée.

NICOLAS DEMORAND
Est-ce que la France va se mettre au diapason de la position allemande sur la Turquie, il faut arrêter clairement les négociations d'adhésion de ce pays à l'Union européenne ?

CHRISTOPHE CASTANER
Ecoutez, j'ai entendu le propos de Bernard GUETTA à l'instant, que je partage, d'abord, vis-à-vis de la Turquie, un gâchis politique, ces dix dernières années, on a utilisé la Turquie comme un bouc émissaire pour justifier des prises de position politiques en France, et donc on agitait la Turquie pour faire peur, et la réalité, c'est que la Turquie fait partie de notre histoire commune. Mais une chose est sûre, c'est que la situation politique de la Turquie aujourd'hui ne permet pas d'envisager, sur les bases dans lesquelles nous sommes, une poursuite de discussions, une poursuite d'échanges et une espérance de renforcement d'intégration avec la Turquie. Je le regrette…

NICOLAS DEMORAND
Il faut arrêter ?

CHRISTOPHE CASTANER
Il faut poursuivre le dialogue, parce que de toute façon…

NICOLAS DEMORAND
Mais arrêter la négociation ?

CHRISTOPHE CASTANER
Mais la négociation, de toute façon, elle est suspendue, elle n'existe plus aujourd'hui, c'est ça la réalité…

NICOLAS DEMORAND
Donc Angela MERKEL enfonce une porte fermée ?

CHRISTOPHE CASTANER
Mais elle était dans un débat politique, à quelques jours d'une élection importante pour elle, et donc elle a confirmé une position. Point !

NICOLAS DEMORAND
Est-ce que vous craignez la rentrée universitaire, Christophe CASTANER ?

CHRISTOPHE CASTANER
Moi, je suis attentif à tout, y compris aux manifestations qui auront lieu la semaine prochaine, et y compris aux risques universitaires, ce que je note, c'est le discours, le volontarisme de Frédérique VIDAL, pour faire en sorte que, on puisse d'abord régler un certain nombre de problèmes, je pense aux inscriptions, le dispositif APB, qui a montré ses limites, qu'on puisse changer ce système totalement idiot du tirage au sort, qui fait que vous allez offrir la possibilité théorique à quelqu'un de passer une année, deux années dans une formation à laquelle il n'aura pas, à terme, le moindre résultat, et je pense que ça n'est pas bien dans l'orientation, et puis surtout, qui va empêcher quelqu'un qui est super passionné, de faire médecine, qui a eu mention très bien, avec un bac S, et qui, du coup, a toutes les chances de pouvoir réussir, eh bien, le tirage au sort, patatras, lui retire cela ! Et puis, deuxième élément, c'est aussi les conditions de vie, le pouvoir d'achat des étudiants. La ministre a organisé des tables rondes, elles se poursuivront, on veut aller loin, et on veut que l'année prochaine, il y ait, à la fois, pour la rentrée, les places pour ceux qui veulent faire des formations, et qu'ils soient accompagnés pour cela, le plus en amont possible dans l'orientation, et surtout, qu'il y ait un vrai gain de pouvoir d'achat pour les étudiants.

NICOLAS DEMORAND
Dernière question, comment vous vous organisez avec votre nouveau collègue, Bruno ROGER-PETIT ?

CHRISTOPHE CASTANER
Ecoutez, le président de la République…

NICOLAS DEMORAND
Il n'a pas encore parlé…

CHRISTOPHE CASTANER
Non, mais vous savez…

NICOLAS DEMORAND
Il va parler quand ?

CHRISTOPHE CASTANER
Mais, il est arrivé il y a quelques jours dans ses fonctions, il est conseiller du président, porte-parole de la présidence, et il aura l'occasion d‘échanger avec les journalistes…

NICOLAS DEMORAND
Un porte-parolat pour l'instant silencieux ?

CHRISTOPHE CASTANER
Il est arrivé il y a deux jours, ne soyez pas impatient, je sens de l'impatience, je suis sûr que vous aurez l'occasion d'échanger avec lui, mais laissez-lui le temps aussi de s'organiser. Je travaillerai avec lui, je suis dans un rôle différent, je suis ministre, porte-parole du gouvernement, et donc aujourd'hui, on sait bien que dans la communication politique, on va dire, nationale, il faut une parole à l'Elysée, une parole gouvernementale, une parole dans le groupe majoritaire de la République En Marche, au Sénat et à l'Assemblée, et aussi une parole dans le parti La République En Marche. Tout ça est en train de s'organiser. Moi, je note que, il y a eu des difficultés dans…

NICOLAS DEMORAND
Plus dur à organiser que le silence…

CHRISTOPHE CASTANER
Non, mais il y a eu des difficultés dans notre organisation, ça ne sert à rien de les nier, je ne vais pas vous dire ici : non, non, tout va bien, voilà, par contre, j'ai l'impression quand même que depuis le début de la rentrée, les choses se passent pas trop mal de ce côté-là…

NICOLAS DEMORAND
Vous parlez plus, vous parlez plus. Christophe CASTANER, on vous retrouve dans dix minutes après « La revue de presse.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 15 septembre 2017

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