Interview de Mme Sophie Cluzel, secrétaire d'Etat aux personnes handicapées, à Sud Radio le 6 septembre 2017, sur l'intégration à l'école des enfants handicapés. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de Mme Sophie Cluzel, secrétaire d'Etat aux personnes handicapées, à Sud Radio le 6 septembre 2017, sur l'intégration à l'école des enfants handicapés.

Personnalité, fonction : CLUZEL Sophie.

FRANCE. Secrétaire d'Etat aux personnes handicapées

ti : JOURNALISTE
Vous écoutez « Le grand matin Sud Radio », avec Patrick ROGER. Vous recevez Sophie CLUZEL, secrétaire d'Etat auprès du Premier ministre, chargée des Personnes handicapées.

PATRICK ROGER
Des enfants qui pleurent de ne pouvoir effectuer leur rentrée comme les autres, et les enfants handicapés qui sont rejetés des écoles : cette situation sera-t-elle un jour un mauvais et lointain souvenir ? Sophie CLUZEL, bonjour.

SOPHIE CLUZEL
Bonjour.

PATRICK ROGER
Secrétaire d'Etat, donc, auprès du Premier ministre, chargée des Personnes handicapées. On va parler dans un instant de votre combat que vous avez mené, vous-même, et que vous engagez pour les autres. Avant cela, peut-être, un mot de l'appel d'Emmanuel MACRON hier pour demander aux propriétaires de baisser leurs loyers de 5 €. Vous comprenez la stupéfaction, quand même, après cet appel, certes, de solidarité, mais qui ressemble un petit peu à de l'improvisation ?

SOPHIE CLUZEL
Je pense que tout le monde peut faire un effort, donc pourquoi ne pas demander en effet aux propriétaires de participer à l'effort collectif, dans le cadre d'une société tout à fait solidaire, inclusive, pourquoi tout le monde ne ferait pas un effort.

PATRICK ROGER
Oui, mais ça peut être dans le cadre d'une politique, en fait, générale, pas comme ça, en cette rentrée, le faire parce qu'il y a une petite polémique autour des APL.

SOPHIE CLUZEL
Je pense que 2017 est une année très compliquée, car nous avons trouvé quand même le pays en très mauvais état, des budgets qui sont totalement sous-budgétés, des lignes budgétaires qui étaient vraiment improvisées, surconsommées surtout, donc à situation...

PATRICK ROGER
Ah, il y avait de l'improvisation auparavant. Vous, par exemple, dans votre secteur, vous avez...

SOPHIE CLUZEL
2017, nous ne sommes pas responsables du budget 2017, je tiens à le rappeler. Justement, quand j'ai pris cette mission, pour vous donner un exemple, même les allocations adulte handicapé de 2017, avaient été gelées, comme si c'était quelque chose sur lequel on ne pouvait pas aller. Donc c'est quand même un sujet qu'il faut annoncer. 2017, les emplois aidés étaient sous-budgétés, totalement sur consommés, donc voilà la réalité du panorama que nous avons trouvé.

PATRICK ROGER
Oui, alors-là, vous avez fait une promesse, elle était également de la part du candidat Emmanuel MACRON, c'est-à-dire d'augmenter, de revaloriser les rémunérations pour les axillaires qui travaillent, en fait, auprès des handicapés. Promesse d'augmenter à 900 €, c'est ça, par mois ?

SOPHIE CLUZEL
Alors, non, ce n'est pas pour les accompagnants, c'est pour l'allocation adulte handicapé, ce sont pour les personnes handicapées qui sont éloignées de l'emploi. C'est un revenu minimal. Cette promesse sera tenue, l'engagement du président sera tout à fait respecté, une hausse massive dès 2018, pour atteindre, à terme, très vite, 2019, et ce calendrier sera totalement annoncé le 20 septembre, lors du Comité interministériel du handicap, où nous allons justement mettre en perspective toute cette feuille de route croisée, pour que les ministres s'engagent à améliorer le quotidien des personnes handicapées dans leurs domaines respectifs.

PATRICK ROGER
Oui, voilà, cette allocation, effectivement, pour ne pas qu'il y ait de confusions, qui va directement à ces personnes. Il y avait quand même une petite incertitude, on lisait dernièrement sur les commentaires, que, pourquoi ça ne vient qu'en 2018 et pas immédiatement ?

SOPHIE CLUZEL
Eh bien parce qu'il faut un budget pour ça, et le budget 2018 ça sera l'année prochaine, donc voilà, ce n'est pas immédiatement, puisqu'en 2017... Je rappelle quand même à nos auditeurs, que... à vos auditeurs, qu'il y a plus d'un million de personnes qui touchent l'allocation adulte handicapé, 9 milliards, donc c'est quand même des masses importantes, sur lesquelles justement il faut être prudent et annoncer des choses qui seront tenues, parce que la solidarité à crédit, ce n'est pas possible.

PATRICK ROGER
Oui. Sophie CLUZEL, depuis 2005, l'intégration à l'école des enfants handicapés est obligatoire pour l'Education nationale...

SOPHIE CLUZEL
La scolarisation, je dirais, même.

PATRICK ROGER
La scolarisation, oui, c'est vrai, et pourtant, chaque année, il y a, chaque rentrée il y a toujours en fait des problèmes, comme cet enfant de 6 ans, Saliou, à Aix-en-Provence, qui lui n'a pas pu effectuer cette rentrée. Pourquoi ? On manque toujours de personnel ?

SOPHIE CLUZEL
Alors, d'abord, je voudrais dire qu'il y a 300 000 élèves handicapés qui sont scolarisés, c'est-à-dire 2 % des 12 millions d'élèves, donc ça c'est quand même à souligner, cette augmentation. Je tiens aussi à souligner qu'il y a près de la moitié d'entre eux qui n'ont pas besoin d'accompagnement, qui sont soit à l'école, seuls, parce qu'ils se débrouillent très bien, et qui suivent un cursus normal. Soit ils sont dans des dispositifs collectifs, ces fameuses ULIS, qui permettent justement à des enfants de pouvoir avoir une remédiation, sur un temps donné, mais après être inclus dans les classes, et il y a en effet les 160 000 qui ont besoin d'accompagnement. Et ceux-là, ils ont 90 000 accompagnants, qu'il faut mettre en place, plus de 50 000 en contrats aidés, donc oui, à la rentrée, il y a toujours des dysfonctionnements, des petits retards à l'allumage sur les recrutements, parce qu'il faut pouvoir recruter, mettre en place ces fameux auxiliaires de vie scolaire en contrats aidés. C'est bien pour ça que ce n'est pas satisfaisant ce support. On le sait très bien, ça fait plus de 20 ans, 30 ans que c'est le serpent de mer, donc dès la rentrée finie, fin septembre, nous nous asseyons autour de la table avec Jean-Michel BLANQUER, pour réfléchir à la professionnalisation de ces accompagnants, à revoir ce cadre d'emploi, ces statuts qui sont précaires, qui génèrent des ruptures d'accompagnement, donc ces ruptures de parcours.

PATRICK ROGER
Oui, parce qu'ils ne touchent que quelques centaines d'euros, effectivement, par mois, et bien souvent pour eux c'est difficile, ce n'est pas non plus un poste...

SOPHIE CLUZEL
Ce n'est pas un emploi pérenne...

PATRICK ROGER
Voilà.

SOPHIE CLUZEL
Le temps scolaire, de toute façon, ne permet une rémunération que, aux alentours de 680 € nets par mois, donc il faut être plus intelligent...

PATRICK ROGER
Ce qui est effectivement très juste pour pouvoir vivre, donc ce n'est pas une solution d'avenir pour eux.

SOPHIE CLUZEL
Exactement. Alors, ce n'est pas une solution d'avenir, cependant il y a un vrai challenge dans notre société, de créer des métiers d'accompagnant, c'est très important, pour pouvoir permettre ce parcours et permettre ce continuum d'accompagnement entre l'école, le centre de loisirs, les stages, le domicile. On parlait tout à l'heure de la vie sociale, c'est très important aussi. Donc, il y a de quoi faire un vrai métier d'accompagnant, à 35 heures, il faut qu'on soit intelligent pour mutualiser les financements, permettre des vrais services d'accompagnement, qui permettent des vrais parcours.

PATRICK ROGER
Oui. Est-ce qu'il n'y a pas aussi une réticence ou en tout cas un scepticisme général de notre société, et bien sûr aussi à l'Education nationale, face aux handicapés, toujours ? C'est votre objectif d'essayer de changer un petit peu tout ça, cet état d'esprit ?

SOPHIE CLUZEL
Changer le regard, exactement, vous avez raison. Pour cela, il faut permettre à la personne handicapée de circuler dans la cité, c'est-à-dire qu'on la voit à l'école, qu'on la voit en entreprise, qu'elle puisse choisir sa vie, de plus la subir, donc la réticence elle existe, il faut qu'on arrive à lever les préjugés, voir la personne handicapée avec ses talents, avec ses différences, certes, mais je dirais que c'est le challenge de notre société, c'est de faire une société inclusive pour toutes les différence, au-delà du handicap, qui n'est qu'une différence parmi d'autres.

PATRICK ROGER
Oui. Question à vous, Sophie CLUZEL, secrétaire d'Etat auprès du Premier ministre, chargée des personnes handicapées, de Christophe BORDET, et Michael DARMON, dans un premier temps.

CHRISTOPHE BORDET
Alors, Sophie CLUZEL, on parle beaucoup des emplois aidés, beaucoup de personnes handicapée adultes, donc, bénéficient d'emplois aidés et se retrouvent aujourd'hui sans boulot. Qu'est-ce que vous leur dites ?

SOPHIE CLUZEL
Alors, les contrats aidés on été fléchés sur les publics, justement, prioritaires, sur les urgences sociales, sanitaires, et aussi sur les auxiliaires de vie scolaire. Vous avez raison, il y a à peu près 10 000 personnes handicapées qui bénéficiaient de contrats aidés. Instructions ont été données aux préfets, de pouvoir regarder...

PATRICK ROGER
A l'heure qu'il est, certaines n'ont plus d'emplois aidés.

SOPHIE CLUZEL
Oui, mais ce que je voulais dire, c'est que l'emploi aidé a très peu amené à l'emploi durable. Ce que la personne handicapée souhaite, c'est surtout avoir accès à une qualification, à une formation professionnelle, en vue d'avoir un emploi durable. On voit bien que ça ne marche pas et que la transformation de ces contrats aidés en contrats professionnels, est très faible comme taux, donc ce n'est pas le bon levier, même pour les personnes handicapées, et pour toutes les personnes, ce n'est pas le bon levier pour un accès à l'emploi durable.

PATRICK ROGER
Michael DARMON.

MICHAEL DARMON
On a vu le président, au début de l'été, jouer au tennis sur un fauteuil, donc en mode handisport pour la promotion des JO, très belle image, très sympa, mais dans quelle mesure elle est capable d'améliorer le quotidien, justement, que vous évoquiez, des personnes handicapées qui ne peuvent pas prendre le métro ?

SOPHIE CLUZEL
Alors, je pense que cette image était très importante pour les personnes handicapées, et surtout pour la promotion des Jeux Paralympiques. Ça va être un levier magnifique, l'obtention des Jeux Olympiques et Paralympiques, pour booster justement l'accessibilité dont vous parliez. Je pense qu'on va faire un grand saut en avant, en tout cas sur la région Ile-de-France, sur cette mise en accessibilité.

MICHAEL DARMON
Ça veut dire que la feuille de route, c'est, quand on a les JO, c'est de mettre aux normes tous les sites ?

SOPHIE CLUZEL
Bien sûr, il faudra qu'ils soient mis aux normes pour avoir l'accès, ne serait-ce que de nos athlètes paralympiques, mais au-delà de ça de toute la population. Ça va donner de la visibilité aussi télévisuelle, parce que si on veut changer le regard, il faut qu'on puisse voir les personnes handicapées, partir des talents, des compétences. Donc les JO et les JOP, surtout, j'aimerais... les Jeux Olympiques et Paralympiques, sont un énorme levier pour changer ce regard.

MICHAEL DARMON
Mais à chaque session olympique il y a des handisports et des jeux paralympiques, en quoi ça fait évoluer ? Qu'est-ce qui va changer ? C'est quoi la différence ? C'est parce que ça se passe en France ?

SOPHIE CLUZEL
Bien sûr. D'abord ça se passe en France, ce sont nos athlètes aussi, paralympiques, et surtout, cette image dont vous parliez, elle a vraiment réjoui l'ensemble des personnes handicapées, parce qu'on leur donnait de la visibilité. Encore une fois, c'est un problème de visibilité.

PATRICK ROGER
Oui. Sophie CLUZEL, il y a une maman, comme vous, d'enfant handicapé, qui en ligne avec nous, c'est Laura-Julia, qui vit en Normandie, et elle a constaté avant-hier qu'il n'y avait pas d'AVS à l'école de son fils. Bonjour Laura-Julia. Vous êtes en direct sur Sud Radio avec Sophie CLUZEL, la ministre qui vous écoute.

LAURA-JULIA
Bonjour, merci de me prendre en ligne. Bonjour madame CLUZEL.

SOPHIE CLUZEL
Bonjour madame.

LAURA-JULIA
Moi je suis maman d'un petit garçon autiste de 6 ans. Voilà, mon fils il n'a pas eu droit à sa rentrée lundi matin, on a du rentrer à la maison faute d'AVS, et ce pour une raison qui me semble absolument sidérante : en fait, il se trouve que les notifications MDPH, donc celles qui donnent droit à un AVS, ont eu le malheur de parvenir à l'Inspection académique, pendant les vacances d'été ». Il s'avère que les Inspections académiques sont tout bonnement fermées pendant plus d'un mois, aucun service minimum, ni permanence d'accueil physique et téléphonique ne sont assurées, alors qu'il se trouve que la demande est au plus fort. Il y a donc personne pour continuer à traiter les dossiers et informer les familles. Les retards s'accumulent et résultat, on le connait, Madame la Ministre, mon fils n'a pas eu sa rentrée, tout comme beaucoup d'autres enfants handicapés, à ce que je peux constater sur les réseaux d'entre-aide parentale, qui sont très actifs sur Facebook. J'en viens à ma question, madame CLUZEL : allez-vous conjointement, avec Monsieur le Ministre de l'Education nationale, travailler à résoudre définitivement ce type de dysfonctionnement administratif et qui pourrait, je l'espère, contribuer à éradiquer l'absence d'AVS le jour de la rentrée scolaire ?

PATRICK ROGER
Merci Laura-Julia de cette question. Répons de Sophie CLUZEL.

SOPHIE CLUZEL
Alors, madame, déjà il faut absolument que vous appeliez, bien sûr, l'Inspection académique qui maintenant est totalement ouverte et totalement mobilisée. Je tiens à dire aussi aux autres familles que vous avez un numéro, c'est le : 0810 55 55 00, pour gérer justement tous ces dysfonctionnements. Je suis d'accord avec vous, c'est insupportable pour votre fils de n'avoir pas fait sa rentrée scolaire le jour J. C'est bien pour ça que ces contrats aidés ne sont pas le bon support, puisqu'ils sont précaires, et qu'ils demandent des ajustements, toujours, significatifs, à chaque rentrée. Et vous pouvez compter sur ma détermination et celle de Jean-Michel BLANQUER, pour pouvoir résoudre ce problème, et pouvoir aller vers une vraie professionnalisation, c'est-à-dire des contrats stables, qui vont suivre votre petit garçon, tout au long de son parcours, sur une année... pas que sur une année, mais sur un cycle scolaire. Donc vous pouvez compter sur ma détermination pour pouvoir trouver des solutions, de professionnalisation et de stabilité de personnel auprès des enfants.

PATRICK ROGER
Merci Sophie CLUZEL d'avoir dialogué en direct et d'avoir répondu à nos questions ce matin, sur Sud Radio, secrétaire d'Etat auprès du Premier ministre, chargée des personnes handicapées.

SOPHIE CLUZEL
Merci.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 18 septembre 2017

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